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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101098

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101098

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101098
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVELIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2021, la société civile d'exploitation agricole (SCEA) " B ", la société d'exploitation agricole à responsabilité limitée (SEARL) " A " et le groupement forestier agricole (GFA) " Des Pochons ", représentés par Me Decressat, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 mai 2021 par laquelle le maire de Chalais les a mis en demeure de rétablir l'emprise du chemin rural dit C à la Merlasserie " avant le 31 juillet 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Chalais, la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est illégale en ce qu'elle porte sur un bien qui n'est plus la propriété de la commune puisqu'elles en sont devenues propriétaires par le jeu de la prescription acquisitive ;

- en cas de difficulté pour le tribunal pour apprécier l'existence ou pas d'un chemin rural, il lui reviendra de saisir le juge judiciaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2021, la commune de Chalais conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge solidairement de la SCEA " B ", de la SEARL " A " et du GFA " Des pochons " au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, le tribunal administratif de Limoges devra surseoir à statuer jusqu'à ce que l'autorité judiciaire se soit prononcée sur la détermination du propriétaire du chemin rural dit C à la Merlasserie " ;

- le moyen de la requête n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, exploitant agricole et gérant à titre principal ou associé des sociétés requérantes, est locataire pour les besoins de son activité de quatre parcelles cadastrées OA nos 532, 533, 568 et 569 au lieu-dit " La Merlasserie ". Le chemin rural dit C " partant du lieu-dit éponyme et passant par celui dit " B ", traverse les quatre parcelles du requérant, jusqu'à la route départementale 10 pour rejoindre le lieu-dit " La Merlasserie " près de la route départementale 61. Par une décision du 26 mai 2021, la maire de Chalais a mis en demeure les sociétés requérantes de rétablir dans son tracé initial la section de ce chemin qui traverse les parcelles de l'exploitation de M. A. Les requérantes demandent au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative opposées par la commune de Chalais :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune. ". L'article L. 161-4 du même code dispose : " Les contestations qui peuvent être élevées par toute partie intéressée sur la propriété ou sur la possession totale ou partielle des chemins ruraux sont jugées par les tribunaux de l'ordre judiciaire ". Enfin, l'article L. 161-5 de ce code prévoit que : " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux. ".

3. Il résulte de ces dispositions que les litiges relatifs à la propriété des chemins ruraux, lesquels font partie du domaine privé de la commune, relèvent de la compétence des tribunaux de l'ordre judiciaire. Toutefois, le maire étant chargé dans le cadre de ses pouvoirs de police de la conservation des chemins ruraux, les décisions prises à ce titre ressortissent de la compétence du juge administratif. Il suit de là que la décision attaquée du 26 mai 2021 par laquelle la maire de Chalais a fait usage de son pouvoir de police en mettant en demeure les requérantes de rétablir l'emprise du chemin rural dit C à la Merlasserie " avant le 31 juillet 2021 relèvent de la compétence de la juridiction administrative. L'exception d'incompétence de la juridiction administrative opposée par la commune de Chalais doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la qualité du chemin en litige :

4. Aux termes de l'article L. 161-2 du code rural et de la pêche maritime : " L'affectation à l'usage du public est présumée, notamment par l'utilisation du chemin rural comme voie de passage ou par des actes réitérés de surveillance ou de voirie de l'autorité municipale. (). La destination du chemin peut être définie notamment par l'inscription sur le plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée ". Aux termes de l'article L. 161-3 de ce même code : " Tout chemin affecté à l'usage du public est présumé, jusqu'à preuve du contraire, appartenir à la commune sur le territoire de laquelle il est situé. ".

5. Pour retenir la présomption d'affectation à l'usage du public prévue par l'article L. 161-2 précité, un seul des éléments indicatifs y figurant suffit.

