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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2102010

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2102010

mardi 16 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2102010
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VALIERE VIALEIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2021, les consorts E, représentés par Me Dias, demandent au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Tulle à leur verser une somme globale de 70 928,02 euros, avec les intérêts de droit à compter du jugement à intervenir, en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison des manquements commis dans la prise en charge de M. K E dans cet établissement public de santé en octobre 2011 ;

2°) à titre subsidiaire, si le tribunal s'estimait insuffisamment informé sur l'étendue des préjudices subis par M. K E, d'ordonner une expertise médicale avant dire droit ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Tulle une somme de 2 500 euros à leur verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Tulle :

- les fautes non détachables du service commises par les docteurs J, B et I dans le cadre de la prise en charge de M. K E au centre hospitalier de Tulle en octobre 2011, qui sont à l'origine de l'ischémie testiculaire et de l'atrophie de son organe, et qui ne peuvent qu'être regardées comme matériellement établies eu égard non seulement aux analyses faites par les experts désignés dans le cadre de la procédure pénale mais surtout aux condamnations pénales définitives prononcées à l'encontre de ces médecins et pour lesquelles les constations matérielles qui sont le support nécessaire du dispositif s'imposent, sont de nature à engager la responsabilité de cet établissement public de santé sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;

- contrairement à ce que fait valoir le centre hospitalier de Tulle en défense, et ainsi qu'il ressort de l'article médical intitulé " Les torsions du cordon spermatique : aspects du diagnostic clinique et principes thérapeutiques " qu'ils produisent, selon lequel le taux de conservation du testicule est de 100% dans le cas d'une prise en charge chirurgicale dans les 3 heures qui suivent l'apparition des douleurs, ce qui aurait dû être le cas en l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application d'un taux de perte de chance.

Sur la liquidation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices subis par la victime directe, M. K E :

- en retenant comme date de consolidation le 11 mai 2013, il est fondé à demander une somme de 280 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne, une somme de 3 019,80 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire (DFT) total et partiel, une somme de 20 000 euros au titre des souffrances endurées qui doivent être évaluées à 4/7, une somme de 8 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire qui doit être évalué à 3/7, une somme de 9 750 euros au titre du déficit fonctionnel permanent (DFP), une somme de 2 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, une somme de 10 000 euros au titre du préjudice d'agrément et une somme de 7 000 euros au titre du préjudice sexuel.

En ce qui concerne les préjudices subis par les victimes indirectes, les parents :

- ils sont fondés à demander une somme de 878,22 euros au titre des frais de trajet et une somme de 5 000 euros chacun au titre de leur préjudice moral.

Par des mémoires en défense enregistrés les 1er juin 2022 et 14 décembre 2023, le centre hospitalier de Tulle, représenté par Me Valière-Vialeix, demande au tribunal :

1°) de ramener à de plus justes proportions les sommes sollicitées par les consorts E en indemnisation de leurs préjudices, après application d'un taux de perte de chance pour le patient de conserver la vitalité de son testicule droit qu'il y a lieu de fixer à 20 % ;

2°) de limiter à 1 500 euros la somme susceptible d'être accordée aux consorts E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- s'il ne conteste pas le principe de sa responsabilité sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique en raison des fautes qui ont été commises dans la nuit du 5 au 6 octobre 2011 dans le cadre de la prise en charge de M. K E, il y a lieu, comme l'a justement relevé le docteur D dans son rapport d'expertise judiciaire du 10 novembre 2015, de retenir que ces fautes ont uniquement fait perdre au patient une chance de conserver la vitalité de son testicule droit et ainsi d'échapper à une orchidectomie qui doit être fixée à 20 % ;

- s'agissant des sommes sollicitées par les consorts E au titre de l'indemnisation de leurs préjudices, celles-ci doivent être ramenées à de plus justes proportions dès lors qu'il y a lieu de faire application du taux de perte de chance de 20 %, que certains des préjudices invoqués ne sont pas établis et que les montants d'indemnisation évalués avant application du taux de perte de chance sont excessifs ;

- après application du taux de perte de chance de 20 %, la CPAM de la Charente-Maritime est uniquement fondée, après déduction des frais d'hospitalisation du 8 au 10 mai 2012, à solliciter une somme de 184,64 euros en remboursement de ses débours.

