vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100586 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DAUMIN COIRATON-DEMERCIERE - AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 avril 2021, le 21 août 2021, le 1er juillet 2022 et le 28 septembre 2022, la SAS Ascoreal, représentée par Me Daumin, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'établir le décompte général du marché à la somme de 128 165 € hors taxes, outre révision des prix ;
2°) de condamner l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) résidence " Puy Martin " à lui verser le solde non perçu de ce décompte général soit 89 977,50 euros hors taxes, révisé au jour du paiement, assortie des intérêts aux taux légal augmenté de 8 points de pourcentage, au titre du manque à gagner qu'elle a subi du fait de la résiliation fautive de son marché, à compter du 9 février 2021, outre anatocisme et indemnité forfaitaire ;
3°) de condamner l'EHPAD résidence " Puy Martin " à la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ; son action est un recours de plein contentieux car sa requête sollicite le remboursement des frais et l'indemnisation des préjudices qui lui ont été causés par la résiliation abusive du marché par l'EHPAD résidence " Puy Martin " ;
- l'EHPAD résidence " Puy Martin " a eu un comportement déloyal et abusif en recrutant son ancien chargé d'opération qui assurait le suivi de ce marché pour le compte de la SAS Ascoreal ;
- il n'a pas respecté la procédure de résiliation du marché prévue à l'article 9.1 du cahier des clauses administratives particulières en notifiant cette résiliation avant l'achèvement de la phase 2 du marché et en s'abstenant de procéder à un constat contradictoire des prestations réalisées et à l'établissement d'un procès-verbal de constat ;
- il n'a pas notifié de décompte suite à la résiliation du marché dans le délai prévu à l'article 34.5 du cahier des clauses administratives générales - prestations intellectuelles (CCAP-PI).
Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 août 2021, le 26 octobre 2021 et le 9 août 2022, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) résidence " Puy Martin ", représenté par Me Dubois, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SAS Ascoreal en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable pour tardiveté à titre principal, en ce qu'elle conteste la résiliation du marché datant du 12 février 2019 et non le décompte de résiliation du 9 novembre 2020 ; à titre subsidiaire, le différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur né le 12 février 2019 n'a donné lieu à aucune réclamation avant l'établissement du décompte de résiliation le 9 novembre 2020, au-delà des deux mois prévus à l'article 37 du CCAG-PI ; enfin, la requête est dépourvue de moyen propre à la critique du décompte de résiliation ;
- la résiliation du marché n'avait pas à être motivée ;
- le recrutement de l'ancien salarié de la SAS Ascoreal n'a aucun lien avec la décision de résiliation unilatérale ;
- la notification de la résiliation du marché trois mois avant la fin de sa phase 2 est plus favorable à la sauvegarde des intérêts de la SAS Ascoreal ;
- l'absence d'établissement du constat contradictoire des prestations réalisées n'a exercé aucune influence sur le sens de la décision et n'a pas privé la société requérante d'une garantie ;
- l'absence de notification du décompte final dans le délai prévu n'a pas privé la société requérante d'une garantie et n'a pas exercé d'influence sur le sens de la décision prise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 16 septembre 2005 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles ;
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christophe,
- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) résidence " Puy Martin " a confié par un acte d'engagement du 8 septembre 2014 à la société Ascoreal l'assistance à la maîtrise d'ouvrage pour la restructuration et l'extension de son établissement. Le marché a été divisé en quatre phases distinctes rémunérées à prix global et forfaitaire et comportait des prestations à prix unitaires. Par un courrier du 12 février 2019, l'EHPAD résidence " Puy Martin " a informé la requérante de sa décision de mettre un terme à ce marché à compter de la réception de la phase 2 " assistance en phase élaboration du projet : conception ", intervenue le 10 mai 2019. Par un courrier du 26 octobre 2020, la société Ascoreal a mis en demeure l'EHPAD " Puy Martin " d'établir et de lui notifier le décompte de résiliation. Par lettre du 9 novembre 2020, l'EHPAD a notifié à la société Ascoreal le décompte de résiliation. La société Ascoreal demande au tribunal l'établissement du décompte général du marché à la somme de 128 165 € hors taxes (HT) et de condamner l'EHPAD résidence " Puy Martin " à lui verser la somme globale de 89 977,50 € HT au titre de son manque à gagner.
