mardi 19 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2101607 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL VALIERE VIALEIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2021, Mme A D, représentée par Me Gomot-Pinard, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Châteauroux à lui verser une somme de 11 376 euros en réparation de l'ensemble des préjudices qu'elle a subis en raison de la faute médicale commise par cet établissement de santé ;
2°) subsidiairement, d'ordonner une expertise médicale ;
3°) de mettre à la charge de cet établissement une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été opérée le 3 août 2020 au sein du centre hospitalier de Châteauroux, pour l'ablation d'un kyste à l'ovaire droit alors qu'elle n'avait plus d'ovaire droit. Ce diagnostic erroné a conduit à une indication opératoire qui ne se justifiait pas ;
- elle a contracté à la faveur de cette opération un staphylocoque doré ;
- elle a subi des préjudices en raison de cette faute qu'elle évalue à :
. Au titre du déficit fonctionnel temporaire : 720 euros,
. Au titre des souffrances endurées : 8 000 euros,
. Au titre du préjudice esthétique : 2 000 euros,
. Au titre de l'assistance à tierce personne : 656 euros.
Par un mémoire enregistré le 16 novembre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Châteauroux à lui verser une somme de 2 685,59 euros au titre de ses débours ainsi qu'une somme de 895,20 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion. Elle demande également que soit mise à la charge de cet établissement une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2022, le centre hospitalier de Châteauroux, représenté par Me Valière-Vialeix, ne conteste pas le principe de sa responsabilité mais demande que les montants des indemnisations sollicitées soient ramenés à de plus justes proportions. Il demande également à ce que soit rejetée la demande d'expertise formulée par la requérante en l'absence d'utilité d'une telle expertise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha, conseiller ;
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a passé un scanner pelvien en novembre 2019 qui a mis en évidence la présence d'un kyste ovarien au niveau de l'ovaire droit. La présence de ce kyste a été confirmée par une échographie réalisée en février 2020. Un scanner abdomino-pelvien réalisé en juillet 2020 n'a retrouvé aucune trace de ce kyste. Le 3 août 2020, l'intéressée a subi au centre hospitalier de Châteauroux une cœlioscopie exploratrice pouvant conduire le cas échéant à une ovariectomie de l'ovaire droit. Alors que le compte rendu de cette opération a mis en évidence que les fosses ovariennes droite et gauche étaient vides et que la cœlioscopie exploratrice s'est avérée " blanche ", les suites opératoires ont donné lieu à des complications, Mme D ayant contracté un staphylocoque aureus nécessitant une antibiothérapie.
2. Estimant avoir subi une intervention chirurgicale injustifiée à l'origine de plusieurs préjudices, Mme D demande au tribunal de condamner le CH de Châteauroux à lui verser la somme de 11 376 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
3. La CPAM du Loir et Cher demande quant à elle au tribunal de condamner cet établissement à lui verser une somme de 2 685,59 euros au titre de ses débours ainsi qu'une somme de 895,20 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur le principe de responsabilité :
4. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport du 27 novembre 2021 du docteur C, faisant suite à une demande d'expertise sollicitée par l'assurance protection juridique de Mme D, que l'indication opératoire de cœlioscopie exploratrice a été posée sur la base " d'un diagnostic erroné ". En effet, si un scanner et une échographie réalisés respectivement en novembre 2019 et février 2020 auraient montré un kyste localisé en fosse ovarienne droite, ces comptes rendus d'examen, qui n'ont pas été produits par le centre hospitalier, ont été contredits par les résultats d'un scanner abdomino-pelvien réalisé le 16 juillet 2020 ne montrant pas la présence d'un tel kyste. En dépit de ces examens contradictoires, le gynécologue obstétricien du CH a retenu une indication opératoire de cœlioscopie, laquelle sera réalisée le 3 août 2020. Dans ces conditions, et alors, d'une part, que l'opération en cause s'est avérée inutile en l'absence d'ovaire droit, d'autre part, qu'elle a été à l'origine d'une infection au staphylocoque doré contractée par Mme D, cette dernière est fondée à engager la responsabilité du centre hospitalier pour les préjudices qu'elle a subis à raison d'une indication opératoire erronée résultant d'une erreur de diagnostic.
