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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2101685

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2101685

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2101685
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantVAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, respectivement enregistrés le 25 octobre 2021, le 23 février 2024 et le 28 mars 2024, M. C A D, représenté par Me Vaz, demande au tribunal :

- à titre principal, d'annuler l'arrêté du 4 mai 2021 par lequel le maire de Saint-Léonard-de-Noblat a procédé au retrait du permis de construire n° PC 087 161 20J6205 tacitement né le 7 avril 2021, ensemble la décision du 25 août 2021 rejetant le recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté ;

- à titre subsidiaire :

1°) d'annuler l'arrêté n° PC 087 161 20J6205 du 4 mai 2021 du maire de Saint-Léonard-de-Noblat en tant qu'il a refusé de faire droit à sa demande de permis de construire, ensemble la décision du 25 août 2021 rejetant le recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Léonard-de-Noblat de délivrer l'arrêté de permis de construire sollicité ;

3°) dans tous les cas de mettre à la charge de la commune de Saint-Léonard-de-Noblat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a qualité pour agir dès lors qu'il est propriétaire de la parcelle cadastrée section D n° 1018, terrain d'assiette du projet de construction ;

- l'arrêté du 4 mai 2021 est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il constitue une décision de retrait d'un permis de construire tacitement né le 7 avril 2021 à l'expiration du délai d'instruction, en application de l'article R 424-1 du code de l'urbanisme ; la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas été mise en œuvre ; ce vice de procédure l'a privé d'une garantie ; la commune ne peut substituer un délai d'instruction à un autre ; c'est à tort que la commune soutient que le délai d'instruction était en réalité de quatre mois en application de l'article R. 423-25 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une seconde illégalité tirée de l'insuffisance de motivation dès lors notamment que le maire ne fait pas mention des dispositions imposant le respect d'une distance particulière d'implantation ;

- il est entaché d'erreur de fait, le projet ne méconnaissant pas les dispositions de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime ; les bâtiments situés à proximité du projet n'apparaissent accueillir aucune activité justifiant l'application des règles d'éloignement visées par cet article ; ils sont manifestement impropres à la stabulation du bétail, tous présentant des dégâts structurels importants ; il n'existe aucune trace d'une prétendue activité d'élevage comme le prouvent les attestations produites à l'appui de la requête ; en tout état de cause, à supposer même que ces bâtiments auraient accueilli en 2021 une activité, la commune n'apporte aucun élément permettant de démontrer que ces bâtiments étaient régulièrement exploités ;

- il est entaché d'erreur de droit, le projet respectant les dispositions de l'article N 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune ; le site dans lequel s'insère le projet ne présente aucune qualité architecturale ou paysagère particulière et ne saurait, en tout état de cause, porter atteinte à celle-ci.

Par des mémoires en défense enregistrés le 2 février 2022 et le 12 mars 2024, la commune de Saint-Léonard-de-Noblat, représentée par Me Soltner, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. A D la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir du requérant ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 22 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Siquier,

- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique,

- et les observations de Me Vaz, représentant M. A D et Me Soltner représentant la commune de Saint-Léonard-de-Noblat.

Considérant ce qui suit :

Sur la recevabilité de la requête :

1. M. A D justifie d'un intérêt à agir dès lors qu'il est le destinataire du retrait de permis de construire en litige. Par suite, la requête est recevable.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article R*423-3 du code de l'urbanisme : " Le maire affecte un numéro d'enregistrement à la demande ou à la déclaration et en délivre récépissé dans des conditions prévues par arrêté du ministre chargé de l'urbanisme. ". Aux termes des dispositions de l'article R*423-4 du même code : " Le récépissé précise le numéro d'enregistrement et la date à laquelle un permis tacite doit intervenir, en application du premier alinéa de l'article L. 424-2, ou, dans le cas d'une déclaration préalable, la date à partir de laquelle les travaux peuvent être entrepris. ", de son article R.*423-5 " Le récépissé précise également que l'autorité compétente peut, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier : a) Notifier au demandeur que le dossier est incomplet ; b) Notifier au demandeur un délai différent de celui qui lui avait été initialement indiqué, lorsque le projet entre dans les cas prévus aux articles R. 423-24 à R. 423-33 ; (). ".

3. Aux termes des dispositions de l'article R*423-18 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction est déterminé dans les conditions suivantes : a) Un délai de droit commun est défini par la sous-section 2 ci-dessous. En application de l'article R. 423-4, il est porté à la connaissance du demandeur par le récépissé ; b) Le délai de droit commun est modifié dans les cas prévus par le paragraphe 1 de la sous-section 3 ci-dessous. La modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de la demande ; c) Le délai fixé en application des a ou b est prolongé dans les cas prévus par le paragraphe 2 de la sous-section 3 ci-dessous, pour prendre en compte des obligations de procédure qui ne peuvent être connues dans le mois qui suit le dépôt de la demande. " et de son article R*423-19 : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. ".

