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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100503

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100503

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100503
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSARTORIO LONQUEUE SAGALOVITSCH & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 mars 2021, le 3 juillet 2023 et le 21 novembre 2023, la SARL Architectes Associés, représentée par Me Valiere-Vialeix, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 29 janvier 2021 par laquelle le président de la communauté urbaine de Limoges métropole a rejeté sa demande de paiement de ses honoraires pour un montant de 28 228,80 euros toutes taxes comprises dans le cadre du décompte général et définitif du marché de maîtrise d'œuvre de la construction d'un centre aquatique ;

2°) de condamner la communauté urbaine de Limoges métropole, à titre principal, au paiement à son profit de la somme de 28 228,80 euros toutes taxes comprises et, à titre subsidiaire, au paiement à son profit de la somme de 31 917,88 euros toutes taxes comprises par application des révisions de prix prévues au contrat ;

3°) de mettre à la charge de la communauté urbaine de Limoges métropole la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le mandataire du groupement conjoint étant défaillant, elle a qualité pour demander le paiement des honoraires qui lui sont dus ;

- le tribunal administratif de Limoges ayant rejeté la responsabilité du maître d'œuvre et l'appel devant la cour administrative de Bordeaux n'étant pas suspensif, la communauté urbaine de Limoges métropole ne saurait retenir les honoraires dus dans l'attente de la décision de cette cour.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 décembre 2021 et le 6 octobre 2023, la communauté urbaine de Limoges métropole (CULM), représentée par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SARL Architectes Associés en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en ce que la SARL Architectes Associés n'étant pas le mandataire du groupement conjoint elle ne dispose pas de la qualité pour agir ; qu'en outre la réclamation présentée est tardive ;

- elle est pleinement fondée à surseoir à l'établissement du décompte général en raison du contentieux pendant devant la cour administrative d'appel de Bordeaux qui l'oppose au titulaire du marché de gros-œuvre lequel recherche sa responsabilité en raison des carences de la maîtrise d'œuvre à établir les plans d'exécution dans les délais prévus et des travaux supplémentaires non prévus qui en ont découlé ;

- la demande de paiement présentée par la SARL Architectes Associés est contestable tant dans son principe que dans son quantum.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code des marchés publics ;

- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 ;

- le décret n° 93-1268 du 29 décembre 1993 ;

-l'arrêté du 16 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- les conclusions de M. Slimani, rapporteur public,

- et les observations de Me Bieder, représentant la communauté urbaine de Limoges métropole.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté urbaine de Limoges métropole (CULM) a conclu le 1er octobre 2010 un marché de maîtrise d'œuvre avec un groupement momentané d'entreprises composé de la société à responsabilité limitée (SARL) Japac architecture, devenue la société d'exercice libéral par actions simplifiées (SELAS) Octant Architecture, mandataire solidaire, de la SARL Architectes Associés, de la SARL Soja ingénierie et de la société par action simplifiée Betom ingénierie Atlantique devenue la société Betom ingénierie, en vue de la construction d'un centre aquatique intercommunal. Le mode de fonctionnement de ce groupement a été formalisé par une convention de groupement momentané d'entreprises du 16 novembre 2010. Le 6 octobre 2017, la SELAS Octant architecture a présenté au maître d'ouvrage sous forme d'un projet de décompte final, le solde du marché de maîtrise d'œuvre pour un montant de 242 482,31 euros. Ce projet a été rejeté par la CULM le 16 mars 2018. Par un jugement du 22 septembre 2020, le tribunal de commerce de Rouen a ordonné la cession totale des actifs de la SELAS Octant Architecture, mandataire du groupement, à la société Atelier Perinet - Marquet Associés (AP-MA). Par un nouveau jugement du 9 mars 2021, ce même tribunal a prononcé la liquidation judiciaire de la SELAS Octant Architecture et nommé un liquidateur. Le 25 novembre 2020, la société Architectes Associés a formé une demande indemnitaire préalable afin d'obtenir le paiement de ses honoraires dès lors que le mandataire du groupement était défaillant. Le 29 janvier 2021, le président de la CULM lui a proposé la possibilité d'un versement d'une avance sur le décompte à venir dont elle demande l'annulation.

