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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101236

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101236

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101236
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantMONPION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire enregistrés les 23 juillet 2021, 3 novembre 2021 et 31 mars 2022, M. B A, représenté par Me Declercq, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet du centre hospitalier (CH) de Haute-Corrèze née le 8 juin 2021 du silence gardé pendant plus de deux mois sur le recours gracieux qu'il a introduit ;

2°) d'enjoindre à cet établissement de régulariser sa situation auprès de la CARSAT, sous astreinte journalière de 100 euros par jour de retard ;

3) de condamner cet établissement à l'indemniser des pertes subies sur sa pension de retraite, au jour du jugement à venir ;

4°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier de Haute-Corrèze à lui verser la somme de 51 752 euros en réparation de ses préjudices ;

5°) de mettre à la charge de cet établissement une somme de 3 000 euros sur le fondement de L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le centre hospitalier a méconnu les règles d'affiliation précisées par l'article 5 du décret n° 70-1277 du 23 décembre 1970 dès lors qu'il n'a pas été affilié à la CARSAT entre 2007 et 2015 ; cette illégalité est fautive et de nature à engager la responsabilité du CH ;

- le CH ne justifie pas avoir régularisé effectivement le versement des cotisations salariales et patronales au titre des années en cause ;

- en tout état de cause, les cotisations n'ont pas été régularisées pour les périodes allant de juin 2007 à janvier 2008 et de janvier 2014 à mars 2015 ;

- en raison des fautes commises par le CH, il est privé d'une partie de la pension à laquelle il a droit et il évalue ce manque à percevoir à 194,80 euros par mois, soit une perte de 2 337, 60 euros par an, soit 46 752 euros sur 20 ans ;

- en raison de ces mêmes fautes, il a été privé de la possibilité d'un départ à la retraite anticipé au titre du dispositif des carrières longues et est ainsi fondé à se prévaloir d'un préjudice moral qu'il évalue à 5 000 euros.

Par un mémoire enregistré le 9 février 2022, le centre hospitalier de Haute-Corrèze, représenté par Me Monpion, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M.A d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le courrier du 9 juin 2021 produit par le requérant à l'appui de ses écritures doit être écarté des débats et ne constitue pas une décision administrative. Elle soutient également que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a communiqué une pièce au tribunal le 27 mars 2023 qui a été enregistrée sans être communiquée.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte présentées par M. A dès lors que la contestation de la décision rejetant son recours gracieux, laquelle a trait à la gestion d'un régime de sécurité sociale, relève de la compétence du juge judiciaire.

M. A a produit ses observations sur ce moyen relevé d'office par une correspondance enregistrée le 19 avril 2023 qui a été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 70-1277 du 23 décembre 1970 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Monpion, représentant le centre hospitalier de Haute-Corrèze.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur A a été employé en qualité d'infirmier anesthésiste par le centre hospitalier (CH) de Haute-Corrèze pour assurer des remplacements à partir de 2005 et jusqu'en 2015. Par un courrier du 7 avril 2021, reçu le lendemain, il a adressé à cet établissement de santé une réclamation par laquelle il sollicitait la régularisation du versement des cotisations salariales et patronales auprès de la CARSAT aux titres des années 2007 à 2015, à titre subsidiaire l'indemnisation des préjudices résultant du défaut de versement et de régularisation de ces cotisations. Le 8 juin 2021, le centre hospitalier a rejeté implicitement cette demande. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision en tant qu'elle a rejeté sa demande de régularisation auprès de la CARSAT ainsi que l'indemnisation de ses préjudices.

Sur la demande du centre hospitalier de Haute-Corrèze d'écarter des débats le courrier du 9 juin 2021 en raison de son caractère confidentiel :

2. A supposer, comme le soutient le centre hospitalier défendeur que le courrier du 9 juin 2021 échangé entre les avocats du CH et de M. A ne puisse être regardé comme une décision administrative portant rejet du recours gracieux et de la demande préalable formés par M. A le 7 avril 2021, il y a lieu, en tout état de cause, de considérer qu'une décision implicite de rejet de cette demande est intervenue de manière implicite le 8 juin 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs :/ 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () ". L'article L. 142-8 du même code dispose : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives :/ 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ".

4. Il résulte de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale que les juridictions instituées par cet article sont compétentes pour connaître des litiges auxquels donne lieu l'application de la législation sur la sécurité sociale et qui ne relèvent pas, par leur nature, d'un autre contentieux. Il en est ainsi même dans le cas où les décisions contestées sont prises par une autorité administrative dès lors que ces décisions sont inhérentes à la gestion d'un régime de sécurité sociale. Par voie de conséquence, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 8 juin 2021 par laquelle le centre hospitalier a rejeté sa demande tendant à la régularisation de sa situation auprès du régime général de la sécurité sociale doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître au même titre que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité :

5. Une action qui tend à mettre en cause la responsabilité pour faute d'une collectivité publique à l'égard d'un de ses agents n'appartient pas au contentieux général de la sécurité sociale visé à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale mais relève par sa nature de la compétence de la juridiction administrative, alors même que le litige trouve son origine dans le défaut d'affiliation dudit agent au régime obligatoire de sécurité sociale ainsi qu'au régime de retraite complémentaire en faveur des agents non titulaires de l'Etat institué par le décret susvisé du 23 décembre 1970.