4. Aux termes des dispositions de l'article R*423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; (). ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : a) Lorsque le projet est soumis, dans les conditions mentionnées au chapitre V, à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévus par d'autres législations ou réglementations que le code de l'urbanisme ; b) Lorsque la décision nécessite une dérogation en application des 1° et 3° des articles L. 152-4 et L. 152-6 ; c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques ; d) Lorsque le projet doit être soumis à l'avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévu par l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime ; e) Lorsque le projet est soumis à participation du public hors procédures particulières en application de l'article L. 123-19-2 du code de l'environnement. ". En vertu des dispositions de l'article R. 423-25 du même code, dans sa version applicable au litige : " Le délai d'instruction prévu par le b et le c de l'article

R*423-23 est majoré de deux mois : a) Lorsqu'il y a lieu de consulter une commission départementale ou régionale ; (). ". Aux termes des dispositions de l'article R*423-42 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R. 423-24 à R. 423-33, l'autorité compétente indique au demandeur ou à l'auteur de la déclaration, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie : a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ ; b) Les motifs de la modification de délai ; (). ".

5. Aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction () " et aux termes l'article R.*424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / () b) Permis de construire () tacite. (). ". Enfin aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. ". L'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211 2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. Il résulte de l'instruction que M. A D a déposé une demande de permis de construire le 25 novembre 2020 dont l'objet est la transformation d'une grange en maison d'habitation au Lieu-dit La Chapelle à St Léonard-de-Noblat pour une surface de plancher de 130 m². Le maire de la commune de Saint-Léonard-de-Noblat, dans son courrier du 9 décembre 2020 adressé à M. A D, a informé celui-ci, d'une part, qu'en application des dispositions de l'article L. 111-5 du code de l'urbanisme, son projet était soumis pour avis à la chambre d'agriculture et qu'en conséquence en vertu des dispositions de l'article R. 423-24 de ce même code, le délai d'instruction était porté à trois mois, ce délai annulant le délai de droit commun figurant sur le récépissé de demande de permis de construire et, d'autre part, a sollicité des pièces complémentaires. M. A D a fourni des pièces complémentaires le 7 janvier 2021 et le dossier étant devenu complet, un permis de construire tacite lui a été délivré le 7 avril 2021 compte tenu du délai d'instruction précité de trois mois. L'arrêté n° PC 087 161 20J6205 du 4 mai 2021 du maire de Saint-Léonard-de-Noblat qui a refusé explicitement de faire droit à sa demande de permis de construire constitue donc un retrait de ce permis tacite. Si la commune fait valoir que son maire a fait application des dispositions de l'article R. 423-25 du code de l'urbanisme dès lors que l'autorisation sollicitée requérait l'avis de la chambre d'agriculture en application des dispositions de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime, portant ainsi le délai d'instruction à quatre mois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ce nouveau délai, le cas échéant le nouveau point de départ ainsi que les motifs de la modification de délai aient été notifiés au requérant dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, conformément aux dispositions fixées à l'article R*423-42 du code de l'urbanisme. La commune ne peut davantage se prévaloir utilement de l'erreur de droit ou de fait commise par son maire dans son courrier du 9 décembre 2020 qui a mentionné à tort un délai d'instruction de trois mois. Dans ces conditions, le maire de la commune de Saint-Léonard-de-Noblat ne disposait pas d'une durée d'instruction de quatre mois pour examiner la demande de permis de construire du requérant. Or, à supposer même que le retrait du permis tacite du 7 avril 2021 soit justifié par son illégalité, ce retrait n'a pas été précédé de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration de sorte que M. A D a été privé d'une garantie. Il suit de là que l'arrêté du 4 mai 2021 par lequel le maire de Saint-Léonard-de-Noblat a procédé au retrait du permis de construire n° PC 087 161 20J6205 est entaché d'illégalité et que celui-ci reste titulaire du permis tacite qui lui a été délivré.

8. Il résulte de ce qui précède, que l'arrêté du 4 mai 2021 par lequel le maire de Saint-Léonard-de-Noblat a refusé de délivrer à M. A D le permis de construire

n° PC 087 161 20J6205 doit être annulé. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Léonard-de-Noblat une somme de 1 800 euros à verser à M. A D, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A D, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Saint-Léonard-de-Noblat demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du 4 mai 2021 par lequel le maire de Saint-Léonard-de-Noblat a refusé de délivrer à M. A D le permis de construire n° PC 087 161 20J6205 est annulé.

Article 2:La commune de Saint-Léonard-de-Noblat versera une somme de 1 800 (mille huit cents) euros à M. A D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3:Les conclusions présentées par la commune de Saint-Léonard-de-Noblat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. C A D et à la commune de Saint-Léonard-de-Noblat.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. B

bb

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