Sur les fins de non-recevoir soulevées par l'EHPAD résidence " Puy Martin " :
2. En premier lieu, le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. Elle doit exercer ce recours dans un délai de deux mois à compter de la date à laquelle elle a été informée de la mesure de résiliation.
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. (). "
4. Il résulte de l'instruction que la requête présentée pour la société Ascoreal n'a pas pour objet d'assurer la reprise de ses relations contractuelles avec l'EHPAD résidence " Puy Martin " en ce qu'elle tend uniquement à faire constater par le juge du contrat le caractère infondé de la résiliation du 12 février 2019 et pour ce motif, le règlement des préjudices causés par cette décision. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que la requête serait tardive, faute d'avoir été présentée dans le délai de deux mois, mentionné à l'article R. 421-1 du code de justice administrative, à compter de la date à laquelle la société requérante a été informée de cette résiliation, doit être écartée.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 34 du cahier des clauses administratives générales des prestations intellectuelles (CCAG-PI) : " Décompte de résiliation : 34.1. La résiliation fait l'objet d'un décompte de résiliation, qui est arrêté par le pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire. (). 34.5. La notification du décompte par le pouvoir adjudicateur au titulaire doit être faite au plus tard deux mois après la date d'effet de la résiliation du marché. (). ". Aux termes de l'article 37 du CCAG-PI : " Différends entre les parties /Le pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. Tout différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'une lettre de réclamation exposant les motifs de son désaccord et indiquant, le cas échéant, le montant des sommes réclamées. Cette lettre doit être communiquée au pouvoir adjudicateur dans le délai de deux mois, courant à compter du jour où le différend est apparu, sous peine de forclusion. Le pouvoir adjudicateur dispose d'un délai de deux mois, courant à compter de la réception de la lettre de réclamation, pour notifier sa décision. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la réclamation. ".
6. D'une part, contrairement à ce que soutient l'EHPAD résidence " Puy Martin ", la demande de la société Ascoreal ne tendait pas à l'annulation de la décision de résiliation du marché en date du 12 février 2019. D'autre part, il est constant qu'à la suite de la résiliation du marché en cause, l'EHPAD résidence " Puy Martin " n'a pas arrêté de décompte dans le délai de deux mois prévu à l'article 34 du CCAG-PI. Face à la carence de la personne publique, la société Ascoreal lui a adressé le 26 octobre 2020 une mise en demeure d'établir et de lui notifier le décompte de résiliation. Par lettre du 9 novembre 2020, l'EHPAD résidence " Puy Martin " a notifié au titulaire le décompte de résiliation qui, en retour, lui a adressé un mémoire en réclamation préalable en date du 17 décembre 2020. Par lettre du 25 février 2021, l'EHPAD résidence " Puy Martin " a rejeté le mémoire en réclamation du titulaire constituant ainsi le différend entre les parties. Par suite, l'EHPAD résidence " Puy Martin " n'est pas fondé à soutenir que le différend était constitué par la résiliation du marché public suivant courrier du pouvoir adjudicateur du 12 février 2019 et que la requête de la société Ascoreal serait tardive.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".
8. Contrairement à ce que soutient l'EHPAD résidence " Puy Martin " la requête introductive d'instance comporte des moyens dirigés contre le décompte de résiliation que la société Ascoreal a d'ailleurs refusé de signer par un mémoire en réclamation du 17 décembre 2020 dès lors que ce décompte ne comprenait pas les indemnités qu'elle estimait devoir lui être dues au regard de la décision de résiliation de la personne publique. Par suite, il n'y a pas lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur la régularité de la résiliation :
9. En premier lieu, aux termes de l'article 9 du cahier des clauses administratives particulières : " () La mission d'assistance à maîtrise d'ouvrage prend fin après le suivi de la garantie de parfait achèvement, sauf arrêt de la mission dans les conditions fixées ci-après : -En référence aux dispositions de l'article 1.1 du présent CCAP et de l'article 2 du CCTP, le pouvoir adjudicateur peut décider, au terme de chacune des phases (parties techniques à exécuter distinctement) soit de sa propre initiative, soit à la demande du titulaire, de na pas poursuivre l'exécution des prestations du présent marché. () La notification de l'arrêt de la mission entraine la résiliation du marché. (). " et aux termes de l'article 9.1 du CCAP : " Arrêt de la mission : () Modalités de notification de l'arrêt de la mission : Le pouvoir adjudicateur informe le titulaire par lettre recommandée avec accusé de réception dans un délai de 10 jours calendaires suivant l'acceptation de la phase terminée. (). Dans tous les cas d'arrêt d'exécution de la mission, il est procédé à un constat contradictoire des prestations réalisées par le titulaire. Ce constat donne lieu à l'établissement d'un procès-verbal qui sert de base à la liquidation des comptes. Le titulaire est rémunéré de la part des prestations réellement accomplies. ".
