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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101230

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101230

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101230
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHRISTIAN DELPY AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 23 juillet 2021 et 1er juillet 2022, M. B C, représenté par Me Delpy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juin 2021 du président du conseil départemental de la Haute-Vienne refusant de surélever le merlon qui existait auparavant le long de sa propriété et de la RD 914 et de supprimer l'interdiction de tourner à gauche afin de faire cesser les nuisances sonores et problématiques de sécurité routière ;

2°) d'enjoindre au département de la Haute-Vienne, d'une part, de surélever à une hauteur de 80 cm et rétablir dans sa longueur le merlon qui existait auparavant le long de sa propriété et de la RD 914 et, d'autre part, de supprimer l'interdiction de tourner à gauche sur la VC 129 afin de faire cesser les nuisances sonores et problématiques de sécurité routière ;

3°) de condamner le département de la Haute-Vienne à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation des préjudices subis, résultant de la faute commise engageant sa responsabilité ;

4°) de condamner le département de la Haute-Vienne aux entiers dépens ;

5°) de mettre à la charge du département de la Haute-Vienne une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une violation directe de la règle de droit dès lors qu'elle a méconnu les dispositions de l'article R. 571-46 du code de l'environnement et de l'article 3 de l'arrêté du 5 mai 1995 relatif au bruit des infrastructures routières ;

- le département de la Haute-Vienne a commis une faute en méconnaissant une promesse de réalisation de travaux, sa responsabilité pour faute est donc engagée ;

- cette faute lui a causé un préjudice de jouissance et moral estimé à la somme de 1 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 avril 2022 et le 6 septembre 2022, le département de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en application de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par courrier du 2 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par M. C en l'absence de demande préalable d'indemnisation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté du 5 mai 1995 relatif au bruit des infrastructures routières ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chambellant, conseillère,

- les conclusions de Mme Siquier, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A, représentant le département de la Haute-Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, propriétaire d'une maison d'habitation située au " Pont de Jonas " à Ambazac (87240), située en bordure de la route départementale 914, a demandé au département de la Haute-Vienne de réaliser des travaux de voirie afin d'obtenir la surélévation du merlon qui existait auparavant le long de sa propriété et de la route départementale 914 et de supprimer l'interdiction de tourner à gauche afin de faire cesser les nuisances sonores ainsi que les problématiques d'insécurité. Par une décision du 2 juin 2021, le département de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à ces demandes. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal, en premier lieu, d'annuler cette décision, en deuxième lieu, de condamner le département de la Haute-Vienne à lui verser une somme de 1 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait du refus de réaliser les travaux sollicités et, en dernier lieu, d'enjoindre au département de procéder à la surélévation du merlon en litige et à la suppression de tourner à gauche sur la voie communale 129.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".

3. M. C soutient, d'une part, que la décision du 2 juin 2021 en litige est entachée d'illégalité en ce qu'elle méconnait les dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 5 mai 1995 relatif au bruit des infrastructures routières et, d'autre part, que le département de la Haute-Vienne en ne respectant pas une promesse qu'il avait prise a commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité. Par suite, sa requête contient l'exposé de conclusions et de moyens et respecte donc les prescriptions de l'article R. 411-1 précité. La fin de non-recevoir opposée en défense doit donc être écartée.

Sur le cadre juridique du litige et l'office du juge de la réparation :

4. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures.

5. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il incombe au juge, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.

6. Pour la mise en œuvre des pouvoirs décrits ci-dessus, il appartient au juge, saisi de conclusions tendant à ce que la responsabilité de la personne publique soit engagée, de se prononcer sur les modalités de la réparation du dommage, au nombre desquelles figure le prononcé d'injonctions, dans les conditions définies aux points précédents, alors même que le requérant se serait borné à demander l'annulation du refus de la personne publique de mettre fin au dommage, assortie de conclusions aux fins d'injonction à prendre de telles mesures. Dans ce cas, il doit regarder ce refus de la personne publique comme ayant pour seul effet de lier le contentieux portant sur sa responsabilité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 2 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Vienne, d'une part, a refusé de réaliser les travaux de surélévation du merlon qui existait auparavant le long de sa propriété et de la RD 914 et, d'autre part, refusé sa demande de sécurisation de l'intersection avec la VC 129.

