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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200934

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200934

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200934
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantANGLE DROIT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 juillet 2022 et le 6 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Pelletier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Buzançais à lui verser la somme de 22 353,30 euros, correspondant aux indemnités de fin de contrats qui lui sont dues, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 décembre 2021 et de la capitalisation de ces intérêts à la date du 6 septembre 2023 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Buzançais la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à percevoir les indemnités de fin de contrats calculées sur la base de 10% de la rémunération brute qu'elle a perçue au titre des contrats à durée déterminée successifs dont elle a bénéficié du 4 octobre 2013 au 28 février 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2023, le centre hospitalier de Buzançais, représenté par Me Brazier, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, au plafonnement du montant des indemnités de précarité à la somme de 10 213,58 euros, calculée sur la base de la rémunération que Mme A aurait dû percevoir, et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés et, en tout état de cause, les primes issues des avenants échus avant le 1er janvier 2017 sont prescrites.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Crosnier,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, docteur en pharmacie, a été recrutée par le centre hospitalier Saint-Roch de Buzançais en tant que responsable du service de pharmacie à hauteur de 40 %, pour une durée de 3 mois à compter du 14 octobre 2013, suivi d'un contrat du 13 janvier 2014 prolongé par avenants jusqu'au 30 juin 2020. Au terme de ce contrat, Mme A a été recrutée en qualité de praticien spécialisé en pharmacie pour assurer la vacance d'un poste de praticien hospitalier du 1er juillet 2020 au 30 octobre 2020 à hauteur de 60%, puis du 1er novembre 2020 au 31 décembre 2020 à hauteur de 50% et enfin du 1er janvier 2021 au 28 février 2021 à hauteur de 50%. À l'issue de ces contrats, Mme A n'a pas perçu d'indemnités de fin de contrat. Après avoir sollicité le 21 décembre 2021 le versement de ces indemnités à hauteur de 22 353,30 euros, sa demande a été rejetée par le centre hospitalier de Buzançais le 2 février 2022 qui considérait qu'une partie de la créance était prescrite. Mme A a formé un recours gracieux contre cette décision, notifié le 1er mars 2022, qui a également été rejeté par courriel le 9 mai 2022. Elle demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Buzançais à lui verser la somme de 22 353,30 euros qu'elle demande au titre de ses indemnités de fin de contrats.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le centre hospitalier de Buzençais :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". L'article R.421-2 du même code dispose : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours ".

3. Il résulte de l'instruction que, par sa décision du 2 février 2022, le centre hospitalier de Buzançais a rejeté la demande formulée par la requérante le 21 décembre 2021. Ce rejet a fait l'objet d'un recours gracieux formulé le 25 février 2022, notifié au centre hospitalier le 1er mars 2022. Une décision implicite de rejet est ainsi née du silence de l'administration le 1er mai 2022. Par un courriel du 9 mai 2022, qui s'est substitué à la précédente décision implicite de rejet, la directrice du centre hospitalier de Buzançais a rejeté la demande de la requérante. Par suite, la requête de Mme A introduite le 4 juillet 2022, soit avant l'expiration du délai de recours fixé ainsi le 10 juillet 2022, n'est pas tardive et la fin de non-recevoir soulevée par le centre hospitalier de Buzançais doit être écartée.

Sur les conclusions tendant au versement des indemnités de fin de contrat :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit de l'Etat (..) toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit, le fait générateur de la créance se trouve en principe dans les services accomplis par l'intéressé. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à ces services court à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle l'agent aurait dû être rémunéré.

