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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100524

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100524

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100524
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantGUIMET & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire récapitulatif, enregistrés le 26 mars 2021 et le 27 mars 2024, le centre hospitalier universitaire de Limoges, représenté par Me Guimet, demande au tribunal :

1°) de juger exigibles, tant dans leur principe que dans leur montant, au débit du décompte de résiliation de la société Nox Industrie et Process, la somme de 3 000 000 d'euros hors taxes au titre de sa responsabilité contractuelle correspondant au surcoût de sa substitution et la somme de 36 000 euros hors taxes au titre des pénalités de retard dans la remise de l'avant-projet sommaire, outre intérêts à compter de la date d'exigibilité des créances arrêtés au 31 janvier 2019 ;

2°) de mettre à la charge de Selafa MJA et Me Danguy, in solidum, la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il appartient au juge administratif si le créancier public a droit à réparation au titre de la mise en cause de la responsabilité contractuelle de l'entreprise défaillante ou de son liquidateur, de fixer le montant des indemnités qui lui sont dues ;

- l'existence et le montant des créances déclarées par ses soins sont manifestes car fondés sur le décompte général du marché devenu définitif en l'absence de contestation du mandataire judiciaire dans le délai prévu au cahier des clauses administratives générales de prestations intellectuelles.

La requête a été communiquée le 1er avril 2021 à la société d'exercice libérale à forme anonyme mandataires judiciaires associés (Selafa MJA) et à Me Danguy qui n'ont pas présenté d'observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- l'arrêté du 16 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de la mise en sécurité et de la restructuration de son bâtiment Dupuytren 1, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges a confié par un marché n° 2015-1414 du 25 novembre 2015, la maîtrise d'œuvre de l'opération à un groupement conjoint d'entreprises composé de la société Jacobs France, mandataire solidaire, devenue la société par action simplifiée (SAS) Nox Industrie et Process, la société Michel Beauvais et associés, la société Lucigny Talhouët et associés et le cabinet Piquet. La durée prévisionnelle de ce marché d'un montant de 13 994 669 euros hors taxe dont 8 273 756,52 euros de tranche ferme, était prévue pour onze ans. Par un jugement du 15 novembre 2018, le tribunal de commerce de Bobigny a prononcé l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire de la SAS Nox Industrie et Process, suivi d'un nouveau jugement du 31 janvier 2019 prononçant sa liquidation judiciaire, sans maintien d'activité. Par lettre du 25 février 2019, le CHU de Limoges a mis en demeure le liquidateur judiciaire de prendre partie sur la poursuite du marché de maîtrise d'œuvre. Le mandataire judiciaire de la SAS ayant fait savoir qu'il ne souhaitait pas poursuivre le contrat de maîtrise d'œuvre en cours, le CHU de Limoges, par une décision du 8 avril 2019, a procédé à la résiliation du marché. Le 9 avril 2019, le CHU de Limoges a procédé à la déclaration de sa créance née antérieurement au jugement de conversion du redressement judiciaire en liquidation judiciaire, auprès du mandataire judiciaire de la société Nox Industrie et Process, tirée notamment du retard dans la production de l'avant-projet sommaire (APS), pour un montant total en principal de 3 113 200,00 euros HT, outre intérêts à compter de la date d'exigibilité des créances et arrêtés au 31 janvier 2019. Le décompte de liquidation d'un montant négatif de 3 449 543,86 euros a été notifié au mandataire liquidateur de la société Nox Industrie et Process, le 10 juillet 2019, par courrier recommandé reçu par son destinataire le 18 juillet suivant. Au sein de ce décompte général figurent la créance déclarée au titre de la responsabilité contractuelle de la société Nox Industrie et Process, correspondant au surcoût de sa substitution, pour un montant total de 3 000 000 euros HT et la créance déclarée au titre des pénalités de retard, en ce qui concerne la remise du dossier APS, correspondant à un retard de 90 jours, pour un montant total de 36 000 euros HT. Par lettre du 20 février 2020, le mandataire judiciaire de la SAS a rejeté les deux montants exposés et invité le pouvoir adjudicateur à en justifier. Par lettre du 25 mars 2020, le CHU de Limoges a présenté ses observations et maintenu les sommes réclamées. Par une ordonnance du 15 février 2021, le juge commissaire du tribunal de commerce de Bobigny après s'être déclaré incompétent pour statuer sur la créance déclarée par le CHU de Limoges l'a invité à saisir, dans le délai d'un mois, la juridiction compétente. Par une requête enregistrée le 26 mars 2021, le CHU demande au tribunal de déclarer les deux créances précitées de 3 000 000 euros HT et 36 000 euros HT exigibles tant dans leur principe que dans leur montant.

En ce qui concerne l'office du juge administratif :

2. Aux termes de l'article R. 624-5 du code de commerce : " Lorsque le juge-commissaire se déclare incompétent ou constate l'existence d'une contestation sérieuse, il renvoie, par ordonnance spécialement motivée, les parties à mieux se pourvoir et invite, selon le cas, le créancier, le débiteur ou le mandataire judiciaire à saisir la juridiction compétente dans un délai d'un mois à compter de la notification ou de la réception de l'avis délivré à cette fin, à peine de forclusion à moins d'appel dans les cas où cette voie de recours est ouverte. (). ".

