mardi 19 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101146 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BIAGINI |
Vu la procédure suivante :
Par une réclamation soumise d'office par l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée du contrôle fiscal Sud-Ouest en vertu de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales et des mémoires enregistrés les 8 juillet 2021, 22 juillet 2021, 28 février 2022, 25 octobre 2022, 4 janvier 2023 et 4 août 2023, M. A et Mme B C, représentés par Me Tachnoff-Tzarowsky, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de prononcer la décharge totale, en droits, intérêts et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016, pour un montant global de 111 859 euros.
Ils soutiennent que :
- les impositions supplémentaires auxquelles ils ont été assujettis sont prescrites à défaut d'acte interruptif de cette prescription dans le délai de reprise qui expirait le 31 décembre 2019 ; les seules mentions portées sur les accusés de réception produits par l'administration ne suffisent pas à démontrer que le pli contenant la proposition de rectification modèle 3924 du 16 décembre 2019 aurait effectivement été présenté le 17 décembre 2019 à leur domicile situé à Boisseuil ou le 18 décembre 2019 au cabinet de leur conseil, et qu'ils auraient été avisés que ce pli était en instance au bureau de poste ;
- l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle s'est étendue sur une période excédant celle permise par l'article L. 12 du livre des procédures fiscales ; les demandes d'assistance administrative internationale adressées les 15 octobre 2018 et 22 mars 2019 aux autorités luxembourgeoises ne pouvaient avoir pour effet de proroger de 222 jours le délai dans lequel cet examen pouvait être réalisé ; les rectifications prononcées n'ont aucun rapport avec les informations sollicitées dans le cadre des demandes d'assistance administrative internationale ; le service ne justifiait pas d'élément permettant de présumer que M. C disposait de revenus provenant du Luxembourg avant d'adresser ces demandes d'assistance aux autorités de ce pays ; l'administration ne pouvait se fonder sur l'existence d'un compte ouvert auprès de l'établissement bancaire luxembourgeois Haviland SA par la SARL BBFD FAMILY SPF pour former une demande d'assistance administrative et proroger ainsi le délai de vérification ; contrairement à ce que soutient l'administration, et dès lors notamment que la SARL BBFD FAMILY SPF est une société commerciale, M. C n'était pas tenu de déclarer l'existence de ce compte bancaire, qui n'a pas été ouvert à son nom ;
- l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales en s'abstenant, notamment, de répondre à la demande d'information adressée par leur conseil par un courrier du 15 novembre 2019 ;
- la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas justifiée.
Par des mémoires en défense enregistrés les 8 juillet 2021, 25 avril 2022, 20 décembre 2022 et 24 janvier 2023, l'administrateur général en charge de la direction spécialisée du contrôle fiscal Sud-Ouest conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le livre des procédures fiscales et le code général des impôts ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis de vérification n° 3929 du 30 mars 2018, reçu le 5 avril 2018, les époux C ont été informés qu'ils faisaient l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle concernant leurs revenus perçus en 2015 et 2016. Par une première proposition de rectification n° 3924 du 16 décembre 2019, le service a indiqué aux contribuables qu'au titre de l'année 2016, il était envisagé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux résultant de l'inclusion dans l'assiette d'une somme complémentaire de 130 000 euros, regardée comme des revenus de capitaux mobiliers constitutifs d'un avantage occulte, correspondant au montant cumulé de onze chèques, obtenus par l'administration dans le cadre de l'exercice du droit de communication, qui ont été émis par la SARL BBFD France et encaissés par M. C sur un de ses comptes ouverts à la Société Générale. Par une seconde proposition de rectification n° 2120 du 16 décembre 2019, le service a informé M. C qu'il était envisagé de prononcer à son encontre une sanction pour absence de déclaration d'un compte bancaire n° 403503 ouvert auprès de l'établissement bancaire luxembourgeois Banque Haviland SA au nom d'une société de droit luxembourgeois, la société BBFD Family SPF, détenue à 100 % par le contribuable. A l'issue de cet examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle, les époux C ont été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2016, mises en recouvrement le 30 juin 2020, pour un montant total, en droits, intérêts et pénalités, de 111 859 euros. Par trois décisions des 1er mars, 17 mai et 14 juin 2021, l'administration fiscale a rejeté les réclamations contentieuses présentées respectivement les 7 juillet, 4 mai et 3 juin 2021 par les époux C en vue d'obtenir le dégrèvement de l'intégralité de ces impositions supplémentaires. En application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, l'administration fiscale a soumis d'office au tribunal une quatrième réclamation présentée par les contribuables tendant aux mêmes fins.
