mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200533 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL VALIERE VIALEIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, M. K H, M. J F et Mme A F, agissant en leurs noms propres et en tant qu'ayants-droit de Mme E F, représentés par Me Robin, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Limoges à leur verser la somme globale de 86 870 euros en réparation des préjudices subis par Mme E F, une somme de 10 000 euros correspondant à des frais d'avocat exposés antérieurement et postérieurement au décès de Mme E F, enfin une somme indéterminée au titre du remboursement des frais d'obsèques exposés pour le compte de cette dernière ;
2°) de condamner cet établissement à verser 30 000 euros au titre du préjudice moral subi par M. H, fils de Mme E F, et 10 000 euros chacun à Mme A F et M. J F, mère et père de Mme E F, au titre de leur préjudice moral ;
3°) d'assortir ces sommes des intérêts de droit à compter de la date de réception de leur demande préalable, soit le 29 novembre 2021 ;
4°) de condamner cet établissement au paiement des entiers dépens ;
5°) de mettre à la charge du CHU une somme de 7 500 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- après plusieurs examens médicaux diligentés par le docteur L et le professeur B, Mme E F a subi, le 11 avril 2016 une kystectomie ovarienne gauche ; aucune préconisation ni aucune recommandation ne lui ont été données par les médecins concernant l'ovaire droit non opéré ;
- le 12 décembre 2016, de nouveaux examens médicaux ont conclu à l'existence d'une tumeur ovarienne droite, et plus particulièrement à " une carcinose péritonéale d'origine gynécologique de nature séreuse de haut grade " ; elle a suivi une lourde chimiothérapie et une intervention chirurgicale ;
- le CHU a commis plusieurs manquements dans la prise en charge de Mme E F :
- il aurait dû procéder à l'exérèse de l'ovaire droit dès le 11 avril 2016 aux fins de réaliser une étude histologique ;
- à tout le moins, et en l'absence d'ablation, il aurait dû mettre en place une surveillance régulière, ce qui n'a pas été fait ; lors de la consultation du 27 mai 2016, aucun toucher vaginal n'a été effectué pour évaluer l'état de l'ovaire droit et aucune surveillance par échographie n'a été prévue.
- le délai de 9 mois qui a séparé la première suspicion échographique de kyste organique de la coelioscopie réalisée le 11 avril 2016 est à l'origine d'une perte de chance d'éviter le décès de Mme E F de 93%.
- de ces manquements ont résulté les préjudices suivants :
Préjudices subis par Mme E F :
- douleur morale du fait de la conscience d'une espérance de vie réduite : 50 000 euros,
- souffrances endurées : 15 000 euros,
- déficit fonctionnel temporaire : 16 870 euros
- préjudice esthétique temporaire : 5 000 euros.
- Frais d'avocat : 5 000 euros.
Préjudices des proches de la victime :
- préjudice moral de M. H, fils de la victime : 30 000 euros ;
- préjudice moral de M. J F et Mme M F, parents de Mme E F : 10 000 euros.
- frais d'avocat engagés postérieurement au décès de Mme E F : 5 000 euros
- frais d'obsèques : somme non déterminée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le centre hospitalier universitaire de Limoges, représenté par Me Valière-Vialeix conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Il soutient qu'ainsi que l'a relevé le docteur D, expert judicaire, il n'a commis aucune faute dans la prise en charge de Mme F de sorte que sa responsabilité ne saurait être engagée.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha, premier conseiller,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 31 juillet 2015, Mme E F a été adressée par son gynécologue au centre hospitalier universitaire de Limoges à la suite de deux échographies mettant en évidence la présence de kystes sur chacun de ses ovaires. Elle a été reçue en consultation dans cet établissement, auprès du professeur B le 15 janvier 2016. Le 11 avril 2016, elle a subi une kystectomie ovarienne gauche et a regagné son domicile. En décembre 2016, à la suite de très fortes douleurs au ventre, Mme F a été adressé par son médecin traitant vers un radiologue qui a conclu, après la réalisation d'examens d'imagerie, à l'existence très certaine d'une tumeur ovarienne droite, diagnostic qui a ensuite été confirmé par une coelioscopie et un examen anatomopathologique. Mme F, atteinte d'une carcinose péritonéale d'origine gynécologique, a commencé une chimiothérapie le 17 janvier 2017 puis a été opérée le 21 mars suivant au CHU de Limoges. Elle a ensuite été hospitalisée à plusieurs reprises en 2017 et 2018 à la suite de l'extension de son cancer et est décédée le 12 septembre 2019.
