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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200800

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200800

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200800
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantAARPI THEMIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2022, M. C D, représenté par l'Aarpi Thémis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 février 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a ordonné la prolongation de son placement à l'isolement pour la période allant du 26 février 2022 au 26 mai 2022 ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, d'ordonner la levée de son isolement dans un délai de quinze jours à compter de la signification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle méconnait les dispositions de l'article R. 57-7-68 du code de procédure pénale ; en ordonnant la prolongation de la mise à l'isolement de l'exposant sans disposer du rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires saisi par le chef d'établissement, le ministre de la justice a entaché sa décision de vices de procédure ;

- ledit rapport n'est aucunement joint au dossier contradictoire ;

- elle est entachée d'inexactitude matérielle et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 21 septembre 2023.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Artus,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, écroué depuis le 1er avril 2008, a fait l'objet depuis le 25 septembre 2018 de plusieurs placements à l'isolement. Le 17 février 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, a ordonné la prolongation de son placement à l'isolement pour la période allant du 26 février 2022 au 26 mai 2022. L'intéressé demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 57-7-68 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Lorsque la personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le ministre de la justice peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelables () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. D est placé à l'isolement depuis plus d'un an et, d'autre part, que la décision attaquée a été prise par le garde des sceaux, ministre de la justice, sur rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon. Par un arrêté du 28 janvier 2022, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du 5 février 2022, le ministre de la justice a donné délégation à Mme E A, cheffe du pôle isolement et signataire de la décision contestée, à l'effet de signer l'ensemble des actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets, dans la limite de ses attributions, actes au nombre desquels figure la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 57-7-68 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " Lorsque la personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le ministre de la justice peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelables. La décision est prise sur rapport motivé du directeur interrégional saisi par le chef d'établissement selon les modalités de l'article R. 57-7-64 () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, conformément aux dispositions des articles R. 57-7-64 et R. 57-7-68 du code de procédure pénale, la décision du 17 février 2022 du garde des sceaux, ministre de la justice, a été prise sur rapport motivé du 16 février 2022 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon, lui-même pris sur rapport motivé de la directrice de maison centrale de Saint-Maur du 10 février 2022. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient l'intéressé, aucune disposition législative ou réglementaire ne prescrit à peine d'irrégularité de la procédure la communication systématique à la personne détenue du rapport du directeur interrégional. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de cet avis ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire ". Selon l'article R. 57-7-73 de ce code : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé ". Saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l'isolement, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration pénitentiaire quant à la nécessité d'une telle mesure qu'en cas d'erreur manifeste.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D est incarcéré depuis le 1er avril 2008. Il a été condamné pour des faits de dégradation ou détérioration de bien, vol avec destruction ou dégradation, violence, outrage et violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique, violence avec usage ou menace d'une arme, conduite d'un véhicule sous l'emprise d'un état alcoolique, à une vitesse excessive, délit de fuite après un accident, conduite d'un véhicule sans permis, port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, recel de bien, rébellion, menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, détention, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, de l'entourage d'un dépositaire de l'autorité publique, outrage à une personne chargée d'une mission de service public, menace de mort réitérée, exhibition sexuelle, violence aggravée par trois circonstances et évasion d'un condamné en placement extérieur. Le requérant a fait l'objet de nombreux transferts par mesure d'ordre et de sécurité. Il a ainsi été transféré au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse le 2 novembre 2018, suite à l'agression d'un personnel de surveillance le 28 octobre 2018, avec usage d'une arme artisanale occasionnant de graves blessures. Transféré au centre pénitentiaire de Valence le 28 janvier 2019 puis au centre pénitentiaire d'Aiton le 13 juin 2019, son comportement oblige alors à ce que ses mouvements hors cellule soient effectués menottés et encadrés par trois agents et un gradé. De nouveau transféré au centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier le 16 septembre 2019, il persiste dans son comportement en insultant, en menaçant et en tentant d'agresser un personnel de surveillance. Les agressions et incidents dont il s'est rendu responsable entre octobre 2018 et octobre 2019 ont justifié son affectation à l'unité des détenus violents de Marseille. Lors de sa détention à Marseille, il a exprimé le besoin d'être placé à l'isolement. Il a de nouveau proféré à de multiples reprises des insultes et des menaces à l'encontre du personnel pénitentiaire et il a été transféré au centre de détention de Châteaudun par mesure d'ordre et de sécurité où il a été replacé à l'isolement au regard de son comportement inapproprié et de son absence d'adhésion au sein de l'unité des détenus violents de Marseille. Les 19, 24, 27 et 29 décembre 2020, les 16, 22 et 26 janvier 2021, les 5, 6, 13, 14, 16, 21, 22 et 24 février 2021, le requérant a fait l'objet de comptes-rendus d'incident pour avoir proféré des insultes et des menaces à l'encontre des personnels, laissant entendre qu'il pourrait passer à l'acte violent contre les personnels pénitentiaires dès que ces derniers ne seraient plus équipés de tenues pare-coups. Une fois transféré, le 19 avril 2021, au sein du centre pénitentiaire de Châteauroux le 19 avril 2021, il a de nouveau fait l'objet de vingt comptes-rendus d'incidents, toujours pour les mêmes motifs. Transféré, le 12 novembre 2021, au sein de la maison centrale de Saint-Maur, il a fait depuis l'objet de plusieurs sanctions disciplinaires pour des insultes et des menaces répétées. Le 15 janvier 2022, après avoir une nouvelle fois insulté un surveillant pénitentiaire, il a mis le feu à la grille de sa cellule. Le 24 février suivant, il a été sanctionné de quinze jours de cellule disciplinaire. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à venir contredire les motifs sur lesquels le garde des sceaux, ministre de la justice, a fondé sa décision de prolongation d'isolement. Par suite, et compte tenu de la dangerosité de l'intéressé, c'est sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation que le garde des sceaux, ministre de la justice, a prononcé la prolongation du placement à l'isolement de M. D pour la période du 26 février 2022 au 26 mai 2022.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 17 février 2022 du garde des sceaux, ministre de la justice, et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. D doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à l'Aarpi Thémis et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Artus, président-rapporteur,

- M. Crosnier, premier conseiller,

- M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le président,

D. ARTUS

Le premier assesseur,

Y.CROSNIER La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La greffière,

M. B

N°2200800

mf

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