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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200437

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200437

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200437
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VALIERE VIALEIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 mars 2022 et le 4 juillet 2022, la Caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique, représentée par Me Meunier, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Limoges (CHU) à lui verser la somme de 87 662,50 euros, assortie des intérêts au taux légal et leur capitalisation, correspondant à ses débours suite aux complications survenues après l'intervention chirurgicale pratiquée sur son assurée sociale, Mme D C, le 21 juin 2011 ;

2°) de mettre à la charge du CHU de Limoges la somme de 1 144 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ainsi que la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le CHU est responsable des complications survenues après l'intervention chirurgicale ainsi que l'a relevé la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) du Limousin dans son avis du 30 septembre 2015 ;

- son préjudice couvre les frais d'hospitalisation, médicaux, pharmaceutiques et de transports qu'elle a dû supporter du fait de ces complications ainsi que les indemnités journalières versées à son assurée sociale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, le centre hospitalier universitaire de Limoges, représenté par Me Valière Vialeix demande au tribunal :

1°) de limiter sa responsabilité au titre du retard de prise en charge pour la période comprise entre le 25 août 2011 et le 18 décembre 2011, et de rejeter les demandes présentées au titre des débours afférents aux indemnités journalières ;

2°) de plafonner à 1 500 euros le montant de la somme mise à sa charge sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Crosnier,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Meunier, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Le 21 juin 2011, Mme D C a bénéficié d'une opération Sleeve gastrectomie réalisée au centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges. Suite à cette intervention, elle a subi une fistule digestive postopératoire nécessitant une reprise chirurgicale le 24 juin 2011 et l'instauration d'une antibiothérapie. Malgré ces traitements, un écoulement au niveau de la cicatrice et de la lame de drainage est apparu et un abcès ainsi que la récidive de la fistule ont été observés, nécessitant la pose d'une prothèse œsogastrique le 6 juillet 2011, laquelle s'est déplacée et a dû être remplacée le 11 août 2011 à l'hôpital de La Châtre, qui a également confirmé la persistance de la fistule. La patiente a alors été prise en charge dans le cadre d'une hospitalisation à domicile mais la grande fatigue, les douleurs et les vomissements persistants ont conduit, suite à un scanner réalisé le 2 décembre 2011, à son hospitalisation le 19 décembre 2011 au centre hospitalier universitaire de Tours qui a procédé le 22 décembre 2011 à l'ablation de l'endoprothèse, la mise en place d'un nouveau type de drainage par voie endoscopique associé, un nouveau lavage/drainage de l'abcès sous phrénique et à la mise en place d'une jéjunostomie d'alimentation permettant son retour à domicile le 16 janvier 2012, puis le retrait de la sonde de jéjunostomie le 20 avril 2012, date retenue pour la consolidation de son état de santé. Par son avis du 30 septembre 2015, établi au vu du rapport d'expertise du 15 juin 2015, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) du Limousin a retenu la responsabilité du CHU de Limoges au titre de l'absence de prise en charge correcte du traitement de la fistule. Faute d'accord amiable, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Loire-Atlantique a présenté le 18 mars 2022 une réclamation préalable au CHU de Limoges afin d'obtenir le remboursement de la somme de 87 662,50 euros correspondant aux débours qu'elle a dû supporter du 2 juillet 2011 au 30 avril 2012, du fait des complications liées à cette opération. Le CHU ayant implicitement rejeté sa demande, elle demande au tribunal de condamner le CHU de Limoges à lui verser cette somme, assortie des intérêts au taux légal et à la capitalisation de ces intérêts.

Sur la responsabilité du CHU de Limoges :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise établi par le docteur A, chirurgien viscéral, que si la fistule digestive peut être considérée comme une complication non fautive de l'intervention chirurgicale, sa gestion et sa prise en charge par l'équipe chirurgicale n'ont pas été menées selon les règles de l'art par le CHU de Limoges et ont entrainé une prolongation de l'hospitalisation de la patiente de quatre-vingt-un jours dans différents établissements entrecoupée de séjours à domicile marqués par une asthénie intense et des souffrances considérables. Cette mauvaise prise en charge pour le traitement de la fistule par l'équipe chirurgicale est ainsi constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité du CHU de Limoges.