Sur l'étendue du litige :

2. La décision du 29 janvier 2021, répondant à la demande indemnitaire de la société requérante formée le 25 novembre 2020, par laquelle la CULM a seulement accepté le versement d'une avance sur le décompte à venir a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de la société, qui a donné à sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de la SARL Architectes Associés à percevoir les sommes auxquelles elle prétend, les conclusions tendant à l'annulation de la décision contestée sont sans objet. Elles ne peuvent par suite qu'être rejetées.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la Communauté urbaine Limoges métropole :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 2 B du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché en litige : " Les pièces constitutives du marché sont les suivantes () : A) Pièces particulières : L'acte d'engagement (A.E.) et ses annexes ; () / B) Pièces générales : le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles (CCAG-PI) ". Aux termes de l'article 3.5 du cahier des clauses administratives générales alors en vigueur et auquel il est ainsi renvoyé : " Les règles relatives à la cotraitance sont fixées par les articles 51, 102 et 106 du code des marchés publics. ". Aux termes de l'article 51 du code des marchés public alors en vigueur " I. (). Le groupement est conjoint lorsque chacun des opérateurs économiques membres du groupement s'engage à exécuter la ou les prestations qui sont susceptibles de lui être attribuées dans le marché. (). II. (). Si le marché le prévoit, le mandataire du groupement conjoint est solidaire, pour l'exécution du marché, de chacun des membres du groupement pour ses obligations contractuelles à l'égard du pouvoir adjudicateur. ().

4. Il résulte des pièces du dossier et notamment de l'article 1er de l'acte d'engagement du 1er octobre 2010 que le groupement momentané d'entreprises formé pour l'exécution du marché de maîtrise d'œuvre pour la construction d'un centre aquatique à Limoges est un groupement conjoint dont le mandataire solidaire est la SARL Japac, aux droits de laquelle est venue la SELAS Octant Architecture.

5. D'autre part, aux termes de l'article 51 du code des marchés public alors en vigueur : " V. La composition du groupement ne peut être modifiée entre la date de remise des candidatures et la date de signature du marché. Toutefois, si le groupement apporte la preuve qu'un de ses membres est mis en liquidation judiciaire ou qu'il se trouve dans l'impossibilité d'accomplir sa tâche pour des raisons qui ne sont pas de son fait, il peut demander au pouvoir adjudicateur l'autorisation de continuer à participer à la procédure de passation sans cet opérateur défaillant, en proposant le cas échéant à l'acceptation du pouvoir adjudicateur un ou plusieurs sous-traitants. Le pouvoir adjudicateur se prononce sur cette demande après examen de la capacité professionnelle, technique et financière de l'ensemble des membres du groupement ainsi transformé et, le cas échéant, des sous-traitants présentés à son acceptation. ". Aux termes de l'article 12.1.3 du CCAG-PI alors en vigueur : " Quelle que soit la forme du groupement, le mandataire est seul habilité à présenter au pouvoir adjudicateur la demande de paiement ". ". Aux termes de l'article L. 642-7 du code de commerce : " Le tribunal détermine les contrats de crédit-bail, de location ou de fourniture de biens ou services nécessaires au maintien de l'activité au vu des observations des cocontractants du débiteur transmises au liquidateur ou à l'administrateur lorsqu'il en a été désigné. (). ". Aux termes de l'article 3.5 de du CCAG-PI en vigueur : " () En cas de défaillance du mandataire du groupement, les membres du groupement sont tenus de lui désigner un remplaçant. A défaut, et à l'issue d'un délai de huit jours courant à compter de la notification de la mise en demeure par le pouvoir adjudicateur d'y procéder, le cocontractant énuméré en deuxième position dans l'acte d'engagement devient le nouveau mandataire du groupement. ".

