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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100810

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100810

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100810
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantLAVAL MARION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 mai 2021, 1er juillet 2021, 22 février 2022 et 26 octobre 2022, les consorts L, représentés par Me Godet, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner la Société hospitalière d'assurances mutuelles (Sham) à leur verser une somme globale de 3 508 804,11 euros destinée, après déduction d'une provision de 197 807 euros accordée par une ordonnance du 13 février 2019 du juge des référés du tribunal, à réparer les préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison des manquements commis par les centres hospitaliers d'Ussel et de Tulle dans la prise en charge de M. I L ;

2°) de mettre à la charge de la Sham une somme de 2 500 euros à leur verser en vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

Sur la responsabilité :

- comme il ressort du rapport d'expertise déposé par le docteur A, des fautes ont été commises dans la prise en charge de M. I L, le 1er mai 2016 pour ce qui concerne le centre hospitalier d'Ussel, le 9 mai 2016 pour ce qui concerne le centre hospitalier de Tulle ;

- les fautes commises par ces centres hospitaliers ont fait perdre à M. I L une chance d'éviter l'AVC sévère qui est survenu le 11 mai 2016 à 3h45 et, ainsi, les séquelles de cet accident, qu'il y a lieu, conformément au rapport d'expertise judiciaire du docteur A et à la note technique du docteur H, d'évaluer à 95 %.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne la victime directe, M. I L :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

Quant aux préjudices temporaires :

- il est fondé à demander le versement d'une somme de 7 347,40 euros au titre des frais d'assistance par son médecin conseil et des frais d'évaluation pour la conduite automobile restés à sa charge, d'une somme de 320 112 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne et d'une somme de 8 560,10 euros au titre de la perte de revenus professionnels pour la période du 1er mars 2018 au 9 mai 2019.

Quant aux préjudices permanents :

- il est fondé à demander le versement d'une somme de 367 865,89 euros au titre de la perte de revenus professionnels, d'une somme de 76 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, d'une somme de 20 010,19 euros au titre des frais de véhicule adapté, d'une somme de 2 237 690,53 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne et d'une somme de 115 000 euros au titre des frais de logement adapté.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :

Quant aux préjudices temporaires :

- il est fondé à demander le versement d'une somme de 29 925 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire qu'il a subi, d'une somme de 28 500 euros au titre des souffrances endurées et d'une somme de 7 600 euros au titre du préjudice esthétique temporaire.

Quant aux préjudices permanents :

- il est fondé à demander le versement d'une somme de 332 500 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, d'une somme de 14 250 euros au titre du préjudice esthétique permanent, d'une somme de 14 250 euros au titre du préjudice d'agrément, d'une somme de 19 000 euros au titre du préjudice sexuel et d'une somme de 38 000 euros au titre du préjudice d'établissement.

En ce qui concerne les préjudices des victimes par ricochet :

- M. K et Mme B L, parents de M. I L, sont fondés à demander une somme de 25 000 euros chacun au titre de leur préjudice moral ;

- M. E et Mme D L, frère et sœur de M. I L, sont fondés à demander une somme de 10 000 euros chacun au titre de leur préjudice moral.

Par un mémoire enregistré le 25 mai 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Charente-Maritime, agissant pour le compte de la CPAM de la Corrèze, demande au tribunal :

1°) de condamner les centres hospitaliers d'Ussel et de Tulle, ainsi que leur assureur, la Sham, à lui verser, d'une part, une somme de 501 262,98 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du paiement des prestations, en remboursement de ses débours, d'autre part, une somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

2°) de mettre à la charge des centres hospitaliers d'Ussel et de Tulle une somme de 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 janvier 2022, 1er août 2022 et 3 février 2023, le centre hospitalier d'Ussel, le centre hospitalier de Tulle et la Sham, représentés par Me Valière-Vialeix, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la mise hors de cause du centre hospitalier d'Ussel ;

2°) après déduction de la provision d'un montant de 197 807 euros accordée par le juge des référés du tribunal, de limiter le montant de l'indemnisation à allouer aux consorts L à une somme maximale de 138 284,38 euros ;

3°) de réduire le montant des sommes demandées par la CPAM de la Charente-Maritime et par la Mutuelle Previfrance ;

4°) de leur allouer une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- en l'absence de faute commise par le centre hospitalier d'Ussel dans la prise en charge de M. I L, celui-ci est fondé à demander sa mise hors de cause ;

- comme il ressort du rapport critique du 7 mai 2021 du docteur C J, praticien hospitalier au service des urgences cérébrovasculaires de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, la faute commise par le centre hospitalier de Tulle dans la prise en charge de M. L doit être regardée comme lui ayant fait perdre une chance d'éviter l'accident vasculaire cérébral sévère qu'il a présenté le 11 mai 2016 à 3h45, qu'il y a lieu d'évaluer un taux de 25 % et non de 95 % ;

- après déduction de la provision de 197 807 euros accordée à M. L par une ordonnance du 13 février 2019 du juge des référés du tribunal, il y a lieu, en l'état des pièces transmises, de limiter au maximum à 131 284,38 euros l'indemnisation à allouer à l'intéressé ;

- il y a lieu de limiter à 2 500 euros chacun l'indemnisation du préjudice moral subi par les parents de M. L ;

- il y a lieu de limiter à 1 000 euros chacun l'indemnisation du préjudice moral subi par le frère et la sœur de M. I L ;

- les sommes à verser à la CPAM de la Charente-Maritime et à la Mutuelle Previfrance doivent être déterminées, poste de préjudice par poste de préjudice, compte tenu d'un taux de perte de chance de 25 % et conformément au droit prioritaire de la victime à être indemnisée.

