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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200783

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200783

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200783
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2022, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 décembre 2021 par laquelle le directeur départemental des territoires de l'Indre a fixé à 0,90 le coefficient de modulation individuel ayant servi à déterminer le montant de son indemnité spécifique de service au titre de l'année 2020, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours hiérarchique formé le 24 février 2022 ;

2°) d'enjoindre à la ministre chargée de la Transition écologique, de l'Energie, du Climat et de la Prévention des risques de fixer son coefficient de modulation individuel à 1,01 et sa dotation finale d'indemnité spécifique de service à la somme de 11 942,70 euros et de régulariser sa situation financière en lui versant le solde restant dû dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la notification de l'indemnité spécifique de service qui lui a été attribuée au titre de l'année 2020 est tardive dès lors qu'elle aurait dû intervenir au plus tard le 31 décembre 2021 ;

- alors que sa manière de servir pour l'année 2020 a été jugée très satisfaisante malgré un contexte sanitaire délicat, comme en atteste notamment l'appréciation générale portée dans le compte rendu de son entretien professionnel, son coefficient de modulation individuel a pourtant été fixé à 0,90, soit un niveau inférieur à la moyenne de son grade de 1,01 ; en lui attribuant ce coefficient, l'administration a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'attribution de son coefficient de modulation individuel et de sa dotation finale d'indemnité de service au titre de l'année 2020 lui porte durablement préjudice dès lors que le montant indemnitaire est conservé pour la mise en place du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (Rifseep) ;

- dans le contexte spécifique de la mise en place du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (Rifseep), le ministère de la transition écologique a refusé de publier la note de gestion relative à l'indemnité spécifique de service au titre de l'année 2020 ; l'absence de publication de cette note a eu pour effet de supprimer l'obligation de présenter un bilan d'exécution dans les comités techniques locaux et a empêché ses représentants de porter à la connaissance du service et du responsable d'harmonisation tout situation semblable à la sienne.

Un mémoire et un courrier aux fins de maintien de la requête, présentés par M. C respectivement le 30 janvier 2023 et le 6 mai 2024, ont été enregistrés mais n'ont pas été communiqués.

Par ordonnance du 4 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 4 septembre 2024.

La ministre chargée de la Transition écologique, de l'Energie, du Climat et de la Prévention des risques et la ministre chargée du Partenariat avec les territoires et de la Décentralisation ont produit un mémoire le 14 octobre 2024 qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n°2003-799 du 25 août 2003 ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- l'arrêté du 25 août 2003 fixant les modalités d'application du décret relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée :

- le rapport de M. Gillet,

- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C est ingénieur des travaux publics de l'Etat affecté, en 2020, en qualité de chef de l'unité risques dans le service planification, risques, eau, nature de la direction départementale des territoires de l'Indre. Par une décision du 23 décembre 2021, notifiée le 21 février 2022, le directeur départemental des territoires de l'Indre a fixé l'indemnité spécifique de service de M. C au titre de l'année 2020 en appliquant un coefficient de modulation individuelle de 0,90. Le 24 février 2022, l'intéressé a formé un recours hiérarchique sollicitant le réexamen de la valeur de son coefficient de modulation individuelle à la suite duquel une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur sa demande. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret n°2003-799 du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement, dans sa rédaction applicable du 19 décembre 2021 au 13 mars 2022 : " Les () ingénieurs des travaux publics de l'Etat () bénéficient, dans la limite des crédits ouverts à cet effet, d'une indemnité spécifique de service (). Les droits à l'indemnité spéciale correspondant au service rendu par les agents concernés au titre de l'année 2020 sont versés à parts égales sur six années à compter de l'année 2022 ".

