mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200188 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL VALIERE VIALEIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 février 2022, 10 janvier 2024 et 31 janvier 2024, les consorts E, représentés par Me Longeagne, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges à leur verser une somme globale de 649 537,69 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de l'aggravation de l'état de santé de M. A E à compter du 1er décembre 2017 ;
2°) de mettre à la charge du CHU de Limoges une somme de 7 750 euros à leur verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens qui incluent les frais et honoraires de l'expertise judiciaire réalisée par le docteur B.
Ils soutiennent que :
Sur la responsabilité du CHU de Limoges :
- la responsabilité du CHU de Limoges est engagée en raison de l'aggravation de l'état de santé de M. A E, survenue à compter du 1er décembre 2017, qui est imputable aux conséquences de la faute commise par cet établissement public de santé dans le diagnostic et le traitement tardif de la complication neurologique constatée le 21 juin 2007 dans les suites de l'intervention multisites qu'il a subie le 2 décembre 2005 et qui a justifié l'engagement initial de la responsabilité de ce même établissement par un jugement n° 1001268 rendu le 10 mai 2012 par le tribunal ;
- comme l'avait relevé le tribunal dans ce précédent jugement du 10 mai 2012 s'agissant des préjudices initialement constatés avant l'aggravation de l'état de santé, il appartient au CHU de Limoges de réparer 25 % des préjudices résultant de cette aggravation.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de M. A E, victime directe :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
- il est fondé à demander le versement d'une somme de 535 023,20 euros au titre du besoin d'assistance temporaire et permanente par une tierce personne, d'une somme de 20 217,55 euros au titre des dépenses de santé restées à sa charge, d'une somme de 60 003,21 euros au titre des frais de logement adapté et d'une somme de 3 000 euros au titre des frais de véhicule adapté.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :
- il est fondé à demander le versement d'une somme de 2 231,25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, d'une somme de 2 000 euros au titre des souffrances endurées et d'une somme de 9 562,50 au titre du déficit fonctionnel permanent.
En ce qui concerne les préjudices subis par les parents de M. A E :
- ils sont fondés à demander le versement d'une somme de 7 500 euros pour M. C E et d'une somme de 10 000 euros pour Mme F E.
Par un mémoire enregistré le 25 mars 2022, la CPAM de la Charente-Maritime, agissant pour le compte de la CPAM de la Creuse, demande au tribunal, d'une part, de condamner le CHU de Limoges à lui verser une somme de 12 961,83 euros, avec les intérêts au taux légal à compter du paiement des prestations, en remboursement de ses débours et une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, d'autre part, de mettre à la charge de cet établissement public de santé une somme de 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de statuer sur les dépens.
Par des mémoires enregistrés le 22 janvier et 14 mars 2024, Aesio Mutuelle demande au tribunal de condamner le CHU de Limoges à lui verser une somme de 1 046,93 euros en remboursement de ses débours exposés pour la période du 1er décembre 2017 au 30 septembre 2020.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2024, le CHU de Limoges, représenté par Me Valière Vialeix, demande au tribunal, à titre principal, de rejeter la requête formée par les consorts E, à titre subsidiaire, de ramener à de plus justes proportions les diverses sommes sollicitées par les intéressés au titre de l'indemnisation des préjudices qu'ils invoquent et la somme demandée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- en l'absence de lien entre l'aggravation de l'état de santé de M. A E et la faute qui a justifié l'engagement initial de sa responsabilité, cette dernière ne saurait être engagée au titre de cette aggravation, laquelle résulte de la pathologie initiale, à savoir la maladie de Little ;
- à supposer même que le tribunal considère qu'il y a lieu, compte tenu des conséquences de l'aggravation de l'état de santé de M. A E, d'engager la responsabilité du CHU de Limoges, les préjudices dont l'indemnisation est demandée sont soit sans lien avec le manquement retenu par le tribunal dans son jugement du 10 mai 2012 soit surévalués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
- les observations de Me Longeagne, pour les consorts E,
- et les observations de Me Veyriras, pour le CHU de Limoges.
