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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200469

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200469

mardi 21 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200469
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI THEMIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2022, M. B C, représenté par l'AARPI THEMIS, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 janvier 2022 par laquelle le directeur de la maison centrale de Saint-Maur a prononcé la retenue de sa plaque chauffante pour une durée renouvelable de trois mois ;

2°) d'enjoindre au directeur de la maison centrale de Saint-Maur de lui restituer sa plaque chauffante, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que la décision du 5 janvier 2022 ne constitue pas une mesure d'ordre intérieur ; il est privé de son droit de disposer de ses biens, protégé par l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; une plaque chauffante ne présente en elle-même aucun danger pour l'établissement ; l'objet a été acquis auprès de l'administration pénitentiaire et était à sa disposition en cellule ; la décision litigieuse indique elle-même être susceptible de recours et mentionne les voies et délais de recours ;

- il n'est pas justifié de la compétence de M. A pour prendre la décision du 5 janvier 2022 au nom du directeur de la maison centrale de Saint-Maur ;

- la décision du 5 janvier 2022 est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision du 5 janvier 2022 est entachée d'erreur de fait ;

- la décision du 5 janvier 2022 méconnaît l'article 24 du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires figurant en annexe de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale dès lors que la retenue de sa plaque chauffante ne répond pas à un motif de sécurité ;

La procédure a été communiquée au garde des sceaux, ministre de la justice, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 5 janvier 2022 du directeur de la maison centrale de Saint-Maur dès lors qu'elle constitue une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours pour excès de pouvoir.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées :

- le rapport de M. Boschet ;

- les conclusions de Mme Siquier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Détenu à la maison centrale de Saint-Maur, M. C demande l'annulation de la décision du 5 janvier 2022 par laquelle le directeur de cet établissement pénitentiaire a prononcé la saisie de la plaque chauffante dont il disposait jusque-là dans sa cellule, pour une durée de trois mois renouvelables.

2. D'une part, aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes. ". Si ces stipulations ne font pas obstacle à l'édiction, par l'autorité compétente, d'une réglementation de l'usage des biens, dans un but d'intérêt général, ayant pour effet d'affecter les conditions d'exercice du droit de propriété, il appartient au juge, pour apprécier la conformité d'une telle réglementation aux stipulations de cet article, d'une part, de tenir compte de l'ensemble de ses effets, d'autre part, et en fonction des circonstances de l'espèce, d'apprécier s'il existe un rapport raisonnable de proportionnalité entre les limitations constatées à l'exercice du droit de propriété et les exigences d'intérêt général qui sont à l'origine de cette décision.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le règlement intérieur type pour le fonctionnement de chacune des catégories d'établissements pénitentiaires, comprenant des dispositions communes et des dispositions spécifiques à chaque catégorie, est annexé au présent titre. / Le chef d'établissement adapte le règlement intérieur type applicable à la catégorie dont relève l'établissement qu'il dirige en prenant en compte les modalités spécifiques de fonctionnement de ce dernier. Il recueille l'avis des personnels ". Au titre des dispositions communes à tous les établissement pénitentiaires figurant au titre Ier du règlement intérieur type annexé à cet article, l'article 5 prévoit que " () Aucun objet ou substance pouvant permettre ou faciliter un suicide, une agression ou une évasion, aucun outil dangereux en dehors du temps de travail ne peuvent être laissés à la disposition d'une personne détenue () ". Selon le I de l'article 24 de ce règlement : " Les objets qui ne peuvent être laissés en possession de la personne détenue pour des raisons d'ordre et de sécurité sont déposés au vestiaire de l'établissement. / Ils sont, après inventaire, inscrits sur le registre du vestiaire, au nom de l'intéressée pour lui être restitués à sa sortie. Elle peut cependant demander à s'en défaire dans les conditions prévues au second alinéa du III () ".

4. Pour déterminer si une mesure prise par l'administration pénitentiaire à l'égard d'un détenu constitue un acte administratif susceptible de recours pour excès de pouvoir, il y a lieu d'apprécier sa nature et l'importance de ses effets sur la situation du détenu. Doivent être regardées comme susceptibles de recours les décisions qui portent à des libertés et des droits fondamentaux des détenus une atteinte qui excède les contraintes inhérentes à leur détention.

5. A supposer que M. C était propriétaire de la plaque chauffante dont la saisie a été prononcée par la décision du 5 janvier 2022, cette décision, qui en limite seulement l'usage pour une durée limitée de trois mois, ne le privait pas de son droit de propriété sur ce bien, dont il pouvait reprendre la possession à l'issue de ces trois mois ou, en tout état de cause, à sa sortie de détention. En outre, il ressort des pièces du dossier que la décision du 5 janvier 2022 est motivée par la nécessité de préserver la sécurité et l'intégrité physique du personnel de l'établissement, le requérant ayant notamment, à l'occasion de conversations téléphoniques des 26 et 27 décembre 2021 avec sa sœur, proféré des menaces, dont la matérialité est établie, tenant au jet d'eau ou d'huile bouillante sur les surveillants pénitentiaires. Il ressort aussi des pièces du dossier que la retenue de la plaque chauffante n'a pu causer à M. C que des désagréments mineurs dès lors que cet objet n'est pas de première nécessité et n'est destiné qu'à améliorer les conditions de détention. Eu égard à sa nature et à ses effets limités sur la situation du requérant, et à la circonstance qu'elle ne porte pas à ses droits et libertés fondamentaux une atteinte excédant les contraintes inhérentes de la détention, la décision du 5 janvier 2022 du directeur de la maison centrale de Saint-Maur est une mesure d'ordre intérieur insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Il s'ensuit que la requête de M. C est irrecevable et qu'elle doit ainsi être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au garde des sceaux, ministre de la justice et à l'AARPI THEMIS.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Revel, président,

M. Boschet, premier conseiller,

M. Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 janvier 2025.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

F-J. REVELLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne

au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. D

jb

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