mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101355 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DUBOIS DUDOGNON VILLETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 août 2021, M. A F de G, représenté par Me Lepage, demande au tribunal :
1°) d'annuler, à titre principal :
- l'arrêté du 9 mars 2021 par lequel la préfète de la Corrèze l'a rendu redevable d'une astreinte administrative d'un montant journalier de 300 euros jusqu'à satisfaction de la mise en demeure signifiée par arrêté préfectoral du 13 août 2020, ensemble la décision du 8 juillet 2021 portant rejet de son recours gracieux ;
- l'arrêté du 22 juin 2021 portant liquidation partielle de l'astreinte au titre de la période comprise entre le 11 mars 2021 et le 9 mai 2021 inclus, pour un montant de 18 000 euros ;
- le titre de perception émis le 7 juillet 2021 par la direction départementale des finances publiques de la Haute-Vienne pour le recouvrement de la liquidation partielle de l'astreinte d'un montant de 18 000 euros, ensemble la décision à intervenir portant le cas échéant rejet de son recours administratif préalable déposé le 23 août 2021 ;
2°) d'annuler, à titre subsidiaire, les décisions précitées en tant qu'elles le rendent redevable d'une astreinte administrative d'un montant journalier de 300 euros jusqu'à satisfaction de la mise en demeure signifiée par arrêté préfectoral du 13 août 2020, et en conséquence, de réduire substantiellement l'astreinte administrative mise à sa charge ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Corrèze de réduire substantiellement l'astreinte administrative mise à sa charge ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Il soutient que les arrêtés d'astreinte et de liquidation :
- sont insuffisamment motivés en ce que la préfète de la Corrèze s'est abstenue de justifier du montant de l'astreinte prononcée et de son caractère proportionné à la gravité des manquements constatés ;
- le titre de perception ne comporte aucune signature ;
- l'arrêté du 9 mars 2021 est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'aucun des douze aménagements reprochés ne présente un quelconque caractère de gravité susceptible de porter atteinte au paysage dans le site classé de Collonges-la-Rouge ni ne cause de trouble à l'environnement ;
- la sanction est disproportionnée dès lors que les aménagements concernés n'ont modifié ni l'état ni l'aspect du site classé et en tout état de cause n'ont pas causé de trouble à l'environnement ; les travaux non seulement sont nécessaires pour lutter contre des phénomènes de ruissellement destinés à préserver l'environnement mais ont été réalisés dans le respect le plus strict des traditions architecturales locales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret du 1er juillet 1996 portant classement de sites ;
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christophe,
- les conclusions de Mme Siquier, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F de G est propriétaire d'un ensemble de treize parcelles sises Château du Martret sur la commune de Collonges-la-Rouge au sein du site classé par décret du 1er juillet 1996 " de l'ensemble formé par le village de Collonges-la-Rouge, son vallon et les collines avoisinantes ". A l'occasion d'une visite de contrôle inopinée le 2 juin 2020, un inspecteur de la division " sites et paysage " de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement de Nouvelle-Aquitaine (Dreal-NA) a constaté plusieurs travaux réalisés ou en cours de réalisation, sans les autorisations requises au titre de site classé du village de Collonges-la-Rouge. Un rapport de manquement administratif a été établi le 17 juin 2020 auquel le requérant invité à faire part de ses éventuelles observations, n'a pas donné suite. Par un arrêté du 13 août 2020, la préfète de la Corrèze l'a mis en demeure de régulariser sa situation dans un délai de trois mois. M. F de G n'ayant pas donné suite à cette mise en demeure, la préfète de la Corrèze par un nouvel arrêté du 9 mars 2021, confirmé par une décision du 8 juillet 2021 de rejet de son recours gracieux formé le 7 mai 2021, lui a fixé une astreinte administrative de 300 euros journaliers jusqu'à satisfaction de la mise en demeure du 13 août 2020. Le 9 mai 2021, le requérant a déposé une demande de permis d'aménager auprès de la commune de Collonges-la-Rouge. Par un arrêté du 22 juin 2021, la préfète de la Corrèze a procédé à la liquidation partielle de l'astreinte pour la période du 11 mars au 9 mai 2021. Un titre de perception émis le 7 juillet 2021 a été adressé au requérant pour un montant de 18 000 euros. M. F de G demande au tribunal d'annuler les arrêtés des 9 mars et 22 juin 2021 et le titre de perception du 7 juillet 2021, ensemble le rejet de son recours gracieux du 8 juillet 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
S'agissant de la motivation de l'arrêté du 9 mars 2021 relatif à l'astreinte administrative :
3. Il résulte de l'instruction que l'arrêté contesté vise les dispositions pertinentes du code de l'environnement, et notamment les articles L. 171-7 et L. 171-8. Il cite par ailleurs le précédent arrêté préfectoral du 13 août 2020 portant mise en demeure du requérant de régulariser la situation administrative pour les travaux d'aménagement de sa propriété dans un délai de trois mois ainsi que le courrier du 8 janvier 2021 par lequel la préfète l'informait de la sanction susceptible d'être prise à son encontre et du délai dont il disposait pour formuler ses observations. Ainsi, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