2. Estimant que le décès de Mme E F, leur mère et fille, résultait de manquements commis par le centre hospitalier universitaire de Limoges dans sa prise en charge, M. K H, M. J F et Mme A F, agissant en leurs noms propres et en tant qu'ayants-droit de la victime décédée, demandent au tribunal de condamner cet établissement de santé à leur verser une somme globale de 146 870 euros, outre une somme non précisée au titre des frais d'obsèques exposés pour les funérailles de Mme E F.
Sur la responsabilité :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
En ce qui concerne le retard de prise en charge, la faute de diagnostic et d'indication opératoire :
4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du docteur D du 21 octobre 2018, lequel expert a été saisi par le président du tribunal de grande instance de Châteauroux, que, pour ne pas procéder à l'ablation du kyste de l'ovaire droit le 11 avril 2016 et se borner à réaliser une kystectomie ovarienne gauche de Mme F, le docteur B s'est fondé principalement sur les résultats de deux échographies réalisées le 28 mai 2015 et le 6 juillet 2015. Il résulte de ces examens qu'alors que les images concernant l'ovaire gauche ont objectivé une augmentation significative de cet ovaire, la présence d'une formation liquidienne de 40 x 30 mm, uniloculaire à contenu anéchogène stricte présentant une végétation non vascularisée, la première de ces échographies a conclu à un ovaire droit de taille sensiblement normale avec " une image échogène intra-ovarienne d'environ 9 mm, à préciser " et a recommandé un contrôle des ovaires. La seconde de ces échographies a conclu à l'existence au niveau de l'ovaire droit d'une formation hyperdense, un centre liquidien de 16 x 10 mm et a retenu que " les images ovariennes étaient probablement organiques, dermoïdes ' A surveiller ".
5. De première part, contrairement à ce qui est soutenu par les demandeurs, il résulte de l'instruction que ni les échographes ni le médecin gynécologue de Mme F n'ont conclu à la nécessité d'une kystectomie ovarienne droite, ces médecins insistant sur la nécessité d'une surveillance et le médecin gynécologue se bornant dans un courrier du 31 juillet 2015 à indiquer " qu'une solution chirurgicale serait peut-être préférable ". Par suite, et alors qu'aucune urgence n'avait été signalée par ces professionnels de santé, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le docteur B aurait trop tardé en proposant une consultation à Mme F en janvier 2016.
6. De deuxième part, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire du docteur D du 21 octobre 2018 que, compte tenu de la taille de la masse en cause, de son caractère mixte, à la fois solide et liquide, de l'absence de vascularisation, du caractère échogène de la masse retrouvée lors de la 1ère échographie, de l'interprétation faite des résultats de la 2ème échographie par le docteur G évocatrice d'un kyste dermoïde, de l'absence de tout symptôme chez la patiente, le tableau de l'ovaire droit de Mme F était évocateur d'un kyste dermoïde. Par suite, le professeur B, qui a confirmé ce diagnostic, n'a pas commis de faute en considérant que la masse concernant l'ovaire droit de Mme F était, au vu de l'ensemble de ces éléments, un kyste dermoïde, dépourvu de tout signe de malignité.
7. De troisième part, et tout d'abord, il résulte des recommandations du collège national des gynécologues et obstétriciens français dans leur version de 2013 que s'agissant des kystes dermoïdes " les transformations malignes surviennent chez les femmes de plus de 50 ans et pour un diamètre supérieur à 10 cm (NP3) " et que " l'abstention chirurgicale est une option pour les kystes dermoïdes asymptomatiques de petit diamètre (moins de 4 à 6 cm), sans qu'il soit possible de déterminer un seuil exact (grade C), qu'il est " habituel de les surveiller une fois par an ", que " les arguments pour un traitement chirurgical sont les symptômes, le gros volume ovarien ou une modification au cours du suivi ". En l'espèce, il résulte de l'instruction que la taille du kyste à l'ovaire droit de Mme F était inférieur à 2 cm, que l'intéressée, âgée de moins de 50 ans et non ménopausée, ne présentait pas de symptômes, que son ovaire droit avait une taille normale. Ainsi, au vu de ces éléments, et quand bien même le volume du kyste en cause avait augmenté de taille entre les deux échographies, le docteur B n'a pas commis de faute en ne retenant pas d'indication opératoire, ni d'exploration complémentaire pour l'ovaire droit de Mme F et en ne décidant de réaliser qu'une kystectomie ovarienne gauche le 11 avril 2016. Ainsi que dit au point 5, il n'a pas davantage commis de faute en ne recevant Mme F qu'en janvier 2016, en présence d'un diagnostic en faveur d'un kyste dermoïde et dès lors qu'aucune urgence à consulter n'avait été signalée par le gynécologue de Mme F ni par les échographes.
