jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100850 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | JUGE UNIQUE A SLIMANI |
| Avocat requérant | MONPION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 mai 2021, M. B E C, représenté par Me Dounies, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mars 2021 par laquelle la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de la Haute-Vienne a rejeté son recours préalable obligatoire ;
2°) d'enjoindre à la MDPH de la Haute-Vienne de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de condamner la MDPH de la Haute-Vienne à lui verser la somme de 100 000 euros au titre des préjudices subis ;
4°) de mettre à la charge de la MDPH de la Haute-Vienne la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée par un défaut de motivation au titre des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée par une erreur de droit et par une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- en raison de son handicap, il a sollicité auprès du centre de formation professionnelle une formation adaptée audit handicap, que cette demande a été rejetée, qu'il avait bien travaillé en amont son projet professionnel, que la raison de ce rejet a pour origine son âge et son origine portugaise, qu'aussi les stipulations de l'article 26 du pacte international relatifs aux droits civils et politiques, de la convention sur l'élimination de toutes discriminations raciales de 1965, de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 13 alinéa 1 du traité sur l'Union européenne et l'article 2-a de la convention sur la nationalité du conseil de l'Europe de 1996 ont été méconnues ;
- l'illégalité de la décision d'orientation prise par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est susceptible d'engager la responsabilité de la MDPH ;
- cette dernière a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- il estime à 100 000 euros son préjudice en raison des défaillances dans sa prise en charge comme travailleur handicapé tant sur le plan professionnel que moral.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 octobre 2021 et 7 octobre 2022, la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Vienne, représentée par Me Monpion, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. E C la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le pacte international relatifs aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966 ;
- le traité de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code du travail ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Faré, substituant Me Dounies, représentant M. E C et de Me Monpion, représentant la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Vienne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E C demande, d'une part, l'annulation de la décision du 25 mars 2021 par laquelle la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de la Haute-Vienne a rejeté son recours préalable obligatoire tendant à obtenir la réparation de son préjudice du fait de la défaillance dans sa prise en charge comme travailleur handicapé et, d'autre part, la condamnation de la MDPH de la Haute-Vienne à lui verser la somme de 100 000 euros au titre des préjudices subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, lorsqu'il est saisi d'un recours formé contre les décisions des commissions des droits et de l'autonomie des personnes handicapées statuant, en application des dispositions de l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles, sur une demande d'orientation d'une personne à qui a été reconnue en qualité de travailleur handicapé, il appartient au juge administratif de se prononcer non sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais seulement sur les droits de la personne intéressée, en se plaçant à la date à laquelle il rend sa décision.
3. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés du défaut de motivation de la décision attaquée et de l'incompétence du signataire de cet acte sont inopérants et doivent être écartés.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 5213-1 du code du travail : " Est considérée comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique ". Aux termes de l'article L. 5213-2 du même code : " La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 241-5 du code de l'action sociale et des familles. / Cette reconnaissance s'accompagne d'une orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle. L'orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle vaut reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. ". Aux termes de l'article L. 5213-3 dudit code : " Tout travailleur handicapé peut bénéficier d'une réadaptation, d'une rééducation ou d'une formation professionnelle. ". Aux termes de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles : " I. - La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : 1° Se prononcer sur l'orientation de la personne handicapée et les mesures propres à assurer son insertion scolaire ou professionnelle et sociale ". L'article R. 5213-9 du code du travail dispose : " L'éducation ou la rééducation professionnelle des travailleurs handicapés est assurée par : / 1° Les centres d'éducation ou de rééducation professionnelle créés par l'Etat, par une collectivité publique ou par un établissement public, et notamment les écoles de reconversion mentionnées par l'article D. 526 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ; / 2° Les centres d'éducation ou de rééducation professionnelle créés par les organismes de sécurité sociale ; / 3° Les centres d'éducation ou de rééducation professionnelle privés autres que ceux qui sont mentionnés au 2° ; / 4° Les employeurs au titre d'actions d'éducation ou de rééducation professionnelle ; / 5° Les centres collectifs ou d'entreprise agréés par le ministre chargé du travail ; / 6° Les organismes de formation au titre d'actions agréées en application de l'article L. 6341-4. ". Aux termes de son article R. 5213-10 : " La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est consultée sur toutes les demandes ou propositions de rééducation ou de réadaptation d'un travailleur handicapé. ". Aux termes de l'article R. 5213-12 : " La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées donne également son avis sur la nature, les modalités et la durée de la réadaptation, rééducation ou formation professionnelle appropriée. (). ".