5. Il est constant que Mme A a bénéficié d'un premier contrat conclu le 13 octobre 2013 pour une durée de trois mois. Un nouveau contrat a été conclu le 13 janvier 2014, modifié le 24 février 2014 par un avenant n°2 pour porter son échéance au 13 juillet 2014. Par la suite, des avenants successifs, conclus avant l'échéance du précédent, ont été conclus jusqu'au 30 juin 2020. Dans ces conditions, le contrat conclu le 13 janvier 2014 et ses avenants successifs, qui ne procèdent à aucun bouleversement du contrat mais se bornent à en différer le terme, fait générateur de la créance, doivent être regardés comme un seul et même contrat. Conformément aux dispositions rappelées au point précédent, le délai de prescription relatif à ces services a ainsi commencé à courir à compter du 1er janvier 2021. La demande préalable formulée par Mme A ayant été notifiée le 23 décembre 2021 au centre hospitalier de Buzançais, ce dernier n'est dès lors pas fondé à soutenir que la créance était prescrite pour la période courant jusqu'au 31 décembre 2016.

6. En second lieu, aux termes de l'article R. 6152-418 du code de la santé publique : " Les dispositions du code du travail sont applicables aux praticiens contractuels en tant qu'elles sont relatives, à l'indemnité prévue à l'article L. 1243-8 du code du travail et aux allocations d'assurance prévues à l'article L. 5424-1 du code du travail. ". Par ailleurs, aux termes du premier alinéa de l'article L. 1243-8 du code du travail : " Lorsque, à l'issue d'un contrat de travail à durée déterminée, les relations contractuelles de travail ne se poursuivent pas par un contrat à durée indéterminée, le salarié a droit, à titre de complément de salaire, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation. Cette indemnité est égale à 10 % de la rémunération totale brute versée au salarié. Elle s'ajoute à la rémunération totale brute due au salarié. Elle est versée à l'issue du contrat en même temps que le dernier salaire et figure sur le bulletin de salaire correspondant ".

7. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'au terme d'un contrat de travail à durée déterminée la relation de travail n'est pas poursuivie par un contrat à durée indéterminée, le praticien contractuel a droit, à titre de complément de rémunération, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation. La circonstance qu'un contrat à durée déterminée soit suivi par un autre contrat de même nature est sans incidence sur l'exigibilité de cette indemnité. Cette dernière est alors assise, pour chaque contrat, sur la rémunération totale brute versée du début jusqu'à la fin de ce contrat.

8. Il résulte de l'instruction, et notamment des éléments de rémunération non contestés fournis par la requérante, que le montant total des rémunérations brutes perçues par Mme A du 14 janvier 2014 au 30 juin 2020 s'est élevé à la somme de 188 438,02 euros à laquelle s'ajoutent au titre des trois contrats conclus postérieurement une rémunération brute globale de 26 932,85 euros, soit un montant brut total de 215 370,87 euros. Par suite, elle est fondée à obtenir du centre hospitalier de Buzançais le versement d'une indemnité de précarité à hauteur de 10%, soit la somme de 21 537,09 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 21 décembre 2021 et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 21 décembre 2022, date à laquelle était due pour la première fois une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

9. En troisième lieu, si le centre hospitalier soutient, à titre subsidiaire, que la requérante aurait bénéficié sur ces périodes d'une rémunération supérieure à celle à laquelle elle pouvait prétendre et que, par voie de conséquence, le montant des indemnités de précarité doit être plafonné à la somme de 10 213,58 euros, cette circonstance, dont il est à l'origine, est toutefois sans incidence sur le montant de ces indemnités, calculé sur la base du montant brut des rémunérations qui ont été effectivement versées à Mme A.

Sur les frais liés aux litiges :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Buzançais la somme de 1 200 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Buzançais est condamné à verser à Mme A la somme de 21 537,09 (vingt et un mille cinq cent trente-sept euros et neuf centimes) au titre des indemnités de précarité qui lui sont dues du 14 janvier 2014 au 28 février 2021.

Article 2 : La somme mentionnée au point précédent portera intérêts à compter du 21 décembre 2021. Les intérêts échus à la date du 21 décembre 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Le centre hospitalier de Buzançais versera à Mme A la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Buzançais.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Martha, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le rapporteur,

Y. CROSNIER

Le président,

D.ARTUS La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

A. BLANCHON

mf

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