8. Ensuite, il résulte de l'instruction que lors de l'intervention du 11 avril 2016, le professeur B n'a noté aucun signe évocateur d'une tumeur maligne portant sur l'ovaire droit de Mme F, ce dernier indiquant dans son compte rendu que " l'ovaire droit a un aspect normal ", qu'il est non tumoral, que la trompe droite a également un aspect normal, que le " le cul de sac de Douglas est libre de toute adhérence ". Il résulte de cette même instruction que le professeur B a opéré une cytologie péritonéale dont les résultats, connus le 26 juillet 2016, n'ont pas été en faveur de l'existence d'un éventuel processus carcinologique ainsi que le relève l'expert judiciaire. Dans ces conditions, aucune faute ne peut être reprochée au centre hospitalier universitaire dans la mise en œuvre de la kystectomie ovarienne gauche, qui au vu des signes découverts pendant l'intervention, n'avait pas vocation à être étendue à l'ovaire droit de l'intéressée.
En ce qui concerne le défaut de surveillance en post-opératoire :
9. D'une part, les requérants, en se prévalant du rapport du docteur C du 5 octobre 2018, soutiennent que le professeur B n'a pas examiné la patiente lors de la visite post opératoire du 27 mai 2016 et n'a pas effectué de toucher vaginal pour évaluer l'ovaire droit (volume, mobilité, douleur). Toutefois, en l'absence de toute recommandation de bonne pratique citée prévoyant de recourir à un tel examen clinique un mois et demi seulement après une intervention gynécologique semblable à celle qu'a subi Mme F le 11 avril 2016 et alors, ainsi que dit au point 8, qu'aucune anomalie n'avait été détectée au niveau de l'ovaire droit de l'intéressée lors de cette intervention, aucune faute ne peut être retenue à l'encontre du CHU dans la mise en œuvre de cette visite post opératoire.
10. D'autre part, si les demandeurs, en se prévalant des rapports d'expertise du docteur C mentionné au point précédent et du docteur I du 29 mai 2019 soutiennent que le professeur B a commis une seconde faute en ne prévoyant pas une surveillance post-opératoire spécifique de l'ovaire droit de Mme F en présence d'une image suspecte par voie de prescription d'une échographie pelvienne, il résulte, d'une part, des recommandations de bonnes pratiques mentionnées au point 7 qu'en présence d'un kyste dermoïde inférieur à 4 cm qui n'est pas enlevé, la surveillance est annuelle, d'autre part, de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que le professeur B a adressé pour surveillance Mme F, après la consultation post-opératoire du 26 mai 2016, à sa gynécologue. Par suite, aucune faute ne peut être imputée au CHU de Limoges dans l'organisation de la surveillance de Mme F, en ce qui concerne son ovaire droit.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. K H, M. J F et Mme A F ne sont pas fondés à engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Limoges à raison des manquements qui auraient été commis par cet établissement dans la prise en charge de Mme E F. Par suite leurs conclusions indemnitaires doivent être rejetées ainsi par voie de conséquence que celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Sur les dépens :
12. Si la situation de Mme F a fait l'objet d'une expertise ordonnée par le tribunal de grande instance de Châteauroux, il ne résulte pas de l'instruction qu'une des parties aurait exposé des dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative dans la présente instance. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. K H, M. J F et Mme A F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. K H, M. J F, à Mme A F et au CHU de Limoges.
Une copie en sera adressée pour information à la CPAM de l'Indre.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Crosnier, premier conseiller,
- M. Martha, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026