mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200752 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MAUSSET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 2 juin 2022, 29 mars 2023 et 18 avril 2023, Mme F E, agissant en son nom propre et en qualité d'ayant droits de sa mère Mme C E, représentée par Me Mausset, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche à lui verser une somme globale de 54 920,60 euros en réparation des divers préjudices résultant du manquement commis dans le cadre de la prise en charge de sa mère dans cet établissement public de santé ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les frais et honoraires de l'expertise judiciaire qui a été réalisée par le docteur A.
Elle soutient que :
Sur la responsabilité du centre hospitalier :
- ainsi qu'il résulte du rapport d'expertise judiciaire établi le 1er juillet 2021 par le docteur A, la responsabilité du centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche est engagée en raison du retard de prise en charge adéquate de sa mère Mme C E lors du premier passage aux urgences de cet établissement le 22 mars 2017 à 13 H 00 ; l'absence d'arrêt du traitement par anticoagulant Xarelto 15 en dépit de la présence d'un important hématome généré par la rupture du tendon du quadriceps droit constitue un manquement aux règles de l'art et aux données acquises par la science engageant la responsabilité pour faute de cet établissement sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- comme l'a estimé l'expert judiciaire, un taux de perte de chance de 60 % d'éviter les dommages dont l'indemnisation est demandée doit être appliqué ; contrairement à ce que soutient le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche, ce taux de perte de chance ne saurait être ramenée à 30 % en raison d'une prétendue sortie contre avis médical le 22 mars 2017 ; à cet égard, le centre hospitalier ne produit ni l'attestation signée ni le procès-verbal de refus mentionnés à l'article R. 1112-62 du code de la santé publique.
Sur la liquidation des préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe, sa mère :
- elle est fondée, en sa qualité d'ayant droits, à demander le versement d'une somme de 3 603,60 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne, d'une somme de 20,94 euros au titre des frais d'adaptation du logement, d'une somme de 3 924 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total et partiel, d'une somme de 9 000 euros au titre des souffrances endurées, d'une somme de 3 600 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, d'une somme de 5 610 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et d'une somme de 1 800 euros au titre du préjudice esthétique permanent.
En ce qui concerne ses préjudices propres :
- elle est fondée à demander le versement d'une somme de 1 080 euros au titre de la réparation du préjudice financier lié à l'annulation de ses vacances prévues en Corse du 4 au 18 août 2017, d'une somme de 2 641,94 euros au titre de frais de déplacement entre le domicile de sa mère et son lieu de travail situé à l'aéroport de Limoges Bellegarde, d'une somme de 4 950 euros au titre de l'indemnisation de jours de RTT et de repos compensateurs et d'une somme de 144 euros correspondant aux honoraires d'un expert-comptable sollicité pour apprécier l'étendue de ses préjudices économiques, d'une somme de 12 000 euros au titre de son préjudice d'affection et d'une somme de 4 800 euros au titre du préjudice d'accompagnement.
Par des mémoires enregistrés les 7 juillet 2022 et 30 mars 2023, la CPAM de la Charente-Maritime, agissant pour le compte de la CPAM de la Haute-Vienne, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche à lui verser une somme de 96 327,05 euros en remboursement de ses débours, avec les intérêts de droit à compter du jugement à intervenir, ainsi qu'une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Par des mémoires en défense enregistrés les 20 janvier, 2 février et 13 avril 2023, le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche, représenté par Me Valière Vialeix, demande au tribunal de ramener à de plus justes proportions les sommes demandées, d'une part, par Mme F E, en son nom propre et en sa qualité d'ayant droits, en réparation des divers préjudices résultant selon elle du manquement commis par le centre hospitalier dans la prise en charge de sa mère et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, d'autre part, par la CPAM de la Charente-Maritime en remboursement de ses débours.
Il fait valoir que :
- dès lors qu'une partie de la perte de chance retenue par l'expert judiciaire est imputable au retour à domicile contre avis médical décidé par la patiente et par sa fille, il y a lieu de faire application d'un taux de perte de chance de 30 % et non de 60 % comme proposé par l'expert ; une hospitalisation aurait permis d'assurer une surveillance médicale de la patiente, et d'adapter les thérapeutiques et de les interrompre en cas d'aggravation clinique ;
- les prétentions indemnitaires de la requérante, présentées en son nom propre et en qualité d'ayant droits de sa mère, seront ramenées à de plus justes proportions dès lors qu'il y a lieu de faire application d'un taux de perte de chance de 30 %, que parmi les préjudices susceptibles de donner lieu à indemnisation certains sont manifestement surévalués et que certains des préjudices invoqués ne sauraient être réparés en l'absence de preuve de leur existence ou de lien direct et certain avec la faute qui a été commise par le centre hospitalier lors de la prise en charge de Mme C E ;
- pour ce qui concerne les conclusions de la CPAM de la Charente-Maritime tendant au remboursement de ses débours, il appartiendra au tribunal de faire application du taux de perte de chance de 30 %.