S'agissant de la motivation de l'arrêté du 22 juin 2021 portant liquidation partielle de l'astreinte administrative :
4. Il résulte de l'instruction que l'arrêté contesté vise les dispositions pertinentes du code de l'environnement, et notamment les articles L. 171-7 et L. 171-8. Il cite par ailleurs les précédents arrêtés notamment l'arrêté préfectoral du 9 mars 2021, rendant le requérant redevable d'une astreinte journalière de 300 euros jusqu'à satisfaction de la mise en demeure notifiée par un arrêté préfectoral du 13 août 2020 lui prescrivant de régulariser la situation administrative des travaux d'aménagement de sa propriété, dans un délai de trois mois. Enfin, l'arrêté vise les dates prises en considération pour la liquidation de l'astreinte. Ainsi, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
S'agissant de l'absence de signature du titre de perception du 7 juillet 2021 :
5. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Aux termes du V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 : " () B. - Pour l'application de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".
6. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur.
7. Le titre de perception en litige, qui comporte la référence au numéro d'état récapitulatif 22103, et n'est pas signé, indique qu'il a été rendu exécutoire par l'ordonnateur en vertu des articles 11 et 28 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable, dont l'identité et la fonction - Pasquet Marie-Laure responsable de la recette - figure dans un cartouche. Si la préfète de la Corrèze produit en défense un état récapitulatif des créances pour mise en recouvrement mentionnant celle en litige, cet état signé pour l'ordonnateur et par délégation par Mme B C, responsable du centre de prestations comptables mutualisées de Poitiers ne permet pas en l'absence de délégation de signature d'attester de la compétence du signataire du titre de perception. Il s'ensuit que le requérant est fondé à soutenir que le défaut de justification de la signature de l'ordonnateur vicie le titre de perception et que ce dernier doit être annulé.
8. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.
En ce qui concerne la légalité interne :
9. Aux termes d'une part de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " I.- Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. () " et de l'article
L. 171-8 du même code : " () II.- Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : () 4° Ordonner le paiement () et une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure ou de la mesure ordonnée. (). Les amendes et les astreintes sont proportionnées à la gravité des manquements constatés et tiennent compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement. (). Les mesures mentionnées aux 1° à 4° du présent II sont prises après avoir communiqué à l'intéressé les éléments susceptibles de fonder les mesures et l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai déterminé. () ". L'article L. 171-11 dudit code dispose que : " Les décisions prises en application des articles L.171-7, L.171-8 et L. 171-10 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. ".
10. Il résulte des dispositions de l'article L. 171-11 du code de l'environnement que les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 de ce code, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existantes à la date à laquelle il statue. Dans le cas où des installations ou ouvrages sont exploités et que des activités ou aménagements sont réalisés irrégulièrement, sans avoir fait l'objet de l'autorisation requise en application du code de l'environnement, l'autorité administrative met en demeure l'intéressé de régulariser sa situation, sur le fondement des dispositions de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, dans un délai qu'elle détermine.
11. Aux termes d'autre part de l'article L. 341-10 du code de l'environnement : " Les monuments naturels ou les sites classés ne peuvent ni être détruits ni être modifiés dans leur état ou leur aspect sauf autorisation spéciale. () ". Aux termes de l'article R. 341-10 du même code : " L'autorisation spéciale prévue aux articles L. 341-7 et L. 341-10 du présent code est délivrée par le préfet lorsqu'elle est demandée pour les modifications à l'état des lieux ou à leur aspect résultant : 1° des ouvrages mentionnés aux articles R. 421-2 à R. 421-8 du code de l'urbanisme à l'exception de ceux prévus par l'article R. 421-3 ; 2° des constructions, travaux ou ouvrages soumis à déclaration préalable en application des articles R. 421-9 à R. 421-12 et R. 421-17 et R. 421-23 du code de l'urbanisme ; 3° de l'édification ou de la modification de clôtures. ".
12. Il résulte des dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement citées au point 9 du présent jugement, que la fixation du montant de l'astreinte doit être proportionnée à la gravité des manquements constatés et tenir compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement.
