mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200879 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELAS GOUT DIAS AVOCATS ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 juin et 12 juillet 2022, Mme C A D, représentée par Me Catry, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 14 mai 2022 par laquelle le maire de la commune de Mansac a implicitement refusé de faire droit à sa demande de raccordement de son terrain aux réseaux publics d'électricité et d'eau potable, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre à la commune de Mansac de faire droit à sa demande de raccordement aux réseaux d'électricité et d'eau potable ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Mansac une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie car la privation d'eau courante et d'électricité préjudicie grandement et immédiatement à son activité maraichère ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
' elle n'est justifiée par aucun motif ni aucune considération ;
' elle l'empêche d'exercer son activité ;
' elle méconnaît le principe d'égalité devant le service public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, la commune de Mansac, représentée par Me Dias, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A D la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comprend pas, en annexe, la requête à fin d'annulation de la décision litigieuse ;
- la condition d'urgence, qui doit s'apprécier en mettant en balance l'intérêt du requérant avec l'intérêt général, n'est pas remplie : la révision du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune aura pour effet de classer les parcelles de la requérante en zone naturelle " N " et que ce classement est incompatible avec toute activité de maraichage, d'élevage et d'agriculture ; les installations déjà installées par la requérante portent atteinte au caractère naturel que la commune ambitionne de préserver dans ce secteur ; par ailleurs, la requérante a elle-même tardé à déposer sa requête en référé ;
- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 24 juin 2022 sous le numéro 2200875 par laquelle Mme A D demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Christine Mège, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Catry, représentant Mme A D, qui précise que l'activité maraîchère de la requérante est très demanderesse en eau et qui insiste sur la circonstance qu'il n'existe aucune autre source d'approvisionnement en eau, qu'il n'existe pas d'intérêt public pouvant s'opposer à sa demande et que les raccordements ne sollicitent pas la mise en œuvre de travaux lourds ;
- et les observations de Me Dias, représentant la commune de Mansac, qui revient sur la fin de non-recevoir soulevée tenant à l'absence de production d'une requête en annulation en annexe de la requête en suspension étant donné que Mme A D a régularisé cette situation et qui soutient que le moyen tiré du vice de procédure tenant au défaut de motivation de la décision litigieuse ne tient pas dès lors que cette décision peut être retirée et remplacée à tout moment par une décision expresse.
La clôture de l'instruction a été différée à 14 heures pour permettre à la commune de Mansac de justifier de l'existence d'une réponse à la demande de communication des motifs de la décision contestée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A D est propriétaire d'une parcelle cadastrée section ZO n° 211 située au lieu-dit " La Canouille " sur le territoire de la commune de Mansac en Corrèze. Par un courriel du 14 mars 2022, l'intéressée a demandé au maire de la commune le raccordement de sa parcelle aux réseaux d'électricité et d'eau potable. La commune n'ayant pas répondu à cette demande, une décision implicite de rejet est née le 14 mai 2022. Mme A D demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision litigieuse, Mme A D soutient que la privation d'eau courante et d'électricité préjudicie grandement et immédiatement à son activité maraîchère. Il ressort des pièces du dossier que Mme A D bénéficie d'une autorisation afin d'exploiter son activité maraichère sur la parcelle litigieuse. Ainsi, la décision litigieuse, qui rejette sa demande tendant à ce que sa parcelle soit raccordée aux réseaux d'eau potable et d'électricité, la met en difficulté quant à l'exploitation de son activité. Par conséquent, la condition d'urgence doit, dans les circonstances particulières de l'espèce, être regardée comme remplie.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ". En l'absence de communication des motifs dans le délai d'un mois la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.
6. En l'espèce, la requérante soutient que la décision litigieuse n'est justifiée par aucun motif ni aucune considération. Il ressort des pièces du dossier que Mme A D a sollicité, par un courrier du 1er juin 2022 réceptionné le 2 juin 2022 par la mairie de Mansac, " une réponse écrite et motivée " à sa demande de raccordement de sa parcelle aux réseaux d'eau potable et d'électricité. Par l'envoi de ce courrier, Mme A D doit être regardée comme ayant demandé la communication des motifs de la décision par laquelle le maire de Mansac a implicitement rejeté de sa demande de raccordement aux réseaux de distribution d'eau potable et d'électricité de la commune. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune de Mansac aurait communiqué les motifs de cette décision dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré du vice de procédure tenant au défaut de motivation de la décision attaquée, en l'état de l'instruction, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A D est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête en annulation par le juge du fond.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Il a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à commune de Mansac de réexaminer la situation de Mme A D dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Mansac le versement d'une somme de 800 euros à Mme A D, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées sur le même fondement par la commune de Mansac, partie perdante à l'instance, ne peuvent quant à elles qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le maire de la commune de Mansac a rejeté la demande de Mme A D tendant au raccordement de sa parcelle aux réseaux d'eau potable et d'électricité est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Mansac de réexaminer la situation de Mme A D dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune de Mansac versera à Mme A D une somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Mansac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A D et à la commune de Mansac.
(nom)GHELLAMGGGG
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 202Le juge des référés,
C. MEGE
Le greffier,
C. HOCHART
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
2
aj
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026