mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100416 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MAURY OLIVIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 mars 2021 et le 11 novembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Loir et Cher, représentée par Me Maury, demande au Tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Châteauroux et la société hospitalière d'assurance mutuelles (SHAM), devenue société Relyens Mutual Insurance, à lui verser la somme de 1 671 608,74 euros, assortie des intérêts au taux légal et capitalisation de ces mêmes intérêts, en remboursement des prestations servies au titre de l'assurance maladie à Mme D A, son assurée sociale, en raison de la prise en charge fautive dont elle a fait l'objet dans cet établissement ainsi qu'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 114 euros en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
2°) de mettre à la charge de cet établissement de santé et de son assureur la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- Mme A, son assurée sociale, a présenté une paralysie du nerf sciatique commun de la jambe gauche à la suite de la pose d'une résine sur sa cheville gauche justifiée par une entorse ;
- la réalisation de cette résine n'a pas été conforme aux règles de l'art ;
- une deuxième faute médicale a été commise lors de l'ablation de cette résine 3 semaines après sa pose dès lors que le diagnostic de paralysie nerveuse n'a pas été réalisée ;
- une faute dans l'organisation du service doit également être imputée au CH de Châteauroux dès lors qu'aucune information écrite n'a été délivrée à l'intéressée concernant la surveillance de la résine qui lui a été posée et les moyens de contacter un médecin des urgences ;
- elle a exposé différents débours pour le compte de Mme A dont elle demande le remboursement pour les montants suivants :
Dépenses de santé actuelles : 67 155,84 euros,
Perte de gains professionnels actuels : 52 411,67 euros,
Dépenses de santé futures : 767 960,01 euros,
Perte de gains professionnels futurs et incidence professionnelle : 778 698,18 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés le 28 avril 2022 et le 17 mai 2023, le CH de Châteauroux et la société Relyens Mutual Insurance, représentés par Me Derec, demandent au tribunal :
1°) de limiter l'indemnisation allouée à la CPAM du Loir et Cher à la somme totale de 89 936,98 €, outre le remboursement des frais futurs sur présentation de justificatifs au fur et à mesure qu'ils seront exposés dans la limite de 13 € par an pour les frais médicaux et de 14 397,10 € tous les 5 ans pour les frais d'appareillage ;
2°) de " statuer ce que de droit sur la demande de paiement de l'indemnité forfaitaire de gestion " ;
3°) de limiter le montant accordée au titre des frais d'instance à la somme de 1 000 euros ;
4°) de rejeter le surplus des conclusions.
Il soutient que :
- la compression nerveuse qui est survenue relève d'un accident médical non fautif et non d'une faute ;
- Mme A a contribué à la survenue des complications qu'elle a subies dès lors qu'elle a attendu le 18 septembre 2012 " pour revenir au centre hospitalier " ;
- Mme A a été correctement informée, " au moins verbalement " ;
- le manquement tenant au défaut de diagnostic à 3 semaines n'est pas contesté. Toutefois, ce défaut de diagnostic n'est susceptible d'engager sa responsabilité que de manière partielle sur la base d'un taux de perte de chance de 50% au maximum ;
- la réparation au titre des différents débours invoqués devra tenir compte de ce taux de perte de chance, aucune indemnité ne pourra être versée au titre des frais d'achat d'un fauteuil roulant ni au titre de la perte de gains professionnels futurs, l'intéressée n'étant pas en incapacité de travailler sur tous types de postes.