13. M. F de G soutient que la préfète de la Corrèze a commis une erreur d'appréciation quant à la gravité des douze ouvrages ou travaux constatés dans le rapport de manquement administratif du 17 juin 2020 repris dans l'arrêté de mise en demeure du 13 août 2020 sur la base duquel l'arrêté du 9 mars 2021 le rendant redevable d'une astreinte administrative a été pris. Si la préfète considère que les faits constatés constituent une modification du site classé dans son état ou son aspect, le requérant soutient pour sa part que les aménagements réalisés par ses soins, et dont il reconnaît ne pas avoir sollicité l'autorisation spéciale prévue à l'article R. 341-10 précité pour les réaliser, l'ont cependant été dans le respect des composantes remarquables du site et pour la plupart pour des motifs de mise en sécurité et qu'ils ne causent aucun trouble à l'environnement.
14. Il résulte de l'instruction que les principaux aménagements et travaux reprochés au requérant consistent en l'édification de merlons, la création, la modification ou le réaménagement d'entrées de parcelles, la reprise et l'extension de murets, la mise en place d'un réseau clôture de couleur blanche sur plusieurs parcelles, des terrassements, la pose d'une canalisation, une fouille de plusieurs mètres de profondeur, la plantation de nouveaux arbres, la construction d'une structure en bois de trois mètres de hauteur ainsi que d'une dizaine de constructions légères de dimension supérieures à 3 mètres par 3 mètres et d'une hauteur au faîtage supérieure à 2, 50 mètres et la pose d'un portail en bois dont l'empiètement sur le domaine public en privatise l'usage.
S'agissant des deux merlons constatés sur les parcelles AI n° 0009 et 0011 :
15. La préfète relève pour le premier la présence d'une butte de terre d'environ 2 mètres sur une longueur approximative de 40 mètres et pour le second qu'il a été dressé parallèlement à la limite avec le domaine public sur une longueur supérieure à 60 mètres. Le requérant soutient que le premier merlon est un déblai d'environ 1,5 mètre réalisé en urgence afin d'empêcher lors de fortes précipitations d'importants ruissellements de limons et d'alluvions provenant de la parcelle sur la route départementale 38, en contrebas. Il précise, sans être contredit, avoir été convoqué par le maire de la commune pour parer au plus vite à ce problème d'écoulement pour lequel le dispositif du merlon complété d'une tranchée destinée à recevoir les eaux de ruissellement avec la présence d'un avaloir a été réalisé. Le second est selon le requérant, un tas de terre végétale d'environ un mètre de hauteur, situé à 8 mètres de la voie publique depuis laquelle il n'est pas visible et qui à l'instar du premier n'a pas vocation à perdurer en raison de leur réemploi futur. En outre, il ne ressort pas des photos produites à l'appui de ses écrits que ces merlons aient un impact visuel significatif et aient modifié l'état ou l'aspect classé du site ni causé de trouble à l'environnement.
S'agissant de la création, la modification ou le réaménagement d'entrées de la parcelle AI n° 0011 :
16. Il est relevé l'aménagement en cours, d'un nouvel accès à la parcelle AI n° 0011 avec création d'une rampe sur plusieurs dizaines de mètres et édification d'un nouveau muret. Le requérant soutient que cette entrée secondaire existe déjà et que son dimensionnement ne garantit plus des conditions de sécurité minimales au regard des flux de véhicules qui empruntent la route de la Côte qui borde cette parcelle. Selon le requérant, la densité du trafic touristique et agricole sur cette route rend l'accès à ses parcelles plus difficile pour ses engins notamment des tracteurs de taille moyenne, accentué par la formation de bouchons lors de l'ouverture des barrières, difficultés qui lui ont également été rapportées. L'agrandissement de cette entrée existante nécessitait selon le requérant de la border de part et d'autre d'un muret de soutènement dont la maçonnerie a consisté dans un premier temps en l'édification d'un mur béton doublé par la suite de moellons en pierres locales jointoyés à la chaux, dans le strict respect des traditions locales. A l'appui de sa démonstration, le requérant joint des clichés du muret ainsi édifié dont l'aspect extérieur est en tout point semblable à d'autres murets existants sur la commune et conforme aux préconisations telles qu'elles ont été décrites dans un document émanant du service " valorisation, évaluation des ressources et du patrimoine naturels " de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) du Limousin selon lesquelles " Les murs des maisons, nobles ou modestes, sont bâtis en grès allant du brun foncé au rouge, jointoyés à la chaux (). Les éléments structurants (murets de pierre sèches, haies,) sont à réhabiliter sur l'ensemble du site. ".
