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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100476

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100476

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100476
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VALIERE VIALEIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces, enregistrés les 18 mars 2021, 25 mars 2021 et 6 mars 2023, Mme E et M. C F, représentés par Me Renaudie, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à verser à Mme F, après déduction des provisions d'un montant de 55 000 euros qui lui ont déjà été payées, une somme de 100 368,34 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des manquements commis par cet établissement public de santé dans sa prise en charge ;

2°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et la SHAM à verser à M. F une somme de 506,18 euros correspondant à un préjudice matériel qu'il a subi pour accompagner sa mère à des opérations d'expertise le 28 août 2020 ;

3°) de mettre solidairement à la charge du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et de la SHAM une somme de 5 000 euros à leur verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde :

- ainsi qu'il résulte du rapport d'expertise judiciaire établi le 8 septembre 2020 par le docteur D, la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde est engagée en raison, premièrement, du caractère non-indiqué de l'ostéotomie tibiale qu'elle a subie le 15 juin 2016, deuxièmement, de la faute technique commise par le chirurgien qui, lors de cette intervention, a sectionné le paquet vasculo-nerveux, troisièmement, d'un défaut d'information.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant des préjudices de la victime directe, Mme E F :

Quant aux préjudices patrimoniaux :

- elle est fondée à demander le versement d'une somme de 669,97 euros au titre de frais de déplacement restés à sa charge, d'une somme de 69 699,24 euros au titre des frais d'assistance permanente par une tierce personne, d'une somme de 2 385 euros au titre de dépenses de santé futures, d'une somme de 16 388,74 euros au titre des frais d'adaptation de son logement, d'une somme de 359,99 euros au titre de l'achat d'une chaise longue électrique et d'une somme de 2 552,90 euros au titre des frais de véhicule adapté.

Quant aux préjudices extrapatrimoniaux :

- elle est fondée à demander le versement d'une somme de 10 512,50 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire (DFT) total et partiel, d'une somme de 25 800 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent (DFP), d'une somme de 2 000 euros au titre d'une perte de chance résultant du défaut d'information, d'une somme de 20 000 euros au titre des souffrances endurées, d'une somme de 1 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire et d'une somme de 4 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent.

S'agissant de la victime indirecte, M. C F :

- en raison des frais de déplacement exposés pour accompagner sa mère à des rendez-vous médicaux et du manque à gagner professionnel en résultant, il est fondé à demander le versement d'une somme de 506,18 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 20 octobre 2021, 3 novembre 2021 et 19 janvier 2023, le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et la SHAM, représentés par Me Valière-Vialeix, demandent au tribunal :

1°) de réduire à de plus justes proportions l'indemnisation sollicitée par les requérants en réparation de leurs préjudices, qui devra également être diminuée des provisions déjà versées ;

2°) de réduire à 1 500 euros la somme demandée par les requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de statuer ce que de droit sur les dépens.

Ils font valoir que :

- la responsabilité du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde ne saurait être engagée en raison d'un manquement à l'obligation d'information de la patiente et d'un défaut d'indication opératoire ;

- s'il y a eu une complication fautive pendant l'opération en raison de la section artérielle et de la section du nerf sciatique poplité interne, la technique opératoire mise en œuvre sur le plan orthopédique était néanmoins conforme aux règles de l'art ;

- seuls les préjudices en lien direct et certain avec la section artérielle et veineuse et avec la section du nerf sciatique poplité interne doivent donner lieu à indemnisation, à l'exception des suites habituelles d'une ostéotomie et des autres pathologies présentées par Mme F ;

- les sommes demandées par Mme F sont soit sans lien direct et certain avec le seul manquement pouvant être retenu soit excessives ;

- il y a lieu de déduire de l'indemnisation de Mme F les provisions de 2 000 euros, 3 000 euros et 50 000 euros qui lui ont déjà été versées ;

- pour ce qui concerne le remboursement des prestations versées par la MSA à son assurée ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion, une somme de 12 357,46 euros a déjà été versée le 27 mai 2019 à cet organisme, qui a précisé ne pas souhaiter intervenir dans la présente instance.