Mme A, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit d'observations à l'instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code civil ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha,
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 août 2012, Mme A a été victime d'un accident du travail lui occasionnant une entorse de la cheville gauche. Prise en charge par les pompiers, elle a été transportée au sein du centre hospitalier (CH) de Châteauroux. Le docteur C a procédé à la pose d'un plâtre en résine et a prescrit à la patiente des anticoagulants, ainsi que des antalgiques. Mme A a quitté le service des urgences le jour même dans la matinée. A la suite de cette opération, l'intéressée a présenté des complications tenant à la compression du nerf sciatique commun de sa jambe gauche, conduisant finalement à l'amputation de son pied gauche le 27 janvier 2015 au CHRU de Tours. Par un premier avis rendu le 2 février 2016, puis un deuxième avis rendu le 11 octobre 2017 au vu d'un rapport d'expertise rendu par le docteur E B, chirurgien orthopédiste, le 22 juillet 2017, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) a retenu la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Châteauroux dans la survenance des complications subies par Mme A et a invité cet établissement à adresser une offre d'indemnisation à cette dernière. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Loir et Cher a adressé au CH de Châteauroux une réclamation préalable tendant au remboursement des débours engagés pour Mme A, son assurée sociale, en lien avec ces complications. L'établissement hospitalier ayant implicitement rejeté sa demande, la CPAM demande au tribunal de le condamner ainsi que son assureur à lui verser une indemnité d'un montant de 1 671 608,74 euros en remboursement de ses débours, outre l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur la responsabilité du centre hospitalier de Châteauroux :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ".
S'agissant de la faute tenant à la réalisation de l'acte médical pratiqué :
3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise mentionné au point 1, qu'à la suite de la pose d'une résine sur la cheville gauche de Mme A, une paralysie du nerf sciatique commun de la jambe gauche est apparue. Si l'expert souligne que cette immobilisation, dans ses modalités comme dans sa durée, était indiquée, il a retenu, quand bien même " plusieurs raisons peuvent être impliquées dans la survenue de la compression nerveuse " que la réalisation de cette résine, n'était pas conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science. Dans ces conditions, et alors que le centre hospitalier défendeur n'apporte pas d'éléments médicaux ou de littérature médicale de nature à faire regarder la compression nerveuse qui est survenue comme relevant d'un accident médical non fautif, il y a lieu de retenir que l'acte médical réalisé le 28 août 2012 présente un caractère fautif.
S'agissant de l'insuffisance d'informations délivrées à Mme A postérieurement à la pose de la résine :
4. Alors que l'expert indique qu'il " est recommandé d'informer les patients porteurs d'une botte plâtrée ou en résine sur la surveillance de l'apparition de la douleur, des troubles neurologiques, de la chaleur locale des orteils et de la couleur cutanée du pied et des orteils [afin] d'éviter une complication neuro-vasculaire, liée à l'immobilisation de la cheville gauche ", il ne résulte pas de l'instruction qu'une information écrite sur ces recommandations et la surveillance de la résine aurait été délivrée à la requérante, pas davantage d'ailleurs qu'une information orale. Si un document a été présenté par le centre hospitalier défendeur lors des opérations d'expertise, ce document très général et dont l'expert souligne l'imprécision, ne comporte pas un numéro de téléphone spécial pour joindre les équipes hospitalières. Par suite, et alors qu'il résulte suffisamment de l'instruction que Mme A a ressenti des douleurs à sa cheville 3 ou 4 jours après l'intervention, l'insuffisance des informations données à sa sortie de l'établissement constitue une faute dans l'organisation du service.
S'agissant de la faute de diagnostic lors de la visite de contrôle du 20 septembre 2012 :
5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise susmentionné, que lors de la visite de contrôle réalisée par le docteur C le 20 septembre 2012, ce dernier " n'a pas constaté la paralysie du nerf sciatique poplité gauche ". L'expert relève à cet égard qu'il n'y " a pas eu de constatations cliniques concernant la présence ou non de troubles neurologiques ou vasculaires () pourtant, ce sont les premiers signes à rechercher lors de l'ablation d'un plâtre ou d'une résine. ". Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas justifié par le centre hospitalier qu'une radiographie de contrôle aurait été réalisée, il y a lieu de retenir que le centre hospitalier a commis un troisième manquement tenant à cette absence de diagnostic de la compression nerveuse dont souffrait l'intéressée, sans que cet établissement ne soit fondé à se prévaloir de la faute qu'aurait commise Mme A en tardant à se manifester auprès des urgences après la pose de la résine et la survenance de paresthésies, eu égard en particulier à ce qui a été dit au point 4.
