mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100727 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | AVOCAT FREYSSINET JULIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 3 et 10 mai 2021, Mme E B, représentée par Me Freyssinet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 mars 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Haute-Corrèze a refusé de reconnaître la pathologie dont elle est atteinte en maladie professionnelle ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie professionnelle dont elle est atteinte et de prendre en charge au titre de cette maladie les périodes d'arrêt de travail successives à compter du 9 septembre 2019, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Haute Corrèze la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- la commission de réforme qui s'est réunie le 4 février 2021 était composée de manière irrégulière dès lors d'une part qu'elle ne comportait que 4 membres au lieu des 6 requis, d'autre part que le procès-verbal ne comporte pas l'ensemble des signatures des membres qui ont siégé, enfin qu'aucun médecin spécialiste n'était présent ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisque c'est à tort que le centre hospitalier n'a pas retenu l'imputabilité au service de la pathologie dont elle souffre alors qu'elle est directement en lien avec ses conditions de travail.
Par un mémoire en défense enregistrés le 23 juillet 2021, le centre hospitalier de Haute-Corrèze, représenté par Me De Froment, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
- les observations de Me Gévaudan, pour le centre hospitalier de Haute-Corrèze.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, est cadre de santé au centre hospitalier de Haute- Corrèze. A compter du 9 septembre 2019, elle a été placée en arrêt de travail par son médecin traitant pour " épuisement professionnel ". Après avoir repris son activité à mi-temps thérapeutique à compter du 19 mai 2020, elle a été de nouveau placée en arrêt de travail pour le même motif à compter d'octobre 2020 avant de reprendre ses fonctions à mi-temps thérapeutique le 4 janvier 2021. A la demande du centre hospitalier, la requérante a été expertisée par le docteur C, psychiatre agréé, qui a conclu, aux termes de son rapport du 12 juin 2020, à l'imputabilité au service de son état dépressif. Lors de sa séance du 4 février 2021, la commission départementale de réforme a rendu un avis défavorable à la reconnaissance de cette pathologie en maladie professionnelle. Par décision du 8 mars 2021, le centre hospitalier de Haute-Corrèze a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de Mme B. Cette dernière demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, dans sa version résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 : " () IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. ".
3. Les dispositions précitées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ne sont entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique hospitalière, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 16 mai 2020, du décret du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière, décret par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Par ailleurs, ces dispositions ont vocation à s'appliquer aux situations en cours, sous réserve des exigences attachées au principe de non rétroactivité, qui exclut que les nouvelles dispositions s'appliquent à des situations juridiquement constituées avant leur entrée en vigueur, les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée.
4. En l'espèce, la maladie dont se prévaut Mme B ayant été diagnostiquée le 6 septembre 2019, soit antérieurement au 16 mai 2020, sa situation était exclusivement régie par les conditions de forme et de fond prévues avant l'entrée en vigueur des dispositions législatives et réglementaires relatives au nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service.
5. Pour les maladies qui ont été diagnostiquées avant l'entrée en vigueur des nouvelles dispositions législatives et réglementaires relatives au congé pour invalidité temporaire imputable au service, en l'absence de présomption légale d'imputabilité, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel événement ou d'une telle maladie, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce.
6. Mme B soutient que la pathologie d'épuisement et de dépression dont elle a souffert et ayant justifié ses arrêts de travail est la conséquence directe de la dégradation de ses conditions de travail intervenue postérieurement à la fermeture du secteur de psychiatrie du centre hospitalier d'Ussel en mai 2017, circonstance qui l'a notamment contrainte à assurer des remplacements dans des conditions difficiles, dans plusieurs services, avec une charge de travail très lourde à assumer et " une charge mentale écrasante " et sans perspective d'obtenir un poste fixe. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a été arrêtée par son médecin traitant à plusieurs reprises entre septembre 2019 et avril 2021 pour " épuisement professionnel, burn-out ". Il ressort également du certificat du 27 février 2020 établi par le médecin du travail du centre hospitalier que des difficultés tenant au fait " qu'elle n'avait pas de poste fixe, qu'elle devait sans cesse s'adapter et que la charge de travail était importante et croissante " avaient déjà été signalées à une infirmière de santé en 2018 ", que " les difficultés [qu'a pu rencontrer Mme B] sur l'EHPAD et au SSR " étaient connues car plusieurs agents les avaient déjà signalées de façon individuelle, avec des intensités et des vécus différents ", que Mme B " avait l'impression de ne pas être entendue par sa hiérarchie quand elle signalait que l'équipe et elle-même étaient, selon elle, en danger ". De plus, le docteur C, psychiatre agréé, a retenu dans son rapport du 12 juin 2020 que l'état psychique de Mme B, incluant un état anxieux avec des somatisations, des douleurs et des nausées correspond à la définition typique du burn-out avant de conclure que la pathologie présentée, laquelle ne se rattache pas à une pathologie indépendante ni à un état préexistant, présente des critères d'imputabilité permettant de la rattacher à l'activité professionnelle. Dans ces conditions, alors que le centre hospitalier n'apporte aucun élément factuel circonstancié de nature à contester l'existence des difficultés évoquées par Mme B dans l'exercice de ses fonctions et dans l'évolution de ses conditions de travail depuis 2017 et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état dépressif de Mme B résulterait d'une cause étrangère au service, cet état doit être regardé comme directement en lien avec l'exercice des fonctions, quand bien même la commission de réforme, qui s'est réunie sans la présence d'un médecin spécialiste, a émis un avis contraire le 4 février 2021. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision contestée par laquelle le directeur du centre hospitalier de Haute-Corrèze a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie développée par Mme B à compter du 9 septembre 2019 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. L'annulation de la décision attaquée implique nécessairement que le directeur du centre hospitalier de Haute-Corrèze reconnaisse l'imputabilité au service de l'état dépressif ayant justifié les arrêts de travail de Mme B à compter du 9 septembre 2019. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au directeur de cet établissement de santé de procéder à cette reconnaissance et d'en tirer toutes les conséquences administratives et financières quant à la prise en charge des périodes pendant lesquelles l'intéressée a été placée en arrêt de travail à raison de cette pathologie à compter du 9 septembre 2019, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le centre hospitalier défendeur au titre des frais exposés par celui-ci et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cet établissement une somme de 1 500 euros au même titre.
D E C I D E :
Article 1er: La décision du 8 mars 2021 du directeur du centre hospitalier de Haute-Corrèze est annulée.
Article 2:Il est enjoint au directeur du centre hospitalier de Haute-Corrèze de prendre une décision reconnaissant l'imputabilité au service de l'état dépressif ayant justifié les arrêts de travail de Mme B depuis le 9 septembre 2019 et d'en tirer les conséquences pour procéder à la régularisation de sa situation, notamment quant au droit au maintien de sa rémunération et au remboursement de ses soins, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3:Le centre hospitalier de Haute-Corrèze versera à Mme B une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5:Les conclusions du centre hospitalier de Haute-Corrèze présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6:Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au centre hospitalier de Haute-Corrèze.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023 où siégeaient :
- M. Gensac, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
Le rapporteur,
F. Martha
Le président,
P. GENSAC
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026