La procédure a été communiquée à la mutuelle 403, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
- les observations de Me Mausset, pour Mme F E,
- et les observations de Me Valière-Vialeix, pour le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche.
Considérant ce qui suit :
1. Née le 18 mars 1933, Mme C E, alors sous anticoagulant (Xarelto 15) en raison d'une arythmie cardiaque, a, du fait de douleurs avec présence d'un hématome au niveau du genou droit, été admise au service des urgences du centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche le 22 mars 2017 à 13h00 à la suite d'un transfert sollicité par son médecin traitant qui suspectait une rupture du tendon du quadriceps droit. Elle a alors bénéficié d'une radiographie du genou, sans anomalie osseuse, et d'une échographie de la cuisse qui a montré une " suffusion hémorragique diffuse au niveau de l'extrémité inférieure de la cuisse " mais qui n'a pas permis de bien visualiser le tendon quadricipital. Vers 17h00, la patiente a rejoint son domicile à Jumilhac-le-Grand (Dordogne) avec prescription uniquement d'un fauteuil roulant et d'un glaçage de la zone douloureuse matin et soir. Le 24 mars 2017, vers 00h30, elle a appelé le SAMU en raison d'une augmentation de l'hématome s'étendant dorénavant de l'aine à la cheville droite avec des douleurs intenses. Transportée au service des urgences du centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche vers 2h00, le médecin urgentiste qui l'a prise en charge à son admission a décidé de son transfert immédiat au service d'orthopédie du CHU de Limoges, où elle a d'abord été gardée sous surveillance. Le 5 avril 2017, un angioscanner des membres inférieurs a révélé une nécrose avec une collection à contenu épais en place du muscle grand droit avec un aspect de rupture du tendon quadricipital. Le lendemain, Mme C E a subi une intervention chirurgicale pour évacuation de l'hématome infecté et, le 10 mai 2017, elle a bénéficié d'une greffe de peau sur la partie nécrosée. A la suite d'une hospitalisation au service d'oncologie thoracique et cutanée de ce CHU du 16 au 30 mai 2017, pendant laquelle elle a subi, pour une pathologie indépendante, une ablation d'un mélanome temporal, elle a été prise en charge au centre de rééducation fonctionnelle de l'hôpital Jean Rebeyrol à Limoges. Après avoir notamment bénéficié d'une antibiothérapie, de soins locaux et d'une kinésithérapie mobilisatrice, une sortie de Mme C E, qui avait déposé des demandes d'admission en EHPAD qui étaient en cours d'examen, a été initialement envisagée le 16 juillet 2017. Toutefois, à titre exceptionnel, en réponse à une demande formulée par Mme F E, fille de la patiente, tendant à la poursuite de la rééducation en service de soins de suite et de réadaptation, l'équipe médicale a accepté de prolonger la prise en charge de la patiente dans ce centre de rééducation fonctionnelle, mais seulement jusqu'au 4 août 2017, date à laquelle Mme C E a regagné son domicile. Par la suite, l'intéressée a pu récupérer une certaine mobilité de son genou droit, mais avec une limitation de la flexion ainsi qu'une laxité nécessitant l'utilisation, pour la marche, d'une attelle et d'un déambulateur ou de béquilles. Le 23 septembre 2018, Mme C E est décédée à son domicile en raison d'un arrêt cardiaque.
