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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200456

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200456

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200456
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantMARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er avril 2022 et le 15 mai 2024, le GAEC de PLEINCHAMPS, dont les associés sont M. A et Mme C, représenté par Me Maret, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 14 415,46 euros en réparation des préjudices qu'il a subi ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme 2 000 euros en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le préfet de la Haute-Vienne a commis plusieurs fautes dans la mise en œuvre de la procédure de police sanitaire de la tuberculose des bovidés : il a mis sous surveillance son troupeau en raison d'une suspicion de tuberculose bovine sur deux veaux qu'il venait de vendre alors que cette suspicion n'a pas été confirmée par l'ANSES ; par ailleurs il a procédé à l'abattage de ces veaux alors qu'ils auraient dû lui être restitués ; enfin, il existait une alternative à l'abattage diagnostique, à savoir un recontrôle des animaux ;

- les services de l'Etat ont également commis un manquement en le pressant, à partir du 16 avril 2021, et jusqu'à la remise des résultats de l'ANSES le 27 avril suivant, à abattre l'ensemble de son cheptel alors même qu'aucun arrêté portant déclaration d'infection n'avait encore été pris ;

- à raison de ces fautes, les associés du GAEC, M. A et Mme C ont subi un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'ils évaluent à 5 000 euros chacun ;

- le GAEC a par ailleurs subi un préjudice économique que la chambre d'agriculture a évalué à 4 415,46 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2022, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Il fait valoir, d'une part, que ses services n'ont commis aucune faute, d'autre part, que les préjudices allégués ne sont pas démontrés pour certains, sans lien direct et certain avec la mise sous surveillance du cheptel pour d'autres.

Par un mémoire en intervention enregistré le 15 mai 2024, la Coordination rurale Union Nationale et la Coordination rurale de la Haute-Vienne, représentées par Me Maret, demandent au tribunal de faire droit à la requête et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que leur intervention est recevable et reprennent les mêmes moyens et arguments que ceux développés par le GAEC DE PLEINCHAMPS.

Un mémoire a été produit par le préfet de la Haute-Vienne le 17 mai 2024 qui a été enregistré sans être communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté du 15 septembre 2003 fixant les mesures techniques et administratives relatives à la prophylaxie collective et à la police sanitaire de la tuberculose des bovinés et des caprins ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public ;

- et les observations de Me Maret pour le GAEC de PLEINCHAMPS et les syndicats intervenants.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 mars 2021, un lot de 5 bovins provenant de l'élevage du GAEC DE PLEINCHAMPS est introduit, après cession, dans un élevage de Dordogne et fait l'objet d'un test de dépistage sur les animaux vivants à l'initiative de l'acheteur, le 29 mars 2021. A la suite des résultats de ce test en faveur, pour deux de ces bovins, d'une suspicion de tuberculose bovine, le préfet de la Haute-Vienne, par un arrêté le 6 avril 2021, a placé l'élevage du GAEC sous surveillance et a ordonné l'abattage de ces deux bovins. Le vendredi 16 avril 2021, les résultats des tests PCR, effectués le 13 avril sur les dépouilles des deux animaux abattus, ont objectivé la présence de Mycobactarium tuberculosis sur ces deux veaux, sans identifier la souche de cette bactérie. Le 27 avril 2021, l'ANSES, qui avait été saisie des prélèvements opérés sur les deux animaux suspectés, a conclu à l'identification de la souche mycobacterium microti et à l'absence de mycobacterium bovis. Au vu de ces résultats, le même jour, le préfet de la Haute-Vienne a levé la mise sous surveillance d'une exploitation suspecte d'être infectée par la tuberculose bovine. Le GAEC DE PLEINCHAMPS demande par la présente requête à être indemnisé à hauteur de 14 415,47 euros des préjudices résultant des fautes commises par l'Etat dans la procédure de mise sous surveillance de son troupeau.

