mardi 7 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101172 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | JAMES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2021, la SARL Barthelemy Confort +, représentée par Me James, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits, intérêts et pénalités, des rappels de TVA et des suppléments d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018, avec les intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les rappels de TVA :
- les erreurs constatées dans le cadre de la vérification de comptabilité proviennent de dysfonctionnements administratifs internes ; cette situation explique les difficultés rencontrées pour la collecte des attestations de travaux nécessaires à justifier l'application des taux réduits de TVA collectée ;
- les décalages constatés par le service se régularisent nécessairement lors du dépôt des déclarations ultérieures aux périodes concernées de sorte que les droits rappelés ont déjà été réglés et ne peuvent être réclamés une nouvelle fois sans instituer une double imposition ;
- s'agissant de la TVA collectée, l'écart est de 4 680 euros et non de 5 081 euros au titre de l'année 2018 ;
- s'agissant de la TVA déductible, la " dette de loyer " à l'égard de la SCI GEBATI a été pleinement justifiée ;
- la majoration de 40 % pour manquement délibéré, qui a été appliquée aux rappels de TVA liés aux écarts constatés par le service, n'est pas fondée.
En ce qui concerne les suppléments d'impôt sur les sociétés :
- à la suite des rectifications du montant des provisions constituées au titre de l'exercice clos en 2016 et du profit sur le trésor retenu au titre des exercices 2017 et 2018, des modifications doivent être apportées sur le montant des résultats ;
- c'est à tort que le service a remis en cause la dette de 3 000 euros à l'égard de la SCI Charente.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2021, la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée:
- le rapport de M. Boschet,
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Barthelemy Confort + exerce une activité d'installation de tous types de chauffage et de climatisation. A l'issue d'une procédure de vérification de comptabilité qui a donné lieu à une proposition de rectification du 5 novembre 2019, elle a été assujettie à des rappels de TVA au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, pour un montant en droits, intérêts et pénalités de 130 658 euros, ainsi qu'à des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, pour un montant en droits et intérêts de 18 005 euros, soit des impositions supplémentaires d'un total de 148 663 euros. Par une décision du 14 juin 2021, sa réclamation contentieuse a été rejetée. Par cette requête, cette société demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions supplémentaires.
Sur les rappels de TVA :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 269 du code général des impôts : " () 2. La taxe est exigible : () / c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits ".
3. Si un redevable de la TVA a la faculté de réparer une omission ou une insuffisance de déclarations de ses opérations taxables antérieures en souscrivant une déclaration rectificative, et ce même en cours de vérification de sa comptabilité, c'est toutefois à la condition que cette déclaration apparaisse explicitement comme rectificative, précise la période à laquelle elle se rapporte et soit accompagnée du paiement des droits dus.
4. Il résulte de l'instruction que l'administration, qui a rapproché sur la période vérifiée les encaissements tels qu'ils ressortaient des comptes bancaires et des documents sociaux avec les déclarations souscrites, a constaté des écarts de TVA collectée d'un montant de 15 319 euros au titre de l'année 2017 et 5 081 euros au titre de l'année 2018. La SARL Barthelemy Confort + ne conteste pas sérieusement la réalité de ces écarts et il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait spontanément régularisé cette insuffisance de déclaration en déposant dans les délais une déclaration rectificative relative aux périodes litigieuses accompagnée du paiement des droits dus.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'administration a remis en cause le bénéfice des taux réduits à 10 % ou à 5,5 % de TVA appliqués par la SARL Barthelemy Confort + sur certaines factures d'un montant supérieur à 300 euros au motif que la condition tenant à l'établissement et à la conservation de l'attestation prévue par les dispositions des articles 278-0 bis et 279-0 bis du code général des impôts n'était pas satisfaite. Il résulte en effet des dispositions de ces articles que l'application de ces taux réduits de TVA est conditionnée au fait que le preneur établisse, à la date du fait générateur de la taxe, ou au plus tard à celle de la facturation, une attestation selon laquelle les travaux effectués remplissent les conditions fixées par ces articles et que la personne qui réalise ces travaux, et qui procède à la facturation, conserve cette attestation à l'appui de sa comptabilité. Or, il résulte de l'instruction que, pour les factures en litige, la SARL Barthelemy Confort + n'a pas produit les attestations exigées pour l'application des taux réduits de TVA. Dans ces circonstances, et alors que la société ne saurait utilement se prévaloir de dysfonctionnements administratifs internes, qui ne sont par ailleurs pas établis, les rappels de droits de TVA fondés sur la remise en cause de ces taux réduits sont fondés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération ".