Par des mémoires enregistrés les 18 mai 2021, 26 octobre 2021 et 15 février 2021, la MSA du Limousin indique qu'elle n'entend pas présenter de conclusions dans la présente instance et informe le tribunal de ce que les prestations versées pour Mme F, qui ont déjà donné lieu à remboursement de la part du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et de son assureur, s'élèvent à la somme de 11 227,46 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Veyriras, pour le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et la SHAM.

Considérant ce qui suit :

1. Après s'être vu diagnostiquer une arthrose du genou droit au stade 2, Mme E F, née le 12 avril 1945, a subi une ostéotomie tibiale de valgisation par ouverture interne au centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde le 15 juin 2016. Lors de l'opération, il a été constaté un saignement abondant consécutif à une section transversale par le médecin réalisant l'intervention de l'artère poplité basse, de la veine et du nerf sciatique poplité interne. Appelé en urgence, un chirurgien vasculaire de ce centre hospitalier a procédé à une suture directe de l'artère, de la veine et du nerf. Hospitalisée au centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde jusqu'au 29 juin 2016, Mme F, qui s'est vu retirer le matériel d'ostéosynthèse du genou droit le 15 avril 2017, a gardé, en raison des complications de l'ostéotomie tibiale, et malgré des traitements et une rééducation, certaines séquelles neurologiques, avec notamment des troubles de la marche, et vasculaires avec obligation de port de bas de contention. Après avoir initié une procédure amiable d'indemnisation, dans le cadre de laquelle deux rapports d'expertise ont été établis les 19 juin 2017 et 9 octobre 2018 par le docteur A et deux provisions d'un montant de 2 000 euros et de 3 000 euros lui ont été versées par la société hospitalière des assurances mutuelles (SHAM), Mme F, se prévalant de nouveaux éléments relatifs à son état de santé, telle la pose d'une prothèse au genou droit réalisée le 13 février 2019, a demandé au juge des référés du tribunal d'ordonner une expertise médicale. Il a été fait droit à cette demande par une ordonnance n° 1901826 du 25 mai 2020. Le docteur D, désigné par le juge des référés, a établi son rapport d'expertise le 8 septembre 2020. Se fondant notamment sur les conclusions de ce rapport d'expertise, Mme E F, qui s'est vu allouer une provision de 50 000 euros par une ordonnance n° 2101528 du 15 juin 2022, et son fils, M. C F, demandent par la présente requête au tribunal de condamner solidairement le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et la SHAM à leur verser, après déduction des provisions déjà payées, une somme globale de 100 874,52 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison des manquements commis par cet établissement de santé.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

3. D'une part, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire établi le 8 septembre 2020, que, pour le traitement de l'arthrose du genou, le recours à une ostéotomie tibiale en cas d'inefficacité des traitements médicamenteux, laquelle vise à une correction de l'axe inadapté du tibia, est indiqué en présence d'une arthrose unicompartimentée débutante chez des patients de moins de 60 ans. Dans son rapport, l'expert judiciaire, qui fait référence à une " limite d'âge " de 60 ans, précise que le fait de réaliser une ostéotomie tibiale à un âge plus avancé n'est pas opportun dans la mesure où les analyses de survie ont montré que cette intervention, qui a au demeurant " perdu de son intérêt en raison [de ses] complications élevées ", expose le patient âgé à un risque accru de conversion plus précoce en arthroplastie, donc en pose de prothèse. Alors que les dires du 28 août 2020 produits en défense ne sont pas de nature à remettre en cause l'analyse suffisamment détaillée de l'expert judiciaire quant aux cas dans lesquels la littérature médicale recommande ou non le recours à une ostéotomie tibiale, il résulte de l'instruction qu'en l'espèce le choix du recours à ce type de traitement chirurgical doit, en dépit de la présence d'un varus à 4°, être regardé, compte tenu de la situation d'ensemble de la patiente, alors âgée de 71 ans et dont l'arthrose n'était pas débutante, comme non-conforme aux règles de l'art et aux données acquises par la science. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde est engagée sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique en raison de l'indication d'ostéotomie tibiale à la place du recours en première intention à une pose de prothèse du genou droit, laquelle n'a été mise en place que le 13 février 2019.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction que, pendant l'intervention du 15 juin 2016, le médecin qui a procédé à l'ostéotomie tibiale a sectionné, au niveau de la face postérieure du genou droit qui devait faire l'objet d'une protection spécifique, l'artère et la veine poplitées ainsi que le nerf sciatique poplité interne, ce qui a entraîné un saignement abondant nécessitant des sutures en urgence par un médecin vasculaire. Comme il résulte des rapports d'expertises amiables établis les 19 juin 2017 et 9 octobre 2018, et du rapport d'expertise judiciaire établi le 8 septembre 2020, cette section du paquet vasculo-nerveux constitue une faute technique dont la matérialité n'est pas contestée en défense. Cette faute technique engage la responsabilité du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