Sur la prescription :
2. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Selon l'article L. 169 A de ce livre : " Le délai de reprise prévu au premier alinéa de l'article L. 169 s'applique également : () / 7° A tous prélèvements et taxes qui tiennent lieu de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés ". L'article L. 189 du même livre prévoit que : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, par la déclaration ou la notification d'un procès-verbal, de même que par tout acte comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous les autres actes interruptifs de droit commun. / La prescription des sanctions fiscales autres que celles visées au troisième alinéa de l'article L. 188 est interrompue par la mention portée sur la proposition de rectification qu'elles pourront être éventuellement appliquées ". Eu égard à l'objet de ces dispositions, relatives à la détermination du délai dont dispose l'administration pour exercer son droit de reprise, la date d'interruption de la prescription est celle à laquelle le pli contenant la proposition de rectification a été présenté à l'adresse du contribuable. Il en va de même lorsque le pli n'a pu lui être remis lors de sa présentation et que, avisé de sa mise en instance, il l'a retiré ultérieurement ou a négligé de le retirer.
3. Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux dans sa rédaction alors applicable : " En cas d'absence du destinataire à l'adresse indiquée par l'expéditeur lors du passage de l'employé chargé de la distribution, le prestataire informe le destinataire que l'envoi postal est mis en instance pendant un délai de quinze jours à compter du lendemain de la présentation de l'envoi postal à son domicile ainsi que du lieu où cet envoi peut être retiré. / Au moment du retrait par le destinataire de l'envoi mis en instance, l'employé consigne sur la preuve de distribution les informations suivantes : () - la date de présentation ; / - la date de distribution ; () ". Aux termes de l'article 7 du même arrêté : " A la demande de l'expéditeur, et moyennant rémunération de ce service additionnel fixée dans les conditions générales de vente, le prestataire peut établir un avis de réception attestant de la distribution de l'envoi. Cet avis est retourné à l'expéditeur et comporte les informations suivantes : () - la date de présentation si l'envoi a fait l'objet d'une mise en instance ; - la date de distribution ; () ".
4. En cas de contestation sur ce point, il incombe à l'administration fiscale d'établir que la notification d'une proposition de rectification a été régulièrement adressée au contribuable et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.
5. Il est constant que, pour l'ensemble des actes de la procédure d'imposition dont ils ont fait l'objet, les époux C ont élu domicile au cabinet de leur conseil, Me Biagini, au 18 rue Marignan à Paris. En défense, l'administration produit la copie de l'enveloppe correspondant au pli recommandé adressé au cabinet de ce conseil, pli qui contenait la proposition de rectification n° 3924 du 16 décembre 2019 et qui est revêtu d'un cachet postal à cette date. Elle produit aussi l'avis de réception du pli sur lequel est mentionnée expressément comme " date de présentation " le " 18/12/19 ", est précisé que le destinataire était " absent " et est collée l'étiquette " Restitution de l'information à l'expéditeur " sur laquelle est cochée la case " pli avisé et non réclamé ". Quand bien même cette date n'a pas été spécialement inscrite par le préposé de La Poste dans la rubrique " Présenté / Avisé le : ", il ressort de ces éléments clairs et concordants que le pli contenant cette proposition de rectification doit être regardé comme ayant été présenté au cabinet du conseil des requérants le 18 décembre 2019, soit avant l'expiration, le 31 décembre 2019 inclus, du délai de reprise des impositions litigieuses. Par suite, alors qu'il ne saurait être demandé à l'administration fiscale de produire l'avis de passage remis et conservé par le contribuable ou son mandataire, le moyen tiré de la prescription de ces impositions doit être écarté.