6. Il résulte de ces stipulations que lorsque le marché est confié à un groupement d'entrepreneurs, le mandataire de ce groupement représente les entrepreneurs vis-à-vis du pouvoir adjudicateur et est le seul habilité à présenter au maître d'ouvrage les demandes de paiement en y indiquant la répartition des paiements pour chacun des cotraitants. Il résulte toutefois de l'instruction que, par un jugement du 4 juin 2019, le tribunal de commerce de Rouen a placé la SELAS Octant Architecture, mandataire du groupement, sous la procédure de redressement judiciaire. Le 22 septembre 2020, le plan de redressement proposé a été rejeté, la totalité de ses actifs cédés à la société Atelier Périnet-Marquet et associés (AP-MA) et l'ensemble des chantiers en cours transféré. La liquidation judiciaire a été prononcée le 9 mars 2021. Dès lors, la SELAS Octant Architecture devenue défaillante ne pouvait plus assurer son rôle de mandataire lequel mandat n'était pas transmissible à la nouvelle entité AP-MA en ce qu'il n'était pas nécessaire au maintien de son activité au sens de l'article L. 642-7 du code de commerce. Il ne résulte pas de l'instruction que les trois autres entreprises cotraitantes membres du groupement dont le respect de l'intégrité devait les conduire à procéder à la désignation d'un nouveau mandataire, aient procéder à cette désignation, ni qu'en l'absence d'une telle désignation, le pouvoir adjudicateur, la CULM, les ait mises en demeure d'y procéder dans un délai de huit jours conformément à l'article 3.5 du CCAG-PI. Dès lors, la SARL Architecte Associés, énumérée en deuxième position dans l'acte d'engagement doit être regardée, contrairement à ce que soutient la partie défenderesse, comme disposant de la qualité pour agir. Par suite, la fin de non-recevoir tenant au défaut de qualité pour agir de la société requérante ne peut être accueillie.

7. En second lieu, aux termes de l'article 2 du CCAG-PI alors en vigueur : " Au sens du présent document : () le " titulaire " est l'opérateur économique qui conclut le marché avec le pouvoir adjudicateur. En cas de groupement des opérateurs économiques, le " titulaire " désigne les membres du groupement, représenté, le cas échéant, par son mandataire. ". Aux termes de l'article 37 de ce même document alors en vigueur : " Le pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. Tout différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'une lettre de réclamation exposant les motifs de son désaccord et indiquant, le cas échéant, le montant des sommes réclamées. Cette lettre doit être communiquée au pouvoir adjudicateur dans le délai de deux mois, courant à compter du jour où le différend est apparu, sous peine de forclusion. Le pouvoir adjudicateur dispose d'un délai de deux mois, courant à compter de la réception de la lettre de réclamation, pour notifier sa décision. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la réclamation. ".

8. L'apparition d'un différend, au sens de ces stipulations, entre le titulaire du marché et l'acheteur, résulte, en principe, d'une prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de l'acheteur et faisant apparaître le désaccord. Elle peut également résulter du silence gardé par l'acheteur à la suite d'une mise en demeure adressée par le titulaire du marché l'invitant à prendre position sur le désaccord dans un certain délai. Lorsqu'un tel différend apparaît, le titulaire doit présenter, dans un délai de deux mois, un mémoire de réclamation, à peine d'irrecevabilité de la saisine du juge du contrat. Par ailleurs, au sens des stipulations précitées, un mémoire du titulaire du marché ne peut être regardé comme une réclamation que s'il comporte l'énoncé d'un différend et expose, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées. Si ces éléments ainsi que les justifications nécessaires peuvent figurer dans un document joint au mémoire, celui-ci ne peut pas être regardé comme une réclamation lorsque le titulaire se borne à se référer à un document antérieurement transmis au représentant du pouvoir adjudicateur ou au maître d'œuvre sans le joindre à son mémoire.