Sur l'intervention de la Coordination rurale Union Nationale et de la Coordination rurale de la Haute-Vienne :

2. Dans les litiges de plein contentieux, sont seules recevables à former une intervention les personnes qui se prévalent d'un droit auquel la décision à rendre est susceptible de préjudicier. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que l'issue du contentieux indemnitaire opposant le GAEC requérant et l'Etat léserait de façon suffisamment directe les intérêts de la Coordination rurale Union nationale et de la Haute-Vienne au vu de l'objet social de ce syndicat, tel qu'il est exposé dans le mémoire en intervention. Il suit de là que leur intervention n'est pas admise.

Sur les conclusions indemnitaires :

S'agissant de la mise en œuvre de la procédure de police sanitaire de la tuberculose des bovidés :

3. Aux termes de l'article 12 de l'arrêté ministériel du 15 septembre 2003 fixant les mesures techniques et administratives relatives à la prophylaxie collective et à la police sanitaire de la tuberculose des bovinés et des caprins dans sa version applicable : " () Les bovinés sont considérés comme : () 2° Suspects d'être infectés de tuberculose : () d) Après constatation de réactions non négatives par intradermotuberculination () ". L'article 21 de cet arrêté dispose : " Pour l'application du présent chapitre, un troupeau de bovinés est déclaré : () 2° Suspect d'être infecté de tuberculose lorsqu'un boviné suspect de tuberculose au sens de l'article 12 y est détenu ou en provient ; 3° Infecté de tuberculose lorsqu'un boviné infecté de tuberculose au sens de l'article 12 y est détenu ou en provient ". Aux termes de l'article 23 de ce même arrêté dans sa version applicable : " Les troupeaux suspects d'être infectés au sens de l'article 21 sont placés sous arrêté préfectoral de mise sous surveillance. Leur qualification est alors suspendue. L'arrêté préfectoral de surveillance prescrit les mesures prévues aux 1°,2°,6° et 7° de l'article 26 ainsi que : 1° Mise en œuvre de toutes les investigations épidémiologiques et analytiques, contrôles documentaires, contrôles par intradermotuberculination et éventuellement par test de dosage de l'interféron gamma ou de la mise en œuvre d'une méthode reconnue par le ministère en charge de l'agriculture conformément à l'article 8 de tout ou partie des animaux et contrôles des pratiques d'élevage utiles à la détermination du statut sanitaire du troupeau. () Lorsque les résultats d'intradermotuberculination et des analyses de laboratoire ne permettent pas d'infirmer la suspicion, le directeur départemental en charge de la protection des populations peut ordonner l'abattage diagnostique d'animaux suspects ainsi que l'autopsie d'animaux morts ou euthanasiés à des fins d'examen nécropsique et de diagnostic expérimental () ". Enfin aux termes de l'article 18 de cet arrêté dans sa version applicable : " III. Dans les autres cas, tout boviné ayant présenté un test non négatif doit être conservé dans le troupeau de départ ou y retourner dans un délai de quinze jours francs suivant la notification du résultat d'intradermotuberculination et sous couvert d'un laissez- passer. Il en est de même pour les autres bovinés provenant de la même exploitation. Toutefois, à la demande de leur propriétaire, ces animaux peuvent être transportés directement, sans rupture de charge et sous couvert d'un laissez-passer, jusqu'à un abattoir agréé. Les animaux suspects abattus feront l'objet d'un abattage diagnostique comme prévu à l'article 11 ".

4. Il résulte de l'instruction que, dès qu'il a eu connaissance des résultats défavorables des tests de dépistage par intradermotuberculination (IDC) réalisés sur les deux veaux provenant du cheptel du GAEC requérant, le préfet de la Haute-Vienne, sur proposition des services de la direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP), a placé, par un arrêté du 6 avril 2021, l'élevage du GAEC sous surveillance et a suspendu la qualification " officiellement indemne " de tuberculose du troupeau. Ce même arrêté, par son article 2, a prescrit l'abattage des 2 bovins suspectés aux fins d'examen nécrologique et de diagnostic expérimental. Il résulte de cette même instruction que les deux bovins ont été abattus le 13 avril suivant à l'abattoir de Limoges et que des prélèvements ont alors été opérés sur les carcasses en vue d'une analyse PCR. Le 16 avril suivant les résultats de ces analyses ont mis en évidence que les deux veaux étaient positifs au complexe Mycobacterium tuberculosis sans identifier la souche de cette bactérie. Les services de la DDTESPP de la Dordogne ont alors transmis ces prélèvements à l'ANSES aux fins de typer la bactérie responsable. Les résultats de l'ANSES rendus le 27 avril 2021 ont mis en évidence que la souche recherchée était le Mycobacterium microti et non le Mycobacterium bovis. Au vu ces résultats, et dès lors que le mycoacterium microti ne donne lieu à aucune mesure prophylactique, le préfet de la Haute-Vienne a, le même jour, pris un arrêté portant levée de la mise sous surveillance de l'exploitation du GAEC requérant.