Considérant ce qui suit :
1. Né le 24 juillet 1989, M. A E est atteint depuis la petite enfance du syndrome de Little. Le 2 décembre 2005, il a subi au centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges une intervention multisites au niveau des membres inférieurs destinée à améliorer sa marche. Le suivi post-opératoire a été assuré par le CHU de Limoges et le centre de rééducation et de réadaptation André Lalande à Noth, géré par la fondation Caisses d'épargne pour la solidarité, dans lequel le patient a séjourné du 12 décembre 2005 au 22 avril 2006 et du 2 mai au 9 juin 2006. Le 21 juin 2007, une complication sous forme d'élongation bilatérale des nerfs tibiaux a été mise en évidence chez M. A E, qui s'était plaint dès le début de l'année 2006 de douleurs aigues et d'une perte de sensibilité plantaire. Par un jugement n° 1001268 du 10 mai 2012, le tribunal a estimé que le CHU de Limoges, en ne prêtant pas suffisamment attention aux plaintes exprimées par M. A E quant à ces douleurs et à cette perte de sensibilité pourtant caractéristiques de troubles neurologiques venant s'ajouter à ceux résultant de la maladie initiale, en n'effectuant pas plus tôt d'examens pour rechercher l'origine de ces symptômes et en ne mettant pas en œuvre un traitement de nature à corriger cette complication, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité, laquelle, eu égard à la part de responsabilité incombant par ailleurs à la fondation Caisses d'épargne pour la solidarité, ne devait toutefois être engagée qu'à hauteur de 50 %. Relevant en outre que les fautes commises dans le suivi post-opératoire avaient seulement fait perdre à M. A E une chance que la complication neurologique soit diagnostiquée et traitée plus précocement, voire qu'il y soit remédié, qu'il a évalué à 50 %, le tribunal a jugé qu'il appartenait au CHU de Limoges de supporter la réparation des préjudices résultant de cette complication à concurrence d'une fraction de 25 %. Le tribunal a condamné le CHU de Limoges à verser une somme de 12 187,20 euros ainsi qu'une somme sous justificatifs relative à des dépenses de santé futures à M. A E, de 4 500 euros à sa mère, Mme F E, de 4 000 euros à son père, M. C E, et de 80,65 euros ainsi qu'une somme sous justificatifs relative à des dépenses de santé futures à la CPAM de la Creuse au titre de ses débours. Par un arrêt du 11 mai 2017, la cour d'appel de Limoges, saisies de conclusions indemnitaires dirigées contre la fondation Caisses d'épargne pour la solidarité, a retenu une même part de responsabilité de 50 % pour la fondation, un même taux de perte de chance de 50 %, et a condamné cette fondation à verser, à hauteur d'une fraction de 25 % des préjudices subis, une somme de 20 954,56 euros à M. A E, une somme de 4 500 euros à sa mère, une somme de 4 000 euros à son père et, à hauteur de 25 % de ses débours, une somme de 1 565,83 euros à la CPAM de la Creuse.
2. Se prévalant d'une aggravation de l'état de santé de M. A E résultant des conséquences de la complication neurologique diagnostiquée avec retard en juin 2007, les consorts E ont saisi le juge des référés du tribunal d'une demande d'expertise. Par une ordonnance du 3 juin 2020, le juge des référés du tribunal a fait droit à cette demande et a désigné le docteur B, neurologue, qui a établi son rapport d'expertise le 15 juin 2017. Par cette requête, les consorts E demandent au tribunal de condamner le CHU de Limoges à leur verser une somme globale de 507 071,07 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison de cette aggravation de l'état de santé de M. A E. La CPAM de la Charente-Maritime, agissant pour le compte de la CPAM de la Creuse, demande la condamnation du CHU de Limoges à lui verser une somme de 12 961,83 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du paiement des prestations, en remboursement de ses débours, ainsi qu'une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion. Aesio Mutuelle demande pour sa part la condamnation du CHU de Limoges à lui verser une somme de 1 046,93 euros en remboursement de ses débours exposés pour la période du 1er décembre 2017 au 30 septembre 2020.