9. La CULM fait valoir, d'une part, qu'aucune réclamation préalable ne lui a été adressée par le titulaire du marché, la SELAS Octant Architecture, qui n'a pas contesté le rejet de décompte final et, d'autre part, que la demande tendant au paiement du solde de sa quote-part de marché par la SARL Architectes Associés est tardive dès lors qu'elle a été introduite plus de deux mois après la naissance du différend dont elle ne précise pas la date. Toutefois, comme il a été indiqué au point 6 du présent jugement, la SELAS Octant Architecture étant défaillante et aucune procédure n'ayant été diligentée par le pouvoir adjudicateur pour mettre en demeure les autres membres du groupement de désigner un remplaçant, la société requérante disposait au jour de sa demande de la qualité pour agir. Son courrier du 25 novembre 2020 par le libellé de son objet " demande indemnitaire préalable ", mais aussi des termes employés " vous avez décidé de manière unilatérale de suspendre le paiement du solde des honoraires du groupement () Si cette décision a pu convenir à la SELAS Octant Architecture (), elle nous était, en revanche, préjudiciable, (). Le mandataire du groupement conjoint étant défaillant () la SARL architectes associés a donc qualité pour demander le paiement des honoraires qui lui sont dus (), soit la somme de 28 228,80 € TTC () A défaut de réponse de votre part ou en cas de réponse implicite de rejet, je serai contraint de saisir le tribunal administratif. " est sans ambiguïté sur sa nature qui doit s'analyser comme une réclamation préalable. Ce courrier était accompagné d'annexes justificatives avec les différents chiffrages nécessaires à l'établissement de ses prétentions financières. A supposer que le pouvoir adjudicateur détermine la naissance du différend au terme du délai d'un mois laissé à la SELAS Octant Architecture pour lui faire connaître la répartition détaillée des pénalités entre les membres du groupement suite au rejet du projet de décompte final le 16 mars 2018, il résulte toutefois de l'instruction que, par lettre du 27 avril 2018, la SELAS Octant Architecture a proposé au pouvoir adjudicateur de le rencontrer afin de trouver une solution acceptable. Il ne résulte pas de l'instruction que la CULM ait répondu à cette demande pas plus qu'à celle du 21 janvier 2020 par laquelle la SELAS Octant Architecture l'invitait à valider un projet actualisé de décompte final, et qu'elle ait ainsi pris une position écrite, explicite et non équivoque faisant apparaître le désaccord. Dès lors, en l'absence de la naissance d'un différend antérieur à la réclamation préalable de la société requérante du 25 novembre 2020, la tardiveté opposée par la partie défenderesse ne peut être accueillie. Par suite, la fin de non-recevoir opposée pour absence de réclamation préalable par la SELAS Octant Architecture et tardiveté de la réclamation préalable de la société requérante sera rejetée.

Sur les conclusions à fin de paiement :

10. D'une part, aux termes de l'article 6-3 du cahier des clauses administratives particulières : " Après constatation de l'achèvement de sa mission dans les conditions prévues à l'article 25, le maître d'œuvre adresse au maître de l'ouvrage une demande de paiement du solde sous forme d'un projet de décompte final () / Le maître d'ouvrage établit le décompte général () / Le maître de l'ouvrage notifie au maître d'œuvre le décompte général et l'état du solde. / Le décompte général devient définitif dès l'acceptation par le maître d'œuvre ".

11. D'autre part, il appartient au maître de l'ouvrage, lorsqu'il lui apparaît que la responsabilité de l'un des participants à l'opération de construction est susceptible d'être engagée à raison de fautes commises dans l'exécution du contrat conclu avec celui-ci, soit de surseoir à l'établissement du décompte jusqu'à ce que sa créance puisse y être intégrée, soit d'assortir le décompte de réserves. A défaut, si le maître d'ouvrage notifie le décompte général du marché, le caractère définitif de ce décompte fait obstacle à ce qu'il puisse obtenir l'indemnisation de son préjudice éventuel sur le fondement de la responsabilité contractuelle du constructeur, y compris lorsque ce préjudice résulte de désordres apparus postérieurement à l'établissement du décompte.

12. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 6 octobre 2017, la SELAS Octant Architecture a adressé à la CULM un projet de décompte final du marché de maîtrise d'œuvre comportant des travaux supplémentaires pour des montants de 41 117,06 euros et 4 087,35 euros hors taxe (HT) ainsi que des sujétions imprévues d'un montant de 86 484,46 euros HT. Il résulte également de l'instruction, que la CULM, par un courrier du 16 mars 2018, a, d'une part, rejeté les travaux supplémentaires non validés d'un montant de 4 087,35 euros HT et les sujétions imprévues identifiés par les études préalables et, d'autre part, infligé des pénalités de retard et de dépassement du seuil de tolérance pour un montant de 610 769,75 euros TTC. Enfin, elle précise qu'en raison des condamnations susceptibles d'être mises à la charge de la maîtrise d'œuvre appelée en garantie par ses soins dans le cadre d'un contentieux pendant devant le tribunal administratif de Limoges où sa responsabilité est recherchée, elle réservait ce point. L'existence d'un litige en cours devant la juridiction administrative devait conduire le maître d'ouvrage, pour sauvegarder les droits qu'il défend dans ce litige, soit à surseoir à l'établissement du décompte, soit à l'assortir de réserves correspondantes lesquelles n'ont pas à être chiffrées à ce stade. Dans ces circonstances, la CULM était fondée au jour du rejet du projet de décompte final à se prévaloir d'un sursis à l'établissement du décompte général. Toutefois, il résulte de l'instruction que le contentieux introduit le 15 janvier 2016 devant le tribunal administratif de Limoges a depuis fait l'objet d'un rejet par un jugement n° 1600075 du 12 décembre 2018 et d'une annulation partielle par un arrêt de la cour administrative de Bordeaux n° 20BX00485 du 7 mars 2023.

Sur le paiement des travaux supplémentaires et des sujétions imprévues :

13. Dans sa lettre de réclamation du 25 novembre 2020, la société Architectes Associés a saisi la CULM d'une demande de paiement du solde lui restant dû pour un montant de 28 228,80 euros toutes taxes comprises. Ce montant résulte de la différence entre le montant des différentes prestations réalisées, auquel s'ajoute les travaux supplémentaires validés selon la requérante par le maître d'ouvrage et les sujétions imprévues pour un montant total de 883 150,98 euros HT, et les acomptes déjà versés pour un montant de 860 751,44 euros HT. A la somme ainsi obtenue de 22 399,54 euros HT est appliquée une TVA de 20% ainsi qu'une actualisation de 5,02%. Toutefois, le pouvoir adjudicateur comme mentionné au point 12 du présent jugement a rejeté le 16 mars 2018 une partie des travaux supplémentaires et l'intégralité des sujétions imprévues.

14. Aux termes de l'article 9 de la loi du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d'ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d'œuvre applicables à la date du litige : " la mission de maîtrise d'œuvre donne lieu à une rémunération forfaitaire fixée contractuellement. Le montant de cette rémunération tient compte de l'étendue de la mission, de son degré de complexité et du coût prévisionnel des travaux ". Aux termes de l'article 30 du décret du 29 décembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé : " Le contrat de maîtrise d'œuvre précise, d'une part, les modalités selon lesquelles est arrêté le coût prévisionnel assorti d'un seuil de tolérance, sur lesquels s'engage le maître d'œuvre, et, d'autre part, les conséquences, pour celui-ci, des engagements souscrits. () En cas de modification de programme ou de prestations décidées par le maître de l'ouvrage, le contrat de maîtrise d'œuvre fait l'objet d'un avenant qui arrête le programme modifié et le coût prévisionnel des travaux concernés par cette modification, et adapte en conséquence la rémunération du maître d'œuvre et les modalités de son engagement sur le coût prévisionnel ".