S'agissant de l'application éventuelle d'un taux de perte de chance :
6. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte d'une chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
7. Il résulte de l'instruction que les trois fautes mentionnées aux points 3, 4, 5, en se combinant, sont à l'origine, comme l'a retenu l'expert, de l'entier dommage subi par Mme A et qu'une prise en charge optimale aurait supprimé tout risque de complications neurologiques. Par suite, le centre hospitalier défendeur et son assureur ne sont pas fondés à soutenir que la responsabilité de l'établissement de santé ne devait être engagée qu'à hauteur d'un taux de perte de chance de 50% au maximum.
Sur les droits de la CPAM :
8. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. Conformément à l'article 1346-3 du code civil, la subrogation ne peut nuire à la victime subrogeante, créancière de l'indemnisation, lorsqu'elle n'a été prise en charge que partiellement par les prestations sociales ; en ce cas, l'assuré social peut exercer ses droits contre le responsable, par préférence à la caisse subrogée. () ".
9. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que les organismes de sécurité sociale ayant versé des prestations à la victime d'un accident peuvent exercer un recours subrogatoire à l'encontre du tiers responsable alors même que la victime s'est pour sa part abstenue d'introduire un recours indemnitaire.
10. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du docteur B, que l'état de santé de Mme A a été consolidé au 17 janvier 2017.
S'agissant des dépenses avant consolidation :
Quant aux dépenses de santé actuelles :
11. La CPAM demande, en fournissant une attestation d'imputabilité de son médecin conseil datée du 9 septembre 2022 et un relevé de débours, le remboursement de frais hospitaliers pour un montant de 45 718 euros, de frais médicaux pour un montant de 3 375,24 euros, de frais pharmaceutiques pour un montant de 855,27 euros, de frais d''appareillage pour un montant de 8 641 euros, de frais de transports pour un montant de 8 235,33 euros. Le lien direct et certain de ces frais avec les manquements commis par le CH de Châteauroux est suffisamment établi par l'attestation d'imputabilité susmentionnée et les données contenues dans le rapport d'expertise. Il y a ainsi lieu de condamner ce CH et son assureur à verser à cette caisse la somme qu'elle demande, soit la somme globale de 66 805,86 euros incluant une déduction de 19 euros au titre de la franchise.
Quant au remboursement des indemnités journalières versées pour le compte de Mme A :
12. La CPAM, qui n'est pas contestée sur ce point, justifie avoir versé à Mme A une somme de 52 411,67 euros au titre des indemnités journalières sur la période courant du 29 octobre 2012 au 18 février 2016. Il ressort à cet égard du rapport d'expertise mentionné au point 1 que Mme A a fait l'objet d'un arrêt de travail à compter du 28 août 2012 jusqu'au 16 mars 2016, date à laquelle elle a été consolidée par l'assurance maladie et a été licenciée pour inaptitude médicale. Il y a donc lieu de condamner le CH défendeur et son assureur à verser à la CPAM une somme de 52 411,67 euros au titre de ces débours.
S'agissant des dépenses après consolidation :
Quant au remboursement des frais de santé :
13. D'une part, la CPAM justifie par les mêmes documents que ceux mentionnés au point 11 avoir pris en charge, au titre des arrérages échus à la date du 18 mai 2022, des frais d'appareillage, des frais médicaux, des frais de transport et des frais de pharmacie dont le lien direct et certain avec les séquelles conservées par Mme A n'est pas utilement contesté par le CH défendeur, pour un montant global de 30 794,78 euros. Il y a lieu de condamner cet établissement de santé et son assureur à verser cette somme à la CPAM.