Par un mémoire enregistré le 3 mars 2022, la Mutuelle Previfrance, représentée par la SELARL LCA Avocats, demande au tribunal, d'une part, de condamner les centres hospitaliers d'Ussel et de Tulle, ainsi que la Sham, à lui verser une somme de 5 240,66 euros en remboursement de frais de santé pris en charge pour M. L au titre de la période du 11 mai 2016 au 11 juin 2020, d'autre part, à ce qu'il soit solidairement mis à la charge des tiers responsables une somme de 2 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par les parents, frère et sœur de M. I L dès lors qu'ils ne justifient pas de l'existence d'une décision de rejet d'une demande indemnitaire préalable susceptible de lier le contentieux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la mutualité ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- les observations de Me Veyriras, pour les centres hospitaliers d'Ussel et de Tulle, ainsi que pour la Sham.

Considérant ce qui suit :

1. Présentant des céphalées intenses et persistantes avec apparition aigüe d'une amaurose droite, M. L, né le 14 octobre 1989, s'est rendu au service des urgences du centre hospitalier d'Ussel le 1er mai 2016. Après réalisation d'un scanner cérébral n'ayant pas relevé d'anomalie, l'intéressé a été invité à rejoindre son domicile le même jour. Le 9 mai 2016, devant l'apparition la veille d'une dysarthrie pendant environ plusieurs minutes ainsi que de nouvelles céphalées, M. L a consulté la remplaçante de son médecin traitant. Après que ce médecin ait eu plusieurs échanges avec un urgentiste du centre hospitalier de Tulle, un neurologue du CHU de Limoges et le médecin régulateur du service d'aide médicale urgente (SAMU) de Corrèze, il a été convenu que M. L, s'il n'entrait pas " dans le protocole AVC ", devait se rendre au centre hospitalier de Tulle pour bénéficier d'une IRM cérébrale. Le même jour à 14h, munis d'un courrier rédigé par ce médecin remplaçant, M. L et sa mère se sont présentés au service des urgences du centre hospitalier de Tulle afin que cet examen soit effectué. Toutefois, après avoir attendu de 14h à 20h, M. L n'a finalement pas bénéficié de cette IRM cérébrale et a été invité à rentrer à son domicile, sans traitement, avec programmation d'une IRM à distance. Le 11 mai 2016 à 3h45, l'intéressé a présenté un tableau neurologique avec hémiplégie droite et aphasie. Admis au service des urgences du centre hospitalier de Tulle à 4h22, il a fait l'objet d'une IRM en urgence révélant que M. L a été victime d'un AVC ischémique sylvien gauche profond par obstruction de l'origine de l'artère cérébrale moyenne gauche et en rapport avec une dissection carotidienne gauche. Il a alors été transféré au CHU de Limoges, où sa prise en charge s'est poursuivie. M. L a conservé d'importantes séquelles de cet AVC, notamment une hémiplégie droite avec aphasie, une cécité de l'œil gauche et une hémianopsie latérale homonyme droite.

2. Estimant que la survenue de cet AVC du 11 mai 2016 et les séquelles qui en ont résulté étaient imputables à des manquements commis lors de sa prise en charge le 1er mai 2016 au centre hospitalier d'Ussel et le 9 mai 2016 au centre hospitalier de Tulle, M. L a saisi le juge des référés du tribunal d'une demande d'expertise médicale. Il a été fait droit à cette demande par une ordonnance n° 1601608 du 13 septembre 2017. Désigné par le président du tribunal pour réaliser cette expertise, le docteur A, chef du service de neurologie à l'hôpital Rothschild à Paris a établi son rapport le 4 avril 2018, lequel, en l'absence de consolidation de l'état de santé, s'est uniquement prononcé sur les conditions de prise en charge de M. L dans ces centres hospitaliers. Après que, par une ordonnance n° 1800680 du 13 février 2019, le juge des référés du tribunal a condamné l'assureur des centres hospitaliers, la Sham, à verser à la victime une provision de 197 807 euros, une nouvelle expertise médicale portant sur l'évaluation des préjudices a été prescrite par une ordonnance n° 1900851 en date du 3 octobre 2019. Le docteur G, neurologue à l'hôpital Sainte-Anne à Paris, a établi son rapport d'expertise le 7 février 2021.

3. Par cette requête, M. L, ses parents, son frère et sa sœur, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de condamner la Sham, en qualité d'assureur des centres hospitaliers, à leur verser une somme globale de 3 508 804,11 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis. Pour sa part, la CPAM de la Charente-Maritime, agissant pour le compte de la CPAM de la Corrèze, demande au tribunal de condamner les centres hospitaliers d'Ussel et de Tulle, ainsi que leur assureur, la Sham, à lui verser, d'une part, une somme de 501 262,98 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du paiement des prestations, en remboursement de ses débours, d'autre part, une somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale. Enfin, la Mutuelle Previfrance demande au tribunal de condamner les centres hospitaliers d'Ussel et de Tulle, ainsi que la Sham, à lui verser une somme de 5 240,66 euros en remboursement de frais de santé pris en charge pour M. L au titre de la période du 11 mai 2016 au 11 juin 2020.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité des centres hospitaliers :

