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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200582

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200582

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200582
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantD'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 26 avril 2022, Mme B A, représentée par Me Magne, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de désigner un expert chargé de se prononcer sur les préjudices qu'elle subit à la suite d'une chute dont elle a été victime, le 24 octobre 2020, sur le parking situé Esplanade Charles de Gaulle à Aubusson.

Elle soutient que :

- le 24 octobre 2020, après s'être garée sur un parking à Aubusson, elle a été victime d'une chute dans un nid de poule, en raison du défaut d'entretien normal de ce parking ;

- par la suite, la réalisation d'un scanner a permis de constater qu'elle était atteinte d'une " effraction corticale de la pointe de la malléole externe avec fragments non déplacés " et la consultation d'un médecin en novembre 2020 a révélé la présence d'une entorse et d'une fissure de la pointe de la malléole externe ;

- malgré la prescription d'injections anti-inflammatoires et de séances de rééducation, elle n'est toujours pas rétablie et souffre toujours ;

- un constat d'huissier a permis de révéler la présence d'un trou d'environ 5,5 centimètres de profondeur et environ 20 centimètres de diamètre sur la route goudronnée du parking ;

- l'expertise est utile pour déterminer les causes de son accident ainsi que l'étendue et le montant de la réparation qu'elle pourra éventuellement solliciter.

Par un mémoire, enregistré le 28 avril 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de la Creuse, déclare ne pas s'opposer à la désignation d'un expert et demande à ce que lui soit remboursée, au titre des prestations versées, la somme provisoire de 2 839,22 euros, sous réserve d'autres paiements non encore connus à ce jour, et ce avec intérêts de droit à compter du jugement, ainsi que la somme provisoire de 946,40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue par l'ordonnance n° 96-51 du 24 janvier 1996.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, la commune d'Aubusson, représentée par Me Lachaume, conclut au rejet de la requête et des demandes de la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime.

Elle soutient que :

- le nid de poule dans lequel Mme A a chuté constitue une imperfection de la chaussée mais ne caractérise pas un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;

- l'inattention de la requérante est la cause exclusive de son dommage, excluant alors tout lien de causalité entre le défaut d'entretien normal de l'ouvrage public qu'elle lui impute et le préjudice qu'elle estime avoir subi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 15 octobre 1980, a été victime, le 24 octobre 2020, d'une chute sur le parking situé Esplanade Charles de Gaulle à Aubusson. Elle soutient que son pied droit s'est pris dans un nid de poule. Par cette requête, elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de désigner un expert chargé de se prononcer sur les préjudices qu'elle estime avoir subis suite à cette chute.

Sur la demande d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise, qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. L'utilité d'une demande d'expertise tient également au fait qu'il existe des éléments permettant d'établir de manière suffisante l'existence d'un lien de causalité.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de constat réalisé le 25 novembre 2021, que la chaussée présentait un trou d'environ 5 centimètres de profondeur et d'environ 20 centimètres de diamètre. Ainsi, en l'état de l'instruction et dans le cadre de l'office du juge des référés, aucun élément ne permet d'exclure manifestement toute possibilité de mise en cause de la responsabilité de la commune d'Aubusson en raison de l'utilisation de l'ouvrage public en cause, alors que la discussion des moyens soulevés par la commune d'Aubusson, relatifs à l'absence d'un défaut d'entretien de cet ouvrage public ainsi qu'à l'imprudence de la victime, ne relève que de l'examen d'un éventuel dossier au fond. Dans ces conditions, et contrairement à ce que soutient la commune d'Aubusson, la mesure d'expertise sollicitée par Mme A n'est pas dépourvue de toute utilité et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, d'ordonner cette mesure aux fins précisées à l'article 1er du dispositif de la présente ordonnance.

Sur la demande indemnitaire présentée par la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime :

4. Les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime, tendant à la condamnation de la commune d'Aubusson à lui rembourser la somme de 2 839,22 euros correspondant au montant provisoire des prestations qu'elle a versées à son assurée en lien avec la chute dont elle a été victime, saisissent le juge des référés de questions relevant exclusivement de la compétence du juge du fond, et sont manifestement irrecevables dans le cadre de la présente instance. Dès lors, elles doivent être rejetées.

5. Pour le même motif, les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie, tendant à la condamnation de la commune d'Aubusson à lui verser la somme de 946,40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue par l'ordonnance n° 96-51 du 24 janvier 1996, ne peuvent qu'être rejetées devant le juge de référés.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur D C, domicilié 2 rue des Troubadours à Ussel (19200), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se faire remettre l'entier dossier médical de Mme A, convoquer et entendre les parties et tous sachants ;

2°) procéder à l'examen clinique de Mme A ;

3°) décrire les blessures et lésions dont Mme A était atteinte à la suite de la chute dont elle a été victime le 24 octobre 2020, décrire les soins et actes médicaux dont elle a fait l'objet depuis cette date ;

4°) décrire l'état de santé actuel de Mme A et, le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec l'accident survenu le 24 octobre 2020 ;

5°) déterminer la date de consolidation si cela est possible ;

6°) fixer la durée de son incapacité temporaire totale ;

7°) évaluer l'importance de son incapacité permanente partielle et se prononcer sur l'atteinte permanente d'une ou plusieurs fonctions imputables à l'accident survenu le 24 octobre 2020 ;

8°) évaluer les préjudices esthétique, professionnel, corporel, d'agrément, les dépenses de santé actuelles et futures de Mme A et fournir tous les éléments permettant d'apprécier la nature, la durée, l'intensité des souffrances physiques ou morales subies jusqu'à la guérison ou à la consolidation des blessures, de leurs suites et des soins rendus nécessaires ;

9°) donner tous éléments, d'une manière générale, devant permettre à la juridiction qui sera éventuellement saisie d'un litige au fond de se prononcer sur la responsabilité encourue par la commune d'Aubusson et les préjudices subis.

Article 2 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de Mme A, de la commune d'Aubusson et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime.

Article 3 : L'expert ne pourra faire appel à un sapiteur sans avoir préalablement sollicité une autorisation auprès du tribunal.

Article 4 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative dans leur rédaction issue du décret n° 2010-164 du 22 février 2010. Pour l'accomplissement de cette mission, il se fera remettre, en application de l'article R. 621-7-1 du même code, tous documents utiles.

Conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, l'expert avertira les parties par lettre recommandée, quatre jours au moins à l'avance, des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise.

Les opérations de l'expertise devront être faites sans apprécier les droits respectifs des parties, la recevabilité ou le mérite de leurs prétentions, ces questions appartenant au fond du litige. Elles se dérouleront conformément aux dispositions des articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert, lui-même soumis au secret médical, pourra se faire communiquer directement l'entier dossier médical de l'intéressée, sans que puisse lui être opposé ce même secret et pourra entendre toute personne ayant pratiqué des soins à Mme A.

Article 6 : Conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours avant le 30 avril 2023.

Article 7 : Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime, tendant à ce que la commune d'Aubusson soit condamnée à lui verser des sommes provisoires sont rejetées.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à la commune d'Aubusson, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime et au docteur D C, expert.

Limoges, le 22 novembre 202 Le juge des référés,

P. GENSAC

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en chef,

S. CHATANDEAU

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