jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200201 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | JUGE UNIQUE H SIQUIER |
| Avocat requérant | DAURIAC - PAULIAT-DEFAYE BOUCHERLE-MAGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête des mémoires et des pièces complémentaires respectivement enregistrés les 14 février 2022, 16 mai 2022, 17 mai 2022, 4 août 2022 et 22 décembre 2022, la société anonyme SNCF Voyageurs, représentée par Me Dauriac, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 449,82 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de la première demande préalable d'indemnisation le 21 octobre 2021, eux-mêmes capitalisés, en réparation du préjudice matériel subi suite à l'entrave de la circulation ferroviaire en gare de Brive-la-Gaillarde le 30 janvier 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la responsabilité sans faute de l'Etat peut être engagée dès lors que les quatre conditions sont réunies, à savoir l'existence d'un attroupement, la commission d'un crime ou délit au sens pénal, l'usage de la force ouverte ou violence et un préjudice direct et certain :
' il y a bien eu manifestation sur la voie publique, regroupant 60 à 80 manifestants ; l'envahissement des voies a été spontané, sans aucun critère de préméditation ; la seule organisation préméditée consistait à manifester sur le parvis de la gare ; l'envahissement des voies a consisté en un acte connexe, en lien avec la manifestation première pour donner plus de poids aux revendications des manifestants ; la préfecture n'apporte aucun élément de nature à établir la préméditation ;
' l'acte de blocage au démarrage du train constitue un double délit en application des dispositions de l'article L. 2242-4 du code des transports ;
' les manifestants ont adopté une attitude de force ouverte en bravant les interdits ;
' elle a dû mobiliser du personnel pendant deux heures pour gérer la manifestation en gare, faire appel à un huissier pour constater l'envahissement des voies ; le trafic a été perturbé et elle a dû organiser des transports de substitution ce qui a généré des dépenses supplémentaires ;
- elle a ainsi subi un préjudice matériel qui devra être réparé par l'attribution d'une indemnité de 5 449,82 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête à titre principal et à titre subsidiaire à la limitation de la condamnation de l'Etat à la somme de 917,38 euros assortie des intérêts moratoire à compter du 25 octobre 2021, date de réception de la demande indemnitaire.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat ne peut pas être engagée sur le fondement de l'article
L. 211-10 du code de la sécurité intérieure puisqu'il n'y a aucun attroupement.
- la SA SNCF Voyageurs ne justifie les dépenses qu'elle a eu engager qu'à concurrence de 917,38 euros ;
- la demande indemnitaire n'est parvenue dans ses services que le 25 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Hélène Siquier, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Benzaid, rapporteure publique,
- et les observations de Me Mons-Bariaud, représentant la société SNCF Voyageurs.
Considérant ce qui suit :
1. Le 30 janvier 2020, lors d'une manifestation contre la réforme des retraites, un groupe de quatre-vingt personnes s'est formé sur le parvis de la gare puis certains manifestants ont décidé de se rendre sur les voies ferrées afin d'entraver la circulation ferroviaire. Les personnes sont ainsi restées mobilisées environ une heure et trente minutes sur la voie. SNCF Voyageurs totalise cinq cent et une minutes de retard et quatre suppressions de train TER. La société SNCF Voyageurs a sollicité une indemnité en réparation des préjudices occasionnés par le retard du trafic ferroviaire par lettre du 21 octobre 2021 auprès du préfet de la Corrèze. Par une décision implicite du 21 décembre 2021, le préfet de la Corrèze a rejeté la demande. Par la présente requête, la société SNCF Voyageurs demande la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure et l'indemnisation du préjudice matériel que la société soutient avoir subi.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens ". Il résulte de cet article que l'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés commis par des rassemblements ou des attroupements précisément identifiés.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 2242-4 du code des transports : " Est puni de six mois d'emprisonnement et de 3 750 € d'amende le fait pour toute personne : () 2° De jeter ou déposer un matériau ou un objet quelconque sur les lignes de transport ou de distribution d'énergie ou dans les parties de la voie ferrée ou de ses dépendances qui ne sont pas affectées à la circulation publique ; () 5° De pénétrer, circuler ou stationner sans autorisation régulière dans les parties de la voie ferrée ou de ses dépendances qui ne sont pas affectées à la circulation publique, d'y introduire des animaux ou d'y laisser introduire ceux dont elle est responsable, d'y faire circuler ou stationner un véhicule étranger au service, d'y jeter ou déposer un matériau ou un objet quelconque, d'entrer dans l'enceinte du chemin de fer ou d'en sortir par d'autres issues que celles affectées à cet usage ; 6° De laisser stationner sur les parties d'une voie publique suivie ou traversée à niveau par une voie ferrée des voitures ou des animaux, d'y jeter ou déposer un matériau ou un objet quelconque, de faire suivre les rails de la voie ferrée par des véhicules étrangers au service () ".
4. Il résulte de l'instruction que le 30 janvier 2020, un groupe de quatre-vingt personnes se sont mobilisées sur le parvis de la gare de Brive-la-Gaillarde et que cinquante-six d'entre elles se sont rendues sur les voies ferrées, empêchant deux trains de partir. De nombreux manifestants portaient des chasubles jaunes ou rouges dont certains siglés CGT ainsi que des drapeaux CGT. Les personnes ont dégagé la voie permettant aux trains de quitter la gare avec une heure et trente minutes de retard. Dans ces conditions, le rapport de force constitué par ces agissements constitue un délit d'entrave commis à force ouverte.
5. Si la condition tenant à la constitution d'un délit d'entrave commis à force ouverte par ce groupe de personnes bloquant les voies est remplie, la responsabilité de l'Etat sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ne peut être engagée, qu'à condition que le délit commis l'ait été en marge d'une manifestation ou d'un rassemblement, et que, la commission du délit n'ait pas été préméditée. Or contrairement à ce que soutient la société requérante, il résulte de l'instruction que l'occupation des voies ferroviaires était revendiquée par la CGT Blédina et que les manifestants avaient donc anticipé et prémédité cet envahissement ainsi que l'entrave de la circulation. Par suite, l'action d'entrave à la circulation ferroviaire était la finalité recherchée par le groupe de manifestant afin de commettre le délit en cause.
6. Dans ces conditions, l'interruption de la circulation ferroviaire sur une voie de la gare de Brive-la-Gaillarde le 30 janvier 2020, ayant conduit aux dommages dont la société SNCF Voyageurs demande réparation à l'Etat, doit être regardée, comme procédant à une action préméditée, organisée par un groupe de personnes à seule fin de commettre un délit et non d'une action non préméditée issue du démembrement d'un attroupement ou d'un rassemblement au sens de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
7. Par suite et dans ces conditions, ces agissements ne sont pas de nature à engager la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'indemnisation de la société SNCF Voyageurs doivent être rejetées, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la société SNCF Voyageurs est rejetée.
Article 2 :La présente décision sera notifiée à la société anonyme SNCF Voyageurs et au préfet de la Corrèze.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La magistrate désignée,
H. B
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef
La Greffière
M. A 00bb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026