4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

5. En premier lieu, pour rechercher l'engagement de la responsabilité du centre hospitalier d'Ussel, les requérants se bornent à se prévaloir d'une partie du rapport d'expertise judiciaire établi par le docteur A, dans lequel ce dernier se contente d'indiquer, s'agissant de la consultation du 1er mai 2016 au service des urgences de ce centre hospitalier à la suite de l'épisode diplopique de deux à trois heures, que compte tenu du contexte céphalalgique, d'un vomissement et d'un scanner normal, " il eut été justifié de programmer une IRM encéphalique pour expliquer cette diplopie transitoire ". Cependant, outre qu'il n'est pas précisé dans quel délai cette IRM devait ainsi être programmée, il ne résulte d'aucune pièce versée au dossier, notamment de ce rapport d'expertise, que ce défaut de programmation de l'IRM encéphalique aurait été de nature à faire perdre à M. I L une chance d'éviter l'AVC ischémique survenu le 11 mai 2016 à 3h45 et, par suite, d'échapper aux dommages qui en ont résulté. Il s'ensuit que le centre hospitalier d'Ussel est fondé à demander sa mise hors de cause dans la présente instance.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du docteur A et du rapport critique en date du 7 mai 2021 du docteur J produit en défense, que l'épisode d'aphasie/dysarthrie présenté pendant plusieurs minutes par M. I L le 9 mai 2016 était suggestif d'un AIT qui, eu égard par ailleurs à l'épisode diplopique de deux à trois heures survenu le 1er mai 2016, nécessitait une prise en charge en urgence. Selon ces rapports, la réalisation d'une IRM en urgence était exigée, conformément à la demande de la remplaçante du médecin traitant de M. I L qui, avec l'accord du médecin régulateur du SAMU, a adressé son patient le 9 mai 2016 au service des urgences du centre hospitalier de Tulle en vue de cet examen urgent, lequel n'a finalement pas été effectué dans la mesure où, à tort, il n'a pas été jugé utile par l'équipe médicale du centre hospitalier de Tulle. Les docteurs A et J relèvent aussi de manière concordante qu'à défaut d'IRM, le patient aurait à tout le moins dû bénéficier, toujours en urgence, d'un scanner cérébral couplé à un angioscanner qui auraient été de nature à révéler la présence d'une occlusion de carotide intra caverneuse et, ainsi, qui auraient permis la mise en place d'un traitement de prévention secondaire associé à une hospitalisation. Il résulte donc de l'instruction qu'en se bornant, le 9 mai 2016, après une journée d'attente aux urgences, à inviter M. I L à rejoindre son domicile à 19h48, sans traitement, avec uniquement une prescription d'IRM non-urgente à réaliser en externe, le centre hospitalier de Tulle n'a pas assuré à ce patient une prise en charge conforme aux règles de l'art et aux donnés acquises par la science, et a ainsi commis une faute de nature à engager sa responsabilité sur le fondement du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

En ce qui concerne la perte de chance :

7. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

8. Se fondant sur les conclusions du rapport d'expertise établi par le docteur A, duquel il ressort que, dès le 9 mai 2016, un traitement de prévention de récidive d'AVC ischémique par aspirine, qui est un antiagrégant, devait être mis en place, que, comme il ressort de la méta-analyse " Effects of aspirin on risk and severity of early recurrent stroke after transient ischaemic attack and ischaemic stroke: time-course analysis of randomised trials " publiée au Lancet Neurologie, " après un AIT, l'aspirine réduit le risque de récidive d'AVC à six semaines d'environ 60 % () et celui d'AVC sévère ou fatal de 70 % ", et que " le bénéfice est particulièrement marqué pour la période zéro à deux semaines après un AIT ou un AVC mineur : réduction de 65 % () du risque d'AVC et réduction de plus de 95 % du risque d'AVC sévère ou fatal ", les requérants font valoir que le manquement commis par le centre hospitalier de Tulle dans la prise en charge de M. I L a fait perdre à ce dernier une chance d'éviter la survenue de l'AVC ischémique du 11 mai 2016 et, par suite, d'échapper aux séquelles qui en ont suivi, qu'il y a lieu d'évaluer à un taux de 95 %. Pour contester ce taux de perte de chance de 95 %, et pour en proposer un de 25 %, le centre hospitalier de Tulle et son assureur se prévalent d'un rapport critique établi le 7 mai 2021 par le docteur J.