10. D'une part, il résulte de l'instruction que par un courrier du 12 février 2019, le pouvoir adjudicateur a informé la société requérante de ce qu'elle mettait un terme au marché conformément à l'article 9.1 du CCAP et que ce terme prendrait effet à compter de la réception de la phase 2 " Assistance en phase élaboration du projet : conception " que l'acte d'engagement comme le CCAP identifient comme une partie technique des prestations d'assistance à maîtrise d'ouvrage. Cette phase est parvenue à son terme à la date du 10 mai 2019 lors de l'envoi de l'analyse du dossier PRO par la société Ascoreal à l'EHPAD résidence " Puy Martin ", soit trois mois après la décision de résiliation. Toutefois, dans ce même courrier du 12 février 2019, le pouvoir adjudicateur a pris soin de préciser que la résiliation serait effective à compter de la réception de la phase 2 que la mission " phase PRO " en cours viendrait clôturer. Or, le délai prévu à l'article 9.1 du CCAP n'a d'autre finalité que de prévenir suffisamment en amont le titulaire du marché de sa résiliation afin d'éviter qu'il n'entame l'exécution de la phase suivante et lui permettre ainsi de s'organiser au regard de son activité et de la fin du marché. Si comme invoqué par la société requérante, la phase " Assistance en phase élaboration du projet : conception " n'était pas achevée le 12 février 2019, elle n'indique pas en quoi cette annonce intervenue trois mois avant le terme de la phase 2 était susceptible d'avoir une influence sur le sens de la décision de résiliation ni en quoi elle l'aurait privée d'une garantie, aucune disposition de l'article 9.1 du CCAP n'imposant en tout état de cause que l'arrêt de l'exécution du marché soit décidé à l'issue d'une phase technique nécessairement validée par le maître d'ouvrage.
11. D'autre part, s'il n'est pas contesté que le constat contradictoire prévu à l'article cité au point 10 du présent jugement n'a pas été réalisé, l'initiative de son établissement ne relève pas spécifiquement du pouvoir adjudicateur. En tout état de cause, la société requérante n'indique pas, en l'absence de toute contestation sur les deux premières phases exécutées dans le cadre du marché résilié, quels constats auraient dû être établis dans le cadre d'une procédure contradictoire alors que ces phases ont fait l'objet d'un règlement dans le cadre d'un décompte de résiliation, lequel, produit au dossier, fait apparaître les sommes dues à la société Ascoreal de respectivement 29 718 € TTC et 45 825 € TTC correspondant aux deux phases réalisées à 100%, sans réfaction, ni réserves ni pénalités.
12. En second lieu, aux termes de l'article 34.5 du CCAG-PI : " La notification du décompte par le pouvoir adjudicateur au titulaire doit être faite au plus tard deux mois après la date d'effet de la résiliation du marché. ".
13. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de notification du décompte de résiliation dans le délai de deux mois suivant la date d'effet de résiliation du marché, la société requérante a pu, à bon droit, mettre en demeure l'EHPAD résidence " Puy Martin " par courrier du 26 octobre 2020. Ce dernier a déféré à cette mise en demeure par une lettre en date du 9 novembre 2020 notifiant ainsi le décompte de résiliation à la société requérante. Cette dernière a contesté le solde du décompte par un mémoire en réclamation le 17 décembre 2020, dans le délai de deux mois prévu par l'article 37 du CCAG-PI précité. L'EHPAD résidence " Puy Martin " a rejeté ce mémoire le 25 février 2021. Partant, le retard mis par le pouvoir adjudicateur à produire le décompte de résiliation n'a eu pour effet que de retarder la possibilité pour la requérante de présenter une réclamation préalable et ne l'a ainsi pas privé d'une garantie.
