jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200440 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | RENOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 mars 2022, M. A C, représenté par Me Renouard, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 27 215 euros en réparation du préjudice subi du fait du maintien du premier tour des élections municipales et communautaires le 15 mars 2020 en dépit de la pandémie de coronavirus ;
2°) de mettre à la charge de l'État, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros.
Il soutient que :
- le maintien du scrutin en dépit de la pandémie a altéré la sincérité de celui-ci en raison du taux d'abstention particulièrement élevé ; l'Etat a incité la population dans son ensemble à éviter tout type de déplacement avant même d'instaurer un confinement obligatoire, particulièrement les personnes âgées qui représentent 30 % de la population de la commune de Châteauroux ; le taux d'abstention aux élections municipales de Châteauroux a ainsi augmenté de près de 20 % ; la situation d'urgence sanitaire a conduit à mettre en lumière des maires sortants, notamment celui de Châteauroux, qui ont mis en place des cellules de crise comme l'illustre un article de presse à quelques jours du premier tour de scrutin ;
- la décision de maintenir le premier tour de scrutin des élections municipales et communautaires le 15 mars 2020 constitue une faute engageant la responsabilité de l'Etat dès lors que cette faute l'a privé d'une chance sérieuse d'obtenir 5 % des suffrages exprimés ;
- le préjudice qu'il a subi s'élève à 27 215 euros correspondant aux montant des dépenses électorales dont il n'a pu obtenir le remboursement.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2022, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code électoral ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Siquier,
- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A l'issue du premier tour des élections municipales qui s'est déroulé le 15 mars 2020 à Châteauroux (Indre), la liste menée par M. C a obtenu 560 voix soit 4,60 % des suffrages exprimés, ne lui permettant pas de percevoir le remboursement des frais de campagne électorale lequel n'est accordé qu'aux candidats qui ont obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés au premier tour de scrutin. M. C demande réparation du préjudice qu'il soutient avoir ainsi subi pour un montant de 27 215 euros.
2. L'émergence d'un nouveau coronavirus, responsable de la maladie à coronavirus 2019 ou covid-19 et particulièrement contagieux, a été qualifiée d'urgence de santé publique de portée internationale par l'Organisation mondiale de la santé le 30 janvier 2020, puis de pandémie le 11 mars 2020. La propagation du virus sur le territoire français a conduit le ministre des solidarités et de la santé à prendre, à compter du 4 mars 2020, des mesures de plus en plus strictes destinées à réduire les risques de contagion. Dans ce contexte, le Premier ministre a adressé à l'ensemble des maires, le 7 mars 2020, une lettre présentant les mesures destinées à assurer le bon déroulement des élections municipales et communautaires prévues les 15 et 22 mars 2020. Ces mesures ont été précisées par une circulaire du ministre de l'Intérieur et des Outre-mer du 9 mars 2020 relative à l'organisation des élections municipales des 15 et 22 mars 2020 en situation d'épidémie de coronavirus covid-19, formulant des recommandations relatives à l'aménagement des bureaux de vote et au respect des consignes sanitaires, et par une instruction de ce ministre, du même jour, destinée à faciliter l'exercice du droit de vote par procuration. Après consultation par le Gouvernement du conseil scientifique mis en place pour lui donner les informations scientifiques utiles à l'adoption des mesures nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19, les 12 et 14 mars 2020, le premier tour des élections municipales a eu lieu comme prévu le 15 mars 2020. A l'issue du scrutin, les conseils municipaux ont été intégralement renouvelés dans 30 143 communes ou secteurs. Le taux d'abstention a atteint 55,34 % des inscrits, contre 36,45 % au premier tour des élections municipales de 2014.
3. Au vu de la situation sanitaire, l'article 19 de la loi du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 a reporté le second tour des élections, initialement fixé au 22 mars 2020, au plus tard en juin 2020 et prévu que : " Dans tous les cas, l'élection régulière des conseillers municipaux et communautaires, des conseillers d'arrondissement, des conseillers de Paris et des conseillers métropolitains de Lyon élus dès le premier tour organisé le 15 mars 2020 reste acquise, conformément à l'article 3 de la Constitution ". Ainsi que le Conseil constitutionnel l'a jugé dans sa décision n° 2020-849 QPC du 17 juin 2020, ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet de valider rétroactivement les opérations électorales du premier tour ayant donné lieu à l'attribution de sièges et ne font ainsi pas obstacle à ce que ces opérations soient contestées devant le juge de l'élection.
4. Aux termes de l'article L. 262 du code électoral, applicable aux communes de mille habitants et plus : " Au premier tour de scrutin, il est attribué à la liste qui a recueilli la majorité absolue des suffrages exprimés un nombre de sièges égal à la moitié du nombre des sièges à pourvoir, arrondi, le cas échéant, à l'entier supérieur lorsqu'il y a plus de quatre sièges à pourvoir et à l'entier inférieur lorsqu'il y a moins de quatre sièges à pourvoir. Cette attribution opérée, les autres sièges sont répartis entre toutes les listes à la représentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne, sous réserve de l'application des dispositions du troisième alinéa ci-après. / Si aucune liste n'a recueilli la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour, il est procédé à un deuxième tour () ".