6. Il résulte de l'instruction, notamment des bulletins de salaire produits par M. A et n'est d'ailleurs pas contesté, que le centre hospitalier défendeur, alors qu'il lui incombait de le faire en sa qualité d'employeur, n'a pas procédé, concomitamment au versement des salaires à M. A, au versement des cotisations patronales et salariales correspondantes à la CARSAT sur la période courant de juin 2007 à mars 2015. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction, notamment pas du seul décompte des cotisations d'arriérés calculées par la CARSAT du 19 juin 2018 produit par le centre hospitalier, lequel n'apporte pas de justification quant à l'acceptation de ce décompte, que les arriérés de cotisations patronales et salariales dues au titre de la période susmentionnée auraient donné lieu à une prise en charge financière effective par cet établissement à titre de régularisation. Par suite, M. A, qui fait valoir en outre et à raison que le décompte susmentionné ne fait pas référence aux cotisations non versées sur la période de juin 2007 à janvier 2008, ni sur celle courant de janvier 2014 à mars 2015, est fondé à soutenir que le centre hospitalier de Haute-Corrèze, en omettant de verser, dès l'origine, ces cotisations et en s'abstenant par la suite de les régulariser a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne les préjudices :

7. En premier lieu, le préjudice ouvrant droit à réparation au profit de M. A qui constitue la créance dont il peut se prévaloir à l'encontre du centre hospitalier, correspond, d'une part, au montant des cotisations patronales et salariales qu'il aura à acquitter au lieu et place de cet établissement, son employeur, pour la période litigieuse, auprès de la CARSAT, d'autre part, au montant du différentiel de pensions échues au titre de ce régime de retraite.

8. M. A a droit, au vu de ce qui a été dit aux deux points précédents, d'une part, à l'indemnisation des arriérés de cotisations à verser au titre des services qu'il a effectués au cours des années 2007 à 2015 correspondant aux montants de rémunération perçus au titre de ces années pour régulariser ses droits à pension auprès de la CARSAT, d'autre part, au titre de la période allant du 1er janvier 2018, date à laquelle il a fait valoir ses droits à la retraite, à la date du présent jugement, à un montant correspondant à la différence entre le montant de la pension de retraite qu'il a perçue à compter du 1er janvier 2018 et celui de la pension qu'il aurait perçue s'il avait été régulièrement affilié par le CH au régime général de sécurité sociale pour les années considérées. Afin de déterminer cette dernière somme, qui sera calculée sans prendre en compte le minimum contributif dont il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressé y aurait droit au vu du montant global des pensions de retraite qu'il perçoit, le montant de la pension doit être calculée en fonction des règles en vigueur à la date à laquelle M. A aurait dû les percevoir.

9. Toutefois, l'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer le montant de l'indemnisation due au requérant, correspondant à la fois à la compensation des arriérés de cotisations patronales et salariales et au versement du différentiel de pension échue au titre du régime de retraite en cause, à la date du présent jugement. Il y a lieu de renvoyer M. A devant l'administration, pour qu'il soit procédé à la liquidation de sa créance dans les conditions exposées au point 8.

10. En second lieu, le requérant ne justifie pas, par les seuls éléments qu'il produit, que l'absence de régularisation par le centre hospitalier des arriérés de cotisations l'aurait privé, de manière directe et certaine, d'un départ anticipé à la retraite, à l'âge de 60 ans, au titre des carrières longues. Par suite, le préjudice moral qu'il invoque doit être écarté.

Sur les frais de justice :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

12. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A une quelconque somme à verser à M. A au titre de ces dispositions. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Haute-Corrèze une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: Le CH de Haute-Corrèze est condamné à verser à M. A une indemnité correspondant à l'arriéré des cotisations patronales et salariales qui auraient dû être versées à la CARSAT au titre des années 2007 à 2015. Le requérant est renvoyé devant l'administration pour que celle-ci procède à la liquidation et au paiement de l'indemnité qui lui est due.

Article 2: Ce même établissement est condamné à verser à M. A la somme correspondant à la différence entre le montant de la pension de retraite qu'il a perçue du 1er janvier 2018 à la date du présent jugement et celui de la pension qu'il aurait perçue s'il avait été régulièrement affilié au régime général de sécurité sociale au titre des activités réalisées pour le compte de cet établissement entre 2007 et 2015.

Article 3: Le CH de Haute-Corrèze versera à M. A la somme de 1 800 (mille huit cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5: Les conclusions du centre hospitalier de Haute-Corrèze présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6: Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier de Haute-Corrèze.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

F. C

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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