mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200441 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL VALIERE VIALEIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 mars 2022 et le 22 décembre 2022, M. A F représenté par Me Dias, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier (CH) de Tulle à lui verser la somme globale de 300 364,93 euros, laquelle sera assortie des intérêts de droit à compter de la décision à intervenir, en réparation des préjudices subis consécutivement à sa prise en charge fautive au sein de cet établissement de santé, outre la prise en charge d'un embrayage automatique et son renouvellement tous les 5 ans ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité du CH de Tulle est engagée en raison de l'erreur de diagnostic commise à l'occasion de sa prise en charge au sein de cet établissement de santé le 3 juillet 2018 pour une lésion au genou droit, ce qui a conduit à une intervention chirurgicale d'exérèse le 31 octobre 2018 inappropriée, qui a été elle-même à l'origine d'une infection et d'une contamination de cellules cancéreuses à des tissus seins ;
- à raison de ce manquement, il a subi plusieurs préjudices, en lien direct et certain avec ce défaut de prise en charge, qu'il convient de réparer de la façon suivante :
' aide à tierce personne temporaire : 5 130 euros ;
' aide à tierce personne permanente : 53 353,68 euros ;
' incidence professionnelle : 60 000 euros ;
' déficit fonctionnel temporaire : 6 531,25 euros ;
' souffrances endurées : 35 000 euros ;
' préjudice esthétique temporaire : 4 000 euros ;
' déficit fonctionnel permanent : 103 350 euros
' préjudice d'agrément : 15 000 euros ;
' préjudice esthétique permanent : 8 000 euros ;
' préjudice sexuel : 10 000 euros ;
' prise en charge d'un embrayage automatique et son renouvellement tous les 5 ans : montant non déterminé.
Par des mémoires en défense enregistrés les 20 juin 2022, 6 juillet 2022 et 12 janvier 2024, le centre hospitalier de Tulle représenté, par Me Valière-Vialeix, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'une expertise complémentaire soit ordonnée, à titre infiniment subsidiaire à ce que le montant des indemnisations sollicitées par M. F soit réduit.
Il soutient qu'il n'a commis aucun manquement, subsidiairement que les indemnisations sollicitées sont soit infondées, soit excessives.
Par un mémoire enregistré le 24 juin 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Charente Maritime demande à ce que le centre hospitalier de Tulle soit condamné à lui verser la somme de 86 608,61 euros au titre des débours exposés, assortie des intérêts au taux légal à compter du paiement des prestations, la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, et une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'elle a pris en charge les dépenses de santé actuelles de son assuré.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 avril 2022.
Vu :
- l'ordonnance du 8 septembre 2021 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par le docteur C, expert, désigné par ordonnance de référé du 25 mai 2020 ;
- vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
- les observations de Me Laurent, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. Alors qu'il était incarcéré au centre de détention d'Uzerche, M. F, né le 13 mars 1997, s'est plaint au cours du mois de juin 2018 d'importantes douleurs au genou droit. Il a donc été admis au centre hospitalier de Tulle le 29 juin 2018 où une échographie a détecté la présence d'une masse tissulaire à contour régulier hétérogène multi-cloisonné au niveau du genou droit considéré par le praticien comme un " kyste ancien remanié nécessitant un avis chirurgical ". Après avoir été admis au centre hospitalier le 3 juillet 2018 pour un avis chirurgical, le 31 octobre 2018, l'intéressé a subi une intervention chirurgicale lors de laquelle il a été procédé à l'excision d'une masse tumorale pré-rotulienne au niveau de son genou droit. Dans les suites de cette opération, début novembre 2018, a été constatée la présence de cultures positives à un " staphylococcus aureus " puis à " streptococcus alpha-hémolytique " enfin, à l'occasion d'un nouveau prélèvement effectué le 6 novembre, la présence de " escherichi coli " et de " citrobacter koseri ". En parallèle, les analyses anatomopathologiques réalisées ont permis d'établir le 7 novembre 2018 un diagnostic de tumeur maligne de type sarcome, avant que le 20 décembre suivant le diagnostic soit affiné par la mise en évidence d'un ostéosarcome extra squelettique de grade III au diagnostic difficile. Une IRM du genou droit réalisée le 27 décembre 2018 a confirmé la reprise évolutive de la maladie, un plan thérapeutique a été proposé à M. F incluant une chimiothérapie adjuvante et une possible amputation. Entre avril 2019 et août 2019, M. F a subi six cycles de chimiothérapie avant de subir le 24 octobre 2019 une résection extra-articulaire de la tumeur emportant le fémur distal ainsi que le tibia proximal avec reconstruction par prothèse fixe, cimentée, et couverture par lambeau antérolatéral de cuisse. Le lendemain, il a bénéficié d'une greffe de peau mince pour recouvrir la zone de prélèvement. Le 5 mai 2020, il a été considéré comme étant en rémission tout en conservant des séquelles importantes de son genou droit.
