mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200071 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BELLEGARDE FREDERIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés le 17 janvier 2022, le 25 mars 2024 et le 3 mai 2024, C de réinsertion sociale du Limousin, représentée par Me Monpion, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de la Haute-Vienne du 22 novembre 2021 autorisant la création d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, géré par C Audacia, à Saint-Léonard-de-Noblat ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure prévue par la note d'information du ministre de l'intérieur relative aux créations de place en centre d'accueil pour demandeurs d'asile au titre de l'année 2021 a été méconnue, dès lors qu'aucune publication d'un cahier des charges n'a été réalisée et qu'aucune validation par la direction de l'asile n'est intervenue préalablement à l'autorisation ;
- la création de ce centre n'a pas été précédée d'un appel à projet ni d'aucune mesure de publicité, en méconnaissance de la circulaire DGES/5B/2010/434 du 18 décembre 2010 relative à la procédure d'appel à projet et d'autorisation des établissements et services sociaux et médicaux et de la note d'information du ministre de l'intérieur relative aux créations de place en centre d'accueil pour demandeurs d'asile au titre de l'année 2021.
Par un mémoire en défense et un mémoire en réplique enregistrés les 16 décembre 2022 et 22 avril 2024, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, en l'absence d'établissement d'un mandataire unique habilité à représenter C requérante, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-1 du code de justice administrative ;
- aucune disposition légale ou règlementaire n'impose une procédure préalable d'appel à projet ;
- la note d'information du ministre de l'intérieur relative aux créations de place en centre d'accueil pour demandeurs d'asile au titre de l'année 2021 n'est pas opposable ;
- l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2021 entrainerait des conséquences excessives au regard de considérations d'intérêt général ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La requête a été communiquée à C Audacia qui n'a pas présenté d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2015-1776 du 28 décembre 2015 ;
- le décret n° 2010-870 du 26 juillet 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gazeyeff,
- les conclusions de Mme Siquier, rapporteure publique,
- les observations de Me Monpion, représentant C de réinsertion sociale du Limousin
- les observations de M. A, représentant le préfet de la Haute-Vienne.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre du déploiement du nouveau schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et d'intégration des refugiés 2021-2023 qui prévoit la création de 350 places supplémentaires pour l'hébergement de demandeurs d'asile au sein de la région Nouvelle- Aquitaine, la préfecture de Corrèze a lancé, le 22 décembre 2020, une procédure d'appel à projets pour l'ouverture d'un centre d'accueil de demandeurs d'asile d'une capacité de 40 places. Cet appel à projets n'a pas abouti après le désistement du porteur du projet initialement retenu. Par un arrêté du 22 novembre 2021, la préfète de la Haute-Vienne a autorisé la création d'un autre centre d'accueil pour demandeurs d'asile d'une capacité de 40 places géré par C Audacia situé à Saint-Léonard-de-Noblat. Dans la présente instance, C de réinsertion sociale du Limousin (ARSL), qui assure également la gestion d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile en Haute-Vienne, demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration, tel qu'issu de la loi du 10 août 2018 : " Font l'objet d'une publication les instructions, les circulaires ainsi que les notes et réponses ministérielles qui comportent une interprétation du droit positif ou une description des procédures administratives. Les instructions et circulaires sont réputées abrogées si elles n'ont pas été publiées, dans des conditions et selon des modalités fixées par décret. / () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 312-3 du même code : " Toute personne peut se prévaloir des documents administratifs mentionnés au premier alinéa de l'article L. 312-2, émanant des administrations centrales et déconcentrées de l'Etat et publiés sur des sites internet désignés par décret. / Toute personne peut se prévaloir de l'interprétation d'une règle, même erronée, opérée par ces documents pour son application à une situation qui n'affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n'a pas été modifiée. / Les dispositions du présent article ne peuvent pas faire obstacle à l'application des dispositions législatives ou réglementaires préservant directement la santé publique, la sécurité des personnes et des biens ou l'environnement. ". L'article R. 312-10 du même code dispose que : " Les sites internet sur lesquels sont publiés les documents dont toute personne peut se prévaloir dans les conditions prévues à l'article L. 312-3 précisent la date de dernière mise à jour de la page donnant accès à ces documents ainsi que la date à laquelle chaque document a été publié sur le site. / Ces sites comportent, sur la page donnant accès aux documents publiés en application de l'article L. 312-3, la mention suivante : " Conformément à l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, toute personne peut se prévaloir de l'interprétation d'une règle, même erronée, opérée par les documents publiés sur cette page, pour son application à une situation qui n'affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n'a pas été modifiée, sous réserve qu'elle ne fasse pas obstacle à l'application des dispositions législatives ou réglementaires préservant directement la santé publique, la sécurité des personnes et des biens ou l'environnement ". / Les circulaires et instructions soumises aux dispositions de l'article R. 312-8 sont publiées sur les sites mentionnés au premier alinéa au moyen d'un lien vers le document mis en ligne sur le site mentionné à ce même article.". L'article D. 312-11 du même code établit la liste des sites internet mentionnés au premier alinéa de l'article L. 312-3. Il précise que : " Lorsque la page à laquelle renvoient les adresses mentionnées ci-dessus ne donne pas directement accès à la liste des documents mentionnés à l'article L. 312-3, elle comporte un lien direct vers cette liste, identifié par la mention " Documents opposables ".