5. En second lieu, selon l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, dans sa version applicable au litige : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. Elle est également informée de la possibilité de recevoir, lorsque son état de santé le permet, notamment lorsqu'elle relève de soins palliatifs au sens de l'article L. 1110-10, les soins sous forme ambulatoire ou à domicile. Il est tenu compte de la volonté de la personne de bénéficier de l'une de ces formes de prise en charge. Lorsque, postérieurement à l'exécution des investigations, traitements ou actions de prévention, des risques nouveaux sont identifiés, la personne concernée doit en être informée, sauf en cas d'impossibilité de la retrouver. / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. () / En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen ".

6. L'information qui doit être portée à la connaissance du patient en application des dispositions de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique citées au point précédent, lorsqu'elle porte sur les risques fréquents ou graves normalement prévisibles que comporte une intervention chirurgicale ainsi que sur les autres solutions thérapeutiques possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus, doit en principe être délivrée par le médecin ou l'équipe médicale chargée de cette intervention, dans un délai suffisant pour permettre au patient de donner, de manière éclairée, son consentement à la réalisation de l'acte chirurgical ou d'en refuser la réalisation. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

7. Il résulte de l'instruction, notamment des rapports d'expertises amiables et du rapport d'expertise judiciaire que, le 25 avril 2016, soit dans un délai suffisant avant l'intervention du 15 juin 2016, Mme F a signé un document dans lequel elle a indiqué autoriser le recours à une ostéotomie tibiale et a précisé, par une mention manuscrite, " avoir été éclairée sur la nature, les avantages et les risques " de cette opération. L'intéressée n'établit ni même n'allègue que la section du paquet vasculo-nerveux n'aurait pas été au nombre des risques portés à sa connaissance lorsqu'elle a signé ce document le 25 avril 2016. En outre, si Mme F fait valoir qu'elle aurait demandé la pose d'une prothèse du genou au lieu d'une ostéotomie tibiale, aucune pièce du dossier ne permet de l'établir, alors qu'il est constant qu'elle a donné son accord exprès pour une ostéotomie tibiale. Enfin, il résulte de l'instruction, notamment du courrier de sortie rédigé le 29 juin 2016 par le médecin ayant réalisé l'ostéotomie tibiale, que Mme F a été informée dès son réveil des complications de l'intervention et des suites éventuelles. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir d'un manquement à l'obligation d'information qui est prévue à l'article L. 1111-2 du code de la santé publique.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant des préjudices de la victime directe, Mme E F :

Quant aux préjudices patrimoniaux :

8. En premier lieu, Mme F, qui produit un tableau récapitulatif de divers frais de déplacements qu'elle a exposés pour se rendre à des rendez-vous médicaux à Brive-la-Gaillarde et aux opérations d'expertises amiables diligentées par la SHAM à Limoges, sollicite le versement d'une somme de 669,97 euros destinée à rembourser ces frais. La réalité et l'étendue de ces frais de déplacements, ainsi que le principe de leur prise en charge n'étant notamment pas contestés en défense, il y a lieu de condamner solidairement le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et son assureur la SHAM à verser cette somme à Mme F.