2. Estimant que la perte de fonction de son genou droit et sa boiterie résultaient des manquements commis par le CH de Tulle dans la réalisation du diagnostic du sarcome de son genou droit, M. F a saisi le juge du référé du tribunal d'une demande d'expertise judiciaire. Par une ordonnance du 25 mai 2020, le président du tribunal a désigné le docteur C en qualité d'expert. Celui-ci, qui s'est fait assister par deux sapiteurs, le docteur E, oncologue, et le docteur D, pharmacienne hygiéniste, a déposé son rapport définitif le 23 juin 2021.
3. Par la présente requête, M. F demande l'indemnisation des préjudices résultant de la prise en charge fautive dont il estime avoir été l'objet au sein du centre hospitalier de Tulle. La CPAM de la Charente-Maritime demande quant à elle la condamnation de cet établissement à lui verser une somme de 86 608,61euros au titre des débours exposés pour le compte de M. F, outre la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité :
4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
5. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert commis par le tribunal, qu'il a été décidé de l'exérèse de la masse au genou droit de M. F sur la seule base d'une échographie réalisée le 29 juin 2018 et d'un avis chirurgical rendu le 3 juillet 2028. L'expert retient à cet égard que la " présence d'une tumeur des parties molles qui augmentait rapidement de taille aurait dû faire réaliser une IRM " dont les résultats auraient été discutés en réunion pluridisciplinaire à l'issue de laquelle il aurait été décidé de la réalisation d'une biopsie radiologique qui aurait permis d'orienter le choix thérapeutique. A cet égard, le compte rendu de l'échographie du 29 juin 2018 concluant à la présence d'une masse tissulaire de 26 mn d'épaisseur et de plus de 5 cm de longueur, à contours réguliers, hétérogène multi-cloisonnée possiblement " compatible avec un kyste ancien remanié " n'était pas de nature, contrairement à ce qui est soutenu dans le rapport critique produit par le centre hospitalier défendeur, à exclure tout examen complémentaire pour affiner le diagnostic, notamment une IRM et, le cas échéant, une biopsie au vu notamment de la taille et de l'augmentation de la taille de la masse en cause. L'expert relève qu'à défaut d'avoir réalisé un diagnostic plus précis qui aurait permis d'objectiver le caractère cancéreux de la masse découverte, lequel diagnostic n'a pas été conduit conformément aux recommandations issues en particulier des guidelines de la société européenne d'oncologie médicale (Esmo), l'intervention chirurgicale d'exérèse réalisée le 31 octobre 2018 n'a pas été conforme aux règles de l'art, puisque, d'une part, " il n'a pas été réalisé de chirurgie carcinologique ", le compte rendu anatomopathologique montrant que la limite d'exérèse chirurgicale passe en zone tumorale, d'autre part, que cette exérèse incomplète a entrainé " une contamination de la zone opératoire par les cellules cancéreuses " par contamination des tissus tout le long de la voie d'abord, ce qui n'aurait pas été le cas si une " ponction/biopsie avait été réalisée ". L'expert retient également que si un diagnostic plus approfondi avait été réalisé, un traitement néoadjuvant par radio-thérapie et/ou chimiothérapie aurait possiblement été proposé avant la réalisation d'un geste chirurgical.
