jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2201001 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BERSAT SANDRINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juillet 2022, Mme D A, représentée par Me Bersat, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Tulle à lui verser une somme de 17 000 euros, avec les intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa réclamation indemnitaire préalable formée par un courrier du 25 mars 2022, en réparation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis en raison du non-respect par cet établissement de l'engagement formel qu'il avait pris auprès d'elle de la recruter à compter du 1er février 2022 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Tulle une somme de 2 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Tulle est engagée en raison du non-respect de l'engagement formel qu'il avait pris à son égard de la recruter par mutation en qualité d'aide-soignante à compter du 1er février 2022 ;
- elle est fondée à demander la condamnation du centre hospitalier de Tulle à lui verser, en raison de cette faute, une somme de 12 000 euros en réparation de son préjudice matériel et une somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2023, le centre hospitalier de Tulle, représenté par Me Clement, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête de Mme A est irrecevable ; en premier lieu, dès lors que c'est la décision de radiation des cadres prise le 11 janvier 2022 par la directrice de l'EHPAD qui a fait perdre à la requérante sa qualité de fonctionnaire et qu'il appartenait seulement à cette directrice de prendre une décision de radiation des effectifs pour mutation et non une décision de radiation des cadres, la requête de Mme A, par laquelle elle demande la condamnation du centre hospitalier et non de cet EHPAD, est mal dirigée ; en second lieu, la requérante, qui ne peut se prévaloir " d'aucun intérêt direct entre l'absence de changement d'établissement qui serait imputable au centre hospitalier de Tulle et sa situation actuelle ", ne justifie pas d'un intérêt à agir ;
- il n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité ; contrairement à ce que soutient Mme A, il n'existait aucun engagement formel ou promesse de la recruter au centre hospitalier de Tulle à compter du 1er février 2022.
Par des mémoires enregistrés les 24 et 28 mai 2024, M. B A déclare reprendre l'instance engagée par son épouse, Mme D A, qui est décédée le 19 septembre 2022, et sollicite dorénavant une somme de 19 000 euros en réparation du préjudice financier subi par la défunte, une somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral et une somme de 2 500 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Aide-soignante de classe normale au sein de l'EHPAD Bouic-Manoury à Fauville-en-Caux (Seine-Maritime), Mme A a demandé au centre hospitalier de Tulle, par un courrier du 17 novembre 2021, sa mutation dans cet établissement. Par un courrier du 13 décembre 2021, elle a aussi présenté, auprès de l'EHPAD Bouic-Manoury à Fauville-en-Caux, une demande tendant à obtenir sa mutation au centre hospitalier de Tulle. Le 11 janvier 2022, la directrice de l'EHPAD Bouic-Manoury à Fauville-en-Caux a pris une décision " portant mutation d'une aide-soignante ", par laquelle elle a radié Mme A " des cadres de l'établissement à compter du 1er février 2022 en vue de sa mutation au centre hospitalier de Tulle ". Cependant, par une décision du 25 janvier 2022, qui a été reçue par Mme A le 2 février 2022, le directeur du centre hospitalier de Tulle lui a indiqué qu'il n'entendait finalement pas donner de " suite favorable à sa candidature ". Par cette requête, M. B A, venant aux droits de son épouse Mme A qui est décédée le 19 septembre 2022, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Tulle à lui verser une somme globale de 24 000 euros, avec les intérêts au taux légal à compter de la date de réception de cette réclamation préalable, en réparation des préjudices financier et moral subis par son épouse en raison du non-respect de cet établissement public de santé de l'engagement formel qu'il avait pris auprès d'elle de la recruter à compter du 1er février 2022.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
En ce qui concerne la recevabilité :
2. En premier lieu, le caractère bien ou mal dirigé de conclusions indemnitaires relève des questions de fond et non de la recevabilité d'une requête. Par suite, la fin de non-recevoir du centre hospitalier de Tulle, tirée de ce que les préjudices de Mme A seraient imputables non pas à une promesse de mutation qu'il n'aurait pas tenue mais à la décision du 11 janvier 2022 de directrice de l'EHPAD Bouic-Manoury à Fauville-en-Caux et qu'ainsi sa requête aurait dû être dirigée à l'encontre de cet EHPAD, n'est pas fondée et doit être écartée.
3. En second lieu, et contrairement à ce que fait valoir le centre hospitalier de Tulle, M. B A, venant aux droits de son épouse décédée, justifie d'un intérêt à agir suffisant pour solliciter la condamnation de ce centre hospitalier à réparer les préjudices résultant de la promesse qu'il n'a pas tenue de recruter Mme A à compter du 1er février 2022. Il s'ensuit que cette fin de non-recevoir doit également être écartée.