Sur la responsabilité :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 15 juin 2021 du docteur B, qu'à compter du 1er décembre 2017, l'état de santé de M. A E s'est aggravé du fait, d'une part, de l'évolution défavorable de ses douleurs neuropathiques chroniques altérant davantage ses capacités motrices fonctionnelles, d'autre part, de l'augmentation du retentissement psychique de ces douleurs et des conséquences de l'atteinte fonctionnelle. Comme le souligne le médecin expert dans son rapport établi le 15 juin 2021, en particulier dans sa réponse aux dires du praticien ayant assisté le CHU de Limoges dans le cadre des opérations d'expertise, ces éléments d'aggravation ne peuvent que résulter d'une dégradation des séquelles des élongations nerveuses, et, par conséquent, du retard de diagnostic et de traitement approprié fautifs de cette complication neurologique qui ont fondé l'engagement initial de sa responsabilité par le jugement n° 1001268 du 10 mai 2012. Ainsi que l'a retenu le tribunal dans ce précédent jugement pour ce qui concerne les préjudices initialement constatés, le cumul des fautes commises par le CHU de Limoges et la fondation Caisses d'épargne pour la solidarité dans le diagnostic et le traitement approprié de ces élongations doit être regardé comme ayant fait perdre à M. E une chance d'éviter les conséquences de l'aggravation de son état de santé qu'il y a lieu d'évaluer à 50 %, laquelle perte de chance, dont il n'est pas établi qu'elle résulterait de la seule faute du CHU de Limoges, est imputable à l'hôpital public à hauteur de 50 %. Par suite, et alors par ailleurs qu'ils l'indiquent eux-mêmes dans leurs écritures, les requérants ne sont fondés à demander la condamnation du CHU de Limoges qu'à hauteur de 25 % des préjudices résultant de manière directe et certaine de cette aggravation de l'état de santé de M. E, désormais consolidé au 30 septembre 2020.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de M. A E, de la CPAM de la Charente-Maritime et d'Aesio Mutuelle :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
Quant aux dépenses de santé :
5. En premier lieu, M. A E demande, après application du taux de perte de chance de 25 % directement imputable à la faute commise par le CHU de Limoges, le versement d'une somme de 20 217,55 euros correspondant à des dépenses de santé susceptibles de rester à sa charge. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire établi le 15 juin 2021, que s'ils " sont d'autant plus justifiés depuis l'aggravation ", les matériels utilisés par M. A E, en particulier le lit médicalisé, " sont les mêmes que ceux utilisés du fait du handicap moteur et sensitif des membres inférieurs " et que la nécessité de ces matériels est " en lien avec l'état séquellaire préalable à l'aggravation ". Dans ces conditions, les dépenses de santé restées à charge dont M. A E demande l'indemnisation ne sont pas liées aux conséquences de l'aggravation de son état de santé à compter du 1er décembre 2017 mais à l'état séquellaire avant l'aggravation. Par suite, et alors que, dans son jugement du 10 mai 2012, le tribunal avait, s'agissant des préjudices avant la survenue de l'aggravation, déjà condamné le CHU de Limoges à verser 25 % des frais de santé futurs et certains exposés par l'intéressé, aucune indemnisation ne saurait être allouée à ce titre au requérant dans la présente instance.
6. En deuxième lieu, la CPAM de la Charente-Maritime, qui produit un relevé définitif de ses débours ainsi qu'une attestation d'imputabilité de son médecin conseil, justifie, en lien direct et certain avec les seules conséquences de l'aggravation de l'état de santé de M. A E, avoir exposé et qu'elle exposera à l'avenir, des frais médicaux de 2 825,83 euros pour la période du 4 décembre 2017 au 30 septembre 2020, des frais de transport de 374,20 euros pour la période du 4 octobre 2019 au 30 septembre 2020, et, à compter du 21 juillet 2018 et à titre viager, des frais pharmaceutiques pour un montant de 9 761,80 euros, soit un total de débours de 12 961,83 euros. Il y a lieu de condamner le CHU de Limoges à verser 25 % de cette somme à la CPAM de la Charente-Maritime, à savoir la somme de 3 240,46 euros.
7. En troisième lieu, après application du taux de 25 % mentionné au point 4, il y a lieu de condamner le CHU de Limoges à verser à Aésio Mutuelle une somme de 261,73 euros au titre de ses débours pour la période du 1er décembre 2017 au 30 septembre 2020.
Quant aux frais d'assistance par une tierce personne :
8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise établi le 15 juin 2021 par le docteur B, qu'à compter du 1er décembre 2017, l'aggravation de l'état de santé de M. A E a nécessité et nécessitera à titre viager, du fait de l'augmentation des gênes fonctionnelles, l'assistance non spécialisée d'une tierce personne à raison de deux heures par jour supplémentaires par rapport aux aides humaines dont il avait déjà besoin en raison de sa pathologie initiale. Sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération incluant les charges patronales et les majorations de rémunération pour travail du dimanche fixé à 14 euros et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. A E en raison de la nécessité pour lui de recourir à l'aide d'une tierce personne du fait de l'aggravation de son état de santé, en condamnant le CHU de Limoges, après application du taux de 25 % mentionné au point 4, à lui verser une somme de 20 000 euros pour la période allant du 1er décembre 2017 à la date du présent jugement et, après application d'un coefficient de capitalisation de 60,252, issu du barème de capitalisation 2022 de la Gazette du Palais, compte tenu de l'âge de 34 ans de la victime directe à cette même date, une somme de 170 000 euros pour la période postérieure à ce jugement, soit un total de 190 000 euros.