2. Estimant que les conditions de prise en charge de sa mère au centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche n'avaient pas été conformes aux règles de l'art, Mme F E a saisi le juge des référés du tribunal d'une demande d'expertise médicale. Il a été fait droit à cette demande par une ordonnance n° 2000905 du 25 janvier 2021. Le docteur A, médecin anesthésiste-réanimateur, a établi son rapport d'expertise le 1er juillet 2021. Se fondant notamment sur ce rapport d'expertise, mais également sur un rapport d'expertise établi le 13 novembre 2017 par le docteur D à la demande de la société Groupama dans le cadre de la mise en œuvre d'un contrat de protection juridique, Mme F E, demande au tribunal, en son nom propre et en qualité d'ayant droits de sa mère décédée, de condamner le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche à lui verser une somme de 54 920,60 euros. La CPAM de la Charente-Maritime, agissant pour le compte de la CPAM de la Haute-Vienne, demande pour sa part la condamnation du centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche à lui verser une somme de 96 327,05 euros en remboursement de ses débours, avec les intérêts de droit à compter du jugement à intervenir, ainsi qu'une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche et le taux de perte de chance :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ". Aux termes de l'article R. 1112-62 de ce code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 1111-5, à l'exception des mineurs et des personnes hospitalisées d'office, les malades peuvent, sur leur demande, quitter à tout moment l'établissement. / Si le médecin chef de service estime que cette sortie est prématurée et présente un danger pour leur santé, les intéressés ne sont autorisés à quitter l'établissement qu'après avoir rempli une attestation établissant qu'ils ont eu connaissance des dangers que cette sortie présente pour eux. / Lorsque le malade refuse de signer cette attestation, un procès-verbal de ce refus est dressé ".
4. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire du 1er juillet 2021 du docteur A, qu'en raison de la présence d'un important hématome à la cuisse droite, qui révélait l'existence d'un saignement dans cette zone, l'arrêt du traitement anticoagulant par Xeralto 15 dont bénéficiait Mme C E du fait de son arythmie cardiaque aurait dû être décidé par l'équipe médicale du centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche dès le premier passage au service des urgences le 22 mars 2017. Il résulte en effet de l'instruction que le Xeralto 15 est un anticoagulant qui ne doit pas être utilisé en cas de saignement important ou de lésion présentant un risque de saignement grave, ce qui était le cas en l'espèce, et que l'arrêt de ce traitement par anticoagulant dès le 22 mars 2017 pendant quelques jours aurait pu permettre un arrêt du saignement de façon plus précoce et un hématome moins volumineux avec un risque plus faible de surinfection. Il résulte aussi de l'instruction que la pathologie cardiaque présentée par Mme C E ne faisait pas obstacle à l'arrêt de Xeralto 15, la requérante faisant à cet égard valoir, sans être contredite, que ce médicament continue de produire ses effets pendant 48 à 72 heures, ce qui aurait éventuellement laissé un temps suffisant pour trouver un traitement palliatif pour son arythmie cardiaque. Cependant, comme le souligne l'expert judiciaire dans son rapport établi le 1er juillet 2021, la faute commise par le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche, qui engage la responsabilité de cet établissement public de santé en application du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, a uniquement fait perdre à Mme C E une chance d'éviter l'extension de l'hématome et les conséquences liées qu'il y a lieu de fixer à 60 % dans la mesure où, même avec un arrêt du traitement anticoagulant dès le 22 mars 2017, cet hématome était déjà constitué et aurait pu augmenter compte tenu de la demi-vie du traitement par anticoagulant. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, ce taux de perte de chance de 60 % ne saurait être ramené à 30 % afin de tenir compte d'une prétendue sortie de la patiente contre avis médical le 22 mars 2017 dès lors, d'une part, que l'existence d'une telle sortie contre avis médical, qui n'est pas étayée par la production de l'attestation signée du malade ou bien du procès-verbal de refus de signer cette attestation mentionnés à l'article R. 1112-62 du code de la santé publique, ne peut être regardée comme établie, d'autre part, que ce n'est en tout état de cause pas le retour à domicile le 22 mars 2017 qui est à l'origine de la survenue des dommages mais le défaut d'arrêt immédiat du traitement anticoagulant, l'expert relevant sur ce point qu'une surveillance en milieu hospitalier n'aurait pas permis d'éviter la diffusion de l'hématome.
En ce qui concerne la liquidation des préjudices :
S'agissant des préjudices de Mme C E et de la CPAM de la Charente-Maritime :
Quant aux dépenses de santé :
6. Comme l'admet le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche dans ses dernières écritures, la CPAM de la Charente-Maritime justifie, par la production du relevé de ses débours et de l'attestation d'imputabilité de son médecin conseil, de dépenses de santé qui ont été exposées au bénéfice de Mme C E pour la période allant du 22 mars 2017 au 23 septembre 2018, en lien direct et certain avec le manquement commis dans sa prise en charge, qu'il y a lieu d'évaluer à 96 327,05 euros. Après application du taux de perte de chance de 60 %, il y a donc lieu de condamner le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche à verser à la CPAM de la Charente-Maritime une somme de 57 796,23 euros.
