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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201065

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201065

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201065
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VALIERE VIALEIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2022 sous le n° 2201060, et qui a fait l'objet d'une dispense d'instruction, Mme B A, représentée par Me Gomot-Pinard, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Châteauroux à l'indemniser de l'ensemble des préjudices subis en raison de l'accident médical survenu le 24 octobre 2019 à l'occasion de l'opération du sigmoïde qu'elle a subie pour une diverticulite abcédée ;

2°) d'ordonner une expertise médicale, par jugement avant-dire droit ;

3°) de condamner le centre hospitalier aux dépens ;

4°) de mettre à la charge de cet établissement une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la chirurgie du sigmoïde à laquelle il a été procédé le 24 octobre 2019 n'a pas été réalisée conformément aux règles de l'art ; elle a présenté à la suite de cette intervention une nécrose du bas uretère droit qui a conduit à une nouvelle opération par le centre hospitalier universitaire de Limoges sous anesthésie générale moins de quinze jours après ; la faute commise le 24 octobre 2019 engage la responsabilité du centre hospitalier de Châteauroux.

- en raison de ce manquement, elle a subi différents préjudices, elle a notamment perdu son travail de préparatrice de commande pour inaptitude physique ; ces préjudices devront être évalués par l'expert.

II. Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2022 sous le n° 2201065 et des pièces enregistrées le 22 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Gomot-Pinard, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Châteauroux à l'indemniser de l'ensemble des préjudices subis en raison de l'accident médical survenu le 24 octobre 2019 à l'occasion de l'opération du sigmoïde qu'elle a subie pour une diverticulite abcédée ;

2°) d'ordonner une expertise médicale, par jugement avant-dire droit ;

3°) de condamner le centre hospitalier aux dépens ;

4°) de mettre à la charge de cet établissement une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la chirurgie du sigmoïde qu'elle a subie le 24 octobre 2019 n'a pas été réalisée conformément aux règles de l'art ; elle a présenté à la suite de cette intervention une nécrose du bas uretère droit qui a conduit à une nouvelle opération par le centre hospitalier universitaire de Limoges sous anesthésie générale moins de 15 jours après ; la faute commise le 24 octobre 2019 engage la responsabilité du centre hospitalier de Châteauroux ;

- en raison de ce manquement, elle a subi différents préjudices, elle a notamment perdu son travail de préparatrice de commande pour inaptitude physique ; ces préjudices devront être évalués par l'expert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022 le centre hospitalier de Châteauroux, représenté par Me Valière-Vialeix, conclut au rejet de la requête sans s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée par Mme A.

Il fait valoir que :

- la responsabilité du centre hospitalier n'est pas établie ;

- si une expertise était ordonnée, les dépens ne sauraient être mis à sa charge ;

- il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme demandée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 23 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha,

- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 17 novembre 1970, a été opérée le 24 octobre 2019 pour une diverticulite abcédée, par lapararotomie, au centre hospitalier (CH) de Châteauroux. A la suite immédiate de cette intervention, est survenue une péritonite urinaire sur plaie urétérale droite. La patiente a alors été transférée le 4 novembre au CHU de Limoges où une laparotomie médiane avec viscérolyse et drainage d'abcès a été réalisée le 6 novembre suivant, ainsi qu'une néphrostomie et une réimplantation urétéro-vésicale. Mme A a ensuite été transférée en service d'urologie conventionnelle avant que les agrafes ne lui soient retirées le 20 novembre 2019, les sondes vésicale et de néphrostomie le 25 novembre suivant, la sonde double J droite le 6 janvier 2020.

2. Estimant que le centre hospitalier de Châteauroux avait commis une faute dans la réalisation de l'intervention du 24 octobre 2019 à l'origine des complications prises en charge par le centre hospitalier universitaire qu'elle a subies, Mme A demande au tribunal, par les deux requêtes susvisées, de condamner le centre hospitalier de Châteauroux en réparation des préjudices qu'elle a subis, qui ne pourront être évalués, selon elle, qu'à l'issue d'une expertise médicale.

Sur la requête n° 2201060 :

3. La requête enregistrée sous le n° 2201060, qui a fait l'objet d'une ordonnance de dispense d'instruction, constitue le double de la requête enregistrée sous le n° 2201065 sur laquelle il est statué par la présente décision. Cette requête doit donc être rayée du registre du greffe du tribunal.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de justice administrative : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère.

5. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire- droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. ".

