lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101067 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | WILLIAMSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juin 2021 et le 30 septembre 2022, l'association " Les amis de Saint-Jean Bosco ", M. J H, M. M E, M. C K, l'association " la Bouzanne embaumée ", M. B F, Mme I F et M. A G représentés par Me Williamson, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née de l'absence de réponse au recours gracieux présenté au préfet de l'Indre le 16 décembre 2020 et dirigé contre l'arrêté du 14 octobre 2020 portant délivrance d'un permis de construire n° PC 03608920N0003 à la société Biomethabrenne, ensemble ce même arrêté du 14 octobre 2020 et l'arrêté rectificatif du 28 octobre 2020 ;
2°) de mettre à la charge de la société Biomethabrenne, la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils disposent d'un intérêt à agir contre le permis de construire attaqué ;
- le dossier du permis de construire est entaché de plusieurs omissions ou, à tout le moins, d'insuffisances qui ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la règlementation ; la desserte du terrain d'assiette est insuffisante, les documents graphiques relatifs à l'insertion du projet dans son environnement ne permettent qu'une appréciation très partielle et inexacte ; la situation du terrain dans son environnement proche et lointain ne fait pas mention de sa proximité avec la Bouzanne et d'un espace naturel protégé ;
- le permis de construire est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur la desserte du projet quant à la capacité du chemin rural à supporter un nombre important de passages de poids lourds journaliers lesquels sont sous-estimés ;
- le permis de construire est entaché d'une erreur de droit en ce que l'autorité administrative aurait dû rechercher si la présence d'espaces paysagers protégés permettait une insertion conforme du projet à cet environnement, à tout le moins d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que cette insertion était légale ;
- le permis de construire est entaché d'une seconde erreur de droit en ne recherchant pas si le projet serait de nature à entraîner des nuisances olfactives alors que le dossier d'enregistrement mentionne de telles nuisances, à tout le moins d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2021, la société Biomethabrenne, représentée par Me Leplanois, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les associations et les requérants ne justifient ni de la qualité ni d'un intérêt à agir ;
- le dossier de permis de construire est complet ; l'état initial du terrain est scrupuleusement décrit ainsi que sa voie d'accès, illustré par une carte et deux documents d'insertion ; l'insertion du projet de construction dans son environnement proche et lointain est décrit dans un document graphique et six photographies, en outre aucune disposition législative ou réglementaire n'impose qu'un tel projet s'apprécie au regard des angles latéraux du terrain ; le projet n'est pas situé dans une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) mais à proximité ; en tout état de cause l'insuffisance alléguée est sans incidence sur la légalité du permis de construire dès lors que l'autorité administrative a été en mesure de porter une appréciation sur ces trois points en connaissance de cause ;
- la commune de Jeu-Les-Bois étant dotée d'un plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Châteauroux métropole, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme est inopérant ; sur une année, la moyenne de camions journaliers étant limitée à deux, les voies de circulation seront suffisantes ; la caractère accidentogène n'est nullement étayé ;
- le site ne présente pas d'intérêt paysager particulier, ni d'attrait esthétique particulier lié au paysage ni de valeur historique et culturelle ; le terrain d'assiette du projet composé de cultures et de jachères à l'écart du village ne peut être qualifié comme un site présentant un caractère de paysage exceptionnel ;
- les cuves du procédé sont closes mais couvertes par des gazomètres ou toitures souples et les habitations les plus proches sont situées à plus de 300 mètres, au-delà des 50 mètres imposés par l'arrêté du 12 août 2010 relatifs aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2021, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les requérants particuliers ne disposent pas d'un intérêt à agir, leurs habitations se situant à plus de 500 mètres du projet avec de nombreux masques végétaux limitant la visibilité sur les constructions ; l'association " les amis de Saint-Jean Bosco " est une association à vocation sociale d'aides aux personnes dont les statuts ne mentionnent aucune action en matière d'urbanisme, d'environnement ou d'aménagement ; seule l'association " La Bouzanne embaumée " semble avoir un intérêt à agir ;
- le dossier de permis de construire est suffisant : l'accès se fera par un chemin privé appartenant à une SCEA partie prenante du projet et est en cours d'achat par la SAS Biométhabrenne ; les gestionnaires de voiries consultés n'ont imposé aucune prescription ; les nombreuses photographies des paysages permettent d'appréhender à quoi ressemblera le projet et son impact sur l'environnement proche ou lointain ; l'implantation d'un stockage déporté dans une ZNIEFF ne relève pas du dossier de permis de construire mais de la procédure des installations classées ; à supposer qu'existent des imprécisions, elles ne sont pas de nature à fausser l'appréciation de l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation en vigueur ;
