mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101242 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | REIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 26 juillet 2021 et 29 novembre 2021, Mme C et M. B, représentés par Me Reix, demandent au tribunal :
1°) de condamner la commune de Brive-la-Gaillarde à leur verser la somme de 7 012, 09 euros au titre du préjudice financier résultant de la dégradation de la concession funéraire dans laquelle est inhumée leur fille E, outre 3 000 euros à chacun au titre de leur préjudice moral ;
2°) de rejeter la demande de la commune de la Brive-la-Gaillarde visant à supprimer des passages outrageants et diffamatoires ;
3°) de mettre à la charge de commune une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
La commune a manqué à son obligation de surveillance des cimetières découlant de son pouvoir de police des cimetières et des funérailles :
- alors que la concession dont ils sont titulaires au sein du cimetière de la Fournade a été victime de désordres matériels dus à des travaux, la commune ne s'est rendu compte de rien et aucun signalement n'a été réalisé ; ce manquement a empêché que les auteurs de ces dégradations soient identifiés ;
- alors que des travaux ont été réalisés au sein du cimetière, aucune surveillance de ces travaux n'a été effectuée ;
- la commune est dans l'incapacité d'identifier les entreprises qui sont intervenues dans le cimetière ;
- des travaux ont bien été réalisés à 6,5 mètres du caveau familial ;
- l'origine du liquide qui a endommagé le caveau ne fait pas de doute, il s'agit d'huile hydraulique ;
- les travaux ont été réalisés entre le 1er juin et le 10 juillet 2020 et non pas avant le confinement de mars 2020 comme le soutient la commune ;
Ils ont subi à raison de ces manquements un préjudice financier qu'ils évaluent à 7 012, 09 euros et un préjudice moral qu'ils évaluent à 3 000 euros pour chacun d'eux.
Par des mémoire en défense enregistrés les 13 septembre 2021 et 6 janvier 2022, la commune de Brive-la-Gaillarde, représentée par Me Le Chatelier, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit ordonné " la suppression des passages outrageants et diffamatoires, page 19 du mémoire en réplique, à savoir " attestation établie à la demande de la Commune, employeur de l'attestant et non à celle des requérants ", à ce que M. B et Mme C lui versent 1 euro de dommages et intérêts, à ce que soit mise à la mise à la charge des requérants une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Un mémoire présenté par les requérants le 16 février 2022 a été enregistré sans être communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée :
- le rapport de M. Martha, premier conseiller ;
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B et Mme D C sont titulaires d'une concession funéraire au sein du cimetière de la Fournade à Brive-la-Gaillarde, cimetière dans lequel a été inhumée leur fille E le 28 octobre 2013. Le 10 juillet 2020, la grand-mère de E a découvert que le tombeau de sa petite fille présentait des dégâts, à savoir une tâche sur la partie avant gauche du caveau et en partie basse de la sépulture. Estimant que ces désordres résultaient de manquements commis par la commune dans l'exercice de sa mission de surveillance des cimetières, M. B et Mme C ont demandé à cette collectivité, par un courrier reçu le 21 avril 2021, de les indemniser des préjudices financier et moral qu'il estiment avoir subis à raison de ces manquements. La commune ayant rejeté cette demande par un courrier du 8 juin 2021, ils demandent au tribunal, par la présente requête, de condamner la commune de Brive-La-Gaillarde à leur verser une somme globale de 13 012, 09 euros en réparation de leurs préjudices.
Sur la responsabilité de la commune :
2. Aux termes de l'article L. 2213-8 du code général des collectivités territoriales : " Le maire assure la police des funérailles et des cimetières. ". Aux termes de l'article L. 2213-9 du même code : " Sont soumis au pouvoir de police du maire le mode de transport des personnes décédées, le maintien de l'ordre et de la décence dans les cimetières, les inhumations et les exhumations, sans qu'il soit permis d'établir des distinctions ou des prescriptions particulières à raison des croyances ou du culte du défunt ou des circonstances qui ont accompagné sa mort. ". Aux termes de l'article L. 2223-13 du même code : " Lorsque l'étendue des cimetières le permet, il peut être concédé des terrains aux personnes qui désirent y fonder leur sépulture et celle de leurs enfants ou successeurs. Les bénéficiaires de la concession peuvent construire sur ces terrains des caveaux, monuments et tombeaux. /() ". Aux termes de l'article L. 2223-14 de ce code : " Les communes peuvent, sans toutefois être tenues d'instituer l'ensemble des catégories ci-après énumérées, accorder dans leurs cimetières : / 1° Des concessions temporaires pour quinze ans au plus ; / 2° Des concessions trentenaires ; / 3° Des concessions cinquantenaires ; / 4° Des concessions perpétuelles. () ". Il incombe ainsi à l'autorité municipale d'assurer la surveillance et l'entretien des cimetières, et, dans le cas de travaux confiés à des intervenants autorisés à rentrer dans leur enceinte, de veiller par des mesures appropriées au respect de l'intégrité de l'ouvrage public et des concessions qui s'y trouvent. Le maire doit veiller à ce que les bénéficiaires de concessions funéraires et leurs ayants-droit ne puissent être troublés dans l'exercice exclusif de ce droit d'usage et de jouissance et, ce, pendant toute la durée de validité de ces titres.