5. De première part, en procédant de la sorte et en particulier en plaçant le troupeau appartenant au GAEC sous arrêté de mise sous surveillance le 6 avril 2021 au motif que les bêtes le composant devaient être regardées comme suspectes d'être infectées au sens de l'article 21 de l'arrêté cité au point précédent, le préfet de la Haute-Vienne, qui a tiré les conséquences des résultats positifs aux tests de dépistage par IDC sur deux bêtes provenant de l'élevage appartenant au GAEC, n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 2. Par suite, le GAEC n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne aurait commis une faute dans la mise en oeuvre de la procédure de mise sous surveillance de son troupeau.

6. De deuxième part, si le GAEC soutient que les deux veaux vendus ont été abattus alors même qu'ils devaient lui être restitués, le préfet de la Haute-Vienne, en application de l'article 18 de l'arrêté du 15 septembre 2003 cité au point 3, était fondé, avec l'accord du nouveau propriétaire, à transporter directement ces bêtes vers un abattoir agréé. Par suite, le GAEC n'est pas fondé à rechercher la responsabilité pour faute de l'Etat dans la mise en œuvre de l'abattage des deux bovins provenant de son élevage.

7. De troisième part, la seule circonstance que le classement de la suspicion en fonction des résultats de l'intradermotuberculination et du contexte épidémiologique a été classé " faible " n'avait pas pour effet de priver les services de l'Etat de la possibilité légale, prévue à l'article 23 de l'arrêté cité au point 3 ainsi que par l'instruction technique DGAL/SDSBEA/2021-817 du 8 novembre 2021, d'ordonner l'abattage des animaux suspects à des fins diagnostiques, cette dernière instruction précisant à cet égard que l'abattage est " la procédure la plus fiable pour confirmer ou infirmer la suspicion [et] doit être mise en œuvre autant que possible ". Par suite, le GAEC requérant n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale aurait commis une faute sur ce point.

S'agissant des pressions reprochées aux services de la DDETSPP de la Haute-Vienne :

8. Si le GAEC requérant fait valoir qu'il aurait reçu plusieurs sollicitations des services de la DDETSPP après le 16 avril 2021, date à laquelle ont été connus les tests PCR positifs à la tuberculose bovine, afin qu'il soit procédé à l'abattage total ou partiel de son cheptel avant même qu'un arrêté de déclaration d'infection ne soit édicté, il ne produit à l'appui de cette allégation aucun élément de nature justifier la réalité du manquement qu'il invoque alors, d'une part, que ni l'arrêté du 6 avril 2021 ni aucune autre décision n'ont prescrit cet abattage, d'autre part, que le préfet soutient sans être sérieusement contredit que ses services se sont bornés à informer régulièrement le GAEC de l'avancée des analyses " afin de ne pas le laisser sans nouvelles ". Dans ces conditions, le GAEC requérant, qui au demeurant n'établit pas l'existence d'un préjudice, n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de l'Etat à raison de ce manquement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête du GAEC de PLEINCHAMPS doit être rejetée, y compris et en tout état de cause les conclusions présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er: L'intervention de la Coordination rurale Union nationale et de la Coordination rurale de la Haute-Vienne n'est pas admise.

Article 2 : La requête du GAEC de PLEINCHAMPS est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié au GAEC de PLEINCHAMPS, à la Coordination rurale Union nationale, à la Coordination rurale de la Haute-Vienne et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La greffière,

M. B

mf

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