14. D'autre part, la CPAM demande à ce que le CH soit condamné à l'indemniser des frais futurs qu'elle sera amenée à exposer en conséquence de l'état de santé de Mme A. Elle justifie, par les mêmes documents que ceux mentionnés au point 11, de frais futurs constitués d'une consultation médicale par an chez un spécialiste pour un montant de 26 euros et de frais d'appareillage correspondant au renouvellement tous les 5 ans des deux prothèses, à des réadaptations et à la pose de manchons. Le coût de ces frais d'appareillage, qui aux termes du dernier mémoire de la CPAM n'incluent plus les frais liés à l'acquisition d'un fauteuil roulant, doivent être évalués à un montant de 28 794,20 euros tous les 5 ans, dont 21 595,65 euros relèvent d'une prise en charge par cet organisme de sécurité sociale. Ils n'appellent pas de remarques de la part du CH et peuvent être regardés comme présentant un caractère certain, au vu notamment des conclusions du rapport d'expertise. La CPAM est ainsi fondée à en demander le remboursement. Le CH défendeur ne donnant pas son accord au versement d'un capital représentatif de ces frais à venir, ils seront remboursés par ce dernier et son assureur, au fur et à mesure des débours exposés et sur justificatifs, dans la limite d'une somme de 21 595,65 euros tous les 5 ans pour les frais d'appareillage et de 26 euros par an pour les frais médicaux
Quant au remboursement au titre de la rente d'accident du travail versée à Mme A :
15. Eu égard à sa finalité de réparation d'une incapacité permanente de travail, qui lui est assignée par l'article L. 431-1 du code de la sécurité sociale, et à son mode de calcul, appliquant au salaire de référence de la victime le taux d'incapacité permanente défini par l'article L. 434-2 du même code, la rente d'accident du travail doit être regardée comme ayant pour objet exclusif de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices subis par la victime dans sa vie professionnelle en conséquence de l'accident, c'est à dire ses pertes de gains professionnels et l'incidence professionnelle de l'incapacité.
16. Il résulte de l'instruction qu'en raison des séquelles qu'elle a conservées à la suite de l'accident médical fautif dont elle a été victime, Mme A s'est vue accorder, à compter du 18 janvier 2016, une rente accident du travail de 70% avec un coefficient professionnel accordé en plus à hauteur de 12%, soit une rente viagère correspondant à une incapacité permanente de travail de 82%. Le calcul effectué au titre de la rente d'accident du travail, évaluée sur la base des barèmes de la sécurité sociale, qui en vertu de l'annexe I de l'article R. 434-32 du code de la sécurité sociale prennent en compte un critère médico-social tenant aux aptitudes et à la qualification professionnelle de la victime n'est pas sérieusement contesté par le CH défendeur, alors qu'il est constant que Mme A est lourdement handicapée à la suite de l'amputation qu'elle a subie. Il résulte également de l'instruction, notamment de l'avis de la CCI du 11 octobre 2017, que Mme A, compte tenu de l'accident médical qu'elle a subi et qui a conduit à son licenciement de l'emploi qu'elle occupait, a subi des pertes de gains professionnels et une incidence professionnelle en raison de son incapacité. Dès lors, les débours de la caisse sont suffisamment justifiés.
17. En l'absence de conclusions indemnitaires présentées par Mme A, et dès lors qu'il résulte de l'instruction que les manquements commis par le CH sont à l'origine exclusive de l'incapacité permanente de Mme A et du préjudice d'incidence professionnelle qu'elle a subi, la CPAM est fondée à demander le remboursement des arrérages échus et à échoir correspondant à cette rente d'accident du travail.
18. En ce qui concerne les arrérages échus entre le 18 janvier 2016 et la date du présent jugement, il y a lieu, sur la base des données contenues dans les documents mentionnés au point 11, de condamner le CH à verser, au titre des arrérages échus entre le 18 janvier 2016 et le 31 août 2022, une somme de 105 561,79 euros à la CPAM au titre de cette rente et une somme de 12 222 euros au titre des arrérages échus entre le 31 aout 2022 et la date du présent jugement, soit une somme globale de 117 783,79 euros.