Quant aux frais d'assistance par une tierce personne :
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire du 1er juillet 2021 du docteur A, qu'avant le 22 mars 2017, Mme C E, alors âgée de 84 ans, bénéficiait déjà, compte tenu d'un état de santé fragile qui était caractérisé en particulier par une arythmie et une insuffisance cardiaque ainsi qu'une prothèse totale de la hanche droite, de deux heures d'aide-ménagère et d'une heure d'aide pour les courses par semaine, qui ne sauraient être indemnisés au titre des frais d'assistance par une tierce personne résultant de la faute commise par le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche. En outre, si, après son retour à son domicile le 4 août 2017, Mme C E a eu besoin de soins infirmiers à raison d'une heure par jour, la requérante indique dans ses propres écritures que cette heure quotidienne a été prise en charge en intégralité par la CPAM et par la mutuelle de sa mère. Il résulte ainsi de l'instruction que n'ont vocation à être indemnisées en l'espèce que les trois heures supplémentaires d'aide non spécialisée mentionnées dans le rapport d'expertise judiciaire pour la toilette, les repas et l'habillage au titre de la période allant du 4 août 2017 au 23 septembre 2018, soit un total de 1 245 heures qui ont été effectuées par Mme F E. Il y a lieu, pour ce poste de préjudice, de faire droit à la demande présentée par la requérante en sa qualité d'ayant droits de sa mère en condamnant le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche à lui verser la somme qu'elle sollicite de 3 603,60 euros.
Quant aux frais d'adaptation du logement :
8. Après application du taux de perte de chance de 60 %, il y a lieu de condamner le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche à verser à Mme F E, en sa qualité d'ayant droits de sa mère, une somme de 20,94 euros correspondant au coût d'achat d'un réhausseur pour les WC au domicile de la défunte.
Quant aux souffrances endurées :
9. Il sera fait une juste appréciation des souffrances qui ont été endurées par Mme C E en raison de la faute commise par le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche, évaluées à 4/7 par l'expert judiciaire, en allouant à Mme F E, en sa qualité d'ayant droits, après application du taux de perte de chance de 60 %, une somme de 4 500 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire et permanent :
10. Après application du taux de perte de chance de 60 %, il sera fait une juste évaluation du préjudice esthétique temporaire et du préjudice esthétique permanent subis par Mme C E, respectivement estimés à 3/7 et à 2/7 par l'expert judiciaire, en condamnant le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche au versement d'une somme de 2 500 euros.
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
11. Après application du taux de perte de chance de 60 % et exclusion de l'hospitalisation pendant la période du 16 au 30 mai 2017 au service d'oncologie thoracique et cutanée du CHU de Limoges qui a trait à la prise en charge d'une pathologie indépendante de celle en litige, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire total subi par Mme C E au titre de la période du 24 mars au 15 mai 2017 et du 30 mai au 1er octobre 2017, date à compter de laquelle elle a pu commencer à se mobiliser, ainsi que de son déficit fonctionnel temporaire partiel à 75 % au titre de la période du 2 octobre au 13 octobre 2017, date de consolidation, en condamnant le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche à verser à sa fille une somme de 1 800 euros.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
12. Comme l'a relevé l'expert judiciaire dans son rapport établi le 1er juillet 2021, au 13 octobre 2017, date de consolidation, Mme C E présentait un déficit fonctionnel permanent de 35 %, dont 20 % relevant d'un " état antérieur " et 15 % imputable à la faute qui a été commise par le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche dans le cadre de sa prise en charge en raison d'une limitation de la flexion du genou ainsi qu'une laxité nécessitant le port d'une attèle. Après application du taux de perte de chance de 60 %, il y a lieu de faire droit à la demande de Mme F E en lui allouant, en sa qualité d'ayant droits, une somme de 5 610 euros.