- la voie actuelle d'accès au projet sera renforcée et disposera d'une largeur supérieure à celle prévue au PLUi ; le conseil départemental n'a émis aucune observation relative au futur trafic généré par l'installation ; le projet n'est situé sur aucun secteur protégé et n'a pas d'impact visuel particulier ; les risques de nuisances olfactives ne peuvent fonder un refus de permis de construire sur la base de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme qui ne concerne que la dangerosité des constructions et non leur activité qui relève d'une législation distincte ; en tout état de cause, le méthaniseur sera situé à plus de 500 mètres des premières maisons et les nuisances possibles seront minimisées avec le respect des prescriptions prévues par l'arrêté du 12 août 2010 relatifs aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christophe,
- les conclusions de M. Slimani, rapporteur public,
- et les observations de Me Leplanois, représentant de la société Biomethabrenne.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 14 octobre 2020, le préfet de l'Indre a accordé à la SAS Biométhabrenne un permis de construire n° PC 03608920N0003 pour la construction d'une unité de méthanisation agricole collective au lieudit " Le petit Rimbault/Le grand Rimbault " sur les parcelles cadastrées nos 000 B 96 et 000 B 127 sur la commune de Jeu-les-Bois. Cet arrêté a fait l'objet d'un arrêté de permis de construire modificatif du 28 octobre 2020, suite à une erreur dans le document d'urbanisme en vigueur. Le 16 décembre 2020, les requérants ont notifié au préfet par voie d'huissier un recours gracieux par lequel ils sollicitaient le retrait de ces deux arrêtés. Une copie de ce recours gracieux a été notifié au pétitionnaire le 24 décembre 2020. Le 16 février 2021, le préfet de l'Indre a implicitement rejeté ce recours gracieux. Les requérants demandent au tribunal d'annuler ce refus implicite ainsi que l'arrêté initial du 14 octobre 2020 et l'arrêté modificatif du 28 octobre 2020 accordant le permis de construire.
Sur la fin de non-recevoir opposées en défense tirée de la tardiveté de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ". Aux termes de l'article A. 424-17 du même code : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : / " Droit de recours : / " Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme). () ".
3. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le permis de construire accordé le 14 octobre 2020 à la SAS Biométhabrenne par le préfet de l'Indre aurait fait l'objet d'un affichage satisfaisant aux exigences prévues par l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme.
4. Si, conformément à l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme, le délai de recours à l'égard des tiers court à compter de l'affichage du permis sur le terrain, l'exercice par un tiers d'un recours administratif ou contentieux contre un permis de construire, qui témoigne de ce qu'il a connaissance de cette décision, a pour effet de faire courir à son égard le délai de recours contentieux. Lorsque ce tiers utilise la faculté qui lui est ouverte de présenter un recours administratif avant de saisir la juridiction compétente, l'exercice d'un tel recours a pour conséquence de proroger le délai de recours contentieux, sous réserve du respect des formalités de notification de ce recours préalable prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme.
5. Le préfet de l'Indre oppose la tardiveté de la requête des requérants en faisant valoir qu'ils ont eu connaissance du permis de construire contesté puisqu'ils l'ont joint en copie de leur recours gracieux le 13 décembre 2020, lequel lui a été notifié le 16 décembre suivant par voie d'huissier. Il ressort des pièces du dossier que, par leur recours gracieux formé par l'intermédiaire de leur conseil et notifié au bénéficiaire le 24 décembre 2020, les requérants ont sollicité le retrait du permis de construire en raison de l'insuffisance du dossier qui l'accompagnait. Une unique pièce jointe accompagnait ce courrier, l'arrêté litigieux qui précisait les délais et voies de recours pour contester sa légalité et notamment la possibilité de former un recours gracieux dont la démarche proroge le délai de recours contentieux qui doit être introduit dans les deux mois suivant son rejet explicite ou implicite. Ce recours gracieux et sa notification au bénéficiaire de l'autorisation contestée emportent par conséquent la connaissance acquise du permis de construire délivré le 14 octobre 2020.
6. Ainsi, le délai de recours contentieux ouvert aux requérants à l'encontre de cet arrêté a commencé à courir à compter de la décision implicite née du silence du préfet de l'Indre le 16 février 2021, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que ce courrier n'ait pas fait l'objet d'un accusé de réception mentionnant les voies et délais de recours. Par suite, le délai pour introduire un recours courait jusqu'au 17 avril 2021 et était donc expiré le 25 juin 2021, date de l'enregistrement par le Tribunal de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2020 accordant le permis de construire à la SAS Biométhabrenne.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit à la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de ce que la requête des associations " Les amis de Saint-Jean Bosco " et " La Bouzanne embaumée ", de MM. H, E, K, F, G et de Mme F est tardive et qu'elle est, par suite, irrecevable.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge des parties les frais qu'elles ont exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: La requête des associations " Les amis de Saint-Jean Bosco " et " La Bouzanne embaumée ", de MM. H, E, K, F, G et de Mme F est rejetée.
Article 2:Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à l'association " Les amis de Saint-Jean Bosco ", à M. J H, à M. M E, à M. C K, à l'association " La Bouzanne embaumée ", à M. B F, à Mme I F, à M. A G, à la SAS Biométhabrenne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Une copie en sera adressée pour information au préfet de l'Indre.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
D. ARTUS
La greffière d'audience,
M. FAURE
La République mande et ordonne
au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef
A. BLANCHON
lg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026