jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100468 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | JUGE UNIQUE F MARTHA |
| Avocat requérant | BAKER & MCKENZIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 mars 2021 et le 23 janvier 2023, la société L'immobilière Leroy Merlin France, représentée par Me Meier, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 pour des montant respectifs de 29 438 euros et 28 507 euros, incluant des frais de gestion au titre des locaux situés 5593, route de Montluçon, au Poinçonnet (36330) ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les délibérations fixant le taux de taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre des années 2019 et 2020 méconnaissent les dispositions de l'article 1520 du code général des impôts, en raison du caractère manifestement excessif de ce taux. Elle a abandonné, par son mémoire du 23 janvier 2023, le moyen tenant au fait qu'en présence d'une redevance spéciale le service d'élimination des déchets non ménagers ne peut être financé par la TEOM et que la part des déchets non ménagers doit être évaluée à 20% du volume total des déchets collectés.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2021, la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Les délibérations portant adoption des budgets primitifs 2019 et 2020 et fixation des taux de TEOM pour les deux années considérées, adoptées respectivement les 24 décembre 2018 et 13 décembre 2019, ont été produites par la direction départementale des finances publiques de la Haute-Vienne le 17 janvier 2023 et n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Martha, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. La société L'immobilière Leroy Merlin France est propriétaire de locaux situés 5593, route de Montluçon, au Poinçonnet (36330). Elle a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) pour les années 2019 et 2020. A la suite du rejet de sa réclamation préalable par une décision du 26 janvier 2021, elle demande la décharge de la cotisation de TEOM à laquelle elle a été assujettie pour un montant de 29 438 euros au titre de l'année 2019 et de 28 507 euros au titre de l'année 2020, frais de gestion inclus.
2. La société requérante invoque à l'appui de ses conclusions aux fins de décharge, l'illégalité des délibérations par lesquelles la communauté d'agglomération de Châteauroux a fixé le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à 6,8 % pour les années 2019 et 2020. Elle soutient que ces délibérations sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 1520 du code général des impôts dès lors que les recettes générées par cette taxe dépassent pour 2019 de 16, 75 % et pour 2020 de 14, 58% le coût du service non couvert par les recettes non fiscales.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne le cadre juridique du litige :
3. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 applicable à l'imposition au titre de l'année 2019 : " I. - Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal ()" . Aux termes de ce même article dans sa rédaction issue de la loi n° 2018- 1317 du 28 décembre 2018 applicable à l'imposition au titre de l'année 2020 : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi qu'aux dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. Les dépenses du service de collecte et de traitement des déchets mentionnées au premier alinéa du présent I comprennent : 1° Les dépenses réelles de fonctionnement ; 2° Les dépenses d'ordre de fonctionnement au titre des dotations aux amortissements des immobilisations lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure ; 3° Les dépenses réelles d'investissement lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure. ". Aux termes de l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-1786 du 29 décembre 2015 applicable au litige : " Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes peuvent instituer une redevance spéciale afin de financer la collecte et le traitement des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14. / Ils sont tenus de l'instituer lorsqu'ils n'ont institué ni la redevance prévue à l'article L. 2333-76 du présent code ni la taxe d'enlèvement des ordures ménagères prévue à l'article 1520 du code général des impôts. / Ils ne peuvent l'instituer s'ils ont institué la redevance prévue à l'article L. 2333-76 () / Elle est calculée en fonction de l'importance du service rendu, notamment de la quantité des déchets gérés. Elle peut toutefois être fixée de manière forfaitaire pour la gestion de petites quantités de déchets ". L'article L. 2224-14 du même code précise que : " Les collectivités visées à l'article L. 2224-13 assurent la collecte et le traitement des autres déchets définis par décret, qu'elles peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières ".
4. D'une part, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales cité au point 3 et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets ménagers comme des déchets non ménagers, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du même code, relatives à ces opérations. Les dépenses susceptibles d'être prises en compte sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi que les dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, et pour l'année 2020 en litige, les dépenses réelles d'investissement lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe.
5. Il appartient au juge de l'impôt, pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, de rechercher si le produit de la taxe, tel qu'estimé à la date de l'adoption de la délibération, les éléments définitifs postérieurs, notamment résultant du compte administratif, n'étant pris en compte qu'à défaut de précisions dans les dépenses estimées, n'est pas manifestement disproportionné par rapport au coût de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 précité, tel qu'il pouvait être estimé à cette même date, non couvert par les recettes non fiscales affectées à ces opérations.
