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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200335

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200335

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200335
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VALIERE VIALEIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mars 2022 et le 7 septembre 2022, M. D C et M. B C, représentés par Me Braun, demandent au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges et son assureur, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), à leur verser la somme de 35 000 euros chacun en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison du décès de leur père, M. E C, suite à une erreur de diagnostic lors de sa prise en charge par cet établissement hospitalier le 10 avril 2015 ;

2°) de mettre à la charge du CHU de Limoges une somme globale de 6 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le CHU de Limoges étant à l'origine d'une perte de chance de survie de leur père évaluée à 70%, ils sont fondés à demander le versement d'une somme de 35 000 euros chacun au titre de leur préjudice d'affection.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 juin 2022 et le 15 septembre 2022, le CHU de Limoges, représenté par Me Valière Vialeix conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à constater l'absence de faute dans la prise en charge de M. E C et, à titre infiniment subsidiaire, à réduire les sommes demandées par les requérants.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en ce qu'elle est revêtue de l'autorité de la chose jugée par le tribunal le 1er décembre 2021 ;

- à titre subsidiaire, il n'a commis aucune faute dans la prise en charge du père des requérants, dès lors sa responsabilité n'est pas engagée ;

- à titre infiniment subsidiaire, le taux de perte de chance relevant de sa responsabilité a été limité à 45% par le tribunal dans son jugement du 1er décembre 2021 et, en conséquence, l'indemnisation doit être plafonnée à 9 000 euros par requérant ;

- la somme demandée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne saurait excéder 1 500 euros.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 25 janvier 2024, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Charente-Maritime demande au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire de Limoges à lui rembourser, au titre des prestations versées, la somme de 39 927,37 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du jugement à intervenir et de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requête, faute d'avoir été précédées d'une demande préalable.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Crosnier,

- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, père des requérants alors âgé de 42 ans, est décédé le 18 avril 2015 des conséquences d'une erreur de diagnostic commise lors de sa prise en charge aux urgences du centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges le 10 avril 2015. Par son jugement n°1901621 du 1er décembre 2021, le tribunal a reconnu la responsabilité fautive du CHU et l'a condamné à verser la somme de 20 708 euros à l'épouse de M. C mais a en revanche jugé irrecevables les demandes indemnitaires présentées par ses enfants, D et B, faute d'avoir été précédées d'une demande indemnitaire préalable. Par un courrier du 28 décembre 2021, ces derniers ont demandé au CHU de Limoges de les indemniser à hauteur de 35 000 euros chacun en réparation du préjudice d'affection qu'ils estiment avoir subi du fait du décès de leur père. Le 27 janvier 2022, le CHU a rejeté leur demande. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire de Limoges à leur verser cette somme à chacun.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le CHU de Limoges :

2. Aux termes de l'article 1355 du code civil : " L'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement. Il faut que la chose demandée soit la même ; que la demande soit fondée sur la même cause ; que la demande soit entre les mêmes parties, et formée par elles et contre elles en la même qualité ".

3. Si par le jugement n°1901621 du 1er décembre 2021, le tribunal a rejeté les demandes de B et D C tendant à la condamnation du CHU de Limoges à les indemniser des préjudices qu'ils prétendent avoir subis au motif qu'il ne résultait pas de l'instruction que, pendant leur minorité, leur mère aurait demandé au CHU de Limoges ou à son assureur d'indemniser ces préjudices ou qu'après avoir atteint l'âge de dix-huit ans, ces derniers se seraient vu opposer un refus à une telle demande indemnitaire préalable, et qu'ainsi le contentieux n'étant pas lié, leurs demandes étaient irrecevables et devaient être rejetées, il résulte toutefois de l'instruction que, par un courrier du 28 décembre 2021, les requérants ont saisi le CHU d'une demande indemnitaire qui a été rejetée expressément le 27 janvier 2022. Par suite, l'exception de chose jugée ne peut être opposée à la requête dirigée contre la décision du 27 janvier 2022 par laquelle le CHU de Limoges a rejeté la demande indemnitaire des requérants.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. Par son jugement précité du 1er décembre 2021, confirmé sur ce point par la cour administrative de Bordeaux dans son arrêt n°21BX04732 du 21 décembre 2023, le tribunal a reconnu que le défaut de diagnostic lors de la prise en charge au service des urgences du centre hospitalier de Limoges est à l'origine de la perte d'une chance de survie de M. E C. Cette perte de chance, évaluée selon l'expert à 70%, doit être imputée dans cette proportion au CHU de Limoges.

5. Il résulte de l'instruction, que D et B C étaient mineurs, âgés respectivement de 16 ans et de 14 ans, lorsque leur père est décédé, que ce dernier s'occupait d'eux sur le plan éducatif et sportif et qu'ils étaient affectivement proches de lui. Par suite, il sera fait une juste appréciation de leur préjudice d'affection, évalué après application du taux de perte de chance de 70%, en condamnant solidairement le CHU de Limoges et la SHAM à verser à chacun d'eux la somme de 12 000 euros.

Sur les droits de la CPAM de Charente-Maritime :

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les rentes d'orphelin versées par la CPAM de la Charente-Maritime aux fils de M. C se sont élevées respectivement à la somme de 34 576, 69 euros pour M. B C et 22 462,42 euros pour M. D C. La CPAM est par suite fondée à demander le remboursement de ces sommes, dans la limite de la part imputable au CHU de Limoges compte tenu du taux de perte de chance de 70%, soit 24 203,68 euros et 15 723,69 euros, pour un montant total de 39 927,37 euros.

7. En second lieu, compte tenu du montant qui lui a été alloué au titre du remboursement des débours mentionnés au point précédent, la CPAM de Charente-Maritime a droit à l'indemnité forfaitaire régie par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, pour le montant de 1 191 euros qu'elle demande, assorti des intérêts au taux légal à compter de la date du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre solidairement à la charge du CHU de Limoges et de la SHAM une somme de 1 200 euros à verser ensemble à M. D C et à M. B C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges et la SHAM sont condamnés solidairement à verser une somme de 12 000 euros (douze mille euros) chacun à M. D C et à M. B C.

Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Limoges et la SHAM verseront à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime la somme de 39 927,37 (trente neuf mille neuf cent vingt-sept euros et trente-sept centimes) euros au titre du remboursement des débours versés qui lui sont imputables, outre la somme de 1 191 (mille cent quatre-vingt-onze) euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de sécurité sociale.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges et la SHAM verseront solidairement une somme de 1 200 (mille deux cents) euros, ensemble à M. D C et à M. B C, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à M. B C, au centre hospitalier universitaire de Limoges, à la Société hospitalière des assurances mutuelles et à la Caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime.

Délibéré après l'audience du 13 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.

Le rapporteur,

Y. CROSNIER

Le président,

D ARTUSLa greffière,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La greffière,

M. A

mf

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