5. Il résulte de la combinaison des articles L. 5213-2, L. 5213-3, R. 5213-9, R. 5213-10 et R. 5213-12 du code du travail que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, à laquelle cet article R. 5213-12 confère la mission de se prononcer sur la réadaptation, rééducation ou formation professionnelle appropriée, peut orienter toute personne à laquelle la qualité de travailleur handicapé a été reconnue vers un centre de rééducation professionnelle, dès lors qu'elle estime que les chances de l'intéressé d'obtenir ou retrouver un emploi dans la profession à laquelle il a été antérieurement formé, sont devenues très limitées. Il lui appartient dans un second temps de définir, pour chaque personne à laquelle est reconnue la qualité de travailleur handicapé, si une orientation vers un centre de rééducation professionnelle est l'orientation la mieux adaptée à son état de santé, en procédant à une évaluation de sa capacité de travail et de ses besoins en matière d'accompagnement, compte tenu de ses aptitudes et des contraintes ou restrictions inhérentes à son handicap, ainsi que de ses qualifications et expériences professionnelles.
6. En l'espèce, M. E C a obtenu au Portugal, dont il est originaire, un diplôme de tourneur mécanique industrielle. De 1978 à 1994, il a travaillé comme employé en entreprise de céramique, dessinateur industriel, concierge, tourneur, dessinateur, contrôleur qualité et opérateur sur machine. De 1994 à 1998, il a résidé en Espagne où il a occupé des postes en hôtellerie, dans le bâtiment et en agriculture. Depuis son arrivée en France en 1998, il a travaillé dans le cadre d'un contrat aidé comme ouvrier du bâtiment en chantier d'insertion. En 2004, il a suivi une formation de conducteur poids lourds. De 2015 à 2016, il a occupé un poste d'agent d'entretien de l'environnement en chantier d'insertion. De février à avril 2016, il a suivi une formation de professionnalisation aux métiers de l'usinage et de la métallerie. En 2017, il a obtenu un titre professionnel de conducteur de pelle hydraulique et chargeuse pelleteuse.
7. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que M. E C présente une déficience motrice entraînant des restrictions au maintien postural, au port de poids et à la marche prolongée. Il a été reconnu en qualité de travailleur handicapé le 1er avril 2018, jusqu'au 31 mars 2023. Il bénéficie depuis le 31 août 2018 d'une carte mobilité. En revanche, le bénéfice de l'allocation adulte handicapé lui a été refusé, son taux d'incapacité ayant été fixé à un taux inférieur à 50 %. Il est constant que M. E C, compte tenu des restrictions d'aptitude rencontrées, nécessite une reconversion professionnelle et justifie ainsi d'un accompagnement à la recherche d'un emploi et, le cas échéant, d'une formation en vue de lui faciliter son accès effectif à un emploi. Suite à la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé de M. E C, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées a décidé d'une orientation vers le marché du travail pour la période du 19 juin 2018 au 31 mars 2023, comprenant un accompagnement par le Pôle Emploi de son lieu de résidence et par Cap Emploi. Ensuite, M. E C a sollicité auprès de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées une formation afin de pouvoir devenir auxiliaire en prothèse dentaire dispensée par l'association pour la promotion sociale des aveugles et autres handicapés (Apsah).
8. Toutefois, il n'est pas sérieusement contesté, et alors qu'il bénéficie d'un accompagnement particulier afin de l'accompagner dans sa démarche de reconversion, que M. E C n'a pas rencontré des professionnels du secteur de la prothèse dentaire afin de mieux cerner ce métier et ainsi valider son projet professionnel dans un domaine très éloigné de ceux qu'il connait déjà au regard de son parcours professionnel tel que décrit au point 6. Il ne résulte pas de l'instruction et au regard de sa capacité de travail et de ses besoins en matière d'accompagnement, compte tenu de ses aptitudes et des contraintes ou restrictions inhérentes à son handicap, ainsi que de ses qualifications et expériences professionnelles, que la formation souhaitée par le requérant soit adaptée.
9. Aussi, dans les circonstances de l'espèce, il n'est pas établi qu'à la date du présent jugement, M. E C se soit suffisamment investi dans le projet de formation d'auxiliaire de prothésiste dentaire dans le cadre de son projet de reconversion professionnelle du fait de son handicap afin d'obtenir un accord de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées pour cette formation. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
10. Enfin, il ne résulte pas davantage de l'instruction que le refus attaqué qui a été opposé à l'intéressé ait pour origine son âge et son origine. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 26 du pacte international relatifs aux droits civils et politiques, de la convention sur l'élimination de toutes discriminations raciales de 1969, de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 13 alinéa 1 du traité sur l'Union européenne et de l'article 2-a de la convention sur la nationalité du conseil de l'Europe de 1996 doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
12. La décision attaquée n'étant pas illégale, aucune faute n'est de nature à engager la responsabilité de la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Vienne. Les conclusions indemnitaires de la requête ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur les conclusions au titre des frais d'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de M. E C dirigées contre la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Vienne qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant la somme de 2 500 euros demandée par la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Vienne au titre des dispositions précitées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Vienne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B E C et à la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
A. D
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
Le Greffier
M. A
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026