6. D'autre part, et tout d'abord, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du docteur C, éclairé par le rapport du docteur E, sapiteur, que " si la prise en charge au centre hospitalier de Tulle à partir du 3 juillet 2018 avait été conforme aux données de la science avec la réalisation d'une I.R.M. puis d'une ponction/biopsie décidée en réunion de concertation pluridisciplinaire, l'articulation du genou droit [de M. F] aurait pu être conservée, le docteur E précisant à cet égard " qu'une reprise chirurgicale est inévitablement plus morbide, par la nécessité de réséquer l'ensemble des tissus contaminés lors de la première chirurgie " et " l'intervention d'exérèse réalisée éventuellement après le traitement néoadjuvant, sans nécessiter la réalisation d'un lambeau antérolatéral de cuisse ". Ensuite, il résulte de cette même instruction que ce défaut de prise en charge conforme est également à l'origine de l'infection de la plaie opératoire dont a été victime M. F.
7. Il résulte de ce qui précède qu'en procédant à une exérèse non carcinologique sur la base d'un diagnostic insuffisamment approfondi et par suite erroné, le centre hospitalier de Tulle a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices :
8. Ainsi que le retient le docteur C, il y a lieu de fixer la date de consolidation des séquelles orthopédiques de M. F au 6 novembre 2020.
Pour les préjudices subis par M. F :
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
9. Il résulte de l'instruction notamment du rapport d'expertise du docteur C que M. F a subi un déficit fonctionnel temporaire total imputable aux manquements exposés au point 5 du 21 octobre 2018 au 2 novembre 2018, du 23 avril 2019 au 29 avril 2019, du 3 mai 2019 au 10 mai 2019, du 15 mai au 18 mai 2019, du 5 juin au 11 juin 2019, du 28 juin au 1er juillet 2019, du 22 juillet 2019 au 27 juillet 2019, du 12 août 2019 au 15 août 2019, du 23 octobre au 23 novembre 2019. Il a également subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50% du 3 novembre 2018 au 28 novembre 2018 et du 24 novembre 2019 au 25 janvier 2020, de 35% du 26 janvier 2020 au 5 mai 2020, de 30% du 29 novembre 2018 au 22 avril 2019, du 30 avril 2019 au 2 mai 2019, de 25% du 11 mai au 14 mai 2019, du 19 mai au 4 juin 2019, du 12 au 27 juin 2019, du 2 juillet au 21 juillet 2019, du 26 juillet au 11 août 2019, du 16 août au 22 octobre 2019. Alors que l'étendue de ces différentes périodes et les différents taux fixés par l'expert ne sont pas contestés par le centre hospitalier défendeur, il sera fait une juste appréciation du préjudice total subi par l'intéressé, sur la base de 15 euros par jour pour un déficit fonctionnel total, en indemnisant ce poste à hauteur de 3 900 euros.
Quant aux souffrances endurées :
10. Le docteur C a fixé à 5 sur 7 les souffrances endurées par M. F en raison des manquements commis par le centre hospitalier défendeur. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à celui-ci une somme de 12 000 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
11. Le docteur C a retenu un préjudice esthétique temporaire de 3 sur 7 prenant en compte la modification de la silhouette en relation avec la raideur du genou droit consécutive à l'arthrodèse réalisée le 24 octobre 2019. Il sera par suite alloué une somme de 2 000 euros à l'intéressé au titre de ce poste de préjudice.
Quant au préjudice esthétique permanent :
12. Au vu notamment des conclusions du docteur C, lequel relève pour fixer le préjudice esthétique permanent imputable à 2 sur 7, d'une part, " la majoration de l'aspect cicatriciel du genou droit et la modification de la silhouette en relation avec le trouble de la marche ", d'autre part, que " si la prise en charge avait été conforme, il aurait persisté un préjudice esthétique permanent que l'on peut évaluer à 1/7, représenté par la cicatrice d'exérèse de la tumeur ", il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à M. F une somme de 1 500 euros.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
13. Le docteur C fixe à 30% le déficit fonctionnel permanent subi par l'intéressé eu égard aux manquements commis par le centre hospitalier et des séquelles conservées M. F au niveau de son genou en raison de l'arthrodèse subie, à savoir un " raccourcissement mesuré à 3 cm au détriment du membre inférieur droit et une limitation des amplitudes de mobilité de l'articulation tibiotalienne droite comparativement à la gauche " en précisant qu'il ne peut être affirmé de manière directe et certaine que si la prise en charge avait été conforme le patient aurait présenté un tel déficit. En l'absence d'une telle certitude, il y a lieu de considérer que le déficit fonctionnel permanent retenu par l'expert judiciaire est intégralement en lien avec la faute de diagnostic et les conséquences de l'intervention non indiquée du 31 octobre 2018. Eu égard à l'âge de l'intéressé à la date de consolidation, soit 23 ans, de son espérance de vie à cette date, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant une somme de 65 000 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
14. Le docteur C retient un préjudice d'agrément résultant de l'incapacité définitive pour M. F de jouer au football, dès lors que ce dernier suivait une formation dans un centre de formation pour footballeur avant son incarcération en 2015. Toutefois, l'intéressé ne produit à l'instance aucun justificatif quant à la régularité et au niveau de cette pratique avant son incarcération, pas même une licence. Par suite, il ne justifie pas de la réalité du préjudice qu'il invoque de sorte que sa demande d'indemnisation doit être rejetée.
