Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200947
mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200947 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juillet 2022 et 19 avril 2023, la commune de Châteauroux, représentée par son maire, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du conseil municipal du Poinçonnet du 24 mars 2022, et la décision implicite de rejet du recours gracieux du 2 juillet 2022, portant résiliation pour motifs d'intérêt général d'une convention du 10 avril 1964 relative à l'extension sur le territoire de la commune du Poinçonnet d'une zone industrielle créée par la commune de Châteauroux ;
2°) d'ordonner la reprise des relations contractuelles au 31 mars 2022 ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Poinçonnet la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la mesure de résiliation de la convention litigieuse prononcée par la délibération du
24 mars 2022 n'est justifiée par aucun motif d'intérêt général, et notamment pas par un bouleversement de l'équilibre général de cette convention ni une disparition de sa cause.
Par un mémoire enregistré le 30 mars 2023, la commune du Poinçonnet, représentée par Me Marceau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Châteauroux une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle pouvait résilier unilatéralement la convention en cause ;
- la mesure de résiliation de la convention litigieuse est justifiée par le bouleversement de son équilibre général, par l'absence de cause à la signature de la convention ou par la disparition de cette même cause en cours d'exécution dès lors que les équipements ont été amortis et que l'entretien est désormais assuré par Châteauroux Métropole et par la commune du Poinçonnet ;
- le reversement des sommes prévues dans la convention constitue une libéralité justifiant la résiliation unilatérale et faisant obstacle à la reprise des relations contractuelles.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que la commune de Châteauroux ayant eu connaissance de la mesure de résiliation au plus tard le 28 avril 2022, ses conclusions à fin d'annulation de ladite mesure, qui doivent être regardées comme un recours en contestation de la validité de ladite mesure, doivent être rejetées comme tardives et par suite irrecevables.
La ville de Châteauroux et la commune du Poinçonnet ont formulé leurs observations sur ce moyen relevé d'office par des courriers du 19 septembre 2024 qui ont été communiqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha, rapporteur,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
- et les observations de Me Marceau, pour la commune du Poinçonnet.
Une note en délibéré a été produite par la commune de Châteauroux le 1er octobre 2024 qui a été enregistrée sans être communiquée.
Considérant ce qui suit :
1.Par convention signée le 10 avril 1964, les communes de Châteauroux et du Poinçonnet ont décidé d'un commun accord que la zone industrielle créée par la commune de Châteauroux sur son territoire, au lieu-dit " Anvaux ", fera l'objet d'une extension sur le territoire de la commune du Poinçonnet. Une des stipulations de cette convention a prévu le reversement par la commune du Poinçonnet à la commune de Châteauroux d'une somme égale à 90 % du montant total des attributions d'impôts et de taxes de toute nature au titre des établissements industriels ou commerciaux installés dans cette zone jusqu'à concurrence de la charge nette résultant pour la commune de Châteauroux de la différence entre les dépenses d'achat et d'équipement des terrains, et de leur revente, puis d'une somme de 63 % de ces mêmes ressources pendant 99 ans. Des avenants signés en 1969, 1972, 2000 et 2001 ont complété la convention initiale. Par une délibération du 24 mars 2022, le conseil municipal du Poinçonnet a décidé la résiliation unilatérale pour motifs d'intérêt général de la convention du 10 avril 1964. La commune de Châteauroux a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 28 avril 2022 qui a été rejeté implicitement. La commune de Châteauroux conteste la validité de cette résiliation et demande au tribunal d'ordonner la reprise des relations contractuelles.
Sur les conclusions aux fins de contestation de la validité de la résiliation prononcée par la délibération du 24 mars 2022 et de reprise des relations contractuelles :
2.Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. Elle doit exercer ce recours, y compris si le contrat en cause est relatif à des travaux publics, dans un délai de deux mois à compter de la date à laquelle elle a été informée de la mesure de résiliation. Eu égard aux particularités de ce recours contentieux, à l'étendue des pouvoirs de pleine juridiction dont le juge du contrat dispose et qui peut le conduire, si les conditions en sont satisfaites, à ordonner la reprise des relations contractuelles, l'exercice d'un recours administratif pour contester cette mesure, s'il est toujours loisible au cocontractant d'y recourir, ne peut avoir pour effet d'interrompre le délai de recours contentieux. En outre, aucun principe ni aucune disposition, notamment pas les dispositions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative, qui ne sont pas applicables à un recours de plein contentieux tendant à la reprise des relations contractuelles, n'imposent qu'une mesure d'exécution soit notifiée avec mention des voies et délais de recours pour que ce délai de deux mois commence à courir.
3.Il résulte de l'instruction, notamment des propres écritures de la commune de Châteauroux, que cette dernière a eu connaissance de la délibération du 24 mars 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune du Poinçonnet a décidé de la résiliation de la convention du 10 avril 1964 modifiée, au plus tard le 28 avril 2022, date à laquelle elle indique, en produisant le document, avoir formé un recours gracieux à l'encontre de cette délibération. Eu égard à ce qui a été dit au point 2, le délai de recours contentieux à l'encontre de cette décision de résiliation a commencé à courir à cette date sans que le recours gracieux susmentionné formé par la commune de Châteauroux n'ait eu pour effet d'interrompre le cours de ce délai. La commune avait ainsi jusqu'au 29 juin 2022 pour introduire sa requête contre la délibération qu'elle conteste. Celle-ci ayant été introduite le 7 juillet 2022, elle est tardive de sorte qu'elle est irrecevable.
Sur les frais de justice :
4.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Poinçonnet la somme demandée par la commune de Châteauroux. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune du Poinçonnet présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Châteauroux est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune du Poinçonnet sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3: Ce jugement sera notifié à la commune de Châteauroux et à la commune du Poinçonnet.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Crosnier, premier conseiller,
- M. Martha, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUSLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef,
La Greffière,
M. A
jb
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618520
01/09/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2502745
01/09/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2604577
01/09/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2620197
01/09/2026