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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100769

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100769

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100769
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VALIERE VIALEIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 mai 2021 et le 30 mai 2023, Mme D A, représentée par Me Maret, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire de Limoges à lui verser la somme de 850 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la prise en charge médicale non conforme dont elle a fait l'objet au sein de cet établissement de santé.

Elle soutient que :

- elle a effectué un changement d'identité en juin 2000 puis une entéro-vaginoplastie en 2002 ;

- le 25 mai 2018, elle a ressenti de vives douleurs au niveau de l'abdomen et un médecin du Samu lui a prescrit des médicaments type Spasfon ;

- le 28 mai 2018, elle a été transportée aux urgences du centre hospitalier universitaire de Limoges pour les mêmes douleurs et un scanner a décelé une infection vaginale ;

- le 31 mai 2018, elle a subi un examen gynécologique par endoscopie à l'origine d'une fistule néo vaginale découverte le 1er juin suivant ;

- son état de santé va se dégrader à la suite de cet examen à tel point qu'une ITT supérieure à 30 jours lui a été délivrée le 2 août 2018 ;

- le centre hospitalier universitaire a commis plusieurs manquements dans sa prise en charge ;

• ce ne sont pas des douleurs abdominales qui ont été à l'origine de son hospitalisation ;

• lors du premier scanner, aucune fistule ne ressortira, cette lésion n'apparaissant que lors du scanner le 1er juin 2018 ;

• l'opérateur a utilisé un coloscope et non un cystoscope ;

• elle n'a jamais subi de cystoscopie, le coloscope ayant été introduit dans son anus et non dans sa vessie ;

- elle a subi, à raison de ces manquements, un préjudice moral et des souffrances qu'elle évalue à 850 000 euros.

Par un mémoire enregistré le 23 février 2022, le CHU de Limoges, représenté par Me Valière-Vialeix, demande au tribunal :

1°) de rejeter la requête de Mme A ;

2°) de mettre à la charge de cette dernière les entiers dépens ;

3) de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés, aucune faute ne pouvant lui être reprochée dans la prise en charge de Mme A.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2022.

Vu :

- l'ordonnance du 6 janvier 2020 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par le docteur C, en application de l'ordonnance de référé du 11 juin 2019.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Maret pour Mme A et de Me Veyriras pour le CHU de Limoges.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a subi en 2002, au centre hospitalier universitaire de Lyon, une intervention chirurgicale pour changement de sexe avec suppression des organes génitaux males externes et création d'une vaginoplastie avec un fragment de colon sigmoïde. Le 25 mai 2018 l'intéressée a présenté de violentes douleurs abdominales. Les douleurs ne cessant pas, elle a été admise aux urgences du CHU de Limoges le 28 mai 2018. Des investigations biologiques et un scanner ont mis en évidence une lésion probablement abcédée située au niveau de l'extrémité supérieure de la vaginoplastie. La patiente a alors été hospitalisée dans le service d'urologie du CHU dans lequel a été pratiqué un examen endoscopique de la vessie. Un scanner pratiqué le 1er juin 2018 a mis en évidence l'existence d'une petite fistule faisant communiquer le fond de la vaginoplastie et le colo rectum postérieur. Mme A, a quitté le centre hospitalier universitaire le 4 juin suivant, se plaignant de douleurs pelviennes importantes et de difficultés pour se déplacer.

2. Estimant avoir été victime de manquements commis par le CHU dans la réalisation de l'endoscopie de sa vessie, Mme A a saisi le juge des référés du tribunal qui, par une ordonnance du 11 juin 2019 a, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, demandé au docteur C, médecin expert, de réaliser une expertise médicale. Ce dernier a déposé son rapport définitif le 11 décembre 2019.