Sur la procédure d'imposition :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales : " Dans les conditions prévues au présent livre, l'administration des impôts peut procéder à l'examen contradictoire de la situation fiscale des personnes physiques au regard de l'impôt sur le revenu, qu'elles aient ou non leur domicile fiscal en France, lorsqu'elles y ont des obligations au titre de cet impôt. / A l'occasion de cet examen, l'administration peut contrôler la cohérence entre, d'une part les revenus déclarés et, d'autre part, la situation patrimoniale, la situation de trésorerie et les éléments du train de vie des membres du foyer fiscal. / Sous peine de nullité de l'imposition, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ne peut s'étendre sur une période supérieure à un an à compter de la réception de l'avis de vérification. / Lorsqu'un contrat de fiducie ou les actes le modifiant n'ont pas été enregistrés dans les conditions prévues à l'article 2019 du code civil, ou révélés à l'administration fiscale avant l'engagement de l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'un contribuable qui y est partie ou en tient des droits, la période prévue au troisième alinéa est prorogée du délai écoulé entre la date de réception de l'avis de vérification et l'enregistrement ou la révélation de l'information. / Cette période est prorogée du délai accordé, le cas échéant, au contribuable et, à la demande de celui-ci, pour répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications pour la partie qui excède les deux mois prévus à l'article L. 16 A. / Elle est également prorogée des trente jours prévus à l'article L. 16 A et des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte lorsque le contribuable n'a pas usé de sa faculté de les produire dans un délai de soixante jours à compter de la demande de l'administration ou pour recevoir les renseignements demandés aux autorités étrangères, lorsque le contribuable a pu disposer de revenus à l'étranger ou en provenance directe de l'étranger. / La période mentionnée au troisième alinéa est portée à deux ans en cas de découverte, en cours de contrôle, d'une activité occulte. Il en est de même lorsque, dans le délai initial d'un an, les articles L. 82 C ou L. 101 ont été mis en œuvre ".
7. Selon l'article L. 114 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts peut échanger des renseignements avec les administrations financières de Saint-Pierre-et-Miquelon, de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française, des îles Wallis et Futuna et des Terres australes et antarctiques françaises et autres collectivités territoriales de la République française relevant d'un régime fiscal spécifique ainsi qu'avec les Etats ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales ". Aux termes de l'article L. 188 A de ce livre : " Lorsque l'administration a, dans le délai initial de reprise, demandé à l'autorité compétente d'un autre Etat ou territoire des renseignements concernant un contribuable, elle peut réparer les omissions ou les insuffisances d'imposition afférentes à cette demande, même si le délai initial de reprise est écoulé, jusqu'à la fin de l'année qui suit celle de la réception de la réponse et, au plus tard, jusqu'au 31 décembre de la troisième année suivant celle au titre de laquelle le délai initial de reprise est écoulé. / Le présent article s'applique dans la mesure où le contribuable a été informé de l'existence de la demande de renseignements dans le délai de soixante jours suivant son envoi ainsi que de l'intervention de la réponse de l'autorité compétente de l'autre Etat ou territoire dans le délai de soixante jours suivant sa réception par l'administration ".
8. Aux termes de l'article 1649 A du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " Les administrations publiques, les établissements ou organismes soumis au contrôle de l'autorité administrative et toutes personnes qui reçoivent habituellement en dépôt des valeurs mobilières, titres ou espèces doivent déclarer à l'administration des impôts l'ouverture et la clôture des comptes de toute nature. / Les personnes physiques, les associations, les sociétés n'ayant pas la forme commerciale, domiciliées ou établies en France, sont tenues de déclarer, en même temps que leur déclaration de revenus ou de résultats, les références des comptes ouverts, utilisés ou clos à l'étranger. Les modalités d'application du présent alinéa sont fixées par décret ". Selon les dispositions de l'article 344 A de l'annexe III à ce code : " I. - Les comptes à déclarer en application du deuxième alinéa de l'article 1649 A du code général des impôts sont ceux ouverts auprès de toute personne de droit privé ou public qui reçoit habituellement en dépôt des valeurs mobilières, titres ou espèces. / II. - Les personnes physiques joignent la déclaration de compte à la déclaration annuelle de leurs revenus. Chaque compte à usage privé, professionnel ou à usage privé et professionnel doit être mentionné distinctement. / Les associations et sociétés n'ayant pas la forme commerciale joignent leur déclaration de compte à la déclaration annuelle de leur revenu ou de leur résultat. / III. - La déclaration de compte mentionnée au II porte sur le ou les comptes ouverts, utilisés ou clos, au cours de l'année ou de l'exercice par le déclarant, l'un des membres de son foyer fiscal ou une personne rattachée à ce foyer. / Un compte est réputé avoir été utilisé par l'une des personnes visées au premier alinéa dès lors que celle-ci a effectué au moins une opération de crédit ou de débit pendant la période visée par la déclaration, qu'elle soit titulaire du compte ou qu'elle ait agi par procuration, soit pour elle-même, soit au profit d'une personne ayant la qualité de résident ".