14. Il résulte de ce qui précède que les écarts dans la mise en œuvre de la procédure de résiliation du marché suivie par l'EHPAD résidence " Puy Martin " pour regrettables qu'ils soient, n'ont pas eu pour effet de causer un préjudice à la société requérante ni ne caractérisent un comportement fautif du maître d'ouvrage ouvrant droit au versement d'une indemnité.
Sur le bien-fondé de la résiliation :
15. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 1.1 du CCAP : " Description de la mission " La mission à réaliser est décomposé en 4 phases : 1- Définition du programme et recadrage de l'enveloppe financière prévisionnelle. 2- Assistance en phase élaboration du projet : conception (y compris solution technique pour assurer la continuité de l'activité pendant les travaux). 3- Assistance en phase travaux et réception des travaux. 4- Assistance pendant la période de garantie de parfait achèvement. Ces phases constituent des parties techniques au sens de l'article 20 du CCAG-PI. Dans les conditions de ce même article, le pouvoir adjudicateur peut décider, au terme de chacune de ces parties, soit de sa propre initiative, soit à la demande du titulaire, de ne pas poursuivre leur exécution, sans que cette résiliation ne donne lieu à indemnités (cf. § 9 du présent CCAP). Chaque phase est composée d'un ensemble de prestations. ". Aux termes de l'article 1.3 de ce même cahier : " Par dérogation à l'article 4 du CCAG-PI, le marché est régi par les documents contractuels énumérés ci-dessous par ordre de priorité décroissante : - L'acte d'engagement (formulaire DC3) et ses annexes ; - Le présent cahier des clauses administratives particulières (ci-après " le CCAP ") ; - Le cahier des clauses techniques particulières (ci-après " le CCTP ") ; - Le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles, approuvé par arrêté du 16 septembre 2009 (ci-après " le CCAG-PI "). (). ".
16. D'autre part, aux termes de l'article 20 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de prestations intellectuelles (CCAG-PI), dans sa version applicable au litige : " Lorsque les prestations sont scindées en plusieurs parties techniques à exécuter distinctement, le pouvoir adjudicateur peut décider, au terme de chacune de ces parties, soit de sa propre initiative, soit à la demande du titulaire, de ne pas poursuivre l'exécution des prestations, dès lors que les deux conditions suivantes sont remplies : / - les documents particuliers du marché prévoient expressément cette possibilité ; / - chacune de ces parties techniques est clairement identifiée et assortie d'un montant. / La décision d'arrêter l'exécution des prestations ne donne lieu à aucune indemnité. / L'arrêt de l'exécution des prestations entraîne la résiliation du marché. ". Aux termes de l'article 31-3 du même cahier : " Lorsque l'arrêt de l'exécution des prestations est prononcé en application de l'article 20, le pouvoir adjudicateur résilie le marché. / La résiliation n'ouvre droit pour le titulaire à aucune indemnité. ". Aux termes de l'article 9.1 de ce même cahier : " Arrêt de la mission : Par dérogation et en complément des dispositions de l'article 20 du CCAG-PI, il est convenu : La mission d'assistance à maîtrise d'ouvrage prend fin après le suivi de la garantie de parfaitement achèvement, sauf arrêt de la mission dans les conditions fixées ci-après : - En référence aux dispositions de l'article 1.1 du présent CCAP et de l'article 2 du CCTP, le pouvoir adjudicateur peut décider, au terme de chacune des phases (parties techniques à exécuter distinctement), soit de sa propre initiative, soit à la demande du titulaire, de ne pas poursuivre l'exécution des prestations du présent marché. (). La décision d'arrêter l'exécution des prestations ne donne lieu à aucune indemnité. ".
17. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les prestations prévues par le maître de l'ouvrage ont été scindées en différentes parties techniques à exécuter distinctement et listées à l'article 1.1 du cahier des clauses particulières, chacune de ces parties techniques étant clairement identifiées dans les pièces constitutives du marché et chacune était assortie d'un montant spécifique précisé à l'annexe 1 " décomposition du temps prévisionnel par phases " de l'acte d'engagement qui fait partie des pièces constitutives du marché ainsi qu'il ressort de l'article 2 du cahier des clauses particulières. Il résulte également de l'instruction que par un courrier du 12 février 2019, l'EHPAD résidence " Puy Martin " a décidé de mettre un terme à l'exécution du marché à compter de la réception de la phase " Assistance en phase élaboration du projet : conception ", laquelle a été intégralement effectuée le 10 mai 2019. Dans ces conditions, le maître d'ouvrage pouvait ainsi librement décider d'arrêter l'exécution des prestations de la société requérante dans les conditions posées par l'article 20 du CCAG-PI ainsi que 9.1 du cahier des clauses particulières. Ainsi, le caractère fondé de la résiliation fait obstacle à ce que la société requérante puisse obtenir son indemnisation au motif qu'elle serait abusive et fautive dès lors que cette indemnisation est expressément écartée par l'article 9.1 du cahier des clauses particulières.
18. La société Ascoreal soutient que cette décision de résiliation était abusive et fautive dès lors que sa motivation telle qu'exposée dans un courrier de la personne publique du 1er avril 2019 selon laquelle elle dispose de " l'opportunité de gérer le suivi des missions à venir sans intervention d'une structure externe concurrente " traduirait un comportement déloyal ayant consisté à recruter son ancien salarié en charge de ce marché pour lui confier en interne la poursuite de son exécution. La chronologie des évènements ayant suivi son recrutement le 14 janvier 2019 par l'EHPAD résidence " Puy Martin ", neuf jours avant l'avenant n° 2 du 23 janvier 2019 par lequel elle l'informait du changement de son chargé d'affaire, accepté par l'établissement le 11 février 2019 et la lettre du lendemain du 12 février 2019 l'informant de la résiliation du marché corroborerait ce comportement déloyal et engagerait la responsabilité de l'EHPAD résidence " Puy Martin " à son égard.
19. Toutefois, il résulte de l'instruction que si l'ancien chargé d'opération de la société requérante a bien été mis à disposition de l'EHPAD résidence " Puy Martin " sous couvert d'un contrat à durée déterminée du 14 janvier 2019 au 30 avril 2019, à temps complet, conclu avec l'EHPAD de Feytiat, sur un poste de technicien supérieur hospitalier de 1ère classe au service technique, d'une part les missions qui lui ont été confiées telles que précisées en défense et non contredites sont sans rapport avec les phases 3 et 4 du marché d'assistance à maîtrise d'ouvrage et d'autre part au terme de la phase 2 du marché le 10 mai 2019 et avant par conséquent le début des phases 3 et 4, le contrat de travail de l'intéressé était achevé comme en attestent l'attestation de solde de tout compte remis par l'établissement ainsi que le certificat de travail, document remis par l'employeur à son employé à l'échéance du contrat de travail. La circonstance que son nom apparaîtrait dans la liste des destinataires d'un courriel de la communauté urbaine de Limoges du 31 octobre 2019 relatif aux travaux dans deux EHPAD dont celui de la résidence " Puy Martin " n'est pas de nature à attester que l'intéressé aurait continué à travailler auprès de cet établissement alors même que ce courriel était également adressé à la société Ascoreal qui suite à la résiliation du marché en litige n'était pas non plus concernée par ce message. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en recrutant son ancien chargé d'opération, l'EHPAD résidence " Puy Martin " aurait commis une faute de nature à lui ouvrir droit au versement d'une indemnité.
Sur les frais d'instance :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge l'établissement d'hébergement de personnes âgées dépendantes résidence " Puy Martin ", qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que la société Ascoreal demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
21. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire droit aux conclusions présentée par l'EHPAD résidence " Puy Martin " sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la SAS Ascoreal la somme de 1 800 euros en application de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de la société Ascoreal est rejetée.
Article 2:La société Ascoreal versera une somme de 1 800 (mille huit cents) euros à l'EHPAD résidence " Puy Martin " au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à la société Ascoreal et l'établissement d'hébergement de personnes âgées dépendantes résidence " Puy Martin ".
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef
A. BLANCHON
lg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026