9. Cependant, si, dans son rapport critique, le docteur J indique que " la cause de l'infarctus de M. L est une dissection de la carotide interne gauche, pathologie rare () touchant essentiellement les sujets jeunes " et que " les récidives ischémiques sont globalement rares ", il ressort expressément du rapport d'expertise du docteur A, qui n'est pas sérieusement contredit, que " l'effet [de l'aspirine] est indépendant de la dose [donnée], des caractéristiques du patient et de l'étiologie de l'AIT ou de l'AVC ". De même, si le docteur J fait mention de " l'absence de consensus sur le traitement antithrombique de prévention secondaire (antiagrégant ou anticoagulant), en l'absence de preuve scientifique d'une supériorité de l'un ou l'autre ", ce médecin ne remet pas en cause que la prescription d'aspirine est un traitement efficace pour assurer la prévention d'un AVC consécutivement à un AIT. Enfin, dans son rapport critique, le docteur J fait état de ce que " le résultat principal de [la] méta-analyse [sur laquelle le docteur A s'est fondé] est une réduction de près de 65 % du risque de récidive d'AIC/AIT à deux semaines, voire même à 95 % du risque d'AVC fatal ou sévère ", que ce taux de 95 % " ne peut servir de base au calcul de perte de chance dans le cas de M. L puisque la question est ici, non pas d'évaluer le bénéfice de l'aspirine à quatorze jours de traitement, mais de vingt-quatre à trente-six heures " et que " les auteurs [de la méta-analyse] ont montré que le bénéfice de l'aspirine n'était pas significatif dans les vingt-quatre premières heures pour ne le devenir qu'après quarante-huit heures ". Cependant, ces dernières observations ne sont pas de nature à remettre sérieusement en cause le taux de perte de chance de 95 % proposé par le docteur A, retenu par les consorts L. En effet, ainsi qu'il ressort de la note technique du docteur H produit pas les requérants, qui propose une traduction de la méta-analyse publiée au Lancet Neurologie qui n'est pas contestée, si, selon cette méta-analyse, " aucun effet de l'aspirine n'a été trouvé dans les vingt-quatre premières heures après la randomisation, mais le risque [de récidive] était réduit à deux jours ", il est constant que la randomisation en question a, dans les études sélectionnées dans la méta-analyse, eu lieu " dans les quarante-huit heures suivant le début de l'AVC () [de sorte que] les conclusions du docteur J ne paraissent donc pas transposables au cas de M. L pour lequel se pose la question d'une perte de chance si l'aspirine avait été mise en route dès son passage aux urgences de Tulle, c'est-à-dire dans les vingt-quatre heures qui ont suivi l'épisode vasculaire ". Dans cette note technique, le docteur H relève, sans être à nouveau contredit, que les auteurs de la méta-analyse ont noté que " l'attribution de l'aspirine continue () a réduit le risque d'AVC ischémique récurrent dans les vingt-quatre premières heures ", que " les patients qui recevaient déjà de l'aspirine lorsqu'ils ont été victimes d'un AVC avaient un risque de récidive dans les vingt-quatre heures diminué de l'ordre de 70 % ", que " le bénéfice de l'aspirine est très rapide, pour ne pas dire immédiat " et que " ceci est parfaitement cohérent avec le mécanisme d'action de l'aspirine, sachant que l'effet attendu antiagrégant plaquettaire apparaît très rapidement dans les trente minutes qui suivent l'administration (cf. " Pharmacologie de l'aspirine ", Rev Méd Interne 2000) ". Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'absence d'administration d'aspirine à M. L dans les suites de son admission aux urgences du centre hospitalier de Tulle le 9 mai 2016 à 14h47 doit être regardé, comme le propose le docteur A, comme ayant fait perdre à ce dernier une chance d'échapper à l'AVC sévère survenu le 11 mai 2016 à 3h45 et aux dommages qui en ont résulté de 95 %.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant des préjudices de M. I L et des droits des tiers payeurs :

10. En application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction résultant de la loi du 21 décembre 2006 relative au financement de la sécurité sociale, le juge saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et du recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudice, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime ou du fait que celle-ci n'a subi que la perte d'une chance d'éviter le dommage corporel. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué à l'organisme de sécurité sociale.

Quant aux dépenses de santé :

11. En premier lieu, produisant un relevé de ses débours et une attestation d'imputabilité de son médecin conseil, la CPAM de la Charente-Maritime, agissant pour le compte de la CPAM de la Corrèze, justifie de frais hospitaliers, de frais médicaux, de frais pharmaceutiques, de frais d'appareillage, de frais de transport et de " frais futurs " de santé en lien direct et certain avec la faute commise par le centre hospitalier de Tulle dans la prise en charge de M. I L, pour un montant global de 265 961,02 euros. Après application du taux de perte de chance de 95 %, il y a lieu de condamner solidairement le centre hospitalier de Tulle et la SHAM à lui verser une somme de 252 662,97 euros en remboursement des dépenses de santé exposées pour le compte de M. I L.

12. En second lieu, après application du taux de perte de chance de 95 %, il y a lieu de condamner solidairement le centre hospitalier de Tulle et la SHAM, à verser à la Mutuelle Previfrance une somme de 4 978,63 euros en remboursement de frais de santé pris en charge pour M. I L au titre de la période du 11 mai 2016 au 11 juin 2020.

Quant aux frais divers :

13. En premier lieu, sans qu'il y ait lieu d'appliquer le taux de perte de chance de 95 %, M. I L est fondé à demander la condamnation de la SHAM à lui verser une somme de 6 540 euros correspondant aux frais d'assistance par le docteur H, médecin conseil des requérants, dans le cadre des deux expertises judiciaires et de la note technique rédigée par ce médecin en réponse au rapport critique du docteur J.

14. En second lieu, dans son rapport d'expertise, le docteur G a attiré l'attention du tribunal sur " l'importance des troubles usuels " de M. I L, s'est étonné qu'il lui ait été donné à une " autorisation de conduire y compris par la commission départementale au vu de l'importance de ses troubles visuels " et a précisé que " comme indiqué par l'ophtalmologiste lors de son examen, la conduite automobile est contre-indiquée ". Dans son rapport d'expertise, le docteur A a également relevé l'existence d'une " cécité de l'œil gauche et une hémianopsie latérale droit probable ". Si les constats dressés par ces experts, qui ne sont pas contredits par les pièces versées au dossier, sont de nature à établir que M. I L n'est plus à même, en raison des séquelles de son AVC ischémique, de conduire normalement une automobile sur la voie publique, ce dernier n'en reste pas moins fondé à demander le versement d'une somme de 92 euros correspondant à des frais d'évaluation pour la conduite automobile qui, en l'absence de dommage imputable à la faute du centre hospitalier de Tulle, n'auraient pas été exposés.

Quant aux frais d'assistance par une tierce personne :

15. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

16. En vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire d'une rente allouée à la victime du dommage dont un établissement public hospitalier est responsable, au titre de l'assistance par tierce personne, les prestations versées par ailleurs à cette victime et ayant le même objet. Il en va ainsi tant pour les sommes déjà versées que pour les frais futurs. Cette déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement si le bénéficiaire revient à meilleure fortune.

