Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200324

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200324
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantROUET-HEMERY/ROBIN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Limoges a rejeté la requête de M. A contestant l'arrêté du préfet de l'Indre du 20 janvier 2022 lui ordonnant de se dessaisir de ses armes. Le tribunal a jugé que le préfet était en situation de compétence liée, car le bulletin n°2 du casier judiciaire de M. A mentionnait une condamnation pour violences volontaires avec arme et en réunion, infractions relevant des articles 222-11 et 222-12 du code pénal, visées par l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure. En conséquence, les autres moyens soulevés, notamment l'insuffisance de motivation et la disproportion, ont été écartés comme inopérants. La demande de frais de justice a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2022, M. C A, représenté par Me Robin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Indre lui a ordonné de se dessaisir de ses armes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté du 20 janvier 2022 ;

- l'arrêté du 20 janvier 2022 est insuffisamment motivé en fait ;

- les faits pour lesquels il a été condamné le 13 juin 2018 par le tribunal correctionnel de Châteauroux ne relevant pas de ceux mentionnés à l'article 222-7 du code pénal et visés par les dispositions de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure, le préfet de l'Indre n'était pas placé en situation de compétence liée pour lui ordonner de se dessaisir de ses armes ;

- l'arrêté du 20 janvier 2022 est entaché de disproportion.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2023, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées :

- le rapport de M. Boschet,

- les conclusions de Mme Siquier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Selon l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C : / 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : () / - violences volontaires prévues aux articles 222-7 et suivants dudit code ". Aux termes de l'article L. 312-11 de ce code : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. () ". Aux termes de l'article R. 312-67 de ce même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () / 2° Le demandeur ou le déclarant a été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ou dans un document équivalent pour les ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne ou d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ". Aux termes de l'article 222-11 du code pénal : " Les violences ayant entraîné une incapacité totale de travail pendant plus de huit jours sont punies de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ". Selon l'article 222-12 de ce code : " L'infraction définie à l'article 222-11 est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende lorsqu'elle est commise : () / 8° Par plusieurs personnes agissant en qualité d'auteur ou de complice ; () / 10° Avec usage ou menace d'une arme ".

2. Il ressort de l'arrêté contesté que le préfet du l'Indre, pour ordonner à M. A de se dessaisir de ses armes dans un délai de trois mois, s'est fondé sur le fait que le bulletin n° 2 de son casier judiciaire comportait la mention d'une condamnation prononcée le 13 juin 2018 par le tribunal correctionnel de Châteauroux à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violences, aggravées par les deux circonstances qu'ils ont été commis par plusieurs personnes agissant en qualité d'auteur ou de complice et avec usage d'une arme (cutter), suivies d'une incapacité supérieure à huit jours. Contrairement à ce que soutient M. A, ces faits, qui sont réprimés par les dispositions précitées des articles 222-11 et 222-12 du code pénal, sont au nombre des " violences volontaires prévues aux articles 222-7 et suivants dudit code " visées par les dispositions du 1° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure. Alors que M. A n'établit ni même n'allègue qu'à la date de l'arrêté en litige, il aurait obtenu l'effacement de la mention de cette condamnation au bulletin n° 2 de son casier judiciaire, le préfet était tenu, en application des dispositions précitées du code de la sécurité intérieure, de prendre à son encontre une mesure de dessaisissement de ses armes, quelle qu'ait par ailleurs été son attitude depuis cette seule condamnation et pendant les années qui l'ont précédées ou les conséquences de cette mesure, en particulier pour ce qui concerne la possibilité pour lui de continuer à pratiquer la chasse. Eu égard à la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le préfet de l'Indre, les autres moyens soulevés par M. A à l'encontre de l'arrêté du 20 janvier 2022, qui n'ont pas pour objet de remettre en cause cette compétence liée, sont inopérants.

3. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Ce jugement sera notifié à M. C A et au préfet de l'Indre.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Revel, président,

M. Boschet, premier conseiller,

M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

FJ. REVELLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Chef,

La Greffière,

M. B

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