5. En premier lieu et d'une part, ni par ces dispositions précitées, ni par celles de la loi du 23 mars 2020, le législateur n'a subordonné à un taux de participation minimal la répartition des sièges au conseil municipal à l'issue du premier tour de scrutin dans les communes de mille habitants et plus, lorsqu'une liste a recueilli la majorité absolue des suffrages exprimés. Le niveau de l'abstention n'est ainsi, par lui-même, pas de nature à remettre en cause les résultats du scrutin, s'il n'a pas altéré, dans les circonstances particulières d'une espèce, sa sincérité.
6. D'autre part, M. C fait valoir, alors que le taux d'abstention a augmenté de plus de 19 % par rapport aux précédentes élections municipales, que les annonces des autorités et les parutions de décrets et d'arrêtés, entre le 8 mars 2020 et le 14 mars 2020 veille du scrutin, interdisant les rassemblements de plus de 1 000 personnes, adaptant les modalités de prise en charge des actes de télémédecine spécifiquement pour protéger les personnes de la covid-19, interdisant les visites dans les établissements d'hébergement des personnes âgées (EHPAD), prononçant la fermetures des crèches et des établissements d'enseignement, la systématisation du télétravail, la réquisition des étudiants en médecine et des médecins retraités, la déprogrammation des opérations chirurgicales non urgentes, le report de la trêve hivernale et la fermeture de tous les lieux publics " non indispensables " le 14 mars 2020 ont conduit certains électeurs à ne pas aller voter, alors qu'ils le souhaitaient, estimant que leur état de santé les rendait vulnérables en cas de contamination, ou en raison de l'apparition de symptômes susceptibles de révéler une infection par le virus SARS-CoV-2 lors des jours précédant le scrutin, créant ainsi un climat anxiogène lié à la pandémie de coronavirus. Ces circonstances, qui ne sont pas propres au déroulement de la campagne électorale ou du scrutin dans la commune de Châteauroux, ne sont pas susceptibles d'établir qu'il aurait été porté atteinte au libre exercice du droit de vote ou à l'égalité entre les candidats. Au demeurant, une répartition homothétique des voix tenant compte d'une plus forte participation des électeurs entre l'ensemble des listes candidates au scrutin du 15 mars 2020, à Châteauroux, permettant à M. C d'obtenir 5 % de suffrages exprimés, outre qu'elle est tout à fait incertaine, ne constitue pas la preuve juridique d'une rupture d'égalité entre les candidats. Dans ces conditions, le niveau de l'abstention constatée ne peut être regardé comme ayant altéré la sincérité du scrutin.
7. En second lieu, aux termes du second alinéa de l'article L. 52-1 du code électoral : " A compter du premier jour du sixième mois précédant le mois au cours duquel il doit être procédé à des élections générales, aucune campagne de promotion publicitaire des réalisations ou de la gestion d'une collectivité ne peut être organisée sur le territoire des collectivités intéressées par le scrutin. Sans préjudice des dispositions du présent chapitre, cette interdiction ne s'applique pas à la présentation, par un candidat ou pour son compte, dans le cadre de l'organisation de sa campagne, du bilan de la gestion des mandats qu'il détient ou qu'il a détenus. Les dépenses afférentes sont soumises aux dispositions relatives au financement et au plafonnement des dépenses électorales contenues au chapitre V bis du présent titre ".
8. M. C soutient que le maire en exercice a pu bénéficier d'articles de presse mettant en exergue ses actions dans le cadre de la pandémie, notamment le 13 mars 2020. Toutefois, cet article qui se limite à une courte présentation en termes mesurés de l'interdiction des visites dans les EHPAD, de l'annulation du match de la Berri, des ruées dans les supermarchés, de la création d'un comité local d'action à Issoudun, de la fermeture des établissements publics au Blanc et à un encadré sur l'ensemble des manifestations annulées dans le département de l'Indre, est dépourvu de toute polémique électorale. S'agissant plus particulièrement de la commune de Châteauroux, cet article mentionne de manière très succincte l'activation d'un plan communal de sauvegarde et la fermeture des établissements publics afin de mettre en œuvre les annonces faites par le chef de l'Etat dans son discours. En dépit du fait qu'il soit accompagné d'une photographie sur lesquelles apparaissent le maire de la commune en fonction, candidat à sa réélection, et des chefs de services composant la cellule chargée de l'activation de ce plan, cet article, qui s'inscrit dans un contexte inédit, n'a pas bénéficié d'une publicité ou d'une couverture médiatique particulière organisée par la municipalité, pour soutenir la liste conduite par le maire sortant, et ne saurait, par suite, être regardé, dans les circonstances de l'espèce, comme caractérisant une campagne de promotion publicitaire effectuée en violation des dispositions du 2ème alinéa de l'article L. 52-1 et de l'article L. 52-8 du code électoral. Dans ces conditions, la parution de cet article ne peut être regardée comme ayant altéré la sincérité du scrutin.
9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'altération de la sincérité du scrutin doit être écarté dans toutes ses branches et que par suite la décision par laquelle l'Etat a décidé le maintien du premier tour des élections municipales n'est entachée d'aucune faute engageant sa responsabilité. Dans ces conditions, les conclusions tenant à la réparation du préjudice résultant de la perte de chance d'obtenir 5 % des suffrages exprimés et, par suite, au remboursement des frais de campagne électorale de M. C doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. C est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La rapporteure,
H. SIQUIER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La Greffière
M. D
lg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026