Quant au préjudice sexuel :
15. L'expert judiciaire relève un préjudice sexuel " représenté par une gêne dans l'acte ". Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à l'intéressé une somme de 2 500 euros.
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :
Quant à l'incidence professionnelle :
16. L'incidence professionnelle a pour objet d'indemniser les conséquences de toute nature touchant la sphère professionnelle, au-delà des pertes de revenus professionnels, comme le préjudice subi par la victime en raison de sa dévalorisation sur le marché du travail, de sa perte d'une chance professionnelle ou de l'augmentation de la pénibilité de l'emploi qu'elle occupe imputable au dommage, ou encore le préjudice subi qui a trait à sa nécessité de devoir abandonner la profession qu'elle exerçait avant le dommage au profit d'une autre qu'elle a dû choisir en raison de la survenance de son handicap. De même, l'existence d'un préjudice d'incidence professionnelle n'est nullement conditionnée à la possibilité d'un retour à l'emploi mais peut également découler du préjudice tenant à la renonciation à exercer une activité professionnelle du fait du handicap.
17. Si l'expert judiciaire a retenu un préjudice d'incidence professionnelle résultant de l'incapacité pour M. F d'exercer une activité professionnelle autre que sédentaire, ce dernier se borne à faire état de ce qu'avant son incarcération en 2015, il était intégré dans un centre de formation de footballeurs de sorte qu'il serait désormais privé de la possibilité d'exercer un métier dans le domaine du sport. Ce faisant, il ne justifie pas du caractère certain du préjudice qu'il invoque alors, d'une part, que son incarcération a nécessairement eu pour effet d'interrompre cette formation, d'autre part, qu'il ne démontre pas disposer de perspectives sérieuses de recrutement dans ce secteur. Par suite, l'intéressé, dont le préjudice qu'il invoque n'est qu'éventuel, n'est pas fondé à soutenir que les manquements du centre hospitalier de Tulle seraient à l'origine d'un préjudice d'incidence professionnelle.
Quant à l'assistance à tierce personne :
Avant la date de consolidation :
18. D'une part, l'expert judiciaire a relevé dans son rapport la nécessité pour M. F de recourir à une aide humaine temporaire consistant en la réalisation du ménage, des courses et des transports pour 7 heures par semaine du 3 novembre 2018 au 28 novembre 2018, 3 heures par semaine du 29 novembre 2018 au 22 avril 2019, du 30 avril au 2 mai 2019, du 11 mai au 14 mai 2019, du 19 mai au 4 juin 2019, du 12 juin au 27 juin 2019, du 2 juillet 2019 au 21 juillet 2019, du 26 juillet au 11 août 2019, enfin du 16 août au 22 octobre 2019, 9 heures par semaine du 24 novembre 2019 au 25 janvier 2020, 4 heures par semaine du 26 janvier 2020 au 5 mai 2020. Sur la base d'un taux horaire de 13 euros compte tenu des cotisations dues par l'employeur et des majorations pour travail de dimanche, jours fériés et congés payés, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'assistance dont a besoin l'intéressé nécessiterait une assistance d'un coût supérieur, les frais d'assistance à tierce personne avant consolidation doivent être fixés à 4 182 euros, alors qu'il n'apparaît pas qu'il aurait été incarcéré pendant cette période.
Après la date de consolidation :
19. L'expert judicaire a retenu la nécessité d'une aide humaine pour une durée d'1 heure par semaine pour la " réalisation du ménage lourd " et de façon viagère.
20. Tout d'abord, sur la base des paramètres de calculs exposés au point 18, le montant des frais d'assistance à tierce personne de la date de consolidation au présent jugement peut être évalué à 2 500 euros. Il y a lieu d'allouer cette somme à M. F, pour le même motif que celui indiqué à la fin du point 18.