Par un mémoire et des pièces enregistrés les 8 et 11 décembre 2023, la CPAM de la Charente-Maritime demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le centre hospitalier de Tulle à lui verser une somme de 4 451,18 euros en remboursement de ses débours, avec les intérêts de droit à compter du jugement, et une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- les observations de Me Dias, pour les consorts E,

- et les observations de Me Veyriras, pour le centre hospitalier de Tulle.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 octobre 2011, vers 22h00, alors qu'il était au lit à son domicile, K E, qui était alors âgé de 13 ans, a ressenti une douleur brutale dans la région iliaque droite associée à des nausées. Pensant à une crise appendiculaire, ses parents, M. C et Mme H E, l'ont transporté au service des urgences du centre hospitalier de Tulle, où il a été admis à 22h42. Dans la mesure où, notamment, le jeune patient ne présentait pas de fièvre, d'hyperleucocytose ou de syndrome inflammatoire, et que la douleur augmentait et se diffusait vers le testicule, le docteur I, médecin urgentiste de garde, a suspecté à minuit une torsion du cordon spermatique droit. Le 6 octobre 2011, à 00h15, le docteur I a appelé le chirurgien de garde, le docteur J, qui a refusé de se déplacer en l'état et a demandé qu'une échographie soit préalablement réalisée afin que le diagnostic de torsion du cordon spermatique soit confirmé. A 00h20, le docteur I a alors pris contact avec le radiologue de garde, le docteur B, qui, en l'absence d'argument témoignant à son sens d'une urgence, et au motif d'un tableau clinique " atypique ", a estimé que l'échographie pouvait être effectuée plus tard dans la matinée. Aux alentours de 4h00, K E, placé sous antalgiques en raison de sa douleur, a été transféré dans le service de pédiatrie. A 8h45, le patient a subi une échographie qui a confirmé le diagnostic de torsion du cordon spermatique droit. K E a bénéficié, à 9h30, d'une détorsion du pédicule spermatique avec orchidopexie à droite (fixation du testicule). Sorti du centre hospitalier le 7 octobre 2011, il est réadmis le même jour dans l'après-midi du fait d'un état fébrile avec une fièvre à 38,6°C, d'une augmentation du volume et d'une forte douleur à la palpation du testicule opéré. Notamment placé sous antibiotique à titre préventif, l'état du patient s'est amélioré jusqu'au 10 octobre 2011, date à laquelle il a regagné son domicile. En raison d'une atrophie et d'une absence de vascularisation du testicule droit, K E et ses parents ont décidé de recourir à une orchidectomie et à une pose de prothèse testiculaire à droite. Cette intervention, à laquelle a été associée concomitamment une fixation du testicule gauche, a été faite le 9 mai 2012 au CHU de Limoges, où le patient a été suivi postérieurement à sa prise en charge au centre hospitalier de Guéret en octobre 2011. Les suites opératoires ont été simples.

2. A la suite d'une plainte déposée par les parents de K E, le tribunal de police de Tulle, par un jugement rendu le 15 janvier 2021 au regard de trois rapports d'expertises judiciaires établis le 19 mars 2014 par le professeur G, chirurgien urologue, le 10 novembre 2015 par le docteur D, chirurgien urologue, et le 28 mai 2018 par le docteur F, médecin légiste au CHU de Limoges, a, en ce qui concerne l'action publique, respectivement condamné les docteurs J, B et I au paiement d'amendes de 1 500 euros, de 1 000 euros et de 300 euros pour des faits, commis dans la nuit du 5 au 6 octobre 2011, de blessures involontaires par imprudence, maladresse, inattention, négligence ou manquement à une obligation de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement et, en ce qui concerne l'action civile, renvoyé l'affaire à une audience ultérieure. Par un arrêt du 28 juillet 2021, la cour d'appel de Limoges a confirmé ce jugement concernant les condamnations à une peine d'amende et a rejeté la demande d'indemnisation présentée par les consorts E au motif qu'elle relevait de la compétence des juridictions administratives. Par une lettre du 23 septembre 2021, M. K E, désormais majeur, et ses deux parents, ont adressé au centre hospitalier de Tulle une réclamation indemnitaire préalable, à laquelle une décision implicite de rejet a été opposée. Par cette requête, les consorts E demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier de Tulle à leur verser une somme globale de 70 928,02 euros, avec les intérêts de droit à compter du jugement à intervenir, en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison des manquements commis dans la prise en charge de M. K E dans cet établissement public de santé en octobre 2011. Dans le dernier état de ses écritures, la CPAM de la Charente-Maritime demande par ailleurs au tribunal de condamner le centre hospitalier de Tulle à lui verser une somme de 4 451,18 euros en remboursement de ses débours, avec les intérêts de droit à compter du jugement, et une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation présentées par les consorts E :