4. Si le CHU de Limoges reconnaît que sa responsabilité est engagée au titre du retard de prise en charge du traitement de la fistule, il soutient cependant qu'elle doit être limitée à la période comprise entre le 25 août 2011 et le 18 décembre 2011, soit entre le jour où, selon l'expert, le chirurgien aurait dû envisager la prise en charge de la patiente par une équipe chirurgicale très spécialisée et la veille de sa prise en charge par le centre hospitalier de Tours. Il résulte toutefois de l'instruction que trois jours après l'opération Sleeve gastrectomie, soit le 24 juin 2011, une reprise chirurgicale pour le traitement de la fistule a été nécessaire, que le 2 juillet 2011, un abcès sous phrénique gauche a été mis en évidence et qu'un scanner a confirmé la présence de la fistule nécessitant la pose d'une prothèse œsogastrique la 6 juillet 2011, que le 15 juillet 2011 la migration partielle de cette prothèse a nécessité l'ablation de la lame de drainage, que la persistance de la fistule a entrainé la pose d'une nouvelle prothèse le 11 août 2011, que le centre hospitalier de La Châtre, proche du domicile de la patiente, a réalisé le 25 août 2011 un nouveau scanner confirmant encore la présence de la fistule, et que sur l'ensemble de cette période, la patiente a connu une altération grave de son état général et a souffert de douleurs importantes et continues. Dans ces conditions, le CHU de Limoges n'est pas fondé à soutenir que sa responsabilité ne saurait être engagée pour les actes réalisés entre le 24 juin et le 25 août 2011. De même, la prise en charge de Mme C par le CHU de Tours à compter du 19 décembre 2011 est, ainsi que le souligne l'expert, à l'instar de l'ensemble des hospitalisations prolongées subies par la patiente, la conséquence d'un accident médical mal géré par l'équipe médicale du CHU de Limoges.

5. Par suite, la responsabilité du CHU de Limoges est engagée, au titre de l'acte médical du 24 juin 2011, pour la période du 2 juillet 2011 au 30 avril 2012 du fait des complications liées à cette opération.

Sur le remboursement des débours supportés par la CPAM de Loire-Atlantique :

6. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. () ".

7. Il résulte de l'instruction, d'une part, que Mme C n'a pas sollicité auprès du CHU de Limoges l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis et, d'autre part, que la responsabilité du CHU de Limoges est engagée au titre de l'accident médical du 24 juin 2011. Par suite, la CPAM de Loire-Atlantique est fondée à solliciter le remboursement des sommes qu'elle a supportées au titre des conséquences de l'acte médical du 24 juin 2011, reconnues par l'attestation d'imputabilité du 21 février 2020, pour les frais hospitaliers, médicaux, pharmaceutiques et de transport ainsi que pour les indemnités journalières versées à la patiente, lesquelles lui étaient dues en sa qualité de demandeur d'emploi contrairement à ce que soutient le CHU de Limoges, pour un montant global de 87 662,50 euros.

8. Dès lors, il y a lieu de mettre cette somme à la charge du centre hospitalier universitaire de Limoges, assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 mars 2022, date d'enregistrement de la requête, et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 28 mars 2023, date à laquelle était due pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

9. Compte tenu du montant qui lui a été alloué au titre des dépenses mentionnées au point 8, la CPAM de Loire-Atlantique a droit à l'indemnité forfaitaire régie par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, pour un montant de 1 191 euros.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges est condamné à verser la somme de 87 662,50 (quatre-vingt sept mille six cent soixante-deux euros et cinquante centimes) euros à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Loire-Atlantique au titre du remboursement des débours qui lui sont imputables.

Article 2 : La somme mentionnée à l'article précédent portera intérêts à compter du 28 mars 2022. Les intérêts échus à la date du 28 mars 2023, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique la somme de 1 191 (mille cent quatre-vingt-onze) euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique et au centre hospitalier universitaire de Limoges.

Délibéré après l'audience du 13 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.

Le rapporteur,

Y. CROSNIER

Le président,

D. ARTUS La greffière,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La greffière,

M. B

mf

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