17. La modification de l'entrée principale de la propriété de M. F de G est destinée à répondre à la même difficulté que décrite au point précédent et dont il lui est également fait reproche tenant au blocage de la circulation de la route des Côtes à l'occasion de l'ouverture de son portail d'entrée. Afin d'y répondre, le requérant précise avoir cru nécessaire de déplacer le portail plus à l'intérieur du chemin privé dit de E " en prévoyant une aire d'attente de la longueur d'un véhicule en retrait de la route de la Côte et ainsi éviter tout blocage et formation de bouchons. Là encore, les mêmes techniques de construction que celles usitées pour l'édification du muret de l'entrée secondaire de cette même parcelle et telles que décrites au point 15 du présent jugement ont été mises en œuvre dans un souci de respect des préconisations formulées par la Dreal du Limousin sans modification de l'état ou de l'aspect du site classé ni trouble à l'environnement.
S'agissant des travaux de terrassements et de mise en place d'une plateforme ainsi que la présence d'une canalisation sur la parcelle AH n° 0200 et la réalisation d'une fouille de plusieurs mètres de profondeur sur la parcelle AH n° 0188 :
18. Le requérant soutient que les travaux de décaissement entrepris revêtaient un caractère d'urgence en ce que la maison d'habitation annexe dite de la Métairie, située sur la parcelle cadastrée AH n° 192 insérée dans la parcelle AH n° 200 et qui en constitue l'extrémité sud, est enchâssée sur la moitié de son périmètre dans un sol gorgé d'eau générant des problèmes de salubrité, d'hygiène et d'habitabilité. La plateforme réalisée est destinée à y dresser des tentes pour stocker et abriter les meubles de la maison le temps des travaux. La présence d'un tuyau d'évacuation participe également de l'entreprise d'assainissement et d'évacuation des eaux de ruissellement le temps nécessaire à la réalisation des travaux dont ceux de drainage et d'amélioration du vide sanitaire comme en attestent les photos produites par le requérant non contredites en défense. C'est dans le même objectif d'assainissement et de drainage de quantités importantes d'eau accumulées dans un fossé situé sur la parcelle arrière de celle où est implantée la maison d'habitation qu'une fouille a été réalisée. Il résulte de la consultation du site Géoportail accessible tant au juge qu'aux parties que ces travaux, s'ils ont été réalisés sans autorisation préalable, demeurent localisés à l'intérieur de la propriété du requérant et non visibles depuis le site classé et ne causent pas de trouble à l'environnement.
S'agissant de la plantation de nouveaux arbres sur les parcelles AI n° 0009 et 0011 :
19. Le requérant soutient bien avoir planté des arbres fruitiers dans ce qui constitue un verger existant depuis de très nombreuses années et dans le but de remplacer ceux détruits par les sécheresses successives. Il résulte des photos accompagnant le rapport de manquement que ces arbres dont il n'est pas précisé le nombre ni en quoi leur présence constituerait une modification du site classé dans son état ou son aspect, semblent limités dans leur nombre et non attentatoire à l'aspect du site et ne causent aucun trouble à l'environnement.
S'agissant de l'implantation d'un réseau de clôture de couleur blanche sur les parcelles section AI n° 0003, 0004, 0006, 0009, 0010, 0011, 0012 et section AH n° 0188 et 0200 :
20. Il est reproché au requérant la mise en place d'un réseau de clôture constitué de piquets de ruban de couleur blanche sans préciser en quoi il serait susceptible de porter atteinte au site classé ou de causer un trouble à l'environnement. Il résulte des pièces du dossier d'une part, que cette implantation répond au souci de procéder à un entretien naturel des parcelles par zones de pâturage de divers ruminants et ainsi d'assurer un entretien respectueux de l'environnement qui ne saurait de ce fait être troublé par cette présence et d'autre part que le requérant à réception de la mise en demeure a remplacé les piquets fixes périphériques en plastiques par des poteaux en châtaigner ou acacia plus conforme à leur intégration dans le paysage et comme en attestent les photos jointes à la requête. Seuls les piquets mobiles destinés à diviser les parcelles pâturées en plusieurs zones afin d'éviter le surpâturage ou le refus de pâturage sont, pour des raisons pratiques, restés en plastique blanc. Ainsi, l'entretien vertueux d'un point de vue écologique des parcelles du requérant ne saurait être découragé par le reproche d'un matériel de clôture dont il n'apparaît pas au vu des pièces du dossier qu'il porterait atteinte à l'environnement ou au site classé.
