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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200734

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200734

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200734
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantDAURIAC - PAULIAT-DEFAYE BOUCHERLE-MAGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2022, M. A B, représenté par Me Pauliat-Defaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 mars 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun a refusé de lui verser une prime de service au titre de l'année 2021 et lui a demandé le remboursement d'un acompte de prime de service d'un montant de 534 euros qui lui a été versé sur la paie du mois de novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de la Tour Blanche une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 31 mars 2022, tout comme la lettre de notification de cette décision, ne satisfont pas à l'exigence de motivation ;

- alors que la prime de service lui avait initialement été accordée au titre de l'année 2021, ainsi qu'il résulte du versement sur sa paie de novembre 2021 d'un acompte de prime de service d'un montant de 534 euros, le directeur du centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun ne pouvait, sans méconnaître le principe de non-rétroactivité des actes administratifs, lui retirer le bénéfice de cette prime de service par la décision contestée du 31 mars 2022 ;

- en refusant de lui attribuer la prime de service au titre de l'année 2021, alors qu'en vertu des dispositions transitoires prévues par l'arrêté du 18 octobre 2021, l'attribution de cette prime devait être examinée au regard uniquement de la note de 24,5/25 donnée au titre de l'année 2020 à laquelle un coefficient de progression minimum de 0,25 devait être appliqué, soit une note de 24,75/25 supérieure à celle de 12,5/25 requise pour pouvoir percevoir cette prime, le directeur du centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun a commis une erreur de droit ;

- la décision du 31 mars 2022 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ce n'est pas sa manière de servir ou sa valeur professionnelle qui constitue le fondement réel de cette décision mais la prise de conscience du directeur de l'hôpital de la surcharge des missions qui lui étaient confiées et qui ont, pour partie, été données à d'autres agents ;

- la décision du 31 mars 2022 constitue une sanction déguisée, prise sans respect d'une procédure disciplinaire préalable.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 février 2023, le centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun conclut au rejet de la requête comme non-fondée et demande qu'il soit mis à la charge de M. B, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, " les frais engagés au cours de la procédure ".

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 ;

- le décret n° 2001-1207 du 19 décembre 2001 ;

- le décret n° 2020-719 du 12 juin 2020 ;

- l'arrêté du 24 mars 1967 relatif aux conditions d'attribution de primes de service aux personnels de certains établissements énumérés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 ;

- l'arrêté du 18 octobre 2021 modifiant l'arrêté du 24 mars 1967 relatif aux conditions d'attribution de primes de service aux personnels de certains établissements énumérés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Mons-Bariaud, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Attaché d'administration hospitalière, M. B a été affecté en tant que directeur de la logistique et des achats du centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun à compter du 1er septembre 2018. Par une décision du 31 mars 2022, le directeur du centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun a refusé de lui verser une prime de service au titre de l'année 2021 et lui a demandé le remboursement d'un acompte de prime de service d'un montant de 534 euros qui lui a été versé sur la paie du mois de novembre 2021. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Selon l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

3. Sous réserve de dispositions législatives ou réglementaires contraires, et hors le cas où il est satisfait à une demande du bénéficiaire, l'administration ne peut retirer une décision individuelle explicite créatrice de droits, si elle est illégale, que dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. En principe, l'administration ne peut procéder à la répétition de sommes indûment versées en application d'une décision créatrice de droits illégale si elle ne procède pas à son retrait et ne peut plus le faire si le délai de retrait applicable est expiré. Pour l'application des règles relatives au retrait des actes administratifs, doit être assimilée à une décision explicite accordant un avantage financier celle qui, sans avoir été formalisée, est révélée par des agissements ultérieurs ayant pour objet d'en assurer l'exécution. L'existence d'une décision de cette nature peut par exemple, en fonction des circonstances de chaque espèce, être manifestée par le versement à l'intéressé des sommes correspondantes, telles qu'elles apparaissent sur son bulletin de paie.

4. Aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. () / Les deux premiers alinéas ne s'appliquent pas aux paiements ayant pour fondement une décision créatrice de droits prise en application d'une disposition réglementaire ayant fait l'objet d'une annulation contentieuse ou une décision créatrice de droits irrégulière relative à une nomination dans un grade lorsque ces paiements font pour cette raison l'objet d'une procédure de recouvrement ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. Sauf dispositions spéciales, les règles fixées par l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont applicables à l'ensemble des sommes indûment versées par des personnes publiques à leurs agents à titre de rémunération, y compris les avances et, faute d'avoir été précomptées sur la rémunération, les contributions ou cotisations sociales.

