mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100444 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | HUDRISIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mars 2021 et un mémoire enregistré le 29 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Hudrissier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 janvier 2021 en tant que le maire de la commune de Brive a rejeté sa demande d'indemnisation ;
2°) de condamner cette commune à lui verser une somme de 31 809,68 euros, somme à assortir des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces mêmes intérêts, en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait du non versement fautif de son plein traitement entre le 23 janvier 2019 et le 2 juin 2020 ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Brive la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en la maintenant en congé de maladie ordinaire et en lui versant un demi-traitement entre le 22 janvier 2019 et le 9 juin 2020, alors qu'elle était apte à la reprise dès le mois de janvier 2019, la commune de Brive, qui a agi avec retard pour traiter sa situation administrative, a commis une double faute de nature à engager sa responsabilité ;
- elle est également fondée à rechercher la responsabilité de la commune sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques ;
- elle a subi un préjudice financier d'un montant global de 11 809,68 euros, correspondant, d'une part, à la différence des sommes qu'elle a perçues entre les mois de janvier 2019 et d'avril 2020 au titre du maintien de son demi-traitement et les sommes qu'elles auraient dû percevoir au titre du plein traitement auquel elle avait droit, d'autre part, à des frais bancaires qu'elle a dû régler en 2019 ;
- elle a également subi des troubles dans ses conditions d'existence qu'elle évalue à une somme de 10 000 euros, ainsi qu'un préjudice moral qu'elle évalue à la somme de 10 000 euros ;
- ces préjudices revêtent un caractère anormal et spécial.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, la commune de Brive, représentée par Me Bazin, demande au tribunal de rejeter la requête et de mettre à la charge de Mme B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions à fins d'annulation sont irrecevables dès lors que la décision du 14 janvier 2021 a eu pour seul objet de lier le contentieux ;
- sa responsabilité n'est engagée ni au titre d'une faute ni au titre de la rupture d'égalité devant les charges publiques ;
- Mme B ne justifie pas de la réalité ni de l'étendue des préjudices qu'elle expose, pas davantage qu'elle ne démontre le lien de causalité entre les sommes réclamées au titre des frais bancaires et la perception pendant 18 mois d'un demi-traitement ;
- le caractère anormal et spécial des préjudices invoqués sur le terrain de la responsabilité sans faute n'est pas établi.
Un mémoire produit par la commune de Brive a été enregistré le 15 juin 2023 sans être communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;
- le décret 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha
- les conclusions de M.Houssais, rapporteur public,
- et les observations de Me Hudrisier pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, adjointe d'animation à la commune de Brive, a été placée à compter du 23 janvier 2018 en congé de maladie ordinaire en raison de plusieurs arrêts de travail. Après qu'elle a sollicité le bénéfice d'un congé de longue maladie, le comité médical a rendu, le 13 novembre 2018, un avis défavorable à l'octroi d'un tel congé et a relevé l'inaptitude totale et définitive de l'intéressée à l'exercice de ses fonctions, sans possibilité de reclassement. A la suite de cet avis et à la demande de Mme B, la commune de Brive a saisi le comité médical supérieur le 22 janvier 2019 tout en maintenant l'intéressée, par un arrêté du même jour, en congé de maladie ordinaire à mi-traitement. Après que le comité médical supérieur a rendu un avis le 2 juillet 2019 conforme à celui rendu par le comité médical, une procédure de mise à la retraite pour invalidité a été engagée. Le 27 octobre suivant, le médecin expert saisi par la commune a estimé que Mme B était apte à la reprise de ses fonctions à compter du 5 janvier 2020 avec possibilité d'accorder un mi-temps thérapeutique pour une durée de 3 mois, sur recommandation du médecin de prévention. La commune a alors renouvelé le placement de Mme B en congé de maladie ordinaire dans l'attente de l'avis du comité médical. Ce dernier a conclu dans un avis du 10 mars 2020 à l'aptitude de l'intéressée à l'exercice de ses fonctions puis, le 29 mai 2020, le médecin de prévention s'est prononcé en faveur d'une reprise à temps complet. Mme B a repris ses fonctions à temps plein le 2 juin 2020.
2. Estimant à titre principal que la commune a commis une faute en la maintenant pendant 18 mois en congé de maladie ordinaire à demi-traitement alors qu'en réalité elle était apte à reprendre ses fonctions dès janvier 2019, elle demande au tribunal de condamner la commune à lui verser une somme de 31 809,68 euros en réparation des différents préjudices qu'elle estime avoir subis à raison de ce placement fautif dans cette position administrative. A titre subsidiaire, elle demande à être indemnisée à hauteur du même montant sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 janvier 2021 en tant qu'elle rejette sa demande préalable indemnitaire :
3. Cette décision par laquelle le maire de la commune de Brive a rejeté la demande de Mme B du 25 novembre 2020 tendant notamment à la réparation des préjudices que cette dernière estime avoir subis à la suite de son placement en congé de maladie ordinaire à demi- traitement pendant 18 mois a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de la demande de la requérante, qui, en formulant ses conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que le fait valoir la commune de Brive.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
4. D'une part, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. ". D'autre part, aux termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Lorsque, à l'expiration de la première période de six mois consécutifs de congé de maladie, le fonctionnaire est inapte à reprendre son service, le comité médical est saisi pour avis de toute demande de prolongation de ce congé dans la limite des six mois restant à courir. Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. Le fonctionnaire qui, à l'expiration de son congé de maladie, refuse sans motif valable lié à son état de santé le poste qui lui est assigné peut-être licencié après avis de la commission administrative paritaire ".