3. D'une part et tout d'abord, il résulte de l'instruction, notamment d'un constat d'huissier réalisé le 17 juillet 2020, que le marbre du caveau familial dans lequel est inhumée E, fille des requérants, en vertu d'une concession perpétuelle accordée le 24 octobre 2013, est entaché, sur sa partie avant gauche d'une coulure à la coloration plus prononcée que le reste du marbre et correspondant à une texture " grasse ", ressemblant à " un liquide qui aurait coulé sur le marbre " et " par endroits en partie basse dans les angles d'un reste de liquide brunâtre/rougeâtre ". Il résulte par ailleurs de façon suffisamment certaine de cette même instruction, notamment du courrier du 10 mai 2021 de l'entreprise de pompes funèbres " SARL Sébastien Breuil " que cette tâche étendue correspond à " des projections de liquide gras de type huile hydraulique " et ne peut résulter d'une bougie qui aurait coulé comme le soutient la commune.
4. Ensuite, il résulte suffisamment de l'instruction, notamment de l'attestation de la grand-mère de E qui indique que lors de ses visites des 11 mai et 1er juin 2020 " tout était en ordre " mais aussi du PV d'huissier susmentionné qui fait état d'un reste de liquide brunâtre rougeâtre dans les angles, que la dégradation de la tombe en cause dans le présent litige est intervenue postérieurement au confinement de mars 2020, à une date relativement proche du 10 juillet 2020.
5. Au vu de ce qui précède, les désordres constatés sur le caveau de la famille de M. B et de Mme C, qui se trouve en bordure d'une allée, eu égard à leur nature et leur ampleur n'ont pu être causés de leur fait et doivent être regardés comme résultant de travaux réalisés à proximité de cette concession, travaux dont la commune reconnaît que certains d'entre eux ont été réalisés dans le cimetière entre février et juillet 2020, notamment avec l'usage d'une mini-pelle, à une distance relativement proche de la concession détenue par M. B et Mme C. La cause ainsi alléguée par les requérants doit être regardée comme établie, en l'absence de toute autre cause ou explication alternative proposée et argumentée par la commune, pourtant gardienne de l'ouvrage public.
6. D'autre part, aux termes de l'article 81 du règlement intérieur des cimetières : " Les agents doivent veiller à l'application de toutes les lois et réglementations concernant la police des cimetières et prendre toutes les mesures nécessaires au bon ordre, à la propreté et à la bonne organisation de toutes les opérations effectuées à l'intérieur des cimetières qu'ils consigneront sur le registre prévu à cet effet. / Tout incident doit être signalé à l'administration municipale le plus rapidement possible. Par ailleurs, aux termes de l'article 11 de ce règlement intérieur : " L'accès pour réaliser des travaux est autorisé aux entreprises et aux particuliers sous réserve de disposer de l'autorisation validée par le bureau des cimetières ". L'article 35 de ce règlement prévoit : " Tous types de travaux (construction neuves ou rénovation) y compris l'entretien et la gravure sont soumis à une autorisation de travaux par le bureau des Cimetières ". L'article 18 de ce même règlement dispose : " Les travaux de toute nature réalisés dans l'enceinte des cimetières de Brive, notamment les travaux de creusement de fosses, d'inhumation en pleine terre et en caveaux, d'exhumation, de réinhumation, de réalisation de caveaux, de pose de monuments, etc. doivent être signalés à l'agent communal en charge du cimetière ou son représentant, avant que ne commence l'exécution des travaux. ".
7. Tout d'abord, si la commune dans un courrier adressé aux requérants le 13 octobre 2020 leur avait indiqué qu'aucune opération de travaux à l'intérieur du cimetière n'avait été autorisée et effectuée sur la période considérée, elle a admis ultérieurement que de tels travaux avaient bien été réalisés entre le mois de février et de juillet 2020. Toutefois, par la seule production d'un plan manuscrit faisant état de différents types de travaux réalisés sur un certain nombre de concessions à l'exclusion de tout autre document, elle ne justifie pas que ces travaux auraient été autorisés et par suite enregistrés avec précision par le bureau des cimetières ni signalés à l'agent communal en charge du cimetière de La Fournade.