17. Les règles rappelées au point précédent ne trouvent à s'appliquer que dans la mesure requise pour éviter une double indemnisation de la victime. Par suite, lorsque la personne publique responsable n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, notamment parce que la faute qui lui est imputable n'a entraîné qu'une perte de chance d'éviter ce dommage, la déduction ne se justifie, le cas échéant, que dans la mesure nécessaire pour éviter que le montant cumulé de l'indemnisation et des prestations excède le montant total des frais d'assistance par une tierce personne.

Les frais d'assistance temporaire par une tierce personne :

18. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du docteur G, que du 15 octobre 2016 au 29 septembre 2019, l'état de santé de M. L a nécessité une aide humaine active non médicalisée 24h par jour, soit 6h par jour pour l'aide aux actes de la vie quotidienne et 18h par jour de " tierce personne de proximité ". Après déduction des 11 jours pendant lesquels il a été hospitalisé du 27 octobre au 3 novembre 2016, puis du 19 au 21 novembre 2016, M. L a donc dû bénéficier, avant la consolidation de son état de santé fixée au 7 février 2020 par le docteur G, de l'aide d'une tierce personne pendant 1 068 jours. Sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération incluant les charges patronales et les majorations de rémunération pour travail du dimanche fixé à 13 euros et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, et sans qu'il y ait lieu de déduire les 13 964,75 euros correspondant au volet " aide humaine " de la prestation de compensation du handicap versée à M. I L au titre de la période allant d'octobre 2016 à septembre 2019 dès lors que le cumul de cette prestation et de l'indemnisation n'excède pas le total des frais d'assistance par une tierce personne évalué à 376 123,27 euros, le préjudice subi par l'intéressé du fait de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne avant consolidation de son état de santé peut être évalué, après application du taux de perte de chance de 95 %, à la somme de 357 316,85 euros. Il y a lieu de condamner la SHAM à verser cette somme au requérant.

Les frais d'assistance permanente par une tierce personne :

19. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du docteur G, qu'à compter du 7 février 2020, date de consolidation, M. L, qui réside depuis cette date chez ses parents qui lui apportent l'aide exigée par son état de santé, et qui indique ne pas vouloir être pris en charge à l'avenir dans un établissement spécialisé, a nécessité et nécessitera une assistance humaine non-médicalisée de 5h par jour et une assistance humaine d'incitation, d'occupation et d'accompagnement de 4h par jour, soit un total de 9h par jour d'aide humaine non-médicalisée. Sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération incluant les charges patronales et les majorations de rémunération pour travail du dimanche fixé à 13 euros et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, et sans qu'il y ait lieu de déduire la somme qu'il a perçue au titre du volet " aide humaine " de la prestation de compensation du handicap dès lors que le cumul de cette prestation et de l'indemnisation n'excède pas le total des frais d'assistance par une tierce personne, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. L en raison de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne pendant la période allant du 7 février 2020, date de consolidation, au 25 avril 2023, date du présent jugement, soit une période de 1173 jours, en l'évaluant, après application du taux de perte de chance de 95 %, à une somme de 147 167,49 euros. Il y a lieu, pour cette période, de condamner la Sham à verser cette somme en capital au requérant.

20. Pour la période postérieure au 25 avril 2023, il y a, sur la base des mêmes éléments de calcul, de condamner la Sham, au titre des frais d'assistance permanente par tierce personne, à verser à M. L une rente annuelle de 48 204 euros versée sous justificatifs à chaque échéance. Cette rente sera revalorisée chaque année par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Quant aux pertes de revenus professionnels actuels et futurs :

La période allant du 9 mai 2016 au 28 février 2018 :

21. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'à compter de l'année 2013, M. L a été employé par un garage automobile en qualité de mécanicien selon un contrat à durée indéterminée. Du fait de cette activité professionnelle, il percevait une rémunération nette de 12 767 euros par an. Les requérants indiquent eux-mêmes que, pour la période du 9 mai 2016 au 28 février 2018, pendant laquelle M. L a été en arrêt de travail jusqu'à sa déclaration d'inaptitude par la médecine du travail, le préjudice subi par l'intéressé en raison de la perte de ses revenus professionnels a été intégralement compensé par les indemnités journalières versées par la CPAM, pour un montant de 19 489,76 euros, et par des sommes versées par son employeur pour assurer le maintien d'une partie de sa rémunération. Dès lors, M. I L ne demande pas d'indemnité pour cette période.

22. En second lieu, après application du taux de perte de chance de 95 %, la CPAM de la Charente-Maritime a droit à une somme de 18 515,28 euros au titre du remboursement des indemnités journalières qui ont été versées à M. I L pendant la période du 9 mai 2016 au 28 février 2018.

La période allant du 1er mars 2018 au 8 mai 2019 :

23. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, pour la période du 1er mars 2018 au 8 mai 2019, les pertes de gain professionnel subies par M. L peuvent être évaluées, après application du taux de perte de chance de 95 % retenu, à une somme de 14 656,60 euros. Après déduction des indemnités journalières versées par la CPAM, d'un montant de 6 417,36 euros, et de l'allocation adultes handicapés qu'il a perçue de la part de la MDPH de la Corrèze, d'un montant de 3 598,74 euros, M. L a droit à une indemnité de 4 640,50 euros.

24. En second lieu, après application du taux de perte de chance de 95 %, la CPAM de la Charente-Maritime a droit au versement d'une somme de 6 096,50 euros au titre du remboursement des indemnités journalières versées à M. L pendant la période du 1er mars 2018 au 8 mai 2019.