9. Premièrement, en vertu de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales, sous peine de nullité de l'imposition, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ne peut s'étendre sur une période supérieure à un an à compter de la réception de l'avis de vérification. Ce même article précise toutefois que cette période peut être prorogée des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte, lorsque le contribuable n'a pas usé de sa faculté de les produire dans un délai de soixante jours à compter de la demande de l'administration, ou pour recevoir les renseignements demandés aux autorités étrangères, lorsque le contribuable a pu disposer de revenus à l'étranger ou en provenance directe de l'étranger. Pour apprécier les délais nécessaires à l'obtention des renseignements demandés aux autorités étrangères, il y a lieu de tenir compte de la date à laquelle la demande est adressée à ces autorités et la date à laquelle la réponse est obtenue de celles-ci.
10. L'avis de vérification n° 3929 du 30 mars 2018 ayant été notifié le 5 avril 2018, le délai d'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle des requérants devait, en théorie, arriver à son terme le 5 avril 2019. Cependant, il résulte de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas contesté, que ce délai a pu être prorogé des 54 jours séparant le 6 juillet 2018, date d'expiration du délai de 60 jours laissé aux contribuables pour présenter l'ensemble de leurs relevés de comptes, et le 10 août 2018, date à laquelle l'administration a reçu la réponse des établissements bancaires pour les relevés manquants. En outre, il résulte de l'instruction que, dans le cadre des opérations de contrôle, l'administration pouvait présumer que M. C, dans la mesure où il détenait 100 % des parts de la société luxembourgeoise Yoko Investments ainsi qu'il l'avait renseigné dans ses déclarations d'impôt sur la fortune au titre des années 2015 et 2016 et où il n'avait pas donné suite à la demande de production de son compte courant d'associé qui lui avait été adressée le 18 mai 2018, avait pu percevoir, au titre de ces mêmes années, des revenus de cette société. Le service a donc pu, en vertu de l'article L. 188 A du livre des procédures fiscales, adresser le 15 octobre 2018 aux autorités luxembourgeoises une demande d'assistance administrative internationale relative au compte courant d'associé détenu par M. C dans cette société. Le délai prévu pour qu'il soit procédé à l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle a ainsi pu être prorogé de 112 jours supplémentaires correspondant à la période comprise entre la date de cette demande du 15 octobre 2018 et le 4 février 2019, date de la réponse des autorités luxembourgeoises. Par ailleurs eu égard aux informations échangées entre les autorités françaises et luxembourgeoises, il est apparu que le compte courant d'associé détenu par M. C dans la société Yoko Investments présentait un solde créditeur de 2 351 euros qui n'avait pas varié au titre des années 2015 et 2016 mais que celui-ci y disposait également d'un compte créditeur/débiteur divers. L'analyse de ce compte a notamment fait apparaître que, le 8 septembre 2016, la société Yoko Investments a cédé au profit de M. C une créance d'un montant de 400 000 euros qu'elle détenait sur la société luxembourgeoise BBFD Family SPF, elle-même détenue à 100 % par le contribuable. Ayant eu connaissance que cette somme de 400 000 euros a été versée sur un compte bancaire n° 403053 ouvert auprès de l'établissement bancaire luxembourgeois Banque Haviland SA, détenu par la société BBFD Family SPF mais dont M. C était en réalité le bénéficiaire, l'administration a également pu présumer que le contribuable avait pu percevoir des revenus provenant de l'étranger figurant ou transitant par ce compte bancaire. Par suite, et à supposer même que les requérants n'avaient pas à mentionner dans leurs déclarations de revenus en France l'existence de ce compte bancaire en application des dispositions citées au point 8, l'administration a pu adresser, le 22 mars 2019, une seconde demande d'assistance administrative internationale aux autorités luxembourgeoises portant cette fois-ci sur ce compte bancaire n° 403053, laquelle demande, à laquelle une réponse a été apportée le 10 juillet 2019, a eu pour effet de proroger le délai de l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle de 110 jours supplémentaires. Compte tenu de ces prorogations de 54, 112 et 110 jours, le terme de cet examen était donc, comme l'a justement retenu le service dans sa proposition de rectification n° 3924 du 16 décembre 2019, le 6 janvier 2020. Ce terme n'était donc pas atteint le 18 décembre 2019, date de présentation de cette proposition de rectification.