En ce qui concerne la responsabilité :
4. Après avoir présenté sa demande de mutation au centre hospitalier de Tulle par son courrier du 17 novembre 2021, Mme A a été reçue en entretien le 9 décembre 2021. Mme A fait valoir, sans être contredite, qu'à l'issue de cet entretien, une cadre du pôle du service des ressources humaines du centre hospitalier de Tulle lui a fait part d'un accord de principe sur le changement d'affectation qu'elle sollicitait et lui a demandé de formaliser une demande de mutation auprès de l'EHPAD Bouic-Manoury à Fauville-en-Caux, ce qu'elle a fait par son courrier du 13 décembre 2021. Il résulte en outre de l'instruction que, par un courrier du 31 décembre 2021, la directrice des ressources humaines du centre hospitalier de Tulle, agissant sur délégation du directeur, a indiqué de manière non équivoque à la directrice de l'EHPAD Bouic-Manoury à Fauville-en-Caux que " suites aux entretiens passés, une suite favorable est donnée pour un recrutement [de Mme A] à compter du 1er février 2022 " et lui a demandé si cette date de prise d'effet de la mutation était susceptible de lui convenir. Si, par ce courrier du 31 décembre 2021, la directrice des ressources humaines du centre hospitalier de Tulle a également demandé la transmission du dossier administratif, la " décision de radiation des cadres ", ainsi qu'une fiche de renseignements à laquelle devaient être jointes les trois dernières fiches d'évaluation, le centre hospitalier de Tulle, qui n'a aucunement conditionné son accord à la mutation à la communication préalable de ces pièces, ne peut qu'être regardé comme ayant fait connaître son accord de principe quant à un recrutement de Mme A, à compter du 1er février 2022 si l'EHPAD Bouic-Manoury à Fauville-en-Caux était d'accord sur cette date. C'est d'ailleurs ce qui ressort du courrier du même jour par lequel la directrice des ressources humaines du centre hospitalier de Tulle, agissant aussi sur délégation du directeur, a indiqué à Mme A que l'EHPAD Bouic-Manoury à Fauville-en-Caux avait été sollicité " sur la date de changement d'affectation " et qu'elle serait informée " de la suite donnée à ce mouvement ". Compte tenu de ces éléments, Mme A doit nécessairement être regardée comme ayant reçu, de la part du centre hospitalier de Tulle, l'assurance qu'elle serait recrutée par mutation à compter du 1er février 2022, ainsi que le confirme également la décision de " radiation des cadres de l'établissement " à compter de cette date " en vue de sa mutation au centre hospitalier de Tulle " prise le 11 janvier 2022 par la directrice de l'EHPAD Bouic-Manoury à Fauville-en-Caux, décision dont l'édiction et la communication ont été expressément sollicitées par la directrice des ressources humaines du centre hospitalier de Tulle dans son courrier du 31 décembre 2021. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir qu'en ne respectant pas, par sa décision de refus de mutation prise le 25 janvier 2022, l'engagement qu'il avait pris de recruter son épouse par mutation à compter du 1er février 2022, le centre hospitalier de Tulle a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices :
5. En premier lieu, si M. A demande une somme en réparation du préjudice matériel constitué par la perte par son épouse de sa rémunération en qualité d'aide-soignante à l'EHPAD Bouic-Manoury à Fauville-en-Caux, ce préjudice, imputable à la décision du 11 janvier 2022 de la directrice de cet EHPAD qui n'aurait pourtant pu légalement produire ses effets qu'à la condition que l'intéressée ait effectivement obtenu sa mutation et au maintien de cette même décision dans l'ordonnancement juridique en dépit du fait que cet EHPAD a été informé par le centre hospitalier de Tulle avant le 1er février 2022 du refus de faire droit à la mutation sollicitée, ne présente pas de lien direct et certain avec la faute commise par cet hôpital.
6. Toutefois, en second lieu, en ne respectant pas, par sa décision de refus de mutation du 25 janvier 2022, l'engagement qu'il avait pris de recruter Mme A par mutation à compter du 1er février 2022, le directeur du centre hospitalier de Tulle a généré, chez l'intéressée, des troubles dans ses conditions d'existence pour lesquels il y a lieu d'allouer à son époux, en sa qualité d'ayant droit, une somme de 3 000 euros, tous intérêts compris.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Tulle une somme de 1 200 euros à verser à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par le centre hospitalier de Tulle, partie perdante, sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Tulle versera une somme de 3 000 (trois mille) euros à M. A, venant aux droits de son épouse décédée, tous intérêts compris.
Article 2 : Le centre hospitalier de Tulle versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à M. A, venant aux droits de son épouse décédée, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Tulle sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier de Tulle.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
D. ARTUSLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
La greffière,
M. C
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026