La période allant du 9 mai 2019 au 31 octobre 2025 :

25. En premier lieu, compte tenu du salaire annuel net de 12 767 euros qu'il percevait dans le cadre de son activité professionnelle de mécanicien, les pertes de revenus professionnels subies par M. L peuvent, après application du taux de perte de chance de 95 %, être évaluées, pour la période du 9 mai 2019 au 31 octobre 2025, à 78 581,72 euros. Il résulte de l'instruction que du 9 mai 2019 au 31 mars 2021, M. I L a perçu une pension d'invalidité d'un montant de 15 044,90 euros et qu'à compter du 1er avril 2021, et jusqu'au 31 octobre 2025, il a perçu et va continuer de percevoir, au titre de cette pension d'invalidité, une somme de 35 641,07 euros. Il résulte aussi de l'instruction que M. L a perçu et percevra l'allocation adultes handicapés du 9 mai 2019 au 30 septembre 2022, pour un montant de 6 142,47 euros, et du 1er octobre 2022 au 31 octobre 2025, pour un montant de 168,98 euros par mois, soit 6 083,28 euros. Ainsi, et après déduction d'une somme de 50 689,97 euros au titre de la pension d'invalidité ainsi que d'une somme de 12 225,75 euros au titre de l'allocation aux adultes handicapés, M. L est fondé à demander, pour la période du 9 mai 2019 au 31 octobre 2025, une somme de 15 666 euros au titre de la perte de ses revenus professionnels.

26. En second lieu, après application du taux de perte de chance de 95 %, la CPAM de la Charente-Maritime a droit au versement d'une somme de 48 155,48 euros au titre du remboursement de la pension d'invalidité versée à M. L pendant la période du 9 mai 2019 au 31 octobre 2015.

La période postérieure au 1er novembre 2025 :

27. En premier lieu, en l'absence notamment, en l'état de l'instruction, de décision de la MDPH de Corrèze lui attribuant le bénéfice de l'allocation adultes handicapés à compter du 1er novembre 2025, le préjudice subi par M. I L du fait de la perte de ses revenus professionnels peut être évalué, après déduction de la pension d'invalidité d'un montant annuel de 7771,20 euros, à la somme de 4 995,80 euros par an. Pour la période postérieure au 1er novembre 2025, il y a donc lieu de condamner la Sham à verser à M. I L une rente annuelle de 4 995,80 euros, rente qui sera versée sous justificatifs à chaque échéance du montant des aides telles que l'allocation adultes handicapés qui seront versées au requérant, aides qui devront être déduites. Cette rente sera revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

28. En second lieu, pour la période postérieure au 1er novembre 2025, il y a lieu, compte tenu de la pension d'invalidité de 7771,20 euros versée chaque année à M. L, de condamner solidairement le centre hospitalier de Tulle et la Sham à payer à la CPAM de Charente Maritime, après application du taux de perte de chance de 95 % et au vu du solde restant après application du principe de priorité de la victime, une rente annuelle de 7 132,85 euros. Cette rente sera également revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Quant à l'incidence professionnelle :

29. Eu égard à la finalité de réparation d'une incapacité permanente de travail qui lui est assignée par l'article L. 341-1 du code de la sécurité sociale, et à son mode de calcul, en fonction du salaire, fixé par l'article R. 341-4 du même code, la pension d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet exclusif de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices subis par la victime dans sa vie professionnelle en conséquence de l'accident, c'est-à-dire ses pertes de revenus professionnels et l'incidence professionnelle de l'incapacité. Pour déterminer dans quelle mesure les préjudices ont été réparés par la pension d'invalidité, il y a lieu de regarder cette prestation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels et, par suite, comme ne réparant tout ou partie de l'incidence professionnelle que si la victime ne subit pas de pertes de revenus ou si le montant de ces pertes est inférieur à celui perçu au titre de la pension.

30. L'incidence professionnelle a pour objet d'indemniser les conséquences de toute nature touchant la sphère professionnelle, au-delà des pertes de revenus professionnels, comme le préjudice subi par la victime en raison de sa dévalorisation sur le marché du travail, de sa perte d'une chance professionnelle ou de l'augmentation de la pénibilité de l'emploi qu'elle occupe imputable au dommage, ou encore le préjudice subi qui a trait à sa nécessité de devoir abandonner la profession qu'elle exerçait avant le dommage au profit d'une autre qu'elle a dû choisir en raison de la survenance de son handicap. De même, l'existence d'un préjudice d'incidence professionnelle n'est nullement conditionnée à la possibilité d'un retour à l'emploi mais peut également découler du préjudice tenant à la renonciation à exercer une activité professionnelle du fait du handicap.

31. Licencié pour inaptitude physique le 18 mai 2018, M. L a été reconnu, en raison des séquelles qu'il a conservées de l'AVC qui est survenu le 11 mai 2016, comme étant totalement et définitivement inapte à l'exercice de tout emploi. Privé de la possibilité de travailler du fait des conséquences de la faute commise par le centre hospitalier de Tulle dans le cadre de sa prise en charge, il subit un préjudice d'incidence professionnelle qui n'est pas réparé par la pension d'invalidité qui lui est versée. Après application du taux de perte de chance de 95 %, et compte tenu de l'âge de M. L à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant une somme de 20 000 euros.

Quant aux frais d'adaptation du véhicule :

32. Comme il a été indiqué au point 16, M. L doit être regardé, du fait des séquelles de son AVC, comme n'étant plus à même de conduire normalement une automobile sur la voie publique, même avec adaptation de son véhicule. Par suite, en l'absence de lien direct et certain entre la faute commise par le centre hospitalier de Tulle et préjudice invoqué, le requérant n'est pas fondé à demander une indemnité au titre des frais d'adaptation du véhicule.