21. Ensuite, eu égard à ces mêmes modalités de calcul, compte tenu de la libération anticipée de l'intéressé, du coefficient de capitalisation pour un homme âgé de 27 ans, issu du barème de capitalisation pour 2022 publié à la Gazette du Palais, il y a lieu d'accorder à M. F une somme de 39 147 euros.
Quant aux frais de véhicule adapté :
22. Si le docteur C retient dans son rapport d'expertise la nécessité pour M. F de recourir à un véhicule doté d'un embrayage automatique, le requérant ne chiffre pas le coût d'un tel équipement ni n'apporte aucune pièce de nature à permettre au tribunal de réaliser un tel chiffrage. Par suite, et alors que le centre hospitalier défendeur relève dans ses écritures le fait que " la demande n'est aucunement précisée ", les conclusions aux fins d'indemnisation de ce poste de préjudice ne peuvent qu'être rejetées.
23. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Tulle doit être condamné à verser à M. F une somme de 132 729 euros en réparation des préjudices qu'il a subis.
Pour les conclusions de la caisse :
S'agissant du remboursement de ses débours :
24. La CPAM produit une attestation d'imputabilité de son médecin-conseil et un relevé de débours faisant état de frais d'hospitalisation, de frais médicaux, de frais pharmaceutiques, de frais d'appareillage et de transports afférents à la prise en charge de M. F entre le 31 octobre 2018 et le 6 novembre 2020 pour un montant de 86 608,61 euros. Dans ces conditions, et alors que le centre hospitalier défendeur ne remet pas en cause ces sommes ni l'imputabilité des débours ainsi invoqués aux manquements commis, il y a lieu de condamner le CH de Tulle à verser, au titre des débours en lien direct et certain avec les fautes qu'il a commises la somme de 86 608,61 euros.
S'agissant du versement de l'indemnité forfaitaire de gestion :
25. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée () ". Pour leur application, l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 susvisé fixe respectivement à 118 euros et 1 191 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité pouvant être recouvrée par l'organisme d'assurance maladie.
26. En application de ces dispositions, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Tulle le versement à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime d'une somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les intérêts :
27. D'une part, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. La demande de M. F tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date de ce jugement, des intérêts au taux légal sur la somme que le centre hospitalier a été condamné à lui verser est donc dépourvue de tout objet et doit être rejetée.
28. D'autre part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
29. La CPAM de la Charente-Maritime demande à ce que les sommes dont elle demande le remboursement portent intérêts à compter du paiement des prestations. Il y a lieu de faire droit aux conclusions de la CPAM tendant à ce que les sommes qui lui sont allouées en vertu du point 24 du présent jugement portent intérêt au taux légal à compter du 24 juin 2022, date de sa saisine du juge et dès lors qu'elle n'atteste ni même n'allègue qu'elle aurait saisi le CH de Tulle d'une demande indemnitaire préalable.
Sur les frais d'expertise :
30. Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 3 472 euros par une ordonnance du 8 septembre 2021, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Tulle.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
31. En l'espèce, M. F n'établissant pas avoir exposé d'autres frais que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été accordée par décision du 13 avril 2022, sa demande tendant à ce que le centre hospitalier défendeur lui verse une somme, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doit être rejetée. Il n'y a par ailleurs pas lieu de faire droit à la demande présentée sur le même fondement par la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente- Maritime.
D E C I D E :
Article 1er: Le centre hospitalier de Tulle est condamné à verser à M. F la somme de 132 729 (cent trente-deux mille sept cent vingt-neuf) euros en réparation de ses préjudices.
Article 2:Le centre hospitalier est condamné à payer à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime la somme de 86 608,61 euros (quatre-vingt-six mille six cent huit euros et soixante-et-un centimes), au titre de ses débours, somme à assortir des intérêts aux taux légal à compter du 24 juin 2022, ainsi qu'une somme de 1 191 (mille cent quatre-vingt-onze) euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3:Les frais et honoraires de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 3 472 (trois mille quatre cent soixante-douze) euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Tulle.
Article 4:Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. A F, au centre hospitalier de Tulle et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime. Une copie en sera adressée au docteur C, expert.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La Greffière
M. B
lg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026