Sur les préjudices subis par Mme D :
6. Ainsi que l'a fait le docteur C, il y a lieu de fixer la date de consolidation de l'état de santé de Mme D au 1er novembre 2020.
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme D a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 2 au 4 août 2020, période pendant laquelle elle a été hospitalisée, puis un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe II du 5 au 31 août suivant correspondant à la période où la surinfection des plaies opératoires a été douloureuse ainsi que le retient le docteur C, enfin un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe I du 1er septembre au 31 octobre 2020. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par Mme D au titre du déficit fonctionnel temporaire en lui allouant une somme de 250 euros.
8. En deuxième lieu, le docteur C a fixé à 3 sur 7 les souffrances endurées par Mme D alors que le centre hospitalier défendeur soutient qu'eu égard en particulier à la durée d'hospitalisation limitée à 3 jours, ce taux devrait être fixé à 2,5 sur 7. Il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées par Mme D en lui allouant une somme de 3 500 euros.
9. En troisième lieu, le docteur C a retenu un préjudice esthétique qu'il évalue à 1 sur 7 en raison de la cicatrice liée à la cœlioscopie, laquelle cicatrice a été jugée " de bonne qualité trophique " par cet expert. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à la requérante une somme de 1 000 euros.
10. En quatrième lieu, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. La circonstance que cette assistance serait assurée par un membre de sa famille est, par elle-même, sans incidence sur le droit de la victime à en être indemnisée. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours.
11. Le docteur B a retenu un besoin d'assistance à tierce personne entre le 5 et le 31 août 2020, à hauteur de 4 heures par semaine. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'indemnisant sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche fixé, s'agissant d'une aide non spécialisée, à 13 euros sur l'ensemble de la période écoulée, et calculé sur la base de 412 jours afin de tenir compte des congés payés. Le préjudice résultant de la nécessité pour Mme D de recourir à l'assistance d'une tierce personne sur la période considérée peut ainsi être évalué à la somme de 220 euros.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, que le centre hospitalier de Châteauroux doit être condamné à verser à Mme D une somme de 4 970 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis.
Sur les conclusions de la caisse :
13. D'une part, la CPAM demande, en le justifiant par un relevé de débours et une attestation d'imputabilité de son médecin conseil, le remboursement des prestations qu'elle a servies à Mme D, correspondant, d'une part, à des frais d'hospitalisation entre le 2 et le 4 août 2020, d'autre part, à des frais médicaux, pharmaceutiques et de transports couvrant la période entre le 4 août et le 27 août 2020. Ces frais, qui ne sont pas contestés par le centre hospitalier, sont suffisamment justifiés dans leur montant comme dans leur lien direct et certain avec les manquements commis par cet établissement de santé. Par suite, ce dernier doit être condamné à verser à la CPAM du Loir et Cher une somme de 2 685,59 euros en remboursement de ses débours.
14. D'autre part, aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée () ". Selon les termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 euros et 1 162 euros au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ".
15. Eu égard à ce qui a été dit aux points 13 et 14, la CPAM du Loir et Cher a droit à l'indemnité forfaitaire régie par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale pour un montant de 895 euros.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative :
16. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du centre hospitalier de Châteauroux la somme de 1 800 euros à verser à Mme D au titre des frais de justice. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la caisse présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er: Le CH de Châteauroux versera une somme de 4 970 (quatre mille neuf cent soixante-dix euros) euros à Mme D en réparation des préjudices qu'elle a subis.
Article 2 : Le CH de Châteauroux versera à la CPAM du Loir et Cher une somme de 2 685,59 euros (deux mille six cent quatre-vingt-cinq euros et cinquante-neuf centimes) en remboursement de ses débours outre une somme de 895 (huit cent quatre-vingt-quinze euros) euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3:Le centre hospitalier de Châteauroux versera à Mme D une somme de 1 800 (mille huit cent) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5:Le présent jugement sera notifié à la Mme A D, au centre hospitalier de Châteauroux et à la CPAM du Loir et Cher.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
N°2101607
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026