8. Ensuite, il résulte suffisamment de l'instruction, notamment des attestations de M. B et de la grand-mère de E, lesquelles ne sont pas contestées dans leur teneur, que le cimetière est resté sans surveillance pendant plusieurs semaines entre les mois de juin et juillet 2020 à la suite de l'absence pour congé de maladie du gardien titulaire du poste, de sorte que, quand bien même la date précise à laquelle la tombe dans laquelle E est inhumée a été endommagée ne peut être déterminée avec certitude, cette circonstance a empêché la commune de prévenir la survenance du désordre, en tout état de cause, de se rendre compte rapidement des dégâts causés sur la tombe de E, lesquels n'ont été signalés par sa grand-mère que le 10 juillet 2020 et par suite d'identifier l'auteur qui en était à l'origine.
9. Au vu de ce qui a été dit aux points 9 et 10, et sans que la commune ne puisse utilement se prévaloir d'une clause exonératoire de responsabilité tirée de l'article 15 de son règlement intérieur des cimetières pour faire échec aux obligations qui lui incombent en sa qualité d'autorité de police des cimetières, les requérants sont fondés à soutenir que la commune de Brive-la-Gaillarde a commis un manquement dans la surveillance du cimetière de la Fournade.
Sur les préjudices :
10. De première part, au vu de la faute de surveillance mentionnée au point 9 et de ce qui a été dit aux points 7 et 8, il y a lieu de condamner la commune à verser aux requérants une somme de 6 724 euros au titre des frais de reconstruction de leur caveau, tels qu'ils ont été chiffrés par l'entreprise SARL Sébastien Breuil dans un devis, dont le montant n'est pas discuté, établi le 14 août 2020.
11. De deuxième part, les frais d'huissier exposés par les requérants antérieurement à l'enregistrement de la requête pour établir l'origine et l'étendue des désordres affectant le caveau en cause présentent un lien suffisamment direct avec le dommage dont il est demandé la réparation et la faute commise par la collectivité. Le constat d'huissier réalisé le 7 août 2020 a été utile à la résolution du présent litige. Il y a ainsi lieu de faire droit aux conclusions des requérants tendant à ce que la commune de Brive-La-Gaillarde leur en rembourse le coût à hauteur de 288,09 euros.
12. De troisième part, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. B et Mme C en leur allouant une somme globale de 1 500 euros.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander la condamnation de la commune de Brive- la- Gaillarde à leur allouer solidairement une indemnité de 7 012, 09 euros en réparation de leur préjudice matériel et une somme globale de 1 500 euros en réparation de leur préjudice moral.
Sur la suppression des passages injurieux, outrageants ou diffamatoires :
14. Aux termes de l'article L. 741-2 du code de justice administrative : " Sont également applicables les dispositions des alinéas 3 à 5 de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 ci-après reproduites : " Art. 41, alinéas 3 à 5. - Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts. () ". Il résulte de ces dispositions que le juge administratif peut exercer la faculté qu'elles lui reconnaissent de prononcer la suppression des propos tenus et des écrits produits dans le cadre de l'instance qui présenteraient un caractère injurieux, outrageant ou diffamatoire tant à l'égard des propos et écritures des parties que de pièces produites par elles. Une partie ne saurait toutefois utilement solliciter du juge la suppression d'une injure, d'un outrage ou d'une diffamation qui résulterait d'une pièce qu'elle a elle-même produite.
15. Les passages dont la suppression est demandée par la commune de Brive-la-Gaillarde n'excèdent pas le droit à la libre discussion et ne présentent pas un caractère outrageant ou diffamatoire. Les conclusions tendant à leur suppression doivent par suite être rejetées de même par voie de conséquence que celles tendant à ce que les requérants soient condamnés à verser à la commune 1 euro de dommages et intérêts.
Sur les frais liés à l'instance :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Brive-la-Gaillarde une somme de 1 800 euros à verser solidairement aux requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge des requérants le versement de tout ou partie de la somme que demande la collectivité défenderesse au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Brive-la-Gaillarde est condamnée à verser solidairement à M. B et Mme C une somme de 7 012, 09 (sept mille douze euros et neuf centimes) euros en réparation de leur préjudice matériel.
Article 2 : La commune Brive-la-Gaillarde est condamnée à verser solidairement à M. B et Mme C la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en réparation de leur préjudice moral.
Article 3 : La commune de Brive-la-Gaillarde versera solidairement à M. B et Mme C la somme de 1 800 (mille huit cents) euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme D C et à la commune de Brive-la-Gaillarde.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Crosnier, premier conseiller,
- M. Martha, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
Le rapporteur,
F. MARTHA Le président,
D. ARTUS Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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