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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200635

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200635

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200635
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantFAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n°2200517 du 6 mai 2022, le tribunal administratif d'Orléans a renvoyé au tribunal administratif de Limoges la requête de M. C, de M. E et de la SAS Radiothérapie de l'Indre.

Par cette requête, enregistrée au tribunal le 6 mai 2022 sous le n°2200635, M. A C, M. D E et la SAS Radiothérapie de l'Indre, représentés par Me Fau, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°2021-DOS-0046 du 16 décembre 2021 par lequel le Directeur général de l'Agence régional de santé Centre-Val de Loire a accordé à la SELARL centre d'oncologie et de radiothérapie Saint-Jean, l'autorisation d'activité de soins de traitement du cancer pour la modalité de radiothérapie ;

2°) d'annuler l'arrêté n°2021-DOS-0057 du 16 décembre 2021 par lequel le Directeur général de l'Agence régional de santé (ARS) Centre-Val de Loire a rejeté la demande d'autorisation d'activité de soins de traitement du cancer pour la modalité de radiothérapie présentée par la SAS Radiothérapie de l'Indre ;

3°) de mettre à la charge de l'Agence régionale de santé Centre-Val de Loire une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

La décision n°2021-DOS-046 :

- méconnaît les dispositions de l'article R. 6123-89 du code de la santé publique, en ce qu'il ne fixe aucun seuil d'activité minimale ;

- ne constate pas l'engagement du bénéficiaire de l'autorisation à réaliser l'évaluation prévue par l'article L. 6122-5 du code de la santé publique;

- l'ARS Centre-Val de Loire s'est fondée sur des éléments partiels pour établir sa décision ; l'autorisation d'exploiter l'équipement de Moulins-Yzeure dans l'Allier a été délivrée par l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes le 23 juin 2021, soit postérieurement à la date de clôture du dépôt des candidatures relatives à l'implantation d'un équipement de radiothérapie dans le département de l'Indre, fixée au 20 juin 2021 ;

- en considérant que les médecins radiologues exerçant sur les sites préexistants de la structure bénéficiaire, situés respectivement dans le Cher et dans l'Allier, pouvaient assurer leur service simultanément dans l'Indre, l'ARS Centre-Val de Loire a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision n° 2021-DOS-057 :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté n°2021-DOS-046 ;

- n'est pas fondée sur un des dix motifs de refus énumérés à l'article R. 6122-34 du code de la santé publique mais s'appuie sur une évaluation comparative entre les deux projets déposés et sur l'avis de priorisation exprimé dans le rapport soumis à la commission spécialisée de l'organisation des soins (CSOS), lequel a été établi le 18 juin 2021 et n'a pas tenu compte des éléments transmis par les requérants le 19 juin 2021 ;

- en se livrant à une appréciation par comparaison l'ARS Centre-Val de Loire a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que, d'une part, les effectifs médicaux du projet porté par les requérants étaient eux-aussi particulièrement qualifiés et expérimentés et, d'autre part, disposaient de davantage de conventions partenariales avec les établissements de santé de l'Indre que n'en comptait le candidat retenu.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2022, le centre d'oncologie et de radiothérapie Saint-Jean, représenté par Me Quaderi, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'en cas d'annulation de l'arrêté n°2021-DOS-0046, celle-ci ne prenne effet qu'à l'issue d'un délai de douze mois à compter du jugement à intervenir, et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de chacun des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qu'à la date de son introduction la SAS Radiothérapie de l'Indre ne disposait pas de la personnalité morale ni d'un représentant ayant qualité et pouvoir pour l'engager en son nom ; M. C et M. E ne justifient pas de leur intérêt à agir.

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2022, l'Agence régionale de santé Centre-Val de Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Crosnier,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Quaderi, représentant la société d'exercice libéral Centre d'oncologie et de radiothérapie Saint-Jean, et de Mme B représentant le Directeur général de l'Agence régionale de santé Centre-Val de Loire.

Considérant ce qui suit :

1. Le schéma régional de santé 2018-2022 de la région Centre-Val de Loire a été complété en 2021 par l'expression d'un besoin exceptionnel relatif à l'exercice de l'activité de soins de traitement du cancer par radiothérapie externe dans le département de l'Indre. Dans ce cadre, la société par actions simplifiée (SAS) Radiothérapie de l'Indre et la société d'exercice libéral (SEL) Centre d'oncologie et de radiothérapie Saint-Jean ont chacune sollicité auprès de l'agence régionale de santé (ARS) Centre-Val de Loire l'autorisation d'exercer cette activité dans la nouvelle structure à construire sur le site du centre hospitalier de Châteauroux-Le Blanc. La commission spécialisée de l'organisation des soins (CSOS) de la conférence régionale de la santé et de l'autonomie a émis le 6 juillet 2021 un avis favorable sur la demande de la SAS Radiothérapie de l'Indre et un avis défavorable sur celui de la SEL Saint-Jean. Toutefois, par deux arrêtés du 16 décembre 2021, le Directeur général de l'ARS Centre-Val de Loire a, d'une part, accordé cette autorisation à la SEL Saint-Jean et, d'autre part, rejeté en conséquence la demande présentée aux mêmes fins par la SAS Radiothérapie de l'Indre. Les requérants demandent au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

Sur les fins de non-recevoir soulevées par le Centre d'oncologie et de radiothérapie Saint-Jean :

En ce qui concerne la capacité à agir de la SAS radiothérapie de l'Indre :

2. La société d'exercice libéral Centre d'oncologie et de radiothérapie Saint-Jean soutient qu'aucun dirigeant n'a régulièrement mandaté un conseil pour introduire la présente requête. Il ne ressort pas des pièces du dossier que des statuts auraient existé au jour de l'introduction de la requête habilitant régulièrement un dirigeant de la SAS Radiothérapie de l'Indre pour ester en justice au nom et pour le compte de la société ou pour mandater un conseil pour ce faire, et la société requérante n'apporte aucun élément permettant d'en justifier.

En ce qui concerne l'intérêt à agir de M. C et du docteur E :

3. Pour justifier d'un intérêt donnant qualité pour intenter un recours pour excès de pouvoir, le justiciable doit établir que l'acte attaqué l'affecte dans des conditions suffisamment spéciales, certaines et directes.

4. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. C, radiophysicien médical, et le docteur E, oncologue radiothérapeute, n'apparaissent qu'à une seule reprise dans le dossier soumis à la CSOS et dans le rapport établi à l'issue de sa réunion en tant que participants potentiels au projet, sans que cette qualité suffise à établir qu'ils disposaient à la date d'introduction de la requête d'un intérêt suffisant pour leur donner, à titre individuel, qualité à agir contre les décisions contestées.

5. Il résulte de ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées en défense par le centre d'oncologie et de radiothérapie Saint-Jean doivent être accueillies. Par suite, la requête présentée par la SAS Radiothérapie de l'Indre, M. C et M. E doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a lieu pas, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C, M. E et la SAS Radiothérapie de l'Indre est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à M. D E, à la société par actions simplifiée Radiothérapie de l'Indre, à l'Agence régionale de santé Centre-Val de Loire et au centre d'oncologie et de radiothérapie Saint-Jean.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

Y. CROSNIER

Le président,

D. ARTUS La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

A. BLANCHON

mf

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