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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100513

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100513

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100513
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJUGE UNIQUE JB BOSCHET
Avocat requérantSELARL VALIERE VIALEIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2021, Mme B A, représentée par Me Pleinevert, demande au tribunal :

1°) de condamner le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Limoges à lui verser une somme de 6 000 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des manquements commis à l'occasion de sa prise en charge par cet établissement de santé ;

2°) de mettre à la charge du CHU de Limoges une somme de 3 000 euros à lui verser en vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les frais de l'expertise qui a été réalisée par le docteur E.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute du CHU de Limoges est engagée sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de justice administrative en raison, d'une part, d'un défaut de repérage radiologique des formations kystiques au niveau des deux seins dont l'ablation devait être réalisée lors de l'intervention de réduction mammaire en date du 31 janvier 2020, d'autre part, du caractère surdimensionné du soutien-gorge qui lui a été prescrit en postopératoire ;

- les manquements commis par le CHU de Limoges lui ont fait endurer des souffrances à raison desquelles elle est fondée à demander le versement d'une somme de 6 000 euros.

Par un mémoire enregistré le 6 avril 2021, la Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM) de la Charente-Maritime, agissant pour le compte de la CPAM de la Haute-Vienne, indique qu'en l'absence de faute commise par le CHU de Limoges, elle n'a pas de créance à faire valoir dans la présente instance.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2021, le CHU de Limoges, représenté par Me Valiere-Vialeix, conclut, à titre principal, au rejet de la requête comme non-fondée, à titre subsidiaire, à ce que le montant de l'indemnisation allouée à Mme A en réparation des souffrances qu'elle a endurées soit limité à 800 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boschet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public ,

- les observations de Me Pleinevert, pour Mme A,

- les observations de Me Veyriras, pour le CHU de Limoges.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 janvier 2019, Mme A, qui présentait une hypertrophie mammaire bilatérale invalidante, a subi une plastie mammaire de réduction pour laquelle il avait été convenu que le médecin réalisant l'intervention devait également procéder à l'ablation de formations kystiques au niveau des deux seins, correspondant à des kystes à contenu épais voire à des fibroadénomes, qui avaient été révélés lors d'un examen préopératoire. Estimant avoir subi des préjudices en lien avec un stress provoqué par une incertitude quant à l'ablation complète de ces lésions au cours de l'intervention et avec des douleurs physiques résultant de la prescription d'un soutien-gorge trop large en postopératoire, Mme A a saisi le juge des référés du tribunal afin qu'une expertise médicale soit ordonnée. Il a été fait droit à cette demande par une ordonnance du 30 janvier 2020. L'expert, le docteur E, a établi son rapport le 14 décembre 2020. Par cette requête, Mme A demande au tribunal de condamner le CHU de Limoges à lui verser une somme globale de 6 000 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de manquements commis par cet établissement lors de sa prise en charge.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 14 décembre 2020, que si les images radiologiques classées ACR3 révélées au niveau des deux seins lors de l'examen préopératoire ne nécessitaient qu'une simple surveillance pouvant s'étendre sur six à dix-huit mois dès lors que de telles lésions sont bénignes dans 95 % des cas, le médecin ayant réalisé l'intervention du 31 janvier 2019 avait toutefois convenu avec Mme A de procéder à l'ablation de ces lésions pendant cette même intervention puisqu'une opération de réduction devait quoiqu'il en soit être mise en œuvre et que cette ablation devait permettre d'obtenir une analyse histologique certaine et d'éviter la surveillance et ses inconvénients. Cependant, comme l'indique l'expert judiciaire dans son rapport, alors qu'aucune considération d'urgence ou de force majeure n'y faisait obstacle, cette intervention a été faite sans qu'un repérage radiographique des lésions ait préalablement été effectué, ce qui constitue un manquement aux règles de l'art et aux données acquises par la science. S'il n'a pas eu de conséquence péjorative sur la prise en charge dans la mesure où toutes les lésions ont finalement été retirées et qu'elles étaient bénignes, il résulte de l'instruction que ce manquement a été à l'origine pour Mme A d'un stress supplémentaire en raison de l'incertitude dans laquelle elle a été placée quant à l'exérèse complète desdites lésions, les doutes n'ayant été levés qu'à la suite d'examens complémentaires qui ont été réalisés plusieurs semaines après l'intervention. Ce manquement doit ainsi être regardé comme ayant causé à Mme A des souffrances, évaluées par l'expert à 1/7, dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant une somme de 1 000 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 24 mars 2021, date d'introduction de la requête de Mme A.

4. En second lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 14 décembre 2020, qu'avant le 31 janvier 2019, Mme A présentait un bonnet F/G et qu'à la suite de l'intervention de réduction mammaire, son bonnet résiduel correspondait à un bonnet D, ce qui était conforme aux souhaits exprimés avant l'opération par la patiente, qui désirait un bonnet C/D. Ainsi, la prescription en postopératoire d'un soutien-gorge de bonnet C/D ne permet pas, par elle-même, de caractériser un manquement. S'il résulte de l'instruction que le soutien-gorge de bonnet C/D initialement prescrit s'est finalement avéré inadapté et qu'un autre soutien-gorge de plus petite taille a été ultérieurement préconisé par l'équipe médicale, l'expert judiciaire précise, sans être contesté, que cette inadaptation résulte de la morphologie spécifique de la patiente dont " les seins étaient très larges avec des lipoméries axillaires en particulier à droite pouvant expliquer pourquoi un bonnet inférieur avec un tour de poitrine supérieur était plus adapté dans son cas particulier ". A cet égard, l'expert judiciaire relève dans son rapport que les soutiens-gorge " sont réglables () et peuvent se révéler en postopératoire non adaptés à la morphologie de la patiente " et qu'il faut " donc parfois jouer sur la taille du bonnet et le tour de poitrine pour trouver le soutien-gorge le mieux adapté sans que cela soit prévisible ". Il s'ensuit que Mme A n'est pas fondée à soutenir que le CHU de Limoges a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en raison du caractère surdimensionné du soutien-gorge qui lui a été prescrit en postopératoire.

Sur les frais d'expertise :

5. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent la contribution pour l'aide juridique prévue à l'article 1635 bis Q du code général des impôts, ainsi que les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".

6. Le CHU de Limoges étant la partie perdante dans la présente instance, il y a lieu de mettre à sa charge définitive les frais d'expertise, taxés et liquidés à une somme de 1 440 euros par une ordonnance du 7 janvier 2021.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Limoges, qui est la partie perdante, une somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: Le CHU de Limoges est condamné à verser une somme de 1 000 (mille) euros à Mme A en réparation des souffrances qu'elle a endurées. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 24 mars 2021.

Article 2:Les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 440 (mille quatre cents) euros par une ordonnance du 7 janvier 2021 du président du tribunal administratif de Limoges, sont mis à la charge définitive du CHU de Limoges.

Article 3:Le CHU de Limoges versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5:Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au CHU de Limoges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le magistrat désigné,

J.B. D

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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