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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200165

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200165

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200165
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJUGE UNIQUE F MARTHA
Avocat requérantFLAMANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 5 et 15 février 2022, M. D C, représenté par Me Flamant, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune de Lubersac sur sa réclamation indemnitaire préalable ;

2°) de condamner la commune de Lubersac à lui verser une somme de 5 418,62 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 octobre 2021 et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de la pose annuelle de guirlandes lumineuses le long de la gouttière de sa propriété ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lubersac une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite rejetant sa demande préalable est dépourvue de toute motivation ;

- l'ancrage des illuminations sur sa demeure est irrégulier et porte une atteinte unilatérale à son droit de propriété qui n'est justifiée par aucune considération d'intérêt général ; cette violation de l'article 544 du code civil sera indemnisée par l'octroi de 500 euros par an de dommages-intérêts, soit une somme de 2 000 euros sur la période non prescrite ;

- la responsabilité de la commune de Lubersac est également engagée à son égard du fait de la faute commise dans le cadre de la pose d'un éclairage public sur sa propriété, lequel constitue un ouvrage public ; la pose de cet ouvrage a dégradé sa propriété et l'a contraint à effectuer des travaux de réparation sur ses gouttières ; il n'existe aucune cause étrangère ou cas de force majeure permettant de justifier les dommages subis ; à ce titre, il a droit à une indemnité de 1 418,62 euros ;

- l'éclairage ainsi produit, qui tombe au droit des chambres de sa propriété et les éclaire la nuit, lui cause un trouble dans ses conditions d'existence qu'il convient également d'indemniser puisqu'il n'existe aucune raison objective de faire supporter cette charge par un habitant ; à ce titre, il a droit à une indemnité de 500 euros par an, soit une somme de 2 000 euros sur la période non prescrite.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 1er juillet 2022 et le 12 juin 2024, la commune de Lubersac, représentée par Me Dias, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors, d'une part, que ses conclusions sont dirigées contre la " mairie " de Lubersac, qui n'a pas de personnalité juridique, et, d'autre part, que la réclamation préalable de M. C, faute d'avoir été adressée à une personne ayant qualité pour agir, ne saurait être considérée comme ayant valablement lié le contentieux ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fabien Martha, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Dias, représentant la commune de Lubersac.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. La requête de M. C ayant le caractère d'un recours de plein contentieux, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision du 29 décembre 2021 qui a lié le contentieux indemnitaire sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision est inopérant.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

2. Il résulte de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas contesté en défense, que la commune de Lubersac a, dans le cadre des festivités de fin d'année en 2020 et 2021, procédé à l'installation de guirlandes lumineuses sur la façade d'un immeuble appartenant à M. C alors qu'elle ne disposait d'aucune servitude l'y habilitant et qu'aucun accord amiable n'était intervenu entre les deux parties. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre fondement de responsabilité invoqué, que M. C est fondé à soutenir que l'installation sur sa propriété des guirlandes litigieuses constitue une emprise irrégulière susceptible d'engager la responsabilité de la commune à son égard.

En ce qui concerne les préjudices :

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'installation litigieuse, qui a seulement consisté en la pose de guirlandes lumineuses de faible volume le long de la gouttière d'un immeuble privé pendant plusieurs mois à l'occasion des festivités de fin d'année, n'a atteint le droit de propriété de M. C que de manière ponctuelle et très marginale. Par suite et en dépit de son irrégularité, le caractère particulièrement limité de l'emprise mentionnée au point précédent fait obstacle, dans les circonstances de l'espèce, à ce que le requérant sollicite le versement d'une somme de 2 000 euros au titre des limitations apportées à son droit de propriété.

4. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction, et en particulier du seul devis établi en vue du remplacement d'une gouttière, au demeurant non signé, que la pose des guirlandes litigieuses aurait dégradé la propriété du requérant et l'aurait ainsi contraint à effectuer des travaux de réparation sur ses gouttières, alors par ailleurs qu'il résulte tant des photographies figurant dans le procès-verbal du constat établi à la demande de la commune de Lubersac que de celles produites par M. C que les gouttières bordant le toit de son immeuble sont en bon état et ne présentent aucune dégradation visible.

5. En troisième et dernier lieu, en se bornant à soutenir que l'éclairage produit par les guirlandes irrégulièrement installées tombe au droit des chambres de sa propriété et les éclaire la nuit, alors qu'il résulte de l'instruction, notamment des photographies versées au dossier, que l'éclairage ainsi émis est de très faible intensité et que ses fenêtres sont dotées de volets occultants, M. C n'établit pas avoir subi un quelconque trouble dans ses conditions d'existence.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que tant les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation que ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge des parties les frais qu'elles ont chacune exposés pour l'instance et qui ne sont pas compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Lubersac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la commune de Lubersac.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

F. ALa greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière,

M. B

bb

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