15. Il résulte de ces dispositions que le titulaire d'un contrat de maîtrise d'œuvre est rémunéré par un prix forfaitaire couvrant l'ensemble de ses charges et missions, ainsi que le bénéfice qu'il en escompte, et que seules une modification de programme ou une modification de prestations décidées par le maître de l'ouvrage peuvent donner lieu à une adaptation et, le cas échéant, à une augmentation de sa rémunération. La prolongation de sa mission n'est de nature à justifier une rémunération supplémentaire du maître d'œuvre que si elle a donné lieu à des modifications de programme ou de prestations décidées par le maître d'ouvrage. En outre, le maître d'œuvre ayant effectué des missions ou prestations non prévues au marché de maîtrise d'œuvre et qui n'ont pas été décidées par le maître d'ouvrage a droit à être rémunéré de ces missions ou prestations, nonobstant le caractère forfaitaire du prix fixé par le marché si, d'une part, elles ont été indispensables à la réalisation de l'ouvrage selon les règles de l'art, ou si, d'autre part, le maître d'œuvre a été confronté dans l'exécution du marché à des sujétions imprévues présentant un caractère exceptionnel et imprévisible, dont la cause est extérieure aux parties et qui ont pour effet de bouleverser l'économie du contrat.

16. D'une part, il résulte de l'article 2.2 de l'acte d'engagement du 1er octobre 2010 que le taux de rémunération du groupement a été fixé à 15,59 % pour un coût prévisionnel des travaux de 35 800 000 euros, soit un forfait provisoire de rémunération hors taxes de

5 581 220 euros. Il est également constant que l'avenant n° 2 du 25 novembre 2011 a définitivement arrêté le forfait de l'équipe de maîtrise d'œuvre à 5 702 525,51 euros HT suite à des adaptations de programme et des sujétions techniques liées aux études de sol complémentaires et à l'entretien du parking sur la base d'un coût prévisionnel de réalisation des travaux de 36 578 098,20 euros HT. Dans son courrier du 16 mars 2018 en réponse au projet de décompte final présenté par la SELAS Octant Architecture le 6 octobre 2017, la CULM si elle valide des prestations de travaux supplémentaires représentant une plus-value de 41 117,06 euros sur le forfait de rémunération du groupement, rejette en revanche l'autre montant au titre de ces mêmes travaux représentant une plus-value de 4 087,35 euros. La requérante soutient que cette dernière somme a été validée par le pouvoir adjudicateur dans son courrier du 19 octobre 2016. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment de ce courrier du 19 octobre 2016 que la CULM énumère une liste de travaux susceptibles d'être concernés pour une plus-value de 18 942,16 euros dans une perspective d'échange et d'un éventuel accord avec le maître d'œuvre sur la nature et le montant des prestations concernées mais sans validation de montant notamment la somme réclamée de 4 087,35 euros. Dans son courrier du 25 juillet 2017, la CULM confirme un montant global de prestations de travaux complémentaires représentant une plus-value de 41 117,06 euros et invite le maître d'œuvre à lui transmettre un nouveau projet d'avenant ou à défaut et en l'absence d'accord de lui adresser un projet de décompte final. Ce projet sera transmis par courrier du 6 octobre 2017 avec le montant litigieux, rejeté catégoriquement par la CULM dans sa réponse du 16 mars 2018. Dans ces conditions et au regard du caractère forfaitaire de la rémunération du maître d'œuvre, tel qu'énoncé au point précédent, la requérante n'est pas fondée à solliciter le versement de la rémunération complémentaire à raison de travaux supplémentaires d'un montant de 637,22 euros HT correspondant à son pourcentage sur la plus-value de 4 087,35 euros.

