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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200450

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200450

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200450
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2022, l'EURL Mercure demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2021, confirmée le 7 mars 2022, par laquelle le service des impôts des entreprises de la direction départementale des finances publiques de l'Indre a refusé de lui octroyer l'aide versée par le fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 et des mesures prises pour limiter la propagation, pour la période d'avril 2021, pour un montant total de 43 176 euros ;

2°) d'enjoindre à la direction départementale des finances de la Haute-Vienne de lui verser la somme de 43 176 euros au titre de cette aide pour la période d'avril 2021.

Il soutient qu'il n'a reçu aucune notification de décision de la part de l'administration de demande et que les demandes de pièces complémentaires ont seulement été déposées sur son espace particulier sur le site impots.gouv.fr.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Siquier,

- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

1. Aux termes de l'article 3-1 de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. - Les aides versées au titre du fonds le sont sur la base d'éléments déclaratifs prévus par décret. / Sous réserve des dispositions du troisième alinéa du II, elles sont insaisissables. / II. - Les documents attestant du respect des conditions d'éligibilité au fonds et du correct calcul du montant de l'aide sont conservés par le bénéficiaire pendant cinq années à compter de la date de versement de cette dernière. / Les agents de la direction générale des finances publiques et les agents publics affectés dans les services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat peuvent demander à tout bénéficiaire du fonds communication de tout document relatif à son activité, notamment administratif ou comptable, permettant de justifier de son éligibilité et du correct montant de l'aide reçue pendant cinq années à compter de la date de son versement. Le bénéficiaire dispose d'un délai d'un mois pour produire ces justifications à compter de la date de la demande. / En cas d'irrégularités constatées, d'absence de réponse ou de réponse incomplète à la demande prévue au premier alinéa, les sommes indûment perçues font l'objet d'une récupération selon les règles et procédures applicables en matière de créances étrangères à l'impôt et au domaine. / La procédure prévue au présent II ne constitue pas une procédure de contrôle de l'impôt. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. Le fonds mentionné par l'ordonnance du 25 mars 2020 susvisée bénéficie aux personnes physiques et personnes morales de droit privé résidentes fiscales françaises exerçant une activité économique, () ". Le décret n°2020-371 du 30 mars 2020 précise que sont éligibles au fonds de solidarité les entreprises qui remplissent certaines conditions, dont la justification d'une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % au titre du mois concerné par rapport à la même période de l'année précédente, ou pour les entreprises créées après le 1er avril 2019, par rapport au chiffre d'affaires mensuel moyen sur la période comprise entre la date de création de l'entreprise et le 29 février 2020.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 112-14 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration peut répondre par voie électronique : 1° A toute demande d'information qui lui a été adressée par cette voie par une personne ou par une autre administration ; 2° Aux autres envois qui lui sont adressés par cette même voie, sauf refus exprès de l'intéressé. " et de son article L. 112-15 : " Lorsqu'une personne doit adresser un document à l'administration par lettre recommandée, cette formalité peut être accomplie par l'utilisation d'un téléservice au sens de l'article 1er de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, d'un envoi recommandé électronique au sens de l'article L. 100 du code des postes et des communications électroniques ou d'un procédé électronique, accepté par cette administration, permettant de désigner l'expéditeur et d'établir si le document lui a été remis. / Lorsque l'administration doit notifier un document à une personne par lettre recommandée, cette formalité peut être accomplie par l'utilisation d'un envoi recommandé électronique au sens du même article L. 100 ou d'un procédé électronique permettant de désigner l'expéditeur, de garantir l'identité du destinataire et d'établir si le document a été remis. L'accord exprès de l'intéressé doit être préalablement recueilli. (). ". Aux termes des dispositions de l'article R. 112-20 de ce code : " Le document notifié est réputé avoir été reçu par son destinataire à la date de sa première consultation. Cette date peut être consignée dans un accusé de réception adressé à l'administration par le procédé prévu au deuxième alinéa de l'article L. 112-15. / A défaut de consultation du document par son destinataire dans un délai de quinze jours, le document est réputé lui avoir été notifié à la date de mise à disposition. ".