Quant aux frais de logement adapté :
9. Il résulte de l'instruction que M. A E, qui vivait jusque-là chez ses parents dans une maison à étage, a déménagé le 7 janvier 2021 dans une maison HLM de plain-pied de 72 m² avec jardinet à Guéret en location, pour laquelle il paie, après déduction de l'APL, un loyer mensuel de 322,48 euros. L'intéressé demande au tribunal de condamner le CHU de Limoges à lui verser, d'une part, une somme de 59 187,98 euros correspondant à 25 % du coût capitalisé du loyer resté à sa charge au titre de la location de son nouveau logement, d'autre part, d'une somme de 815,23 euros correspondant à 25 % de divers frais d'emménagement dans ce même logement, constitués notamment de l'achat de meubles et d'appareils électroménagers.
10. Toutefois, si le logement des parents de M. A E, dans lequel il a toutefois vécu jusqu'au 7 janvier 2021, n'était pas pleinement adapté aux contraintes de son handicap, il résulte de l'instruction, en particulier des termes du rapport d'expertise du 15 juin 2021 du docteur B, que " les aménagements du domicile [nécessaires en raison du handicap] sont en lien avec l'état séquellaire préalable à l'aggravation ", de sorte que ce ne sont pas les conséquences de l'aggravation de l'état de santé survenue à compter du 1er décembre 2017 qui sont à l'origine, de manière directe et certaine, du besoin de la victime de trouver un logement plus adapté. En outre, M. A E n'établit pas qu'à la suite de son déménagement, il aurait supporté et devra supporter un surcoût de loyer résultant de la faute commise par le CHU de Limoges. Les frais d'emménagement invoqués par ailleurs par M. A E, qui sont de ceux que l'intéressé aurait quoiqu'il en soit normalement exposés en cas de départ du domicile parental pour une installation dans un nouveau logement même en l'absence de handicap, ne peuvent être regardés comme devant être pris en charge par le CHU de Limoges. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande d'indemnisation au titre des frais de logement adapté.
Quant aux frais de véhicule adapté :
11. M. A E demande la condamnation du CHU de Limoges à lui verser une somme de 3 000 euros correspondant à 25 % des frais d'aménagement du véhicule de ses parents afin de pouvoir y installer le fauteuil roulant motorisé qu'il a acquis à la suite de son déménagement dans son nouveau logement le 7 janvier 2021 et qui serait plus volumineux que le fauteuil roulant classique qu'il utilisait jusqu'alors. Cependant, il ne résulte pas de l'instruction, notamment pas du rapport d'expertise du 15 juin 2021 du docteur B, que l'aggravation de l'état de santé du requérant aurait nécessité le remplacement du fauteuil roulant classique par un fauteuil roulant motorisé ou, plus généralement, qu'elle aurait justifié des aménagements complémentaires sur le véhicule de ses parents. Par suite, aucune indemnisation ne saurait être accordée au titre des frais de véhicule adapté.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
12. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise établi le 15 juin 2021 par le docteur B, qu'en raison de l'aggravation de son état de santé, M. A E a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % supplémentaire à compter du 1er décembre 2017, jusqu'à la date de consolidation fixée au 30 septembre 2020, soit pendant 1 034 jours. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant, après application du taux de 25 % mentionné au point 4, une somme de 900 euros.