En ce qui concerne la responsabilité et la perte de chance :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

4. Il résulte de l'instruction, notamment des trois rapports d'expertises établis pendant la procédure pénale, que, compte tenu du tableau clinique présenté par M. K E à son admission au service des urgences du centre hospitalier de Tulle le 5 octobre 2011 à 22h42, et en l'absence de signe d'infection, le diagnostic de torsion du cordon spermatique droit posé à minuit par le médecin urgentiste de garde était adapté, tout comme sa décision de prendre très rapidement attache avec le chirurgien de garde pour envisager une intervention dans les plus brefs délais. Il résulte en effet de l'instruction que l'ischémie testiculaire créée par la torsion du cordon met en danger la survie du testicule, que plus la durée d'ischémie est longue, plus le risque de destruction testiculaire est élevé, que cette éventualité se produit d'autant plus fréquemment qu'on s'éloigne d'un délai d'intervention de six heures suivant la survenue des douleurs dans lequel la récupération est en principe assurée, et que cette situation constitue ainsi une urgence chirurgicale. Si la réalisation d'une échographie permet le plus souvent mais pas systématiquement de confirmer l'existence d'une torsion du cordon spermatique, il résulte de l'instruction que la suspicion de cette torsion lors l'examen clinique justifie par elle-même qu'il soit recouru en urgence à une exploration chirurgicale, sans que cette dernière puisse être retardée par la prescription d'un examen tel qu'une échographie. Il résulte à cet égard de l'instruction que le traitement chirurgical de ces torsions du cordon spermatique, qui consiste à inciser en urgence la bourse douloureuse, à examiner le cordon, à détordre la spire en faisant tourner sous contrôle visuel le testicule dans le sens opposé à l'accident de rotation et à fixer le testicule à la paroi de la bourse pour éviter une récidive, est d'une grande simplicité et est parfaitement anodin dès lors qu'il n'entraîne aucune conséquence fâcheuse si le diagnostic évoqué s'avère inexact.

5. Au vu de ces éléments, comme l'ont relevé les experts judiciaires, des manquements peuvent être retenus à l'encontre du centre hospitalier de Tulle dans la prise en charge du patient dans la nuit du 5 au 6 octobre 2011. En effet, alors que son attention avait été appelée le 6 octobre 2011 à 00h15 par le médecin urgentiste sur une suspicion de torsion du cordon spermatique qui justifiait une intervention en urgence, le docteur J, chirurgien de garde, ne pouvait, au seul motif qu'une échographie n'avait pas encore confirmé le diagnostic, refuser de se déplacer au centre hospitalier sans délai pour qu'il soit procédé à une exploration chirurgicale. En outre, si le chirurgien de garde aurait dû examiner le patient et l'opérer en urgence sans perdre de temps à attendre les résultats d'un examen complémentaire qui ne permettait en tout état de cause pas d'éliminer de manière certaine une torsion du cordon spermatique droit, la réalisation en urgence de l'échographie sollicitée par le chirurgien aurait probablement permis d'établir le diagnostic le 6 octobre 2011 avant 1h00 et de convaincre celui-ci à intervenir, de sorte que le docteur B, radiologue de garde, ne pouvait pas non plus refuser, au prétexte d'un prétendu tableau clinique " atypique ", refuser de se déplacer dans la nuit pour faire cet examen. Eu égard à ces manquements, qui ne sont pas contestés par le centre hospitalier de Tulle, la responsabilité de cet établissement est engagée sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