3. Par une demande adressée le 1er juin 2021, M. A, dirigeant de l'EURL Mercure, a déposé une demande en vue de percevoir l'aide au titre du fonds de solidarité pour le mois d'avril 2021, enregistrée sous le n° 1106608258. La direction départementale des finances publiques en a accusé réception et a indiqué à M. A qu'il serait informé du traitement de sa demande par un message envoyé à son adresse électronique jeanpierregirard@orange.fr et qu'il pouvait suivre l'avancement du traitement de sa demande en consultant sa messagerie sécurisée, disponible dans son espace particulier sur le site impots.gouv.fr. Par des messages déposés sur l'espace particulier de la société requérante, le contrôleur des finances publiques lui a demandé, le 1er juin 2021 de lui faire parvenir, dans un délai de quinze jours, un avis de situation du système informatique pour le répertoire des entreprises et des établissements (SIRENE) ainsi qu'un relevé d'identité bancaire (RIB) de l'entreprise puis, le 7 juillet 2021, et toujours dans un délai de quinze jours, un RIB de l'entreprise. Enfin, par message de nouveau déposé sur l'espace particulier de l'entreprise le 9 septembre 2021, confirmé le 7 mars 2022, le contrôleur des finances publiques a informé M. A qu'en l'absence de réponse aux deux demandes qui lui avaient été adressées, aucune suite favorable ne pouvait être donnée à sa demande. Ainsi, en dépit de la mention figurant sur l'accusé de réception délivré par l'administration selon laquelle la société serait informée du traitement de sa demande par un message envoyé à son adresse électronique jeanpierregirard@orange.fr, la direction départementale des finances publiques de la Haute-Vienne, qui au demeurant ne justifie d'aucun envoi recommandé électronique au sens du même article L. 111-15 du code des relations entre le public et l'administration ou d'un procédé électronique permettant de désigner l'expéditeur, de garantir l'identité du destinataire et d'établir si le document a été remis, n'a pas notifié la décision de refus d'aide pour la période d'avril 2021 à l'adresse mail mentionnée à cet effet dans l'accusé de réception. Dans ces conditions, en l'absence de toute notification de la décision attaquée, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Ainsi qu'il a été indiqué précédemment l'accusé de réception délivré par la direction départementale des finances publiques précisait à l'EURL Mercure qu'elle serait informée du traitement de sa demande à l'adresse électronique jeanpierregirard@orange.fr et qu'elle pourrait suivre l'avancement du traitement de sa demande en consultant sa messagerie sécurisée disponible dans son espace particulier sur le site impots.gouv.fr. Compte tenu de l'ambiguïté de cet accusé de réception, la société requérante pouvait ne pas comprendre qu'elle devait impérativement consulter son espace particulier pour connaitre des demandes que lui adressait l'administration afin de compléter son dossier. Dans ces conditions, la décision du 9 septembre 2021, confirmée le 7 mars 2022, par laquelle le service des impôts des entreprises de l'Indre a refusé d'octroyer à l'EURL Mercure l'aide versée par le fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 et des mesures prises pour limiter la propagation, pour la période allant d'avril 2021, pour un montant total de 43 176 euros, au motif qu'il n'avait pas complété sa demande, doit être annulée.

Sur la demande d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Selon l'article L. 911-3 du code de justice administrative : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

6. En raison du motif qui la fonde, il est seulement enjoint au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Vienne de procéder, dans un délai de deux mois, au réexamen, de la demande d'aide déposée par l'EURL Mercure en vue de bénéficier de l'aide versée par le fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 et des mesures prises pour limiter la propagation, pour la période d'avril 2021.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 9 septembre 2021, confirmée le 7 mars 2022, par laquelle le service des impôts des entreprises de l'Indre a refusé d'octroyer à l'EURL Mercure l'aide versée par le fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 et des mesures prises pour limiter la propagation, pour la période d'avril 2021, pour un montant total de 43 176 euros, est annulée.

Article 2:Il est enjoint à la direction départementale des finances de la Haute-Vienne de procéder, dans un délai de deux mois, au réexamen, de la demande d'aide déposée par l'EURL Mercure en vue de bénéficier de l'aide versée par le fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 et des mesures prises pour limiter la propagation, pour la période d'avril 2021.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à l'EURL Mercure et à la direction départementale des finances publiques de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. C

lg

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