17. D'autre part, la société requérante invoque la théorie des sujétions imprévues liées à l'aléa géologique à l'appui de sa demande de paiement de 28 228,80 euros dont 13 482,93 euros HT au titre des dites sujétions et juge les prétextes de la CULM fallacieux pour les rejeter. Il résulte toutefois de l'instruction que le maître d'ouvrage constant dans le rejet de la somme correspondant à ces sujétions justifiait son refus dans son courrier du 25 juillet 2017 par une étude du sol réalisée en phase d'avant-projet définitif qui avait démontré la présence de zones rocheuses sous les bassins et que des fondations semi-profondes avaient été préconisées dans le rapport au sol. Dans son courrier du 19 octobre 2016, la CULM développait déjà cette même argumentation pour conclure qu'elle ne pouvait donner une suite favorable à cette demande qui relève de l'entière responsabilité de la maîtrise d'œuvre et non de celle du maître d'ouvrage, ou de sujétions techniques imprévues. Il résulte également du document intitulé " programme fonctionnel et technique détaillé " qui constitue le cahier des charges de consultation des maîtres d'œuvre au chapitre 9.3 Fondations que " Chaque équipe candidate devra proposer des solutions techniques, en sachant que la stabilité de l'ouvrage devra impérativement être vérifiée afin qu'elle soit assurée en toute saison et en toute circonstance (bassins en charge ou bassins vides). Les équipes candidates devront s'appuyer sur les conclusions du rapport d'étude géotechnique figurant au " dossier de site " annexé au présent programme, pour étudier les solutions les plus adaptées aux caractéristiques du terrain d'implantation retenu, et proposer une implantation optimale du bâtiment, en réponse aux diverses contraintes du site. ". La société requérante qui se borne à renvoyer de manière générale à sa réclamation et aux courriers joints ne démontre pas la nature des travaux concernés ni n'apporte de pièces justificatives à même de déterminer le caractère imprévu de ces sujétions et en tout état de cause que les surcouts allégués auraient bouleversé l'économie générale du marché. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le solde du marché devait comprendre une indemnisation sur le fondement des sujétions imprévues pour un montant de 13 482,93 euros HT. Dès lors, il n'y a pas lieu, de faire droit à sa demande de rémunération supplémentaire au titre des sujétions imprévues.

18. Il résulte de ce qui précède que le solde de marché restant dû à la SARL Architecte Associés s'établit comme suit et comme rappelé au point 13 du jugement : 22 399, 54 euros HT. A ce montant et comme précisé aux points 16 et 17 du présent jugement, les sommes de 637,22 euros et 13 482,93 euros ne pouvaient être ajoutées et doivent par conséquent être déduites ramenant la somme ainsi dû à 8 279,39 euros HT. Toutefois, la CULM ajoute qu'à cette somme doit être appliquée des pénalités qu'elle évalue pour la SARL Architectes Associés à la somme de 96 109,16 euros toutes taxes comprises.

Sur les pénalités de retard :

19. Aux termes de l'article 14 du CCAG PI, intitulé " Pénalités pour retard " :

" 14.1. Les pénalités pour retard commencent à courir, sans qu'il soit nécessaire de procéder à une mise en demeure, le lendemain du jour où le délai contractuel d'exécution des prestations est expiré, sous réserve des stipulations des articles 13.3 et 22.4. / Cette pénalité est calculée par application de la formule suivante : / P = V * R/3000 / dans laquelle : / P = le montant de la pénalité ; / V = la valeur des prestations sur laquelle est calculée la pénalité, cette valeur étant égale au montant en prix de base, hors variations de prix et hors du champ d'application de la TVA, de la partie des prestations en retard ou de l'ensemble des prestations, si le retard d'exécution d'une partie rend l'ensemble inutilisable ; / R = le nombre de jours de retard. /

14.2. Une fois le montant des pénalités déterminé, la formule de variation prévue au marché leur est appliquée. / 14.3. Le titulaire est exonéré des pénalités dont le montant total ne dépasse pas 1 000 € HT pour l'ensemble du marché ". Aux termes de l'article 7.1.2 du CCAP : " En cas de retard dans la présentation des documents d'études, le maître d'œuvre subit sur ses créances des pénalités dont le montant par jour de retard est fixé par rapport au montant du marché, et par dérogation à l'article 14 du CCAG-PI à : () EXE 1 000 euros/jour.

