mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2102023 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP BORIE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement du 24 septembre 2021, le conseil de prud'hommes de Guéret a sursis à statuer jusqu'à ce que le tribunal administratif compétent se soit prononcé sur la légalité de la décision du 12 septembre 2017 de l'inspecteur du travail de la Creuse ayant autorisé le licenciement de M. B A pour motif économique.
Agissant dans le cadre de l'exécution du jugement précité, M. B A, représenté par la SCP Borie et Associés, par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 22 décembre 2021 et le 10 juin 2022, demande au tribunal de déclarer illégale la décision du 12 septembre 2017 de l'inspecteur du travail de la Creuse ayant autorisé son licenciement.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour apprécier la légalité de la décision du 12 septembre 2017 de l'inspecteur du travail de la Creuse ayant autorisé son licenciement ;
- l'annulation par la cour administrative d'appel de Bordeaux, par un arrêt n° 8BX02692 du 12 octobre 2018, de la décision d'homologation du plan de sauvegarde de l'emploi ayant conduit à son licenciement, devenu définitif après l'arrêt du Conseil d'Etat n° 426230 du 27 janvier 2020, prive de base légale la décision autorisant son licenciement et que cette dernière doit être déclarée illégale.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 mai 2022 le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est irrecevable, dès lors que le requérant n'a pas qualité pour agir et qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été fixée au 22 avril 2024
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de procédure civile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gazeyeff,
- et les conclusions de Mme Siquier, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été employé par la société GMetS INDUSTRY France, entreprise spécialisée dans l'emboutissage, l'assemblage par soudure et la peinture par cataphorèse de pièces dédiées à la sous-traitance automobile, au sein de laquelle il était titulaire d'un mandat syndical. Par un jugement du 2 décembre 2016, le tribunal de commerce de Poitiers a ouvert une procédure de redressement judiciaire au bénéfice de la société GMetS Industry France puis, le 30 juin 2017, a prononcé la liquidation judiciaire de l'entreprise et enfin, par jugement en date du 7 septembre 2017, a ordonné la cession des actifs de la société GMetS Industry France au profit de la société GMD, a acté la reprise de 120 postes et a autorisé le licenciement économique de 156 salariés. Le 13 septembre 2017, l'administrateur judiciaire de la société GMetS INDUSTRY France a déposé auprès de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (Direccte) une demande d'homologation du document unilatéral fixant le contenu du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) en vue de la suppression des 156 emplois, dont celui de M. A. Par une décision du 15 septembre 2017, la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte) a homologué le document unilatéral relatif au projet de licenciement économique collectif de l'entreprise GMetS INDUSTRY France. Dans le cadre de ce plan de sauvegarde de l'emploi, l'inspection du travail de la Creuse a autorisé, le 12 décembre 2017, le licenciement de M. A, dès lors que ce dernier bénéficiait d'un statut de salarié protégé. Par un jugement du 15 janvier 2018, le tribunal administratif de Limoges a annulé la décision d'homologation du document unilatéral fixant le contenu du PSE au motif qu'elle était insuffisamment motivée. Par une décision du 23 janvier 2018, la Direccte de la région Nouvelle Aquitaine a homologué à nouveau le document unilatéral fixant le contenu du plan de sauvegarde de l'emploi de la société GMetS Industry France. Par un arrêt n° 18BX02692 du 12 octobre 2018, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé cette dernière décision au motif qu'elle avait occulté le critère des qualités professionnelles en lui substituant un critère relatif à l'ancienneté des salariés. Par un arrêt du 27 janvier 2020, le Conseil d'Etat a rejeté le pourvoi formé par la société GMetS et les mandataires et administrateurs judiciaires dirigé contre l'arrêt précité. Par un jugement du 24 septembre 2021, le conseil des prud'hommes de Guéret a sursis à statuer jusqu'à ce que la juridiction administrative se soit prononcée sur la légalité de la décision de l'inspecteur du travail du 12 décembre 2017 autorisant le licenciement de M. A.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la région Nouvelle aquitaine :
2. Aux termes de l'article 49 du code de procédure civile : " Toute juridiction saisie d'une demande de sa compétence connaît, même s'ils exigent l'interprétation d'un contrat, de tous les moyens de défense à l'exception de ceux qui soulèvent une question relevant de la compétence exclusive d'une autre juridiction. ".