S'agissant de la faute qu'aurait commise la commune en plaçant Mme B dans une position irrégulière :
5. Tout d'abord, ainsi qu'il résulte des termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987, compte tenu de l'avis défavorable rendu par le comité médical le 13 novembre 2018, l'intéressée ne pouvait reprendre son service en janvier 2019 comme elle le soutient. Au surplus, Mme B ne produit aucune pièce de nature à établir qu'elle aurait été apte à l'exercice de ses fonctions en janvier 2019 alors même qu'elle ne conteste pas avoir sollicité le bénéfice d'un congé de longue maladie, demande qui a conduit à la réunion du comité médical du 13 novembre 2018.
6. Ensuite, par un courrier adressé à la commune de Brive le 17 décembre 2018, la requérante a contesté l'avis défavorable à un congé de longue maladie rendu par ce comité médical devant le comité médical supérieur. Compte tenu de cette demande de saisine à laquelle la commune a fait droit par une correspondance du 22 janvier 2019, cette dernière était fondée à maintenir l'intéressée en congé de maladie ordinaire avec demi-traitement, dans l'attente de connaître l'avis rendu par le comité médical supérieur.
7. Enfin, après avoir été rendu destinataire de l'avis du 2 juillet 2019 de cette instance supérieure, lequel a été reçu par le centre de gestion le 1er août suivant et a confirmé l'inaptitude totale et définitive de Mme B à ses fonctions sans possibilité de reclassement, la commune a engagé à bon droit, sur le fondement de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 précité, une procédure de mise à la retraite pour invalidité, dont l'intéressée a été informée le 5 septembre 2019 et a maintenu, le temps de cette procédure, Mme B en congé de maladie ordinaire, avec demi-traitement. Après avoir pris connaissance des conclusions rendues par un médecin expert le 27 octobre 2019, qu'elle avait saisi dans le cadre de cette nouvelle procédure, lesquelles conclusions ont relevé que l'état de santé de Mme B était compatible avec la reprise de ses fonctions à compter du 5 janvier 2020, la commune, sur la base de l'article 17 susmentionné a, à juste titre, renouvelé par un arrêté du 20 décembre 2019, le congé de maladie ordinaire de Mme B avec maintien du demi-traitement, dans l'attente d'un nouvel avis du comité médical qui a été rendu le 10 mars 2020, puis de l'avis du médecin de prévention, lequel s'est prononcé le 29 mai 2020.
8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5, 6 et 7 que Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été placée à tort en congé de maladie ordinaire avec demi-traitement et aurait dû être replacée en position d'activité dès le mois de janvier 2019, alors qu'elle ne pouvait reprendre son service en l'absence d'avis favorable du comité médical, lequel est intervenu le 10 mars 2020.
S'agissant du retard dans la mise en œuvre de la procédure :
9. Il ne résulte pas de l'instruction que la commune de Brive, qui ne peut être tenue pour responsable du délai de 5 mois et demi à l'issue duquel le comité médical supérieur a rendu son avis, ni du délai de 4 mois séparant la date à laquelle elle a saisi le comité médical quant à l'aptitude à la reprise de la requérante et la date à laquelle cette instance a rendu son avis le 10 mars 2020, aurait agi avec un retard fautif dans la manière dont elle a géré la situation administrative de Mme B entre le 22 janvier 2019 et le 2 juin 2020. A cet égard, le délai séparant la date de délivrance de l'avis du comité médical concluant à l'aptitude médicale de l'intéressée, soit le 10 mars 2020 comme dit précédemment et la date à laquelle Mme B a repris ses fonctions, soit le 2 juin 2020, n'est pas déraisonnable alors qu'entre ces deux dates, le médecin de prévention a été saisi et a rendu sa recommandation le 29 mai 2020, ainsi que le préconisait le rapport d'expertise du 27 octobre 2019.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
10. La responsabilité de la puissance publique peut se trouver engagée, même sans faute, sur le fondement du principe d'égalité des citoyens devant les charges publiques, lorsqu'une mesure légalement prise a pour effet d'entraîner, au détriment d'une personne physique ou morale, un préjudice grave et spécial, qui ne peut être regardé comme une charge lui incombant normalement.
11. En l'espèce, la requérante en se bornant à faire état " des errements de l'administration, des décisions contradictoires, de la lenteur avec laquelle [sa] situation a été traitée " ne justifie pas d'une rupture d'égalité devant les charges publiques. Par les pièces qu'elle produit, elle ne justifie pas davantage du caractère grave et spécial des préjudices qu'elle invoque.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à engager la responsabilité de la commune de Brive sur le terrain de la responsabilité pour faute et sans faute.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Brive, qui n'est pas la partie perdante, verse une quelconque somme à Mme B au titre des frais non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.
Article 2:Les conclusions de la commune de Brive tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Brive-la-Gaillarde.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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