3. Les dispositions de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration instituent une garantie au profit de l'usager en vertu de laquelle toute personne qui l'invoque est fondée à se prévaloir, à condition d'en respecter les termes, de l'interprétation, même illégale, d'une règle contenue dans un document que son auteur a souhaité rendre opposable, en le publiant dans les conditions prévues aux articles R. 312-10 et D. 312-11 du même code, tant qu'elle n'a pas été modifiée.
4. C requérante invoque les mentions d'une note d'information du ministre de l'intérieur relative aux créations de places de centre d'accueil de demandeurs d'asile au titre de l'année 2021, adressée aux préfets, en tant qu'elle prévoit que " Vous vous assurerez de la publication au recueil des actes administratifs du document intitulé campagne d'ouverture de places de CADA dans le département au plus tard le 27 novembre 2020 " et que " Les dossiers seront ensuite transmis aux préfectures de régions, qui émettront un avis ". Toutefois, il est constant que la note d'information du ministre de l'intérieur relative aux créations de places de centre d'accueil de demandeurs d'asile au titre de l'année 2021, document qui n'est d'ailleurs ni daté ni signé, n'a fait l'objet d'aucune mesure de publication et est dépourvue de valeur règlementaire. Ainsi, à supposer même qu'à la date de l'arrêté contesté, elle ne puisse être regardée comme ayant été abrogée en application des dispositions précitées de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration, C requérante ne peut utilement s'en prévaloir pour soutenir que le préfet était tenu, avant de prendre l'arrêté contesté, à une publication préalable du cahier des charges et au recueil de l'avis du préfet de région. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que l'ouverture de 40 nouvelles places en centre d'accueil de demandeurs d'asile en Haute-Vienne résulte du redéploiement de 40 nouvelle places initialement prévues en Corrèze, après le désistement d'un porteur de projet initialement retenu, or, il ne résulte d'aucun principe ni d'aucun texte, que le préfet serait tenu, dans une telle hypothèse, de procéder à une nouvelle publication préalable et de recueillir à nouveau l'avis du préfet de région.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 313-1-1 du Code de l'action sociale et des familles, dans sa version applicable au litige: " I.- Sont soumis à autorisation des autorités compétentes en application de l'article L. 313-3 les projets, y compris expérimentaux, de création, de transformation et d'extension d'établissements ou de services sociaux et médico-sociaux relevant de l'article L. 312-1, les projets de lieux de vie et d'accueil ainsi que les projets de transformation d'établissements de santé mentionnés aux articles L. 6111-1 et L. 6111-2 du code de la santé publique en établissements ou services sociaux et médico-sociaux relevant de l'article L. 312-1 du présent code. Lorsque les projets font appel, partiellement ou intégralement, à des financements publics, ces autorités délivrent l'autorisation après avis d'une commission d'information et de sélection d'appel à projet social ou médico-social qui associe des représentants des usagers. Une partie des appels à projets doit être réservée à la présentation de projets expérimentaux ou innovants répondant à un cahier des charges allégé. Les financements publics mentionnés au présent alinéa s'entendent de ceux qu'apportent directement ou indirectement, en vertu de dispositions législatives ou réglementaires, les personnes morales de droit public ou les organismes de sécurité sociale en vue de supporter en tout ou partie des dépenses de fonctionnement. () II. Sont exonérés de la procédure d'appel à projet mentionnée au I : () 8° Les projets de création, de transformation et d'extension des centres d'accueil pour demandeurs d'asile mentionnés à l'article L. 348-1 ; ".
6. Il résulte des dispositions précitées que la décision par laquelle un préfet autorise la création d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile est exonérée de la procédure d'appel à projets prévue par les dispositions de l'article L. 313-1-1 du code de l'action sociale et des familles. Si C requérante soutient que l'arrêté du 22 novembre 2021 vise la circulaire DGCS/5B/2010/434 du 18 décembre 2010 relative à la procédure d'appel à projet et d'autorisation des établissements et services sociaux et médicaux, ce texte, au demeurant abrogé par la circulaire DGCS/SDB/2014/287 du 20 octobre 2014, est antérieur à l'entrée en vigueur des dispositions de l'article 65 de la loi du 28 décembre 2015 relative à l'adaptation de la société au vieillissement, qui prévoit l'exonération, pour la création d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, de la procédure d'appel à projet en modifiant les dispositions de l'article L. 313-1-1 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, et nonobstant la circonstance que l'arrêté du 22 novembre 2021 vise également les dispositions de l'article R. 313-4 du code de l'action sociale et des familles et le décret du 26 juillet 2010 relatif à la procédure d'appel à projet et d'autorisation mentionnée à l'article L. 313-1-1 du code de l'action sociale et des familles, C de réinsertion sociale du Limousin n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 22 novembre 2021 aurait dû être précédé d'un appel à projets.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2021, ainsi que, par voie de conséquences, celles relatives à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par C de réinsertion sociale du Limousin est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à C de réinsertion sociale du Limousin, à C Audacia, et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024 où siégeaient :
- M. Revel, président,
- M. Boschet, premier conseiller,
- M. Gazeyeff, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
D. GAZEYEFF
Le président,
FJ. REVEL
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
M. Bcg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026