8. D'une part, il résulte des principes énoncés ci-dessus que la décision du 2 juin 2021 par laquelle le président du département de la Haute-Vienne a refusé de faire procéder aux travaux de surélévation du merlon a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de la demande de M. C. Ainsi, ce dernier doit être regardé comme demandant au tribunal, afin de mettre fin au préjudice persistant qu'il affirme subir, d'enjoindre au département de faire procéder aux travaux de surélévation du merlon en litige.

9. D'autre part, si M. C soutient que la mise en place d'une interdiction de tourner à gauche à l'intersection permettant l'accès à la zone résidentielle, au niveau du croisement de route D 914 et de la voie communale 129 dans le sens Ambazac-La Jonchère, n'est pas de nature à sécuriser cette intersection, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté et les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 2 juin 2021 en ce qu'elle refuse de supprimer l'interdiction de tourner à gauche être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité du département de la Haute-Vienne :

En ce qui concerne la responsabilité du département de la Haute-Vienne du fait de l'abstention fautive du département à faire réaliser les travaux sur le merlon :

10. Aux termes de l'article R. 571-44 du code de l'environnement : " La conception, l'étude et la réalisation d'une infrastructure de transports terrestres nouvelle et la modification, ou la transformation, significative d'une infrastructure de transports terrestres existante sont accompagnées de mesures destinées à éviter que le fonctionnement de l'infrastructure ne crée des nuisances sonores excessives. Le maître d'ouvrage de travaux de construction, de modification ou de transformation significative d'une infrastructure est tenu, sous réserve des situations prévues à l'article 9, de prendre les dispositions nécessaires pour que les nuisances sonores affectant les populations voisines de cette infrastructure soient limitées, dans les conditions fixées par le présent décret, à des niveaux compatibles avec le mode d'occupation ou d'utilisation normale des bâtiments riverains ou des espaces traversés ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 5 mai 1995 relatif au bruit des infrastructures routières : " Les niveaux maximaux admissibles pour la contribution sonore d'une infrastructure nouvelle, mentionnés à l'article 4 du décret relatif à la limitation du bruit des aménagements et infrastructures de transports terrestres, sont fixés aux valeurs suivantes : () Usage et nature des locaux : Logements en zone d'ambiance sonore préexistante modérée LAeq (6 h - 22 h) (1) : 60 dB (A) ; LAeq (22 h - 6 h) (1) : 55 dB (A) () Une zone est d'ambiance sonore modérée si le niveau de bruit ambiant existant avant la construction de la voie nouvelle, à deux mètres en avant des façades des bâtiments est tel que LAeq (6 h-22 h) est inférieur à 65 dB(A) et LAeq (22 h-6 h) est inférieur à 60 dB(A). () ". Selon l'article 3 du même arrêté : " Lors d'une modification ou transformation significative d'une infrastructure existante au sens des articles 2 et 3 du décret susvisé relatif à la limitation du bruit des aménagements et infrastructures de transports terrestres, le niveau sonore résultant devra respecter les prescriptions suivantes : - si la contribution sonore de l'infrastructure avant travaux est inférieure aux valeurs prévues à l'article 2 du présent arrêté, elle ne pourra excéder ces valeurs après travaux ; - dans le cas contraire, la contribution sonore, après travaux, ne doit pas dépasser la valeur existant avant travaux, sans pouvoir excéder 65 dB(A) en période diurne et 60 dB(A) en période nocturne ".

11. Pour démontrer qu'il subit un préjudice persistant en lien avec une faute que commettrait le département en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, M. C indique subir des nuisances sonores dépassant les seuils autorisés par la règlementation applicable et ayant notamment pour origine la réalisation, dans le courant de l'année 2018, d'un merlon d'une hauteur de seulement 60 centimètres là où le précédent ouvrage était d'une hauteur de 80 centimètres. Il résulte toutefois de l'instruction d'une part, que le département de la Haute-Vienne avait informé M. C dans son courrier du 10 septembre 2018 que la réalisation de ce merlon n'était pas destiné à améliorer l'acoustique environnementale et, d'autre part, que les relevés sonores, réalisés par constat d'huissier le 2 février 2021, qui n'ont été réalisées que sur deux laps de temps rapprochés et sur une unique journée, étaient destinés à comparer les nuisances sonores subis lorsqu'il existe un merlon de 60 centimètres et lorsqu'il n'en existe aucun. Ainsi, les mesures réalisées ne permettent ni d'établir la réalité d'un dépassement des taux imposés par les dispositions, à les supposer applicables, de l'arrêté du 5 mai 1995 relatif au bruit des infrastructures routières, ni que la présence d'un merlon de 80 centimètre en lieu est place de celui de 60 centimètre existant, serait de nature à réduire significativement les nuisances, alors au surplus que l'administration explique, sans être contredite sur ce point, qu'il n'est pas envisageable d'intervenir périodiquement pour maintenir une hauteur minimale à cet ouvrage qui subit un tassement naturel de la terre ainsi que l'érosion. Par suite, à défaut d'établir un préjudice en lien avec une abstention fautive du département de surélever de 20 centimètres le merlon litigieux, le requérant n'est pas fondé à engager la responsabilité du département de la Haute-Vienne sur ce fondement.