Quant aux souffrances endurées :
13. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise établi le 15 juin 2021 par le docteur B, qu'en raison de l'aggravation de son état de santé, M. A E a subi des souffrances supplémentaires qui peuvent être évaluées à 3/7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant, après application du taux de 25 % mentionné au point 4, une somme de 1 000 euros.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
14. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise établi le 27 juin 2016 par le dr D sur lequel la cour d'appel de Limoges s'est fondée dans son arrêt rendu le 11 mai 2017, que le déficit fonctionnel permanent lié au syndrome de Little peut être évalué à 40 % et que les conséquences de la complication neurologique diagnostiquée avec retard le 21 juin 2007 peuvent être regardées comme était à l'origine d'une augmentation de ce déficit de 20 %, soit un déficit fonctionnel permanent avant l'aggravation survenue à compter du 1er décembre 2017 de 60 %. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise établi le 15 juin 2021 par le docteur B, qu'en raison de cette aggravation de l'état de santé de M. A E, son déficit fonctionnel permanent a été majoré de 15 % supplémentaire. Compte tenu de l'âge du requérant au 30 septembre 2020, date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce déficit fonctionnel permanent supplémentaire résultant de cette aggravation en lui accordant, après application du taux de 25 % mentionné au point 4, une somme de 6 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices subis par les parents de M. A E :
15. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral supplémentaire subi par les deux parents de M. A E en raison de l'aggravation de l'état de santé de ce dernier en leur accordant, à chacun d'eux, après application du taux de 25 % mentionné au point 4, une somme de 2 000 euros.
16. Il résulte de ce qui précède que le CHU de Limoges est condamné à verser, d'une part, en réparation de leurs préjudices, une somme de 197 900 euros à M. A E, une somme de 2 000 euros à Mme F E et une somme de 2 000 euros à M. C E, d'autre part, au titre de ses débours, une somme de 3 240,46 euros à la CPAM de la Charente-Maritime.
Sur les intérêts :
17. Les intérêts dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale ou, le cas échéant, faute de demande préalable indemnitaire, de l'enregistrement de cette demande au tribunal.
18. Si la CPAM de la Charente-Maritime demande que la somme qui lui est due au titre du remboursement de ses débours porte intérêt " à compter du paiement des prestations ", elle n'apporte pas d'indication sur la date de paiement des diverses prestations concernées. Dans ces conditions, il y a lieu de lui accorder les intérêts au taux légal sur la somme que le CHU de Limoges est condamné à lui verser à compter du 25 mars 2022, date d'enregistrement de sa demande au tribunal.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
19. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ".
20. En application des dispositions citées au point précédent, la CPAM de la Charente-Maritime a droit à une somme de 1 080,15 euros au titre de l'indemnité forfaire de gestion.
Sur les frais d'expertise :
21. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".
22. Les frais et honoraires de l'expertise judiciaire réalisée par le docteur B, taxés et liquidés à la somme de 1 992 euros par une ordonnance du 15 septembre 2021 du président du tribunal administratif de Limoges, sont mis à la charge définitive du CHU de Limoges, qui est la partie perdante dans la présente instance.
Sur les frais liés au litige :
23. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
24. Dans les circonstances de l'espèce, et alors que les frais de transport exposés par les consorts E pour se rendre aux opérations d'expertise le 2 mars 2021 ne constituent pas des frais exposés et non compris dans les dépens au sens des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Limoges une somme de 1 800 euros à verser aux requérants sur le fondement de ces dispositions. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées à ce titre par la CPAM de la Charente-Maritime.
D E C I D E :
Article 1er : Le CHU de Limoges est condamné à verser une somme de 197 900 (cent quatre vingt dix sept mille) euros à M. A E, une somme de 2 000 (deux mille) euros à Mme F E et une somme de 2 000 (deux mille) euros à M. C E en réparation des préjudices résultant de l'aggravation de l'état de santé de la victime directe à compter du 1er décembre 2017.
Article 2 : Le CHU de Limoges est condamné à verser à la CPAM de la Charente-Maritime une somme de 3 240,46 (trois mille deux cent quarante euros et quarante-six centimes) euros au titre de ses débours, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 25 mars 2022, et une somme de 1 080,15 (mille quatre-vingt euros et quinze centimes) euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3 : Le CHU de Limoges est condamné à verser à Aésio Mutuelle une somme de 261,73 (deux cent soixante-et-un euros et soixante-treize centimes) euros au titre de ses débours pour la période du 1er décembre 2017 au 30 septembre 2020
Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise judiciaire réalisée par le docteur B, taxés et liquidés à la somme de 1 992 (mille neuf cent quatre-vingt-douze) euros par une ordonnance du 15 septembre 2021 du président du tribunal administratif de Limoges, sont mis à la charge définitive du CHU de Limoges.
Article 5 : Le CHU de Limoges versera une somme de 1 800 (mille huit cents) euros aux consorts E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié aux consorts E, au CHU de Limoges, à la CPAM de la Charente-Maritime et à Aésio Mutuelle. Une copie en sera adressée pour information à l'expert judiciaire, le dr B.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
D. ARTUSLa greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026