3. Une partie au litige qui a conduit le juge judiciaire à surseoir à statuer jusqu'à ce que le juge administratif se soit prononcé sur la légalité d'un acte administratif a, de ce seul fait, lorsque la question préjudicielle ainsi soulevée n'a pas été transmise à la juridiction administrative par la juridiction judiciaire en application de l'article 49 du code de procédure civile dans sa rédaction issue du décret du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles, qualité pour former devant la juridiction administrative, qui est tenue d'y statuer, un recours en appréciation de légalité de l'acte en cause sans que sa recevabilité soit soumise aux conditions posées pour l'exercice d'un recours pour excès de pouvoir.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté, dans ses conclusions récapitulatives adressées au conseil de prud'hommes de Guéret, une demande indemnitaire et qu'il dispose dès lors de la qualité de partie au litige dans lequel ladite juridiction a sursis à statuer jusqu'à ce que le juge administratif se soit prononcé sur la légalité de la décision du 12 décembre 2017 autorisant son licenciement. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la région Nouvelle aquitaine, tirée du défaut de qualité à agir, ne peut qu'être écartée.
Sur l'appréciation de la légalité de la décision du 12 décembre 2017 :
5. Aux termes de l'article L. 1233-61 du code du travail : " Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, lorsque le projet de licenciement concerne au moins dix salariés dans une même période de trente jours, l'employeur établit et met en œuvre un plan de sauvegarde de l'emploi pour éviter les licenciements ou en limiter le nombre. () ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 1233-24-1 à L. 1233-24-4, L. 1233-57-2 et L. 1233-57-3 du même code, que l'accord d'entreprise ou, à défaut, la décision unilatérale de l'employeur qui fixe ce plan de sauvegarde de l'emploi, doit être validé ou homologué par l'autorité administrative.
6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1235-10 du code du travail, applicable aux licenciements collectifs dans les entreprises d'au moins cinquante salariés qui ne sont pas en redressement ou en liquidation judiciaire, dispose que : " () le licenciement intervenu en l'absence de toute décision relative à la validation ou à l'homologation ou alors qu'une décision négative a été rendue est nul " ; que, s'agissant des entreprises en liquidation ou en redressement judiciaire, l'article L. 1233-58 du même code dispose que : " () L'employeur, l'administrateur ou le liquidateur ne peut procéder, sous peine d'irrégularité, à la rupture des contrats de travail avant la notification de la décision favorable de validation ou d'homologation () ".
7. L'annulation, pour excès de pouvoir, d'une décision de validation ou d'homologation d'un plan de sauvegarde de l'emploi entraîne, par voie de conséquence, l'illégalité des autorisations de licenciement accordées, à la suite de cette validation ou de cette homologation, pour l'opération concernée. Par exception, l'annulation d'une décision d'homologation ou de validation d'un plan de sauvegarde de l'emploi pour le seul motif d'une insuffisance de motivation n'entraîne pas, par elle-même, l'illégalité des autorisations de licenciement accordées dans le cadre de ce licenciement collectif, sous réserve que l'autorité administrative ait pris, dans le délai prévu par le texte cité ci-dessus, une nouvelle décision suffisamment motivée.
8. Il est constant que, par un jugement n° 1701472 du 15 janvier 2018, le tribunal administratif de Limoges a annulé la décision du 15 septembre 2017 d'homologation du document unilatéral fixant le contenu du PSE au motif qu'elle était insuffisamment motivée et que, par une décision du 23 janvier 2018, la DIRECCTE de la région Nouvelle Aquitaine a homologué à nouveau le document unilatéral fixant le contenu du plan de sauvegarde de l'emploi de la société GMetS Industry France. Par un arrêt n° 18BX02692 du 12 octobre 2018, devenu définitif, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé cette dernière décision au motif tiré d'une erreur de droit en ce qu'elle avait occulté le critère des qualités professionnelles en lui substituant un critère relatif à l'ancienneté des salariés. Par suite, compte tenu des effets rétroactifs de l'annulation, alors qu'il n'est pas contesté que le licenciement pour motif économique de M. A a été demandé pour l'exécution du même plan de sauvegarde de l'emploi homologué successivement les 15 septembre 2017 et 23 janvier 2018, M. A est fondé, sans que les dispositions du troisième alinéa de l'article L. 1235-10 du code du travail y fasse obstacle, et alors que les effets de l'annulation à intervenir sont sans incidence sur la légalité de la décision du 12 décembre 2017, à soutenir que cette décision est entachée d'illégalité par voie de conséquence.
D E C I D E :
Article 1er : Il est déclaré que la décision du 12 décembre 2017 par laquelle l'inspecteur du travail du département de la Creuse a autorisé le licenciement de M. A est entachée d'illégalité.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à la Selarl MJO et au ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Une copie pour information en sera adressée au Préfet de la Creuse et au conseil de prud'hommes de Guéret.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024 où siégeaient :
- M. Revel, président,
- M. Boschet, premier conseiller,
- M. Gazeyeff, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
D. GAZEYEFF
Le président,
FJ. REVEL
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
M. Ccg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026