6. De première part, il ressort des pièces du dossier et n'est au demeurant pas contesté, que le chemin dit C à la Merlasserie ", objet du présent litige, figure depuis plus de trente ans parmi les itinéraires inscrits au plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnées (PDIPR) de l'Indre ainsi qu'en atteste un extrait du registre des délibérations du conseil municipal de Chalais du 7 mars 1990 approuvant la carte des itinéraires de randonnée. Ce dernier est accompagné de la convention relative au PDIPR passée entre le maire de la commune et le président du conseil général de l'Indre le 2 juin 1990. En outre, les nombreux courriers datés de 2005, 2007 et 2008 produits en défense, adressés tant aux propriétaires qu'au locataire des quatre parcelles traversées par le chemin en litige, tous signés du maire de la commune, rappelaient à leurs destinataires que l'appropriation de la section concernée, ensemencée et cultivée, méconnaissait son statut de chemin rural appartenant au domaine privé de la commune et les invitait en conséquence à procéder à sa réhabilitation afin de permettre son affectation au public. Devant l'absence d'exécution de toute réhabilitation, un procès-verbal de constat a été dressé par un huissier le 27 avril 2005 d'où il ressortait que le propriétaire des parcelles nos 569 et 532 " a totalement empiété sur le chemin rural " lequel s'il avait totalement disparu à certains endroits restait cependant identifiable par la présence d'un passage et sa reprise à l'intérieur d'un espace boisé. Enfin, l'attestation d'un ancien employé municipal selon laquelle ce dernier a entretenu le chemin dit " C à la Merlasserie " pendant des années notamment de 1987 à 1997, caractérisent des actes réitérés de voierie de l'autorité municipale. La présomption d'affectation à l'usage du public de ce chemin, résultant notamment, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 161-2 du code rural et de la pêche maritime, de son inscription au PDIPR et des actes réitérés de voierie de l'autorité municipale, est ainsi confirmée.

7. De seconde part, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision attaquée est illégale en ce qu'elle porte sur un bien qui n'est plus la propriété de la commune en ce que les requérantes en seraient devenues propriétaires par le jeu de la prescription acquisitive ne présente manifestement pas le caractère d'une contestation sérieuse justifiant un renvoi préjudiciel devant le tribunal judiciaire et doit donc être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la mise en demeure :

8. Aux termes de l'article L. 161-5 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux. ". Aux termes de l'article D. 161-11 de ce code : " Lorsqu'un obstacle s'oppose à la circulation sur un chemin rural, le maire y remédie d'urgence. Les mesures provisoires de conservation du chemin exigées par les circonstances sont prises, sur simple sommation administrative, aux frais et risques de l'auteur de l'infraction et sans préjudice des poursuites qui peuvent être exercées contre lui ". Enfin, aux termes de l'article D. 161-14 de ce même code : " Il est expressément fait défense de nuire aux chaussées des chemins ruraux et à leurs dépendances ou de compromettre la sécurité ou la commodité de la circulation sur ces voies, notamment : () 3° De labourer ou de cultiver le sol dans les emprises de ces chemins et de leurs dépendances ; (). ".

9. Il résulte de ce qui précède que, dans l'exercice de ses prérogatives de police administrative, il incombe notamment au maire de prescrire toute mesure appropriée pour assurer la sauvegarde de l'intégrité des chemins ruraux et la commodité du passage. Indépendamment de toute obligation d'entretien, le maire est tenu de prendre les mesures de police nécessaires pour assurer la commodité du passage sur ce chemin rural et l'intégrité de celui-ci.

10. Il ressort des pièces du dossier que l'assiette dudit chemin, traversant les parcelles exploitées par M. A fait, depuis plusieurs années, l'objet de la part de l'intéressé de labours et de mises en culture. L'emprise du chemin n'est ainsi plus matérialisée et n'est plus visible sur les parcelles nos 569 et 532 par lesquelles il rejoignait la route départementale 10 et poursuivait son cours jusqu'au lieu-dit " La Merlasserie " au niveau de la départementale 61. Cette disparition est attestée tant par le constat d'huissier cité au point 6 que par la consultation en ligne du site public " Géoportail " accessible tant au juge qu'aux parties. Dans ces conditions, il appartenait au maire de Chalais de faire usage de son pouvoir de police afin de prendre les mesures propres à assurer la conservation de la portion en cause du chemin rural.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 26 mai 2021 présentée par les sociétés requérantes doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Chalais, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que les sociétés requérantes demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Chalais présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en mettant solidairement à la charge des requérantes la somme de 1 800 euros.

D E C I D E :

Article 1er: La requête des sociétés requérantes est rejetée.

Article 2:La société civile d'exploitation agricole (SCEA) " B ", la société d'exploitation agricole à responsabilité limitée (SEARL) " A " et le groupement forestier agricole (GFA) " Des Pochons " verseront à la commune de Chalais la somme de 1 800 (mille huit cents) euros au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à la société civile d'exploitation agricole (SCEA) " B ", à la société d'exploitation agricole à responsabilité limitée (SEARL) " A ", au groupement forestier agricole (GFA) " Des Pochons " et au maire de la commune de Chalais.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef,

A. BLANCHON

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