Quant aux frais relatifs à la construction et à l'aménagement d'un logement adapté :

33. Dans son rapport d'expertise, le docteur G relève que M. L, qui dans les suites de la survenue des dommages a quitté l'appartement qu'il occupait en location avec son ancienne compagne pour vivre dans la maison de ses parents à Maussac, doit " disposer d'un domicile accessible de plain-pied ou avec ascenseur et répondant aux normes handicap avec notamment : - une douche de plain-pied avec un siège ; des barres d'appui dans la salle de bain ; - un WC rehaussé avec des barres d'appui ; - la suppression du gaz et son remplacement par des plaques électriques notamment par induction ; - des appareils domotiques pour les lumières, les volets et les appareils électroménagers ; - un système d'alarme ; - () un appareillage informatique adapté au handicap qui lui permettrait d'avoir des activités plus fournies que celles qu'il a actuellement avec notamment, un ordinateur adapté à son handicap visuel ". M. L demande au tribunal le versement d'une " somme forfaitaire de 115 000 euros au titre des frais de logement adapté ". A cet égard, il fait valoir que cette somme correspond au prix de construction d'une maison de plain-pied adaptée située à proximité immédiate du domicile de ses parents sur un terrain cédé gratuitement par ces derniers, au coût de certains des équipements qui ont été mentionnés par le dr G dans son rapport d'expertise et aux honoraires d'un géomètre. M. I L, qui bénéficie d'une aide par une tierce personne assurée par sa mère, soutient que la construction de cette maison est imposée par son état de santé, que les divers aménagements indispensables ne peuvent être réalisés au domicile de ses parents dans lequel il n'a pas vocation à rester définitivement, que la location d'un logement adapté au sein de la commune de Maussac est impossible compte tenu des caractéristiques du parc locatif de cette commune et qu'un éloignement vers une commune de plus grande dimension, notamment à Ussel, ne paraît pas envisageable au regard de l'aide apportée quotidiennement par sa mère.

34. D'une part, si le centre hospitalier de Tulle et la Sham font valoir en défense que M. L n'établit ni même n'allègue avoir engagé des démarches en vue de trouver un logement en location adapté, il est loisible à ce dernier de préférer l'acquisition ou la construction d'une maison comportant les aménagements nécessaires à son état de santé. D'autre part, le projet de construction mentionné par le requérant ne peut être regardé comme la conséquence directe et certaine de la faute commise par le centre hospitalier de Tulle dans sa prise en charge.

35. Il est constant que, compte tenu des séquelles de son AVC survenu le 11 mai 2016, l'état de santé de M. L nécessite un logement adapté. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. L relatif à un surcoût d'aménagement de son logement, dont le caractère certain et le lien avec le manquement commis par le centre hospitalier de Tulle sont établis, en condamnant la Sham à lui verser une somme de 15 000 euros.

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

36. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire établi par le dr G, qu'en raison des conséquences de l'AVC survenu le 11 mai 2016, M. L a présenté un déficit fonctionnel temporaire total du 11 mai au 14 octobre 2016, puis du 30 septembre 2019 au 7 février 2020, soit un total de 288 jours. Il résulte aussi de l'instruction que l'intéressé a présenté un déficit fonctionnel temporaire partiel de 90 % du 15 octobre 2016 au 29 septembre 2019, soit un total de 1 080 jours. Sur la base de 15 euros par jour de déficit fonctionnel temporaire total, il y a lieu, après application du taux de perte de chance de 95 %, d'allouer à M. L, en réparation de son déficit fonctionnel temporaire, une somme de 18 900 euros.

Quant aux souffrances endurées :

37. Il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées par M. L, évaluée à 6/7 par le dr G dans son rapport d'expertise, en condamnant la Sham à lui verser, après application du taux de perte de chance de 95 %, une somme de 23 000 euros.

Quant au préjudice esthétique temporaire et permanent :

38. Compte tenu d'une hémiparésie, de troubles visuels qui modifient le regard, de la gêne aux déplacements, de l'utilisation d'un fauteuil roulant et de cannes, ainsi que d'une prise de poids, le dr G estime, dans son rapport d'expertise, que M. L a subi, du fait des conséquences de son AVC, un préjudice esthétique temporaire de 5,5/7 et un préjudice esthétique permanent de 5/7. Après application du taux de perte de chance de 95 %, il sera fait une juste appréciation de ces postes de préjudice en condamnant la Sham à lui verser une somme de 20 000 euros.

Quant au déficit fonctionnel permanent :

39. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du docteur G, qu'eu égard à son déficit neurologique, aux séquelles ophtalmologiques et à la " fonctionnalité restante ", M. L présente un déficit fonctionnel permanent de 85 %. Compte tenu de son âge de 31 ans à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant, après application du taux de perte de chance de 95 %, une somme de 330 000 euros.

Quant au préjudice d'agrément :

40. Il résulte de l'instruction qu'avant la survenue de l'AVC du 11 mai 2016, M. L pratiquait le rugby en compétition depuis plusieurs années et pratiquait régulièrement la chasse avec son père. Dans son rapport d'expertise, le dr G relève que " le préjudice d'agrément est total et définitif " dès lors que l'intéressé est " dans l'incapacité de s'adonner aux activités sportives et de loisirs qu'il pratiquait antérieurement ou de toute autre activité sportive ou de loisirs d'un jeune homme de son âge ". Dans ces conditions, M. L est fondé à se prévaloir d'un préjudice d'agrément dont il sera fait une juste appréciation, après application du taux de perte de chance de 95 %, en lui allouant la somme de 14 250 euros qu'il demande.

