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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101194

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101194

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101194
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantIBRAHIM FATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2021, M. A C, représenté par Me Ibrahim, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2021 par lequel le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a prononcé à son encontre une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois mois, dont deux avec sursis ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de le réintégrer dans ses fonctions avec rappel du salaire correspondant ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas disposé du délai lui permettant de préparer sa défense ni de saisir la commission de recours du Conseil supérieur de la fonction publique de l'Etat ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la sanction est disproportionnée au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 juillet 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'éducation ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n°2019-828 du 6 août 2019 ;

- le décret du 4 juillet 1972 ;

- le décret n°84-961 du 25 octobre 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Crosnier,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- les observations de M. C et celles de M. B, représentant la rectrice de l'académie de Limoges.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, professeur de mathématiques certifié, était affecté depuis 2005 au lycée Léonard Limosin de Limoges. Il a fait l'objet en 2017 d'une première sanction disciplinaire de suspension de dix-huit mois dont douze avec sursis. Suite aux propos qu'il a tenus devant des élèves de classe de seconde le 2 novembre 2020, jour de l'hommage national en l'honneur de Samuel Paty, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports l'a suspendu à nouveau de ses fonctions pour une durée de trois mois, dont deux avec sursis. M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du décret du 25 octobre 1984 : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline quinze jours au moins avant la date de réunion, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. / Ce conseil peut décider, à la majorité des membres présents, de renvoyer à la demande du fonctionnaire ou de son ou de ses défenseurs l'examen de l'affaire à une nouvelle réunion. Un tel report n'est possible qu'une seule fois. ". L'article 37 du décret du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs certifiés dispose : " Pour les professeurs certifiés affectés dans des établissements ou services placés sous l'autorité du recteur d'académie, les sanctions disciplinaires définies à l'article 66 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 sont prononcées, après consultation de la commission administrative paritaire académique siégeant en conseil de discipline, dans les conditions prévues à l'article 19 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983. / Le pouvoir de saisir la commission administrative paritaire académique siégeant en conseil de discipline est délégué au recteur d'académie. ".

3. Si M. C soutient que le délai de quinze jours entre la convocation au conseil de discipline et sa réunion n'a pas été respecté et qu'il n'a pas été en mesure de préparer sa défense, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été régulièrement convoqué par un courrier du 15 janvier 2021, dont il a accusé réception le 25 janvier 2021, au conseil de discipline programmé le 8 mars 2021 à 9 heures. La circonstance que, par un second courrier en date du 25 février 2021, dont il a accusé réception le 27 février, la rectrice de l'académie de Limoges l'a informé du changement de lieu de ce conseil de discipline, sans en modifier la date ni l'heure, est sans incidence sur la capacité à préparer sa défense qui lui était ouverte depuis le 25 janvier 2021. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige, en date du 10 mai 2021 est postérieur à la publication de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique par laquelle le rôle du Conseil supérieur de la fonction publique de l'Etat (CSFPE) a été supprimé en matière disciplinaire, rendant ainsi inopérant le moyen selon lequel le requérant n'a pas été informé de sa possibilité d'exercer un recours devant cette instance.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 2° Infligent une sanction ; () ".

6. L'arrêté du 10 mai 2021 vise les dispositions applicables à la situation de M. C et notamment le décret 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs certifiés ainsi que le décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat. Il fait état du déroulement de la procédure, mentionne les éléments qui en sont à l'origine ainsi que les raisons pour lesquelles une sanction disciplinaire doit être prononcée. L'arrêté litigieux, qui contient ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement est, dès lors, suffisamment motivé.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. Aux termes de l'article L.111-3-1 du code de l'éducation : " L'engagement et l'exemplarité des personnels de l'éducation nationale confortent leur autorité dans la classe et l'établissement et contribuent au lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l'éducation. () ". Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". Selon l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : - l'avertissement ; - le blâme. / Deuxième groupe : - la radiation du tableau d'avancement ; - l'abaissement d'échelon ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours ; - le déplacement d'office. / Troisième groupe : - la rétrogradation ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois à deux ans. / Quatrième groupe : - la mise à la retraite d'office ; - la révocation () ".

8. Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes et, d'autre part, que l'exigence d'exemplarité et d'irréprochabilité qui incombe aux enseignants dans leurs relations avec des mineurs, y compris en dehors du service, leur impose de ne pas porter atteinte à la réputation du service public de l'éducation nationale ainsi qu'au lien de confiance qui doit unir les enfants et leurs parents aux enseignants du service.

9. En l'espèce, il est constant que M. C a déclaré devant les élèves d'une classe de seconde le 2 novembre 2020, jour de l'hommage national en l'honneur de Samuel Paty, que s'ils ne se taisaient pas, " il allait leur arracher la tête comme Samuel Paty ". Si le requérant soutient s'être rendu compte de la gravité de ses propos et s'être immédiatement excusé auprès des élèves et de ses collègues en diffusant un message par l'intermédiaire de l'application Pronote, et quand bien même une élève atteste par l'intermédiaire du témoignage de sa mère, enseignante dans l'établissement et collègue du requérant, que ces propos ont été perçus au second degré par les élèves, un tel comportement est constitutif d'une faute de nature à justifier une sanction en ce qu'il a porté atteinte à l'image du service public de l'éducation dans un contexte particulièrement sensible et nuit fortement à la confiance nécessaire entre les élèves, leurs parents et l'institution exigée par les dispositions de l'article L. 111-3-1 du code de l'éducation citées au point 7. Dans ces conditions, la sanction d'exclusion temporaire de trois mois, dont deux avec sursis, n'est pas disproportionnée au regard de la gravité de la faute commise par M. C, ce dernier ne pouvant en outre se prévaloir utilement de la gravité des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle dès lors notamment que le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse n'a pas procédé à la révocation du sursis de douze mois résultant de la précédente sanction prononcée à son encontre le 3 février 2017.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée pour information à la rectrice de l'académie de Limoges.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Crosnier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

Le rapporteur,

Y. CROSNIER

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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