6. Selon l'article 1er de l'arrêté du 24 mars 1967 relatif aux conditions d'attribution de primes de service aux personnels de certains établissements énumérés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 : " Dans les établissements d'hospitalisation, () les personnels titulaire et stagiaire () peuvent recevoir des primes de services liées à l'accroissement de la productivité de leur travail dans les conditions prévues au présent arrêté ". Aux termes de l'article 2 de cet arrêté : " () Dans la limite des crédits définis à l'alinéa précédent, les montants individuels de la prime de service sont fixés, pour un service annuel complet, en considération de la valeur professionnelle et de l'activité de chaque agent ". Aux termes de l'article 3 du même arrêté : " La prime de service ne peut être attribuée au titre d'une année qu'aux agents ayant obtenu pour l'année considérée une note au moins égale à 12,5. L'autorité investie du pouvoir de nomination fixe les conditions dans lesquelles le montant de la prime varie proportionnellement aux notes obtenues sans qu'il puisse excéder 17 p. 100 du traitement brut de l'agent au 31 décembre de l'année au titre de laquelle la prime est attribuée ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté, dans sa version applicable au litige : " A titre transitoire, le montant de la prime de service attribuée au titre de l'année 2021 est déterminé selon les modalités suivantes : () / 2° Pour l'application des modalités fixées à l'alinéa 1er de l'article 3, la note à prendre en compte est la dernière note attribuée, à laquelle est appliqué un taux de progression annuelle supérieure ou égale à 0,25, défini par l'autorité investie du pouvoir de nomination ".

7. Les décisions administratives ne pouvant légalement disposer que pour l'avenir, l'administration ne peut, par dérogation à cette règle, prendre des mesures à portée rétroactive que pour assurer la continuité de la carrière d'un agent public ou procéder à la régularisation de sa situation.

8. Il ressort des pièces du dossier, notamment du bulletin de paie émis le 23 novembre 2021, que M. B s'est vu verser, sur sa paie de novembre 2021, un acompte de prime de service de 534 euros. Alors que le compte rendu d'entretien professionnel (CREP) servant pour l'attribution de la prime de service a été établi le 6 octobre 2021 au titre de l'année 2021 et qu'aucune disposition ne prévoyait que cette prime de service devrait faire l'objet d'un premier paiement partiel ou total présentant un caractère provisoire voire conditionnel susceptible de donner lieu à une régularisation ultérieure, le versement de cet acompte sur la paie de novembre 2021, qui ne constitue pas une simple erreur de liquidation, manifeste en l'espèce l'existence d'une décision créatrice de droits née le 23 novembre 2021, date d'émission du bulletin de paie, portant attribution, à tout le moins pour un montant de 534 euros, de la prime de service au titre de l'année 2021. Or, outre que cette décision créatrice de droits du 23 novembre 2021 n'était pas illégale dès lors notamment qu'en vertu des dispositions transitoires de l'article 6 de l'arrêté du 24 mars 1967 prévues pour tenir compte d'une évaluation de la manière de servir selon un CREP et non plus selon une notation, M. B, qui s'était vu accorder une note de 24,5/25 au titre de l'année 2020, était éligible à la prime de service au titre de l'année 2021, il est constant que la décision du 31 mars 2022 dont l'annulation est demandée ne peut qu'être regardée comme ayant procédé irrégulièrement au retrait de la décision initiale du 23 novembre 2021 au-delà du délai de quatre mois prévu par les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration. Également, la décision du 31 mars 2022 ne peut être regardée comme ayant été prise pour procéder rétroactivement à la régularisation de la situation de M. B et l'acompte de prime de service de 534 euros qui a été versé sur la paie de novembre 2021 ne caractérise pas une créance résultant d'un paiement indu dont l'administration pouvait demander le remboursement en application de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 31 mars 2022 du directeur du centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Il y a lieu d'enjoindre au centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun de procéder au réexamen de la situation de M. B, en particulier pour ce qui concerne un éventuel reversement au requérant de la somme de 534 euros si ce dernier s'est déjà acquitté du remboursement qui lui était réclamé par la décision du 31 mars 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun une somme de 1 200 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Toutefois, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur ce fondement par le centre hospitalier.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 31 mars 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun a refusé à M. B une prime de service au titre de l'année 2021 et lui a demandé le remboursement d'un acompte de prime de service d'un montant de 534 (cinq cent trente-quatre) euros qui lui a été versé sur sa paie de novembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun de réexaminer la situation de M. B, en particulier s'agissant d'un éventuel reversement au requérant de la somme de 534 (cinq cent trente-quatre) euros si ce dernier s'est déjà acquitté du remboursement réclamé par la décision du 31 mars 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au centre hospitalier de la Tour Blanche à Issoudun.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUSLa greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

A. BLANCHON

mf

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