6. En second lieu, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du professeur G, que, pour le patient qui présente une torsion du cordon spermatique, le risque de perte de vascularisation et par suite d'orchidectomie, est d'environ 5 % lorsque l'intervention chirurgicale est réalisée dans un délai de 0 à 6h à partir de la survenue des symptômes, 20 % de 7h à 12h, 40 % de 13h à 18h, 60 % de 19h à 24h, 80 % à plus de 24h et à 90 % à plus de 48h. Les requérants produisent aussi un article intitulé " Les torsions du cordon spermatique : aspects du diagnostic clinique et principes thérapeutiques ", dont les conclusions ne sont pas contestées en défense et qui a été publié le 17 juillet 2010 sur le site internet www.siencedirect.com, qui précise que : " Le pronostic est corrélé à la précocité de l'intervention. Le taux global de conservation testiculaire après torsion est de 40 à 70% mais on a 100% de conservation avant trois heures, 90% avant six heures et moins d'un sur deux après dix heures ". En l'espèce, il résulte de l'instruction que les premières douleurs en lien avec la torsion du cordon spermatique droit ont été ressenties par M. K E le 5 octobre 2011 vers 22h. Admis au service des urgences du centre hospitalier de Tulle 42 minutes plus tard, le diagnostic de suspicion du cordon spermatique pouvait rapidement être posé au vu de l'examen clinique. A supposer qu'aucun retard puisse être reproché au médecin urgentiste, qui a posé ce diagnostic vers minuit, soit deux heures après le début des symptômes, il résulte de l'instruction que si le patient avait été pris en charge dans les règles de l'art, une exploration chirurgicale aurait pu être mise en œuvre le 6 octobre 2011 avant 1h00 du matin, soit moins de trois heures après la survenue des douleurs. Compte tenu des données mentionnées dans les rapports d'expertises ainsi que dans l'article médical produit par les consorts E, une intervention dans ce délai inférieur à trois heures aurait permis une conservation testiculaire à 100 %. Dans ces conditions, le centre hospitalier de Tulle n'est pas fondé à soutenir que les fautes commises par l'équipe médicale, qui ont conduit à une réalisation tardive de l'opération de détorsion du cordon spermatique droit, ont seulement fait perdre à M. K E une chance de conserver la vitalité de son testicule. Il appartient donc au centre hospitalier de Tulle de réparer l'intégralité des préjudices résultant de cette perte de vitalité du testicule droit de M. K E, sans qu'il y ait lieu d'appliquer un taux de perte de chance d'éviter que le dommage soit advenu.

En ce qui concerne les préjudices :

8. Comme le proposent les requérants sans être contestés, la date de consolidation de l'état de santé de M. K E en lien avec les conséquences des fautes commises dans le cadre de sa prise en charge au centre hospitalier de Tulle en octobre 2011 peut être fixée au 11 mai 2013.

S'agissant des préjudices de M. K E :

9. En premier lieu, il ne résulte pas de manière suffisamment certaine de l'instruction, et notamment des rapports d'expertises judiciaires qui ne mentionnent pas expressément ce poste de préjudice, que l'état de M. K E dans les jours qui ont suivi ses hospitalisations du 5 au 10 octobre 2011 au centre hospitalier de Tulle puis du 8 au 10 mai 2012 au CHU de Limoges aurait effectivement nécessité l'assistance d'une tierce personne. A cet égard, si le docteur F, dans son rapport d'expertise du 28 mai 2018, relève que " d'après Mme H E ", son fils " aurait " eu besoin, pendant les sept jours qui ont suivi ces deux hospitalisations, d'une aide pour l'habillage, les déplacements et la toilette, cet expert s'est borné à faire état des déclarations de la requérante, en utilisant le conditionnel, sans se prononcer sur leur bien-fondé. Par suite, en l'état, il n'y a pas lieu d'allouer une indemnisation au titre de l'assistance par une tierce personne.

10. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation du DFT total et partiel subi par M. K E en raison des fautes commises par le centre hospitalier de Tulle, caractérisé notamment par des d'hospitalisations, des suspensions de sa scolarisation pendant les quinze jours suivant ces hospitalisations, des reprises de scolarité avec dispense d'activité sportive, une atrophie de son testicule droit jusqu'à la pose de la prothèse et les conséquences psychologiques de cette situation chez un adolescent, en lui accordant une somme de 1 600 euros.

11. En troisième lieu, dans son rapport d'expertise établi le 10 novembre 2015, le docteur D a évalué les souffrances endurées par M. K E à 3,5/7 en raison, d'une part, de la " prolongation de la douleur initiale ", d'autre part, du recours, en mai 2012, à une nouvelle opération consistant en une orchidectomie avec pose d'une prothèse testiculaire à droite et en une fixation testiculaire à gauche. En tenant également compte du retentissement psychologique de cette situation chez M. K E, qui était alors un adolescent, les souffrances endurées par celui-ci à cause des fautes commises par le centre hospitalier de Tulle peuvent être évaluées à 4/7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordent une somme de 7 500 euros.