3. Si la détermination des modalités de règlement des créances sur les entreprises en état de redressement puis de liquidation est réservée à l'autorité judiciaire, il appartient au juge administratif, s'agissant des créances qui par leur nature relèvent de sa compétence, d'examiner si la personne publique demanderesse a droit à réparation, de fixer le montant des sommes qui lui sont dues à ce titre et de prononcer ainsi une condamnation, sans préjudice des suites que la procédure judiciaire est susceptible d'avoir sur le recouvrement de ces créances.

En ce qui concerne le caractère définitif du décompte de résiliation :

4. Aux termes, d'une part, de l'article 29 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles (CCAG-PI) auquel renvoie l'article 2.3 du cahier des clauses administratives particulières : " Le pouvoir adjudicateur peut mettre fin à l'exécution des prestations faisant l'objet du marché avant l'achèvement de celles-ci, soit à la demande du titulaire dans les conditions prévues à l'article 31, soit pour faute du titulaire dans les conditions prévues à l'article 32, soit dans le cas des circonstances particulières mentionnées à l'article 30. () La décision de résiliation du marché est notifiée au titulaire. Sous réserve des dispositions particulières mentionnées ci-après, la résiliation prend effet à la date fixée dans la décision de résiliation ou, à défaut, à la date de sa notification ". Aux termes de l'article 30.2 de ce même cahier : " Redressement judiciaire ou liquidation judiciaire (). En cas de liquidation judiciaire du titulaire, le marché est résilié, si après mise en demeure du liquidateur, dans les conditions prévues à l'article L. 641-10 du code de commerce, ce dernier indique ne pas reprendre les obligations du titulaire. La résiliation, si elle est prononcée, prend effet à la date de l'événement. Elle n'ouvre droit, pour le titulaire, à aucune indemnité. ".

5. Aux termes, d'autre part, de l'article 34.1 du CCAG-PI : " La résiliation fait l'objet d'un décompte de résiliation, qui est arrêté par le pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire. ". Aux termes de l'article 34.5 du même cahier : " La notification du décompte par le pouvoir adjudicateur au titulaire doit être faite au plus tard deux mois après la date d'effet de la résiliation du marché. ". Enfin, aux termes de l'article 37 du même cahier : " Le pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. / Tout différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'une lettre de réclamation exposant les motifs de son désaccord et indiquant, le cas échéant, le montant des sommes réclamées. Cette lettre doit être communiquée au pouvoir adjudicateur dans le délai de deux mois, courant à compter du jour où le différend est apparu, sous peine de forclusion. / Le pouvoir adjudicateur dispose d'un délai de deux mois, courant à compter de la réception de la lettre de réclamation, pour notifier sa décision. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la réclamation ".

6. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché public de prestations intellectuelles est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. Il en résulte que le caractère définitif de ce décompte a pour effet d'interdire aux cocontractants toute réclamation correspondant à ces sommes. Par ailleurs, ces règles d'unicité et d'intangibilité du décompte s'appliquent, en cas de résiliation d'un marché, au décompte de résiliation.

7. Il résulte de l'instruction que par courrier du 10 juillet 2019, reçu le 18 juillet suivant, le CHU de Limoges a notifié au mandataire judiciaire le décompte de résiliation faisant apparaître un solde négatif de 3 449 543,86 euros. Ce courrier qui arrête le décompte de résiliation conformément à l'article 34.1 du CCAG-PI, doit être regardé comme ayant fait naître un différend au sens de l'article 37 du même CCAG-PI. Dans ces conditions, le mandataire judiciaire de la SAS Nox Industrie et Process disposait d'un délai de deux mois à compter du 18 juillet 2019 pour présenter sa réclamation telle qu'exigée à l'article 37 précité du CCAG-PI. Le courrier daté du 20 février 2020 par lequel le mandataire judiciaire a informé le pouvoir adjudicateur de ce qu'il rejetait les créances déclarées et qui doit être regardé comme une contestation du décompte de résiliation a été reçu le 26 février 2020, soit après l'expiration de ce délai. Il s'ensuit que le décompte de résiliation, dès lors que la réclamation du titulaire n'a pas été adressée dans le délai requis, est devenu définitif.

8. Il résulte de ce qui précède que le décompte de résiliation établi par le CHU de Limoges étant devenu définitif, la société Nox Industrie et Process est redevable envers le CHU de Limoges d'une somme de 3 036 000 d'euros hors taxes, soit 3 643 200 euros toutes taxes comprises, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 18 juillet 2019, date de la réception du décompte de résiliation.

Sur les frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la partie à l'instance tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: Le décompte général et définitif du marché est arrêté à la somme de 3 643 200 (trois millions six cent quarante-trois mille deux cents) euros toutes taxes comprises.

Article 2 : Le solde du marché est fixé à la somme de 3 643 200 (trois millions six cent quarante-trois mille deux cents) euros toutes taxes comprises au crédit du centre hospitalier de Limoges, cette somme devant être assortie des intérêts moratoires à compter du 18 juillet 2019.

Article 3:Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Limoges sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4:Le présent jugement sera notifié au centre hospitalier universitaire de Limoges, à la société d'exercice libérale à forme anonyme mandataires judiciaires associés et à Me Danguy.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Chef,

La greffière,

M. A

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