3. Mme A demande au tribunal de condamner le CHU de Limoges à lui verser une somme totale de 850 000 euros en réparation du préjudice moral et des souffrances qu'elle estime avoir subis du fait des manquements commis par cet établissement de santé.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. -Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

5. De première part, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise mentionné au point 2, en dépit des contestations de l'intéressée sur ces points, que l'examen endoscopique a été réalisé le 29 mai 2018 et que la requérante présentait bien des douleurs abdominales et une constipation quand elle a été admise aux urgences le 28 mai. Il résulte de ce même rapport d'expertise que l'examen endoscopique de la vessie auquel il a été procédé était indiqué " compte tenu de la proximité de la lésion " septique " détectée par le scanner initial, dans une zone située immédiatement en arrière de cette vessie, en avant du tube colorectal et donc effectivement très probablement située au fond de la vaginoplastie () et ce d'autant plus qu'une cystoscopie est un examen simple et de routine ".

6. De deuxième part, il ressort suffisamment de l'instruction, notamment du rapport d'expertise susmentionné, que la fistule recto-vaginale présentée par Mme A préexistait à son hospitalisation au regard notamment des douleurs intenses pelviennes associées à une importante constipation et un syndrome infectieux clinique et biologique qu'elle présentait, quand bien même cette fistule n'a été objectivée que lors de l'examen scanographique du colon le 1er juin 2018, l'expert indiquant à cet égard, sans être sérieusement remis en cause, que cette fistule ne pouvait être mise en évidence par le scanner pratiqué le jour de l'admission aux urgences dès lors qu'eu égard à l'urgence il n'avait pas été pratiqué d'injection de produit de contraste fluide dans le rectum, seul moyen de permettre un diagnostic radiographique de fistule.

7. De troisième part, s'agissant de la réalisation de l'acte endoscopique réalisé le 29 mai 2018, l'expert indique que " dans la réalisation de l'acte, il n'a pu être démontré de faute que ce soit dans la nature du matériel utilisé ou ses modalités de réalisation ". A cet égard, l'expert affirme tout d'abord, sur la base du bon attestant de la stérilisation du matériel utilisé, que c'est un cystoscope " souple " qui a été utilisé et non un coloscope ou un cystoscope rigide. Ensuite, il exclut de façon suffisamment certaine la possibilité, même avec un cystocope rigide, d'une perforation de la vessie, puis de la vaginoplastie, puis de la paroi antérieure du rectum avant d'exclure que l'endoscope ait pu être introduit dans l'anus comme le soutient la requérante dès lors qu'il existe une distance de plusieurs centimètres entre l'orifice anal et le méat urétral rendant très improbable toute confusion, " d'autant qu'un cystoscope est tout à fait inadapté pour examiner une cavité digestive laquelle investigation (rectoscopie ou coloscopie) nécessite un déplissement avec de l'air et non pas avec de l'eau comme pour une vessie () et que l'utilisation d'un champ fenêtré () en principe, recouvre l'anus, zone naturellement contaminée sur le plan bactériologique ".

8. Eu égard à ce qui précède, l'origine des douleurs séquellaires ressenties par Mme A ne peut être imputée à un manquement fautif du CHU qui n'a pas provoqué une fistule d'origine iatrogénique par les conditions dans lesquelles il a mis en œuvre l'endoscopie réalisée le 29 mai 2018. Par suite, Mme A n'est pas fondée à rechercher la responsabilité du CHU de Limoges de sorte que sa requête doit être rejetée.

Sur les dépens :

9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

10. Dans les circonstances particulières de l'affaire, il y a lieu de laisser les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 2 575,80 euros par une ordonnance du 6 janvier 2020 avancés par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale dont bénéficie la requérante, à la charge de l'Etat.

Sur les frais d'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Limoges sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2:Les frais d'expertise, taxés et liquidés à une somme de 2 575,80 (deux mille cinq cent soixante-quinze euros et quatre-vingts centimes) euros sont mis à la charge définitive de l'Etat.

Article 3:Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Limoges en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à Mme D A, au centre hospitalier universitaire de Limoges et à la direction générale des finances publiques de la Haute-Vienne. Une copie en sera adressée pour information au docteur C, médecin expert.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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