S'agissant des préjudices subis par Mme F E :
13. En premier lieu, si l'indemnisation des frais d'assistance par une tierce personne ne peut intervenir qu'au profit de la victime, les proches de la victime qui lui apportent une assistance peuvent prétendre à être indemnisés par le responsable du dommage au titre des préjudices qu'ils subissent de ce fait. Le proche de la victime peut ainsi prétendre, le cas échéant, à la réparation d'un préjudice propre, qui est distinct du préjudice d'affection, consistant en des troubles dans ses conditions d'existence ayant résulté de l'obligation qu'il a eue d'apporter une aide à la victime. L'indemnité accordée à ce titre ne fait pas double emploi avec la somme allouée à la victime pour la mettre en mesure d'assumer les frais afférents à l'assistance par une tierce personne. Ce préjudice propre peut être évalué de façon forfaitaire.
14. Si, en l'absence de lien suffisamment direct et certain avec la faute qui a été commise par le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche, ils ne sauraient comprendre le préjudice subi par Mme F E en raison de l'annulation sans remboursement de ses vacances programmées début mars 2017 en Corse pour la période allant du 4 au 18 août 2017, il résulte toutefois de l'instruction que la requérante, qui a emménagé chez sa mère à compter du 4 août 2017 pour lui apporter l'assistance quotidienne dont elle avait besoin compte tenu de son état de santé, a subi des troubles dans ses conditions d'existence imputables à cette faute, lesquels étaient notamment constitués par des conditions de vie dégradées, des trajets allers-retours entre le domicile de sa mère et son lieu de travail situé à Limoges et le fait qu'elle a posé des jours de RTT ou de repos compensateurs pour s'occuper de sa mère. Il sera fait une juste évaluation de ces troubles, qui incluent ce que la requérante qualifie de " préjudice d'accompagnement ", en lui allouant, après application du taux de perte de chance de 60 %, une somme de 8 000 euros.
15. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la mission que la requérante indique avoir confiée à un expert-comptable afin de l'aider à évaluer son " préjudice économique " ait présenté un caractère utile pour la résolution du litige. Par suite, Mme F E n'est pas fondée à demander le versement d'une indemnité correspondant aux honoraires qu'elle a versés à cet expert-comptable.
16. En dernier lieu, après application du taux de perte de chance de 60 %, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mme F E en condamnant le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche à lui verser une indemnité de 3 000 euros.
17. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche est condamné à verser, d'une part, une somme de 29 034,54 euros à Mme F E en sa qualité d'ayant droits de sa mère Mme C E et en réparation de ses préjudices propres, d'autre part, une somme de 57 796,23 euros à la CPAM de la Charente-Maritime au titre de ses débours.
Sur les intérêts :
18. Même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. La demande de la CPAM de la Charente-Maritime tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date de lecture de ce jugement, les intérêts au taux légal sur la somme que le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche est condamné à lui verser en remboursement de ses débours est donc dépourvue de tout objet et doit être rejetée.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
19. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". Selon l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 susvisé : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024 ". En application de ces dispositions, il y a lieu de condamner le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche à verser à la CPAM de la Charente-Maritime une somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les frais d'expertise :
20. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".
21. Il y a lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche les frais et les honoraires de l'expertise judiciaire réalisée par le docteur A, taxés et liquidés à une somme de 1 600 euros par une ordonnance du 16 décembre 2021.
Sur les frais liés au litige :
22. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
23. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche une somme de 1 800 euros à verser à Mme F E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche est condamné à verser une somme de 29 034,54 (vingt-neuf mille trentre-quatre euros et cinquante-quatre centimes) euros à Mme F E en sa qualité d'ayant droits de sa mère Mme C E et en réparation de ses préjudices propres.
Article 2 : Les frais et les honoraires de l'expertise judiciaire réalisée par le docteur A, taxés et liquidés à une somme de 1 600 (mille six cents) euros par une ordonnance du 16 décembre 2021, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche.
Article 3 : Le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche versera une somme de 1 800 (mille huit cents) euros à Mme F E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche est condamné à verser à la CPAM de la Charente-Maritime, d'une part, une somme de 57 796,23 (cinquante sept mille sept cent quatre-vingt-seize euros et vingt-trois centimes) euros en remboursement de ses débours, d'autre part, une somme de 1 191 (mille cent quatre-vingt-onze) euros au titre de l'indemnité forfaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, au centre hospitalier Jacques Boutard à Saint-Yrieix-la-Perche, à la CPAM de la Charente-Maritime et à la mutuelle 403.
Une copie en sera adressée pour information à l'expert judiciaire, le docteur A.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Martha, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
D. ARTUSLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
La greffière,
M. B
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026