19. En ce qui concerne les arrérages à échoir, au vu des données contenues dans le relevé de débours et l'attestation d'imputabilité transmis au tribunal le 11 novembre 2022, il y a lieu de fixer le montant annuel de la rente d'accident du travail versée par la CPAM à Mme A à la somme de 16 345,80 euros. Le CH défendeur ne pouvant être regardé comme donnant son accord au versement d'un capital représentatif de ces frais à venir, ils seront remboursés par ce dernier et son assureur à la CPAM, dans la limite de la somme annuelle de 16 345,80 euros, au fur et à mesure des débours exposés et sur justificatifs annuels.
20. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Châteauroux doit être condamné à verser à la CPAM du Loir et Cher une somme de 267 796,10 euros au titre des différents débours qu'elle a exposés avant la date du présent jugement ainsi qu'à lui rembourser d'une part, les frais de santé futurs exposés pour le compte de Mme A dans la limite d'un montant tous les 5 ans de 21 595,65 euros pour les frais d'appareillage et de 26 euros par an pour les frais de consultation médicale, d'autre part, les arrérages à échoir de la rente d'invalidité dont bénéficie Mme A dans la limite de 16 345,80 euros par an, sur présentation de justificatifs au fur et à mesure qu'ils seront exposés.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
21. D'une part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
22. En premier lieu, le point de départ des intérêts au taux légal portant sur la somme allouée à la CPAM du Loir et Cher de 267 796,10 euros doit être fixé au 9 novembre 2020, date de réception de sa demande indemnitaire préalable.
23. En second lieu, la caisse ayant demandé la capitalisation de ces intérêts devant le tribunal le 9 mars 2021, les intérêts seront capitalisés, à compter du 9 novembre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
24. En vertu de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident peut demander une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie, dont le montant est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu par la caisse, dans la limite d'un montant maximum révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Il y a lieu, en application de ces dispositions et de l'arrêté du 15 décembre 2022 susvisé, de mettre solidairement à la charge du centre hospitalier de Châteauroux et de son assureur le versement à la CPAM du Loir et Cher d'une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
25. La circonstance que la CPAM du Loir et Cher a obtenu une indemnité forfaitaire de gestion en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ne fait pas obstacle au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En application de ces dispositions, il y a lieu de mettre à la charge du CH de Châteauroux et de son assureur, qui sont les parties perdantes dans la présente instance, le versement à la caisse de la somme de 1 800 euros.
D E C I D E :
Article 1er: Le centre hospitalier de Châteauroux et la société Relyens Mutual Insurance sont condamnés à verser à la CPAM du Loir et Cher la somme de 267 796,10 (deux cent soixante sept mille sept cent quatre-vingt-seize euros et dix centimes) euros au titre des différents débours qu'elle a exposés avant la date du présent jugement ainsi qu'à lui rembourser, d'une part, les frais de santé futurs exposés pour le compte de Mme A dans la limite d'un montant tous les 5 ans de 21 595,65 (vingt et un mille cinq cent quatre-vingt-quinze euros et soixante-cinq centimes) euros pour les frais d'appareillage et de 26 (vingt-six) euros par an pour les frais de consultation médicale, d'autre part, les arrérages à échoir de la rente d'invalidité dont bénéficie Mme A dans la limite de 16 345,80 (seize mille trois cent quarante-cinq euros et quatre-vingts centimes) euros par an, sur présentation de justificatifs au fur et à mesure qu'ils seront exposés. La somme de 267 796,10 (deux cent soixante sept mille sept cent quatre-vingt-seize euros et dix centimes) euros portera intérêt au taux légal à compter du 9 novembre 2020 et les intérêts seront capitalisés à compter du 9 novembre 2021, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2:Le centre hospitalier de Châteauroux et la société Relyens Mutual Insurance verseront à la CPAM du Loir et Cher une somme de 1 114 (mille cent quatorze) euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3:Le CH de Châteauroux et la société Relyens Mutual Insurance verseront à la CPAM du Loir et Cher une somme de 1 800 (mille huit cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus de la requête de la CPAM du Loir et Cher est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir et Cher, au centre hospitalier de Châteauroux et à la société Relyens Mutual Insurance, ainsi qu'à Mme D A.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026