En ce qui concerne la responsabilité du département de la Haute-Vienne pour promesse non tenue :

12. Si la responsabilité de l'administration est susceptible d'être retenue en cas de promesse non tenue, il appartient au demandeur de démontrer l'existence d'un engagement ferme et précis qui n'aurait pas été respecté à son égard.

13. M. C soutient que le département de la Haute-Vienne s'est engagé à procéder à la restauration du merlon en limite de sa propriété dans les caractéristiques antérieures à sa démolition. Il résulte de l'instruction que celui-ci a sollicité, au cours de l'année 2018, la restauration du merlon qui séparait sa propriété de la route départementale et que le département de la Haute-Vienne s'est engagé, dans un courrier du 10 septembre 2018, à procéder à cette restauration. Il résulte également de l'instruction que le département avait initialement indiqué au requérant, dans ce courrier du 10 septembre 2018, avant que le merlon ne soit reconstitué au mois d'octobre 2018, qu'une levée de terre serait prochainement mise en œuvre à l'emplacement de l'ancienne et avec les mêmes caractéristiques que celles présentes auparavant et qu'après les protestations du requérant relativement à la hauteur de celui-ci, il lui a été indiqué dans un compte-rendu de réunion du 13 décembre 2019 qu'un agent se rendrait sur place pour expertiser les possibilités de surélévation du merlon qui ne pourra intervenir que dans la limite de pouvoir maintenir l'entretien de la tête de fossé. S'il est constant que le merlon effectivement réalisé n'a qu'une hauteur de 60 centimètres, là où le précédent mesurait 80 centimètres, le courrier du 10 septembre 2018 qui ne mentionne aucune hauteur précise et le compte-rendu de réunion du 13 décembre 2019 qui relève seulement de la déclaration d'intention, ne peuvent être regardés, du fait de leur caractère vague et imprécis, comme un engagement ferme et définitif du département à reconstituer un merlon de 80 centimètres. Le requérant n'établit en tout état de cause aucun lien entre ces éléments et le préjudice invoqué. Dans ces conditions, le requérant ne peut se prévaloir d'une faute du département en raison de l'existence d'une promesse non tenue.

Sur les conclusions indemnitaires :

14. Il résulte de tout ce qui précède et en l'absence de toute illégalité fautive, que M. C qui n'a pas présenté de demande préalable d'indemnisation au département de la Haute-Vienne et, au jour du présent jugement, ne justifie d'aucune décision du département rejetant sa demande indemnitaire de sorte que ces conclusions sont irrecevables, n'est en tout état de cause pas fondé à demander la condamnation du département à lui verser la somme de 1 000 euros qu'il réclame à titre de réparation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Tout d'abord, le requérant n'a pas expressément demandé au juge de mettre en œuvre le régime juridique analysé aux points 4 à 6. Ensuite, le présent jugement ne prononce aucune condamnation à l'encontre d'une personne publique pour des dommages trouvant leur origine dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que le département aurait en l'espèce commis une faute. Dès lors, et en tout état de cause, les conclusions à fin d'injonction par lesquelles le requérant demande au juge d'enjoindre au département de réaliser des travaux sur le merlon doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

En ce qui concerne les dépens :

16. M. C ne justifie pas avoir engagé de dépens dans la présente instance. Sa demande tendant à ce qu'ils soient mis à la charge du département de la Haute-Vienne ne peut donc, en tout état de cause, qu'être rejetée.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme que demande le requérant au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Delpy et au département de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Boschet, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

J. CHAMBELLANT

Le président,

FJ. REVEL

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef

La Greffière

M. D

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