S'agissant de la construction en bois sur la parcelle AI n° 0003 et l'implantation d'une dizaine de constructions légères sur plusieurs parcelles :
21. La construction reprochée est selon le requérant, photo à l'appui, un râtelier à foin mobile intégralement ouvert et représentant une surface de 2 m2. Outre son caractère mobile pour une emprise au sol très limitée, l'ouvrage a été conçu dans des matériaux, bois et ardoises, qui ne jurent pas avec l'environnement et ne sauraient constituer une atteinte au site classé. Au contraire, le soin mis dans le choix des matériaux notamment l'ardoise dont il ressort du document de la Dreal cité au point 15 qu'il est constitutif de l'harmonie qui émane du village de Collonges-la-Rouge laquelle " tient aussi à l'utilisation du grès rouge, unique matériau de construction alors que les toitures à fortes pentes sont couvertes d'ardoises de Corrèze " et dans un souci d'une cohérence avec les constructions environnantes ne saurait être reproché au requérant alors même qu'aucune autorisation n'a été demandée. Quant à l'implantation d'une dizaine de constructions légères, de type tente, le requérant en explique la présence afin d'entreposer provisoirement les meubles et autres équipements des bâtiments objets des travaux évoqués au point 17 ainsi que pour permettre aux animaux assurant le pâturage des parcelles de s'abriter à l'occasion des fortes chaleurs ou d'averses. Leur caractère non pérenne, dont la durée prendra terme à l'issue des travaux évoqués au point 17, leur facilité de démontage, la couleur de leur revêtement, ne sauraient être analysés comme constitutifs d'une atteinte au site classés ou d'un trouble à l'environnement.
S'agissant du portail en bois dont la pose en amont de la limite du domaine public :
22. Le requérant soutient qu'à la suite de l'envoi le 8 janvier 2021 par la préfète de la Corrèze du projet d'astreinte afin de recueillir ses observations, la barrière en litige totalement amovible et qui n'avait qu'un caractère temporaire lié aux travaux d'aménagement évoqués au point 15 a été enlevée, sans être contredit sur ce point en défense.
23. Il résulte de ce qui précède que les différents aménagements et travaux réalisés par le requérant, dès lors qu'ils l'ont été dans le périmètre d'un site classé, devaient faire l'objet des autorisations spéciales prévues à l'article L. 314-10 du code de l'environnement. Toutefois, et si certains d'entre eux, tels ceux consistant en un décaissement et un terrassement d'une parcelle revêtaient contrairement à ce que soutient le requérant une certaine importance, ils ne constituent pas, pris dans leur ensemble et au regard du périmètre du site classé de Collonges-la-Rouge s'étendant sur 420 hectares, alors que le requérant les a réalisés dans le respect des traditions architecturales locales et que depuis M. F de G a déposé un dossier de permis d'aménager ainsi que deux déclarations préalables de travaux, des manquements graves ni n'ont causé de troubles importants à l'environnement. Par suite, l'astreinte administrative de 18 000 euros correspondant à 300 euros journaliers sur une période de soixante jours est disproportionnée. Il y a lieu, eu égard aux pouvoirs de plein contentieux du juge, de réformer la sanction contestée en réduisant le montant de l'amende administrative journalière à 100 euros, en ramenant le montant du titre de perception à la somme de 6 000 euros et en déchargeant le requérant de l'obligation de payer la somme de 12 000 euros.
Sur les frais d'instance :
24. Il a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à M. F de G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :L'arrêté de la préfète de la Corrèze du 9 mars 2021 est annulé en tant qu'il rend redevable M. F de G d'une astreinte d'un montant journalier supérieur à cent (100) euros ".
Article 2: L'arrêté de la préfète de la Corrèze du 22 juin 2021 est annulé en tant qu'il liquide l'astreinte prononcée à l'encontre de M. F de G à une somme supérieure à 6 000 (six mille) euros.
Article 3:Le titre de perception émis le 7 juillet 2021 à l'encontre de M. F de G pour un montant de 18 000 (dix-huit mille) est annulé en tant qu'il excède la somme de 6 000 (six mille) euros et M. F de G est ainsi déchargé de l'obligation de payer la différence de 12.000 (douze mille) euros.
Article 4:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5:L'état versera la somme de 2 500 (deux mille cinq cents cents) euros à M. F de G en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6:Le présent jugement sera notifié à M. A F de G et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques. Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024 où siégeaient :
- M. Revel, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
F-J REVEL
La greffière,
M. DUCOURTIOUX
La République mande et ordonne
à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef,
La Greffière,
M. DUCOURTIOUX
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026