7. Il résulte de l'instruction que le bail de location relatif au local exploité par la SARL Barthelemy Confort + a été conclu avec la SCI Gebati pour la période allant du 1er septembre 2008 au 31 août 2017. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de la vérification de comptabilité, l'administration a constaté que des écritures comptables ont été enregistrées postérieurement à cette date, sans justificatif de la réalité des versements. Si le paiement des loyers des trois premiers trimestres de l'année 2017 a été inscrit dans la comptabilité de la SARL Barthelemy Confort + par une écriture au crédit du compte 467 " Débiteurs-créditeurs divers " libellé au nom d'une autre société ayant le même gérant, il résulte de l'instruction que le service a adressé une demande de renseignements à cette dernière société, qui n'était pas créancière des loyers, et que la comptabilité de cette dernière ne comportait aucune écriture venant corroborer celle de la société requérante. Dans ces conditions, en l'absence de preuve du paiement effectif des loyers, et alors que le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable légal, la SARL Barthelemy Confort + n'est pas fondée à faire valoir que c'est à tort que l'administration fiscale a remis en cause la TVA déduite du montant de ces loyers.
8. En quatrième lieu, selon l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ".
9. Il résulte de l'instruction que la SARL Barthelemy Confort + avait fait l'objet d'une précédente vérification de comptabilité dont il était ressorti que la comptabilité présentée était incomplète, entachée de négligences, et considérée comme irrégulière. A cet égard, des anomalies avaient déjà été constatées en matière de TVA, les règles d'exigibilité n'étant pas respectées. En outre, il résulte de l'instruction que, dans le cadre des opérations de contrôle qui ont abouti aux rectifications litigieuses, de nombreuses anomalies ont également été relevées lors de l'examen des fichiers des écritures comptables concernant le principe d'enregistrement chronologique et/ou d'irréversibilité des écritures comptables, le principe du chemin de révision des écritures comptables et la numérotation des pièces non respectés, ou encore une absence d'écriture au regard de l'augmentation de capital décidée par l'assemblée générale extraordinaire. Eu égard, d'une part, à la nature et à l'ampleur des dissimulations de recettes et des irrégularités dans la tenue de la comptabilité, d'autre part, à la réitération d'agissements relevés lors d'un précédent contrôle ayant également fondé des rappels de TVA similaires, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve d'un manquement délibéré au sens du a. de l'article 1729 du code général des impôts justifiant l'application d'une majoration de 40 % sur les rappels de TVA autres que ceux relatifs à la remise en cause des taux réduits de TVA.
Sur les suppléments d'impôt sur les sociétés :
10. En premier lieu, selon l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ". Aux termes de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales : " En cas de vérification simultanée des taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées, de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, le supplément de taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées afférent à un exercice donné est déduit, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, des résultats du même exercice, sauf demande expresse des contribuables, formulée dans le délai qui leur est imparti pour répondre à la proposition de rectification. Dans ce dernier cas, la prescription est réputée interrompue, au sens des articles L. 76 et L. 189, à hauteur des bases de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés notifiées avant déduction du supplément de taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées ". Lorsqu'un contribuable a fait l'objet de redressements en matière d'impôt sur les bénéfices et de taxe sur la valeur ajoutée, ses bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés peuvent être rehaussées d'un profit sur le Trésor chaque fois que le droit qui lui est ouvert de déduire de ces bases la taxe sur la valeur ajoutée rappelée aboutirait, à défaut de la constatation à due concurrence d'un tel profit, à ce que le contribuable soit imposé à l'impôt sur les sociétés sur une assiette plus réduite que celle sur laquelle il aurait été imposé s'il avait acquitté régulièrement la taxe sur la valeur ajoutée.
11. Ainsi qu'il est dit précédemment, c'est à bon droit que l'administration fiscale a mis à la charge de la SARL Barthelemy Confort + les rappels de TVA contestés. Il s'ensuit que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le service ne pouvait constater l'existence, à hauteur du montant de ces rappels, d'un " profit sur le Trésor " et réintégrer ce dernier dans son résultat imposable.
12. En second lieu, la SARL Barthelemy Confort + n'apporte pas le moindre élément de nature à justifier du bien-fondé de la dette de 3 000 euros qu'elle a comptabilisée à l'égard de la SCI Charente et qui a été réintégré dans le bénéfice imposable par l'administration.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par la SARL Barthelemy Confort + doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Barthelemy Confort + est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Barthelemy Confort + et à la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Martha, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
D. ARTUSLe greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026