6. D'autre part, il résulte des dispositions du I de l'article 1520 du code général des impôts que le législateur a entendu permettre aux communes et aux établissements publics de coopération intercommunale compétents, à compter du 1er janvier 2016, de couvrir les dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets non ménagers mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales au moyen, concurremment, du produit de la redevance spéciale de l'article L. 2333-78 du même code et, en tant que de besoin, du produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères. Ainsi, le produit attendu de la redevance spéciale doit être inclus dans les recettes non fiscales devant être déduites du montant des dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets ménagers comme des déchets non ménagers pour apprécier le caractère non manifestement disproportionné du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères.
En ce qui concerne la légalité des délibérations litigieuses :
7. D'une part, pour l'année 2019, il résulte de l'instruction, et notamment de l'extrait du budget primitif 2019 produit, que le montant des dépenses du service de collecte et de traitement des déchets, comprenant les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 précité ainsi que les dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, s'élève à 8 635 525, 85 euros. Il résulte également de l'instruction que les recettes non fiscales s'élèvent, en prenant en compte les produits de services, domaine et ventes diverses, incluant le produit de la redevance spéciale d'un montant de 700 000 euros, les dotations et participations, et les autres produits de gestion courante à 1 087 300 euros. Le montant des dépenses de fonctionnement relatives aux déchets ménagers et aux déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, non couvertes par des recettes non fiscales, s'élève ainsi au minimum à 7 548 225,85 euros. Selon ce même budget primitif, les prévisions de recettes de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères s'établissent à 8 810 000 euros. Il en résulte que le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est supérieur de 16, 7% au montant des charges que cette taxe a pour objet de couvrir. Il suit de là que le taux de cette taxe doit être regardé comme manifestement disproportionné. La société requérante est dès lors fondée à soutenir que la délibération du conseil communautaire de la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2019 est illégale.
8. D'autre part pour l'année 2020, il résulte de l'instruction, et notamment de l'extrait du budget primitif 2020 produit, que le montant des dépenses du service de collecte et de traitement des déchets, comprenant les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 précité, les dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées à hauteur de 516 750 euros, s'élève à 8 771 323 euros. Il résulte également de l'instruction que les recettes non fiscales s'élèvent, en prenant en compte les produits de services, domaine et ventes diverses, incluant le produit de la redevance spéciale d'un montant de 700 000 euros, les dotations et participations, et les autres produits de gestion courante à 983 676 euros. Le montant des dépenses de fonctionnement relatives aux déchets ménagers et aux déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, non couvertes par des recettes non fiscales, s'élève ainsi au minimum à 7 805 647 euros. Selon ce même budget primitif, les prévisions de recettes de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères s'établissent à 8 943 554 euros. Il en résulte que le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est supérieur, au maximum, de 14, 5% au montant des charges que cette taxe a pour objet de couvrir, alors au demeurant que des dépenses d'investissement nouvelles non couvertes par des dotations aux amortissements sont prévues au budget 2020. Il suit de là que le taux de cette taxe ne doit pas être regardé comme manifestement disproportionné de sorte que la société requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la délibération par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole a fixé le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2020.
9. Il résulte de ce qui précède que la société L'immobilière Leroy Merlin France est seulement fondée à demander la décharge totale des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2019, pour un montant de 29 438 euros à raison des locaux dont elle est propriétaire au Poinçonnet.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à la société L'immobilière Leroy Merlin d'une somme de 800 euros au titre des frais non compris dans les dépens exposés.
D E C I D E :
Article 1er: La SA L'immobilière Leroy Merlin est déchargée de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2019 dans les rôles de la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole, ainsi que des frais de gestion s'y rapportant.
Article 2:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 :L'Etat versera la somme de 800 (huit cents) euros à la société L'immobilière Leroy Merlin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4:Le présent jugement sera notifié à la société L'immobilière Leroy Merlin, à la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne et à Châteauroux Métropole.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
Le magistrat désigné,
F. B
Le greffier,
M. A
La République mande et ordonne
au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026