mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200245 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BOESEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 février 2022, M. A B, représenté par Me Boesel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2021 par laquelle le garde des Sceaux, ministre de la justice, a décidé son transfert de la maison centrale de Saint-Maur vers le centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe ;
2°) d'enjoindre au garde des Sceaux, ministre de la justice, de reprendre son dossier d'orientation et d'envisager une nouvelle affectation vers la maison centrale d'Arles ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- constitue un acte administratif susceptible de recours devant le juge de l'excès de pouvoir dès lors qu'elle met en cause ses droits fondamentaux ;
- le tribunal administratif de Limoges est compétent puisqu'il était incarcéré dans l'Indre à la date de la décision contestée ;
- est entachée d'un vice de procédure, l'administration ne lui ayant pas permis de s'assurer que la procédure a été régulièrement suivie conformément à l'article D. 82-1 du code de procédure pénale ;
- est insuffisamment motivée quant à l'urgence et quant aux éléments nouveaux tels que prévus par l'article D. 82 du code de procédure pénale ;
- a été prise sans que soit respecté le principe du contradictoire dans la mesure où il n'a pas été informé de la décision envisagée ainsi que des motifs qui la fondaient avant sa notification ;
- a été prise en violation de l'article D. 82 du code de procédure pénale en l'absence de tout élément nouveau ;
- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale puisqu'elle rend très difficile, voire impossible, les visites de sa compagne ;
- est entachée de plusieurs erreurs manifestes d'appréciation relatives à sa situation pénale puisqu'il n'existe aucun lien entre le reliquat de peine et la conservation de l'ordre et de la sécurité au sein de l'établissement, à son inscription au répertoire des détenus particulièrement signalés cette situation ne justifiant pas, à elle seule, le transfert d'un détenu, au fait que l'établissement soit en fin de gestion, et, enfin, son comportement, qui ne justifie en rien une telle mesure.
Une mise en demeure a été adressée le 7 mai 2024 au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Par ordonnance du 5 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 juillet 2024.
Par courrier du 15 juillet 2024, un délai d'un mois supplémentaire a été accordé au garde des Sceaux, ministre de la justice pour déposer ses conclusions.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête, la décision litigieuse constituant une mesure d'ordre intérieur et ne portant pas atteinte aux droits fondamentaux de l'intéressé.
Un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2024 pour le garde des Sceaux, ministre de la justice, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées :
- le rapport de M. Christophe,
- les conclusions de Mme Siquier, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ecroué depuis le 27 février 2013, M. B a été incarcéré à la maison centrale de Saint-Maur du 31 octobre 2018 au 22 décembre 2021. Par une décision en date du 21 décembre 2021, le garde des Sceaux, ministre de la justice, a ordonné son transfert de la maison centrale de Saint-Maur vers le quartier " maison centrale " du centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article 717 du code de procédure pénale dans sa rédaction applicable au litige : " Les condamnés purgent leur peine dans un établissement pour peines. () " et aux termes de l'article D. 70 du même code : " Les établissements pour peines, dans lesquels sont reçus les condamnés définitifs, sont les maisons centrales, les centres de détention, les centres de semi-liberté et les centres pour peines aménagées () / Les centres pénitentiaires regroupent des quartiers distincts pouvant appartenir aux différentes catégories d'établissements pénitentiaires. Ces quartiers sont respectivement dénommés, en fonction de la catégorie d'établissement correspondante, comme suit : " quartier maison centrale ", " quartier centre de détention " () ". Aux termes de l'article D. 82 de ce même code, en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'affectation peut être modifiée soit à la demande du condamné, soit à la demande du chef de l'établissement dans lequel il exécute sa peine. / La décision de changement d'affectation appartient au ministre de la justice, dès lors qu'elle concerne : / 1° Un condamné dont il a décidé l'affectation dans les conditions du deuxième alinéa de l'article D. 80 et dont la durée de l'incarcération restant à subir est supérieure à trois ans, au jour où est formée la demande visée au premier alinéa ; / 2° () ; / 3° Un condamné ayant fait l'objet d'une inscription au répertoire des détenus particulièrement signalés, prévu par l'article D. 276-1. / Le directeur interrégional des services pénitentiaires est compétent pour décider du changement d'affectation des autres condamnés. / L'affectation ne peut être modifiée que s'il survient un fait ou un élément d'appréciation nouveau. ". Aux termes du troisième alinéa de l'article 82-1 du même code en vigueur à la date de la décision attaquée : " La décision de changement d'affectation est prise, sauf urgence, après avis du juge de l'application des peines et du procureur de la République du lieu de détention. ".
3. Pour déterminer si une décision relative à un changement d'affectation d'un détenu d'un établissement pénitentiaire à un autre constitue un acte administratif susceptible de recours pour excès de pouvoir, il y a lieu d'apprécier sa nature et l'importance de ses effets sur la situation du détenu. Les décisions de changement d'affectation entre établissements de même nature, eu égard à leur nature et à leurs effets, ne constituent pas des actes administratifs susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, sous réserve que ne soient pas en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus et que la nouvelle affectation ne s'accompagne pas d'une modification du régime de détention entraînant une aggravation des conditions de détention.
4. En l'espèce, M. B a fait l'objet d'un changement d'affectation entre des établissements entrant dans la catégorie des établissements pour peines, que sont les maisons centrales.
5. M. B fait valoir que la décision ordonnant son transfert de la maison centrale de Saint-Maur vers le quartier " maison centrale " du centre pénitentiaire d'Alençon Condé-sur-Sarthe l'éloigne de sa conjointe qui résiderait à Marseille et se situerait désormais à près de 1 000 kilomètres de son nouveau lieu de détention. Toutefois, le requérant ne produit aucun élément permettant d'une part, d'attester qu'il partagerait comme il le soutient une vie commune depuis plus de 10 ans avec sa compagne et que cette relation perdurerait depuis son incarcération notamment au travers des visites qu'elle aurait effectué lorsqu'il était incarcéré à la maison centrale de Saint-Maur ni d'apprécier l'ancienneté et l'intensité de leurs liens et d'autre part, d'établir la localisation géographique de sa compagne et, dès lors, que son transfert vers le centre pénitentiaire d'Alençon Condé-sur-Sarthe impliquerait un éloignement tel qu'elle pourrait difficilement lui rendre visite. En outre, M. B n'établit pas que sa compagne, dont il déclare qu'elle travaille, ne disposerait pas des ressources nécessaires pour prendre en charge les frais de déplacement et d'hébergement pour pouvoir lui rendre visite dans son nouveau lieu de détention. Dans ces conditions, la décision contestée par laquelle le garde des Sceaux, ministre de la justice, a ordonné son changement d'établissement pénitentiaire ne peut être regardée comme ayant porté aux libertés et droits fondamentaux de l'intéressé, notamment à son droit de mener une vie familiale normale, une atteinte excédant les contraintes inhérentes à sa détention. Par suite, la décision litigieuse ne mettant pas en cause ses libertés et droits fondamentaux constitue une mesure d'ordre intérieur insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. B est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 où siégeaient :
- M. Revel, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
F-J. REVEL
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef,
La Greffière,
M. C
jb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026