11. Deuxièmement, il résulte des dispositions de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales que la prorogation des délais qu'elles prévoient, destinée à permettre à l'administration de réunir l'ensemble des informations sur la situation fiscale personnelle du contribuable, s'applique à l'ensemble de la procédure de contrôle; l'administration est ainsi en droit de proroger à due concurrence la durée du contrôle sans qu'il y ait lieu d'opérer une distinction entre les redressements trouvant leur source dans les renseignements demandés aux autorités d'un État relatifs aux revenus tirés par les contribuables de leur patrimoine immobilier situé dans cet État et ceux n'ayant pas nécessité d'investigations d'une telle nature.
12. Eu égard à ce qui a été indiqué au point précédent, la circonstance que les impositions supplémentaires auxquelles les époux C ont été assujettis ont finalement été fondées sur des éléments autres que ceux recueillis par l'administration dans le cadre des demandes d'assistance administrative internationale adressées aux autorités luxembourgeoises est sans incidence sur les prorogations du délai de l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle résultant de ces demandes.
13. En second lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée. Il en va autrement s'agissant des documents et renseignements qui, à la date de la demande de communication, sont directement et effectivement accessibles au contribuable dans les mêmes conditions qu'à l'administration. Dans cette dernière hypothèse, si le contribuable établit qu'il ne peut avoir effectivement accès aux mêmes documents et renseignements que ceux détenus par l'administration, celle-ci est alors tenue de les lui communiquer.
14. D'abord, il résulte de l'instruction que les impositions supplémentaires dont les époux C demandent la décharge ne sont pas fondées sur les éléments recueillis par l'administration fiscale dans le cadre des deux demandes d'assistance administrative internationale adressées aux autorités luxembourgeoises. Ensuite, compte tenu des mentions portées dans sa proposition de rectification n° 3924 du 16 décembre 2019, l'administration ne peut qu'être regardée comme ayant informé les contribuables de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès des autorités luxembourgeoises avec une précision suffisante pour les mettre à même d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions. Enfin, les requérants n'établissent pas qu'à la date de réception du courrier du 15 novembre 2019 par lequel leur conseil a demandé la communication de certains éléments relatifs aux demandes d'assistance administrative internationale adressées aux autorités luxembourgeoises, ils ne pouvaient avoir directement et effectivement accès à ces éléments dans les mêmes conditions que l'administration. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.
Sur la pénalité pour manquement délibéré :
15. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ".
16. Il résulte de l'instruction que les onze chèques émis par la SARL BBFD France au titre de l'année 2016, pour un montant total de 130 000 euros, ont été encaissés par M. C sur un de ses comptes courants ouvert à la Société Générale et que cette somme, qui ne peut pas correspondre à un salaire ou à une distribution officielle à un associé, constitue un avantage occulte au sens du c de l'article 111 du code général des impôts. Il est constant que ces chèques, dont le montant total n'a pas été renseigné dans sa déclaration de revenus, ont nécessité des démarches actives, régulières et répétées de M. C pour leur encaissement, de sorte que l'intéressé, qui avait d'ailleurs eu recours au même procédé pour l'année 2015, ne pouvait ignorer avoir effectivement perçu cette somme de 130 000 euros. Au regard de ces éléments, qui ne sont pas sérieusement contestés, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qu'elle supporte, de ce que les requérants ont délibérément omis de déclarer cette somme afin d'échapper à l'impôt. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à contester le bien-fondé de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré qui leur a été appliquée.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions des requérants tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et Mme B C et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
D. ARTUS
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
No 2101146
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026