20. D'une part, les pénalités de retard prévues par les clauses d'un marché public ont pour objet de réparer forfaitairement le préjudice qu'est susceptible de causer au pouvoir adjudicateur le non-respect, par le titulaire du marché, des délais d'exécution contractuellement prévus. Elles sont applicables au seul motif qu'un retard dans l'exécution du marché est constaté, et alors même que le pouvoir adjudicateur n'aurait subi aucun préjudice ou que le montant des pénalités mises à la charge du titulaire du marché qui résulte de leur application serait supérieur au préjudice subi.

21. D'autre part, s'il incombe au maître de l'ouvrage de liquider le montant global des pénalités de retard dues par l'ensemble des entreprises, il appartient au seul mandataire commun de répartir entre les entreprises les pénalités dont il fait l'avance jusqu'à ce qu'il ait fourni les indications nécessaires à leur répartition. En cas d'inaction du mandataire commun le maître de l'ouvrage est tenu de lui imputer la totalité des pénalités. Dans cette hypothèse, sauf s'il est dans l'impossibilité de recouvrer effectivement le montant de ces pénalités sur le mandataire, le maître de l'ouvrage ne peut les imputer à une autre entreprise.

22. Il résulte de l'article 7 du CCAP : " En cas de retard dans la présentation des documents d'étude, le maître d'œuvre subit sur ses créances, des pénalités dont le montant par jour de retard est fixé par rapport au montant du marché et par dérogation à l'article 14 du CCAG-PI à () Code EXE Pénalité 1000€/jour (). ". Il n'est pas contesté qu'un retard dans la production des plans d'exécution par le groupement de maîtrise d'œuvre a été enregistré. Dans son arrêt du 7 mars 2023 n° 20BX00485 devenu définitif, la cour administrative d'appel de Bordeaux a estimé ce retard à 18 mois soit 540 jours. En application de l'article 7 du CCAG-PI, le montant de la pénalité de retard est le produit du nombre de jours de retard par le montant de la pénalité journalière, soit la somme de 540 000 euros HT. La requérante fait valoir qu'il appartenait au mandataire solidaire du groupement de procéder à la répartition de cette somme entre ses membres mais que la SELAS Octant Architecture malgré une invitation en ce sens de la CULM n'a pas communiqué cette ventilation et que dès lors cette pénalité ne peut lui être appliquée. Toutefois, la SELAS Octant Architecture ayant fait l'objet d'une liquidation prononcée le 9 mars 2021 par le tribunal de commerce de Rouen, la CULM ne pouvait lui imputer la totalité des pénalités. Elle pouvait dès lors les répartir entre chacun des autres membres du groupement conjoint à hauteur de leur quote-part respective soit 14,38% pour la requérante et non 0,95% comme avancée par cette dernière et calculés sur la base du montant qu'elle a perçu en phase EXE rapporté au prix global payé par le maître d'œuvre. La somme ainsi due par la requérante est de 77 652 euros HT, très supérieure au 8 279,39 euros HT restant dû par la CULM et alors même que serait pris en compte le dépassement du seuil de tolérance.

23. Il résulte de ce qui précède que la SARL Architectes Associés n'est pas fondée à demander la condamnation de la communauté urbaine de Limoges métropole au paiement du solde du marché de la maitrise de maîtrise d'œuvre de construction d'un centre aquatique.

Sur les frais d'instance :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté urbaine de Limoges métropole, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par la SARL Architectes Associés au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

25. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL Architectes Associés la somme que demande la communauté urbaine de Limoges métropole au titre de ces mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de la SARL Architectes Associés est rejetée.

Article 2:Les conclusions présentées par la communauté urbaine de Limoges métropole sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Architectes Associés et à la communauté urbaine de Limoges métropole.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

A. BLANCHON

lg

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