9. En deuxième lieu, si Mme F demande, au titre des dépenses de santé futures, le versement d'une indemnité de 2 385 euros correspondant au coût en capital du renouvellement de chaussures orthopédiques tous les deux ans, elle n'établit pas que ces dépenses resteraient bien à sa charge, de sorte qu'en l'état, l'indemnité demandée n'a pas à être allouée. De même, si elle sollicite une somme de 359,99 euros au titre de l'achat d'une chaise longue électrique, elle n'établit ni l'existence d'un lien direct et certain avec les fautes commises par le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde ni que cet appareil est nécessaire à son état de santé.

10. En troisième lieu, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

11. SI les pièces versées au dossier ne permettent pas de déterminer dans quelle mesure les divers problèmes de santé qui ont été rencontrés par Mme F, indépendamment des conséquences des fautes commises par le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde, à savoir, comme il est mentionné en défense, la pose de prothèses aux deux genoux, une opération du canal lombaire étroit et des sciatiques douloureuses, peuvent effectivement nécessiter le recours à une tierce personne, il résulte toutefois de l'instruction, notamment du rapport d'expertise amiable du 9 octobre 2018 et du rapport d'expertise judiciaire du 8 septembre 2020 que, compte tenu des séquelles neurologiques qu'elle a conservées en raison de la section du nerf sciatique poplité interne, la requérante doit être regardée comme ayant besoin, à compter de la date de consolidation de son état de santé fixée au 15 juin 2018, de l'aide d'une tierce personne à raison de dix heures par mois pour l'entretien de sa maison et ses courses avec charges lourdes et à raison de trois heures par mois pour l'entretien de son jardin. Sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération incluant les charges patronales et les majorations de rémunération pour travail du dimanche fixé à 13 euros et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par Mme F en raison de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne à compter du 15 juin 2018 en lui allouant, compte tenu de son âge de 73 ans à cette date, et après application du coefficient de capitalisation de 15,900 figurant au barème de capitalisation de la Gazette du Palais de 2020 sur lequel la requérante se fonde, une somme de 37 000 euros.

12. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire du 8 septembre 2020, que l'état de santé de Mme F à compter de la date de consolidation nécessite des travaux d'adaptation de sa maison avec aménagement de douche à l'italienne, monte escaliers et, à l'extérieur, mise en place d'un plan incliné maçonné en remplacement de l'escalier. Toutefois, comme il est indiqué en défense sans contestation sur ce point, l'installation d'une main courante n'apparait pas nécessaire en présence d'un monte escaliers. Il résulte aussi de l'instruction que seuls 60 % de ces travaux peuvent être regardés comme présentant un lien direct et certain avec les conséquences des fautes commises par le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde, les 40 % restants étant imputables à l'état séquellaire indépendant de ces conséquences, en particulier les altérations du genou gauche. Dans les circonstances, et au vu des devis produits qui ne présentent pas un caractère excessif, il sera fait une juste appréciation des frais de logement adapté résultant des conséquences des fautes commises par le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde dans la prise en charge de la requérante, dont la réparation n'est pas subordonnée à la production de factures, en condamnant solidairement cet établissement de santé et la SHAM à lui verser une somme de 14 000 euros.

13. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier des conclusions du rapport d'expertise judiciaire, qu'à compter de la date de consolidation, l'utilisation d'un " véhicule automatique " est plus appropriée à l'état de santé de Mme F. A cet égard, l'intéressée demande le versement d'une somme de 2 552,90 euros, figurant sur un devis établi par la SARL Lapeyrie Garage Carburologue, correspondant au coût d'installation, sur son véhicule Clio IV, d'un kit accélérateur par cercle électronique. Alors que, comme il a été indiqué au point 12, seuls 60 % de ces frais d'adaptation véhicule peuvent être regardés comme présentant un lien direct et certain avec les conséquences des fautes du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en condamnant solidairement cet établissement de santé et la SHAM à verser à Mme F une somme de 1 550 euros.

Quant aux préjudices extrapatrimoniaux :

14. En premier lieu, après déduction des périodes de déficit fonctionnel temporaire total et partiel que Mme F aurait nécessairement subies s'il avait été recouru dès le 15 juin 2016 à une pose de prothèse du genou ou en l'absence de section du paquet vasculo-nerveux pendant l'opération d'ostéotomie tibiale, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire total et partiel résultant pour l'intéressée des seules conséquences des manquements commis par le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde en lui allouant, pour ce poste de préjudice qui ne saurait concerner une période postérieure à la date de consolidation, une indemnité de 3 000 euros.

15. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction qu'en raison des fautes commises par le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde, Mme F a enduré des souffrances, évaluées à 4,5/7 par l'expert judiciaire en raison de traitements lourds, d'une longue rééducation et aussi du recours à trois interventions, à savoir une ostéotomie tibiale, une ablation du matériel d'ostéosynthèse et une pose de prothèse du genou droit, au lieu d'une seule opération de pose de cette prothèse. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste évaluation des souffrances endurées par l'intéressée en condamnant solidairement le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et la SHAM à lui verser une somme de 7 500 euros.

16. En troisième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire et du préjudice esthétique permanent subis par Mme F en raison des conséquences des fautes commises par le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde en lui allouant une indemnité de 3 000 euros.

17. En quatrième lieu, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel permanent subi par Mme F, évalué par l'expert judiciaire à 20 % en raison notamment des séquelles neurologiques et vasculaires qu'elle a conservées du fait des fautes qui ont été commises par le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde, en lui allouant, au vu de son âge à la date de consolidation de son état de santé, une somme de 25 000 euros.

18. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et la SHAM sont solidairement condamnés à verser à Mme F une somme globale de 91 719,97 euros, avec les intérêts au taux légal à compter de la date de réception du courrier du 28 décembre 2020 portant réclamation préalable, et capitalisation à chaque échéance annuelle. Cette somme, ainsi que les intérêts et leur capitalisation, devront être versés après déduction des provisions de 55 000 euros déjà payées.

S'agissant des préjudices de la victime indirecte, M. C F :

19. M. F demande le versement d'une somme de 506,18 euros correspondant à des frais de déplacement, de repas et de stationnement exposés le 28 août 2020 lorsqu'il a accompagné sa mère à Brive-la-Gaillarde pour les opérations d'expertise réalisées par le docteur D, ainsi qu'à l'indemnisation d'un jour de congé sans solde qu'il a posé pour cette journée. Alors qu'ils ne s'opposent pas à ce paiement, il y a lieu de condamner solidairement le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et la SHAM à verser à M. F cette somme de 506,18 euros.

Sur les frais d'expertise :

20. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat ".

21. Il y a lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde les frais et honoraires de l'expertise réalisée par le docteur D ordonnée par le juge des référés du tribunal par l'ordonnance n° 1901826 du 25 mai 2020, taxés et liquidés à la somme de 4 019,63 euros par une ordonnance du président du tribunal du 29 septembre 2020.

Sur les frais liés au litige :

22. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

23. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre solidairement à la charge du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et de la SHAM une somme de 1 800 euros à verser à Mme E F sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: Le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et la SHAM sont solidairement condamnés à verser à Mme E F une somme globale de 91 719,97 (quatre vingt onze mille sept cents dix-neuf euros et quatre-vingt-dix-sept centimes) euros, avec les intérêts au taux légal à compter de la date de réception du courrier du 28 décembre 2020 portant réclamation préalable, et capitalisation à chaque échéance annuelle. Cette somme, ainsi que les intérêts et leur capitalisation, devront être versés après déduction des provisions de 55 000 (cinquante cinq mille) euros déjà payées.

Article 2:Le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et la SHAM sont solidairement condamnés à verser à M. C F une somme de 506,18 (cinq cent six euros et dix-huit centimes) euros en réparation de son préjudice

Article 3: Les frais et honoraires de l'expertise réalisée par le docteur D ordonnée par le juge des référés du tribunal par l'ordonnance n° 1901826 du 25 mai 2020, taxés et liquidés à la somme de 4 019,63 (quatre mille dix-neuf euros et soixante-trois) euros par une ordonnance du président du tribunal du 29 septembre 2020, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde.

Article 4:Le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et la SHAM verseront solidairement à Mme E F une somme de 1 800 (mille huit cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté

Article 6:Le présent jugement sera notifié à Mme E F, à M. C F, au centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde, à la SHAM et à la MSA. Une copie en sera adressée pour information au docteur D, expert judiciaire.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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