12. En quatrième lieu, si, pendant la période où il a présenté une atrophie de son testicule droit, M. K E peut se prévaloir d'un préjudice esthétique temporaire, celui-ci est nécessairement modeste dès lors que cette lésion ne pouvait que rarement être exposée au regard d'autrui. Cependant, l'intéressé n'est pas fondé à se prévaloir, après la pose de sa prothèse testiculaire en mai 2012, d'un préjudice esthétique. A cet égard, il ressort du rapport d'expertise établi le 29 mai 2018 par le docteur F que " l'aspect externe visualisé n'est pas différent entre les deux testicules " et que la prothèse testiculaire n'est pas " identifiable par une personne sans connaissance médicale ". Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice esthétique temporaire en lui accordant une somme de 300 euros.

13. En cinquième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que, postérieurement à la date de consolidation, l'état de santé de M. K E résultant des fautes commises par le centre hospitalier de Tulle l'aurait effectivement mis dans l'impossibilité de pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs qu'il exerçait avant l'accident, et notamment l'équitation qu'il peut continuer à pratiquer en portant une coque de protection. Par suite, la demande d'indemnisation présentée au titre du préjudice d'agrément doit être rejetée.

14. En sixième lieu, compte tenu de son jeune âge à la date de consolidation de son état de santé et des conséquences des fautes commises par le centre hospitalier de Tulle sur sa manière d'appréhender les relations sexuelles, il sera fait une juste appréciation du préjudice sexuel subi par M. K E en lui allouant une somme de 5 000 euros.

15. En septième lieu, et ainsi que le propose le docteur D dans son rapport d'expertise du 10 novembre 2015, le DFP subi par M. K E en raison des manquements commis par le centre hospitalier de Tulle peut être fixé à 5 %. Compte tenu de l'âge de la victime à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui accordant une somme de 6 500 euros.

S'agissant des préjudices des victimes indirectes, les parents de M. K E :

16. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation des frais de trajets exposés par M. C et Mme H E pour accompagner leur fils, alors mineur, aux consultations et aux hospitalisations en lien direct et certain avec les fautes commises par le centre hospitalier de Tulle en leur accordant, à chacun d'eux, une somme de 250 euros.

17. En second lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par les deux parents de M. K E en leur accordant, à chacun d'eux, une somme de 1 500 euros.

18. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale, que le centre hospitalier de Tulle est condamné à verser une somme de 20 900 euros à M. K E, une somme de 1 750 euros à M. C E et une somme de 1 750 euros à Mme H E en réparation des préjudices qu'ils ont subis.

Sur les droits de la CPAM de la Charente-Maritime :

19. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. () / Cependant, si le tiers payeur établit qu'il a effectivement et préalablement versé à la victime une prestation indemnisant de manière incontestable un poste de préjudice personnel, son recours peut s'exercer sur ce poste de préjudice. () / En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". Selon l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 susvisé : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024 ".

20. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la CPAM de la Charente-Maritime est fondée à demander, en lien direct et certain avec les manquements commis par le centre hospitalier de Tulle, le versement d'une somme de 4 451,18 euros en remboursement de ses débours, laquelle somme n'inclut pas les frais de l'hospitalisation que M. K E aurait nécessairement subi en l'absence de manquements commis dans le cadre de sa prise en charge.

21. En second lieu, la CPAM de la Charente-Maritime est également fondée à demander la condamnation du centre hospitalier de Tulle à lui verser une somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Sur les intérêts :

22. Même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. La demande des consorts E et de la CPAM de la Charente-Maritime tendant à ce que leur soient alloués, à compter de la date de lecture de ce jugement, les intérêts au taux légal sur les sommes que le centre hospitalier de Tulle est condamné à leur verser en réparation de leurs préjudices et en remboursement des débours est donc dépourvue de tout objet et doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

23. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

24. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Tulle une somme de 1 800 euros à verser aux consorts E sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: Le centre hospitalier de Tulle est condamné à verser une somme de 20 900 (vingt mille neuf cents euros) euros à M. K E, une somme de 1 750 (mille sept cent cinquante euros) euros à M. C E et une somme de 1 750 (mille sept cent cinquante euros) euros à Mme H E en réparation des préjudices qu'ils ont subis en raison des manquements commis par cet établissement public de santé.

Article 2:Le centre hospitalier de Tulle est condamné à verser à la CPAM de la Charente-Maritime une somme de 4 451,18 (quatre mille quatre cent cinquante-et-un euros et dix-huit centimes) euros en remboursement de ses débours et une somme de 1 191 (mille cent quatre-vingt-onze euros) euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 3:Le centre hospitalier de Tulle versera une somme de 1 800 (mille huit cents euros) euros aux consorts E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié aux consorts E, au centre hospitalier de Tulle et à la CPAM de la Charente-Maritime.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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