3. Si M. C invoque un droit au paiement, avant le 31 décembre 2021, de l'intégralité de la somme due au titre de 2020, un tel droit ne résultait pas du décret précité dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée, qui prévoyait expressément un versement à parts égales sur six années à compter de l'année 2022. Les conditions de notification d'un acte étant sans incidence sur la légalité de celui-ci, le requérant ne peut utilement faire valoir, dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir, que la décision contestée lui aurait été notifiée tardivement. En tout état de cause, la décision fixant le coefficient final de modulation individuel au titre de l'année 2020 a été notifiée à M. C le 21 février 2022. Dès lors, le moyen de légalité externe invoqué par le requérant ne saurait être accueilli.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 du décret précité du 25 août 2003, dans sa rédaction applicable au litige : " Les montants de l'indemnité spécifique de service susceptibles d'être servis peuvent faire l'objet de modulation pour tenir compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus dans des conditions fixées par arrêté () ". Aux termes de l'article 16 du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat : " Lorsque des régimes indemnitaires prévoient une modulation en fonction des résultats individuels ou de la manière de servir, ces critères sont appréciés par le chef de service au vu du compte rendu de l'entretien professionnel ". Enfin, il résulte des dispositions de l'article 3 de l'arrêté susvisé du 25 août 2003 que le coefficient de modulation individuelle prévu à l'article 7 du décret du 25 août 2003 est compris, pour les ingénieurs des travaux publics de l'Etat, entre 85 % et 115 % du taux moyen.

5. Il ressort du compte-rendu d'entretien professionnel établi en 2021 au titre de l'année 2020, qui, ainsi qu'il résulte des dispositions précitées, doit constituer le document de référence pour apprécier la manière de servir de l'intéressé, qu'un objectif assigné à l'intéressé a été atteint et que trois autres ont été partiellement atteints dans le contexte particulier de la crise sanitaire et de la nécessité de réorganiser les modalités de travail en urgence au sein de l'unité risques. En particulier, les résultats en matière de sécurisation de l'action de l'unité dans les domaines techniques et professionnels ont été considérés comme " inégaux " et l'analyse littérale des autres résultats comporte plusieurs pistes d'amélioration pour l'année suivante. Il ressort en outre de ce compte-rendu que les compétences professionnelles de M. C, évaluées sur une échelle comportant quatre niveaux, " initié ", " pratique ", " maîtrise " et " expert ", ont été estimées au niveau " maîtrise " pour trente-quatre d'entre elles et " pratique " pour six autres. Enfin, l'appréciation globale portée sur l'activité et la réalisation des objectifs de l'année écoulée précise que " les années à venir devront être mises à profit pour consolider et améliorer le positionnement de l'agent en tant que cadre de catégorie A ". L'appréciation littérale du supérieur hiérarchique direct sur la manière de service de l'agent, évaluée au niveau " très bon ", précise également que " la continuité du service a été assurée bien que les modalités de travail de l'année 2020 aient mis à rude épreuve les capacités de travail et d'encadrement des chefs d'unité " et que " l'amélioration du positionnement viendra avec l'expérience et la maîtrise des missions qui permettront l'apport d'une valeur ajoutée substantielle que l'on attend d'un cadre A chef d'unité ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a obtenu, pour l'année 2020, un coefficient de modulation individuelle de 0,90, compris entre le taux minimal de 0,85 et le taux maximal de 1,15 prévu par les dispositions citées au point 4 ci-dessus pour les ingénieurs des travaux publics de l'Etat. Eu égard à l'appréciation portée sur ses résultats individuels et sa manière de servir au cours de l'année 2020 dans le cadre de l'entretien professionnel mené en 2021, dont la teneur du compte-rendu est résumée au point 5 ci-dessus, le coefficient de modulation qui lui a été attribué pour l'année 2020, soit 0,90, n'est pas manifestement en inadéquation avec la qualité des services rendus sur cette période et les fonctions exercées. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. Enfin, aucune disposition législative ou réglementaire n'exige l'édiction d'une note de gestion préalablement à la fixation des coefficients de modulation individuelle des agents concernés. Il s'ensuit que la circonstance que l'administration n'ait procédé à l'adoption d'aucune note de gestion relative à l'attribution et au versement de l'indemnité spécifique de service aux fonctionnaires du ministère dont relève M. C au titre de l'année 2020 est sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la ministre chargée de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques et à la ministre chargée du partenariat avec les territoires et de la décentralisation. Copie en sera adressée pour information au directeur départemental des territoires de l'Indre.

Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Gillet, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

Le rapporteur,

K. GILLET

Le président,

D. ARTUS Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne

à la ministre chargée de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques et à la ministre chargée du partenariat avec les territoires et de la décentralisation en ce qui les concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière,

M. B

cg

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