6. Il résulte de l'instruction que le 24 octobre 2019, Mme A a été opérée au centre hospitalier de Châteauroux pour une diverticulite abcédée, par laparotomie. Il résulte de cette même instruction, notamment des observations médicales établies par le centre hospitalier universitaire de Limoges le 19 novembre 2019, que ce geste s'est compliqué d'une péritonite urinaire sur plaie urétérale droite, justifiant le transfert de Mme A au centre hospitalier universitaire de Limoges le 4 novembre suivant et une intervention de reprise le 6 novembre 2019, sous anesthésie générale dans les conditions mentionnées au point 1. L'état du dossier ne permet pas au tribunal d'apprécier si le geste chirurgical réalisé le 24 octobre 2019 a été réalisé dans les règles de l'art, ni l'importance des lésions invoquées par Mme A, ni le lien de causalité entre la péritonite urinaire qui s'est développée après le 24 octobre 2019 et un éventuel manquement aux règles de l'art dans la prise en charge de cette dernière par le centre hospitalier de Châteauroux. Dans ces conditions, il y a lieu, avant de statuer sur la requête de Mme A, d'ordonner une expertise sur ces points, dès lors que cette dernière n'a pas été demandée par la voie du référé prévu par l'article R. 532-1 du code de justice administrative.

Sur les autres conclusions :

7. En premier lieu, les dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-13 du code de justice administrative font obstacle à ce que le juge, quand il ordonne une expertise en application de l'article R. 621-1 du code de justice administrative, mette à la charge de l'une ou l'autre des parties les frais d'expertise, le président du tribunal administratif étant seul compétent à cet égard. Par suite, les demandes de Mme A et du centre hospitalier relatives aux dépens doivent être rejetées.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". En l'état de l'instance, il ne saurait y avoir de partie perdante. Dès lors, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme A au titre des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er :La requête enregistrée sous le n° 2201060 est rayée du registre du greffe du tribunal.

Article 2 : Il sera, avant de statuer sur la requête n° 2201065 de Mme A, procédé à une expertise.

Article 3 : L'expert aura pour mission de :

1) prendre connaissance de l'entier dossier médical Mme A et de tous autres documents médicaux la concernant ;

2) d'indiquer si les conditions de prise en charge de Mme A au centre hospitalier de Châteauroux le 24 octobre 2019 et les jours suivants pour le traitement de sa diverticulite ont été conformes aux règles de l'art médical, notamment si le geste chirurgical a été correctement réalisé et si les mesures d'aseptie ont été respectées ; en cas de manquement, déterminer les dommages qui en ont résulté ; dire si les fautes sont en lien direct et certain avec les complications subies et le cas échéant, si elles ont fait perdre à l'intéressée une chance d'éviter les dommages et, dans l'affirmative, évaluer cette perte de chance en pourcentage ;

3) déterminer, s'il y a eu, l'existence, à la faveur de la prise en charge de Mme A, d'un accident médical en indiquant si cet événement a entraîné des conséquences anormales au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. Le cas échéant, dire si cet événement a fait perdre à l'intéressée une chance d'éviter des complications et, dans l'affirmative, évaluer cette perte de chance en pourcentage ;

4) décrire l'état dans lequel se trouvait l'intéressée lorsqu'elle a été prise en charge par le centre hospitalier de Châteauroux ; se prononcer sur les origines des complications survenues, en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause serait liée à l'état initial de la patiente ou à une cause étrangère ;

5) dire si l'état de santé de Mme A est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme A ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;

6) se prononcer sur l'existence éventuelle de préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux, temporaires et permanents de nature à justifier une indemnisation, le cas échéant évaluer leur importance ;

7) déterminer les frais médicaux et débours en relation directe et exclusive avec un éventuel manquement du centre hospitalier de Châteauroux, en les distinguant expressément de ceux imputables à l'état initial ;

8) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles à la solution du litige.

Article 4:L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Pour l'accomplissement de sa mission, l'expert se fera communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A et notamment tous ceux relatifs aux examens et soins pratiqués sur l'intéressée ; il pourra entendre toute personne du service hospitalier ayant donné des soins à la victime.

Article 5 : L'expertise sera rendue au contradictoire de la requérante, du centre hospitalier de Châteauroux, de la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher et de l'ONIAM. L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 :L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans le délai qui sera fixé par le président du tribunal. Il en notifiera une copie à chacune des parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 :Les frais de l'expertise seront mis à la charge provisoire de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera lesdits frais et honoraires.

Article 8:Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 9:Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au centre hospitalier de Châteauroux, à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher et à l'expert et à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM).

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

M. C

Nos 2201060, 2201065

cg

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