Quant au préjudice sexuel :

41. Après application du taux de perte de chance de 95 %, il sera fait une juste appréciation du préjudice sexuel de M. I L, âgé de 31 ans à la date de consolidation de son état de santé, en lui allouant la somme de 19 000 euros qu'il demande.

Quant au préjudice d'établissement :

42. Dans son rapport d'expertise, le dr G indique qu'" il existe également un préjudice d'établissement dans la mesure où les séquelles que présente M. L constituent un obstacle certain à la fondation d'un foyer et génèrent une incapacité à gérer seul ce foyer ". Après application du taux de perte de chance de 95 %, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice d'établissement en condamnant la Sham à lui verser une somme de 20 000 euros.

S'agissant des conclusions présentées par les victimes indirectes :

43. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

44. Les parents, frère et sœur de M. L ne justifient pas de l'existence, avant la date du présent jugement, d'une décision de rejet d'une demande d'indemnisation de leurs préjudices de nature à lier le contentieux. Par suite, en l'état, leurs conclusions sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les intérêts :

45. Les intérêts dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale ou, le cas échéant, faute de demande préalable indemnitaire, de l'enregistrement de cette demande au tribunal. Si la CPAM de la Charente-Maritime demande que la somme qui lui est due porte intérêt " à compter du paiement des prestations ", elle n'apporte pas d'indication sur la date de paiement des diverses prestations concernées. Dans ces conditions, il y a lieu de lui accorder les intérêts au taux légal sur la somme que le centre hospitalier de Tulle et la Sham sont condamnés à lui verser en capital à compter du 25 mai 2021, date d'enregistrement de sa demande au tribunal.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

46. En vertu de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident peut demander une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie, dont le montant est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu par la caisse, dans la limite d'un montant maximum révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Il y a lieu, en application de ces dispositions et de l'arrêté du 15 décembre 2022 susvisé, de mettre solidairement à la charge du centre hospitalier de Tulle et de la Sham le versement à la CPAM de la Charente-Maritime d'une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les dépens :

47. Selon l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".

48. Il y a lieu de mettre les frais des deux expertises judiciaires réalisées par le docteur A et par le docteur G, respectivement taxés et liquidés à une somme de 2 910 euros par une ordonnance du 16 avril 2018 et à une somme de 1 920 euros par une ordonnance du 9 mars 2021, à la charge définitive du centre hospitalier de Tulle et de la Sham, qui sont les parties perdantes dans la présente instance.

Sur les frais liés au litige :

49. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

50. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la Sham une somme de 2 000 euros à verser à M. I L sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées en application de ces dispositions par le centre hospitalier d'Ussel, le centre hospitalier de Tulle, la Sham, la CPAM de la Charente-Maritime et la Mutuelle Previfrance.

D E C I D E :

Article 1er: Le centre hospitalier d'Ussel est mis hors de cause.

Article 2:La Sham est condamnée à verser à M. L, premièrement, après déduction de la provision de 197 807 (cent quatre-vingt-dix-sept mille huit cent sept ) euros allouée par le juge des référés du tribunal par l'ordonnance du 13 février 2019, un capital de 813 765,84 euros (huit cent treize mille sept cent soixante-cinq euros et quatre-vingt-quatre centimes) en réparation des préjudices qu'il a subis, deuxièmement, une rente annuelle de 48 204 (quarante-huit mille deux cent quatre) euros à compter du 26 avril 2023 au titre du besoin d'assistance permanente par une tierce personne, troisièmement, une rente annuelle de 4 995,80 euros (quatre mille neuf cent quatre-vingt-quinze euros et quatre-vingts centimes) à compter du 1er novembre 2025 au titre de la perte de gains professionnels futurs à verser à terme échu sous déduction, le cas échéant, de l'allocation adultes handicapés et des aides de même nature qui pourraient être perçues.

Article 3:Les rentes mentionnées à l'article 2, versées à terme échu, seront revalorisées par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Article 4: Le centre hospitalier de Tulle et la Sham sont solidairement condamnés à verser à la CPAM de la Charente-Maritime, premièrement, un capital de 325 430,23 euros (trois cent vingt-cinq mille quatre cent trente euros et vingt-trois centimes), assorti des intérêts au taux légal à compter du 25 mai 2021, deuxièmement, à compter du 1er novembre 2025, une rente annuelle de 7 132,85 euros (sept mille cent trente-deux euros et quatre-vingt-cinq centimes), revalorisée par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale, troisièmement, une somme de 1 114 (mille cent quatorze) euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 5: Le centre hospitalier de Tulle et la Sham sont solidairement condamnés à verser à la Mutuelle Previfrance une somme de 4 978,63 euros (quatre mille neuf cent soixante-dix-huit euros et soixante-trois centimes) en remboursement de frais de santé pris en charge pour M. L au titre de la période du 11 mai 2016 au 11 juin 2020.

Article 6:Les frais des deux expertises judiciaires réalisées par le Dr A et par le Dr G, respectivement taxés et liquidés à une somme de 2 910 (deux mille neuf cent dix) euros par une ordonnance du 16 avril 2018 et à une somme de 1 920 (mille neuf cent vingt) euros par une ordonnance du 9 mars 2021, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Tulle et de la SHAM.

Article 7: La Sham versera une somme de 2 000 (deux mille) euros à M. L sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8:Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9:Le présent jugement sera notifié aux consorts L, au centre hospitalier d'Ussel, au centre hospitalier de Tulle, à la Société hospitalière des assurances mutuelles, à la CPAM de la Charente-Maritime et à la Mutuelle Previfrance. Une copie en sera adressée pour information aux docteurs A et G, experts judiciaires.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

Le rapporteur,

J.B. F

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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